Notice sur les forêts en Danemark
Oet article a été composé d'après la demande de IéC Société royale d'Agriculture du Danemark pour faire partie d'un tableau complet de. l'économie rurale de ce pays, destiné à être présenté au congrès international d'Agriculture qui s'est réuni à Paris en 1878. Le volume qui contient toute la série de notices sur l'économie rurale du Danemark a été publié par la Société des Agriculteurs de France sous la direction de M. Jules Godefroy, membre de cette société. Cependant, comme cette publication s'adressait surtout, à des agriculteurs, on s'était astreint à en élaguer la plupart des termes techniques; on avait même supprimé des paragraphes entiers qui n'offraient d'intérêt que pour des sylviculteurs de profession. L'auteur désire aujourd'hui présenter son mémoire aux forestiers dans la forme première , ou du moins avec de légères modifications seulement, espérant que ces notices sur la sylviculture d'un pays, très-peu connu au point de vue forestière, pourrait offrir quelque intérêt. ,
Tous les chiffres cités dans l'article suivant ont été .tirés des statistiques officielles, sauf ceux qui sont marqués d'une astérisque (*). Ces derniers proviennent des reçherohes faites par l'auteur lui-même, et des données qui lui ont çté fournies pendant les trois dernières années, 1874 — 77, par les propriétaires d'environ deux tiers de l'étendue boisée du pays.
Historique. — Aux époques antérieures, le Danemark était couvert de vastes forêts qui, au dire des historiens, s'étendaient encore au onzième siècle sur la plus grande partie .du pays. Comme ces forêts étaient exclusivement peuplées d'essences- feuillues, surtout ie hêtres et de chênes , le panage en constituait au moyen âge le revenu principal.. Des villes et des villages accouraient des milliers de porcs qui venaient paître dans les vastes étendues des forêts avoisinant les terres défrichées. Quant au bois, il n'avait que peu de valeur. Outre les porcs, les forêts nourrissaient de nombreux tr.oupeaux d'autres animaux domestiques^ des chevaux, des bœufs, des moutons, des chèvres, et abritaient en même temps beaucoup de gibier, chevreuils, cerfs et daims importés au moyen âge, et des sangliers qui ont été détruits pendant lé siècle dernier.
Cependant, vers la fin du dix-septième siè.cle, le défrichement des agriculteurs, l'abroutissement continuel du bétail et l'exploitation démesurée des propriétaires et des usagers avaient tellement réduit l'étendue des forêts, que le gouvernement .dut songer à édicter des lois pour en arrêter la destruction. Une suite d'ordonnances, dont les plus importantes portent les dates du 28 octobre 1670 et du 26 janvier 1733 limi-
tèi*ent les exploitation s^ ordonnèrent des plantations, des éclaircies et l'élagage des arbres avec une intelligence vraiihent raisonnée des lois de la sylviculture.
Les efforts du gouvernement restèrent toutefois infructueux. Les seigneurs et les paysans détruisaient àl'envi ces richesses naturelles, et le défrichement marchait d'autant plus vite que la nature du pays n'offre près-* que nulle part d'obstacle sérieux à la charrue. Eil outre une vente considérable de domaines, avec les forêts y attenant, fit passer vers le milieu du dix-huitième siècle aux mains de spéculateurs intéressés une grande quantité de bois ; les nouveaux propriétaires se jetèfent sur les massifs des forêts dont des parties considérables disparurent à Cette époque. Le Danemark était devenu vers la fin du siècle dernier le pays le plus déboisé de l'Europe , et le manque de bois en beaucoup d'endroits, et surtout à Copenhague, était devenu tel que le gouvernement dut prendre des mesures pour approvisionner le pays de bois étrangers. L'ordonnance radicale du 27 septembre 1805 put seule ^ arrêter les destructions et conserver à la postérité le reste des forêts du pays.
Déjà vers la fin du dousçième siècle, les forêts avaient, pour la plus grande partie, cessé d'être biens communs ; et à la fin du moyen âge elles se trouvaient presque toutes entre les mains des seigneurs féodaux ou faisaient partie des domaines de la couronne. Les paysans avaient- cependant conservé le droit de pâturage dans les bois ; aussi leurs troupeaux achevaientrils de détruire ce que la hache des propriétaires avait épargné". Cette servitude fut abolie par l'ordonnance de 1805 qui interdit le pâturage des chevaux et des
bêtes à cornes dans les forêts. Il fut ordonné en outre que. toute futaie serait désormais maintenue, et certains articles de la loi tendaient à garantir l'intégrité des massifs. Une surveillance active eut pour effet de faire exécuter ces prescriptions. La loi semble en outre avoir produit un effet moral. Certaines forêts, qui n'étaient pas soumises aux prescriptions de l'ordonnancfe , furent cependant respectées, bien qu'aujourd'hui encore la défense de défrichement ne s'applique qu'aux deux tiers environ de la surface boisée du pays. C'est donc à la loi de 1805 que l'on doit la conservation des forêts, leur distribution sur le sol du . Danemark, le régime auquel elles sont soumises, celui de la futaie; quant aux taillis qui n'étaient pas visés par l'ordonnance et qui n'ont d'ailleurs jamais joué qu'un rôle peu important, ils ont presque entièrement disparu.
L'intérêt soulevé à la fin du siècle dernier en faveur des forêts n'a pas eu pour unique résultat la conservation des massifs existants; on s'efforça aussi de reboiser des terrains incultes surtout au milieu de la presqu'île du Jutland où plus de 100 milles carrés étaient couverts de tristes bruyères. Déjà en 1738, dans l'île de Seeland, on avait planté quelques sables mouvants, mais ce n'est qu'à la fin du siècle qu'on songea sérieusement au reboisement des landes. De 1791 à 1809, des plantations assez considérables furent entreprises surtout en Jutland, mais aussi à Seeland et à Bornholm. De 1809 à 1864, les reboisements s'étendirent sur d'autres parties du Jutland, et dès 1859, le gouvernement a commencé et poursuivi avec succès des i plantations sur quatre points différents dans les vastes dunes qui bordent la côte occidentale de cette province.
Ce n'^est pourtant qu'à partir de 1864 qu'on apporta à cette question toute l'attention qu'elle mérite. La paix malheureuse qiii suivit la guerre de 1864 eut comme conséquence . un. redoublement de zèle dans la mise en valeur du territoire conservé; c'est grâce à cet esprit patriotique qu'a été fondée, en 1866, la Société des Landes, qui a pour but l'exploitation de ces terrains et leur plantation en bois. Cette société, sous la direction deM. Dalgas, a déployé une activité infatigable, favorisée par les années riches et fertiles* qui se sont succédé depuis cette époque, soutenue par l'État, et encouragée par la faveur publique. Le gouvernement et les particuliers ont en même temps de beaucoup augmenté lés travaux de reboisement,- de sorte que*, par l'intérêt renouvelé de tous côtés en faveur de la sylviculture, plus de trois milles carrés ont été rendus à la culture du bois en Jutland et dans d'autres parties du pays pendant les dernières années.
Distribution, Étendue, Propriété. — Quand on examine les bois du Danemark, .on voit que presque tous sont les restes d'étendues plus considérables, et que la distribution àe ces débris n'est due qu'au hasard; ils ne sont en effet composés que de ce qui restait en 1805. La fertilité du sol ou la topographie du pays n'ont aucun rapport avec la répartition des terrains boisés entre les différentes contrées.
Excepté trois forêts comprenant chacune à peu près un mille carré, tous les bois n'ont^qu'une faible éten- ^ due. Ils sont assez bien répartis sur le pays; ainsi les habitants des îles et du Jiitland oriental ne sont rarement éloignés d'une forêt de plus de 10 kilomètres et nulle part de plus de 20 kilomètres ; cette distance atteint
cependant 80 ou 90 kilomètres dans la partie ouest de la péninsule. Cette dernière contrée est presque entièrement déboisée, mais, comme le reste du pays, elle a été autrefois, pour une grg,nde partie du moins, couverte de vastes forêts, composées principalement de chênes, de bouleaux et.de trembles. Les landes incultes qui occupent aujourd'hui cette portion du Jutland, et qui se rattachent de près aux landes des parties septentrionales du Hanovre, de la Hollande et de la Belgique, ne proviennent cependant pas exclusivement de la destruction des bois. Le sol excessivement maigre et aride, l'âpre vent d'ouest et les fréquents incendies qui ravagent ces régions ont leur grande part, plus grande encore que les coupes déréglées, dans la disparition des forêts. *
La superficie boisée du Danemark s'élève à 176,000 hectares, auxquels il faut ajouter au moins (*) 14,000 hectares de plantations nouvelles encore improductives. Le rapport de. la surface boisée aux terrains agricoles est: dans. les îles de 1 à 9,6; en Jutland de 1 à 25,1, pour tout le Danemark de 1 à 15,2.
Elle est, par rapport à la surface totale du pays :
Dans les Hes de Ô,7 7o
Dans le Juland de 2,5
Dans le Danemark entier de ..4,6
L'étendue boisée par habitant est de 13 ares de forêts dans les îles, de 9 ares en Jutland, et dé 11 dans Tensemble du pays.
BÉPAICÏITION nu SOL POBBSTIBK.
Appartenant à PÉtat 41,000 hectares, soit 23,3 %
Aux établissements publics 11,530 — 6,6
Aux propriétaires de mainmorte . . . 49,830 — • 28,3
Grandes propriétés forestières libres 41,330 — 23,4
Petites propriétés forestières libres. 33,370 — 18,4
Il n'y a, en Danemark, qu'un nombre très-restreint de bois communaux ; ils sont ' d'ailleurs compris dans les chififres indiqués plus haut comme propriétés forestières libres.
Sol et climat — Le Danemark est un pays plat, dépourvu de rochers proprement dits. Le sol est le produit de formations diluviennes ou d'alluvions; à peine rencontre-t-on de place ea place, des terrains appartenant à l'époque tertiaire et crétacée. Le sol se prête,. en général,. parfaitement à la sylviculture; il y a cependant des distinctions à faire. Les terres marneuses, argileuses et argilo-siliceu«es, qui sont ordinairement couvertes d'un terreau meuble et frais, produisent une végétation forestière aussi abondante qu'ailleurs dans le nord de l'Europe centrale. Les terrains sablonneux sont couverts également de beaux massifs; mais dans certaines parties/ surtout là où le hêtre souflfre de la sécheresse du sol, la couche supérieure de la terre végétale se durcit et se change en une substance compacte et noire qui convient peu aux espèces feuillues. Elle contient . dans ce cas une notable partie d'acide humique libre, et 30 à 40 p. 100 de matières organiques, tandis que le terreau proprement dit des forêts de hêtres n'en contient que de 2 à 7 p. 100 et n'a pas d'action sur le papier de tournesol. Cet état physique des sols siliceux, et leur faible teneur en chaux expliquent le peu de vigueur de la végétation dans ces terrains des arbres à feuilles caduques^ surtout des hêtres. Ce sont ces parties de notre sol forestier qui, pendant les 70 dernières années, ont été livrées à la culture des résineux et principalement à celle de l'épicéa. La couche supérieure des landes jutlandaises a la même
composition et oppose des obstacles encore plus grands à la sylviculture.
La forme ondulée du terrain, la petite étendue des forêts, la quantité de tourbières et de prés déboisés, laissent libre carrière à l'action des vents. Le vent d'ouest surtout est très-nuisible à la croissance des arbres, mais les sols peu abrités se* dessèchent et se durcissent rapidement au souffle de tous les vents. C'est également à la configuration du terrain que sont dus les dommages causés annuellement dans les forêts par les gelées pi'intanières. On en souflEre moins cependant en Danemark- que dans les pays plus méridionaux où l'atmosphère est moins agitée. Les grands dégâts, causés par la neige dans lès forêts du continent sont inconnus en Danemark. La violence des vents ne cause pas non plus de vrais désastres et ne nuit pas à l'exploitation des bois. Elle fait cependant quelquefois tort aux massifs d'épicéa.
État général des forêts, — Les peuplements de nos forêts sont ordinairement maintenus à Tétat complet et régulièrement régénéras. Pourtant, dans beaucoup de forêts, sur les sols maigres, ïës clairières dans les vieux massifs et les lacunes dans les gaulis laissent apercevoir des traces de repeuplements mal réussis. Le terrain ondulé, présentant des alternatives non-interrompues de buttes de terre légère et de fonds à sol tourbeux et marécageux, ou. bien substantiel mais humide, exerce une grande influence sur l'état des forêts. Voilà pourquoi on ne trouve pas aussi souvent en Danemark, que dans d'autres pays, de grands massifs homogènes; les forêts sont divisées en une quantité de petits peuplements d'essences diverses qui leur donnent
une physionomie spéciale, et cet éparpillement exerce une grande influence sur le traitement, la culture, l'aménagement etc. L'état des peuplements et la nature du terrain imposent en général un traitement détaillé des forêts.
La surface non boisée des forêts se compose de terres labourables, concédées aux agents forestiers^ à titre de supplément à leurs appointements, en chemins, prés, tourbières et lacs. Seulement dans quelques forêts du Jutland on rencontre des terrains vagues couverts de bruyères. En 1877, la surface boisée était à la surface totale des forêts dans la prodortion (*) de 84 p. 100 dans les îles et'de 70 p. 100 dans le Jutland.
Depuis le commencement du siècle, „le mode jardinatoire" a été remplacé par „la méthode du réensemencement naturel et des éclaircies", dans tous les bois de l'État et dans les forêts des particuliers qui étaient SQumises à une exploitation quelque peu régulière ; aujourd'hui cette dernière méthode est appliquée presque partout. La petite surface forestière du pays, le prix des produits, et le caractère particulier des forêts favorisent une culture intensive. Sans doute il y a une grande diflPérence dans l'intelligence et le soin dont sont traitées les forêts en Danemark; on peut cependant affirmer que dans celles de l'État, et dans les bois particuliers les mieux exploités, la sylviculture a fait autant de progrès que dans les pays où elle se trouve dans des conditions analogues.
Au dix-huitième siècle, plusieurs ordonnances prescrivirent la clôture des forêts, mais ce n'est qu'à la suite de la loi de 1805 que cette utile mesure fut généralement adoptée. Les forêts sont aujourd'hui entou-
rées de fossés dont les revers sont souvent plantés de haies vives qui servent à la fois d'enceinte pour les bois et de protection pour le sol de la lisière.
La nature du terrain exige souvent de vastes travaux d'assainissement. Aussi les a-t-on entrepris, surtout après 1840, et l'on tâche toujours de les conapléter. L'étendue . en est, sans doute, bien variable mais dans beaucoup d'inspections la longueur des fossés d'écoulement atteint en moyenne jusqu' à (*) 50 mètres et plus par hectare.
La construction des routes est pe^ii coûteuse dans un pays presque plat; la facilité qu'elles ont donnée aux transports encourage les propriétaires à les entretenir. Vers la fin de 1877, le réseau dans les forêts de l'État de chemins garnis de fossés d'écoulement, construits en pierres cassées ou. en gravier, déparait (*) 30 mètres par hectare; les domaines privés bien exploités ne le cèdent en rien à ceux de l'État.
Essences. — Les forêts du Danemark étaient à l'origine exclusivement composées d'essences feuillues, surtout de hêtres et de chênes; depuis près d'un siècle on y a introduit des espèces résineuses *qui jouent aujourd'hui un rôle important dans nos forêts. Le hêtre a jusqu'ici occupé la plus grande partie de la surface boisée; il est considéré comme l'arbre national du pays. Sa croissance est aussi rapide, et son port aussi beau que dans les autres contrées de l'Europe occiden- 'tale. Dès les temps historiques cet arbre, envahissait de plus en plus les peuplements de chêne, s'est répandu beaucoup aux dépens de cette essence à laquelle il disputait, il y a quelques siècles encore, la prédominance dans les forêts danoises. Dans les terrains calcaires.
argileux et argilo-siliceux, où l'humidité du sol n'est pask trop grande, le hêtre est aujourd'hui l'espèce dominante. Dans les glaises humides ou dans les sabljes maigres et arides de la crête du Jutland, il n'a pu partout supplanter le chêne. Sur les sols eu il se plaît, il atteint, par un traitement convenable une hauteur de 27 à 33 mètres dans sa centième année; les arbres de cet âge accusent un accroissement moye^ passé de trois centièmes de mètre cube par an. Son repeuplement naturel est assez facile partout où le sol est maintenu en bon état. Bien que le hêtre, en Danemark, s'approche de son extrême limite Nord, on ne remarque aucun ralentissement dans sa* croissance, même dans la partie septentrionale du pays.
Le chêne était jadiis beaucoup plus. commun qu'aujourd'hui. On en a la preuve non-seulement par la quantité de vieux chênes bien conformés qu'on rencontrait encore il y a quinze ou vingt ans dans les massifs de hêtre, et dont il ne reste que peu d'échantillons, mais aussi par les troncs d'arbres, conservés dans les tourbières. On a enfin des données historiques.
L'espèce la plus commune est le chêne pédoncule ; le chêne rouvre n^a^paraît que sur quelques points du Jutland et dans l'île de Bornholm. On trouve rarement le chêne seul, si ce n'est dans certains terrains argileux et humides des îles et du Jutland, envahis plus difficilement par le hêtre, et où l'on peut voir les restes des anciennes forêts de chênes dominant un sousbois de noisetiers, de charmes etc. Là il atteint un très-beau développement, sa hauteur n'est guère dépassée par celle du hêtre, et la tige moyenne d'un massif exploité en pleine futaie atteint à l'âge de 120 ans un accrois-
sèment moyen passé de trois centièmes de mètre cube par an; formant les baliveaux des taillis composés, la tige moyenne arrive à cet âge à un accroissement moyen passé de cinq centièmes de mètre cube par an. Enfin on trouve les traces des anciennes forêts" de chênes en forme de broussailles, dans les terres stériles et arides.de la pente occidentale du Jutland, sur la crête des terrains siliceux et maigres qui sépare les deux versants de la presqu'île. S y a pourtant dans ces terrains, quelques forêts de chênes, qui forment encore de vieux peuplements à grosses pièces et garnis d'un sousbois de genévrier ; ils ont une croissance très-lente et souvent une mauvaise forme. Le reste de ces forêts de chênes sur le sable du Jutland a disparu dès les temps historiques.
On rencontre en bouquets isolés ou plus souvent mêlés aux hêtres, le frêne, l'érable {Acer platanoides, L.) et l'orme (surtout VU. montana, Smith), puis d'une manière plus sporadique: le tilleul (TUia parvifolia, Ehrh.) et le charme. Cette dernière essence se plaît surtout dans les terres argileuses humides de la région .méridionale ; son extrême limite Nord est en Danemark ; il ne dépasse pas le Limfjord.
L'aune {Alnus glutinosadéxin.) joue un rôle assez important dans plusieurs contrées ; on le trouve presque toujours dans les combes humides tourbeuses des forêts, inêlé souvent au bouleau {Bettda verrucosa Ehrh.) sur . les tourbières proprement dites. Cette dernière essence se montre aussi, associée au tremble dans les terrains sablonneux et arides, surtout du Jutland.
Le tremble et le bouleau, comme le chêne, étaient beaucoup plus répandus autrefois; on en trouve de
nombreux spécimens dans les tourbières, parmi les restes du pin sylvestre (voir plus loin).
A tous ces arbres se joignent la plupart des essences moins importantes qui se trouvent. dans les forêts de l'Europe centrale: l'érable sycomore, l'érable champêtre, le sorbier, le cerisier, le noisetier et beaucoup d'autres arbustes. \jAlmLS incana a été introduit sur quelques sols tourbeux des forêts.
L'exploration des tourbières démontre que le pin sylvestre formait originairement avec le bouleau et le tremble les forêts du Danemark. Mais cette essence originelle semble, déjà avant les temps historiques, avoir été supplantée par le chêne qui à son tour cède de plus en plus la place au -hêtre. Dans quelques petites îles isolées du Cattégat on trouvait encore au siècle dernier des restes des forêts primitives de pin.
Jusqu'au milieu du dix-huitième siècle on ne voyait pour ainsi dire pas d'arbres résineux en Danemark, le ' genévrier seul les représentait dans le pays; mais, à partir de ce moment, on les a introduits, et leur culture s'est de plus en plus répandue, surtout dans les endroits où la régénération naturelle du hêtre est difficile. Aujourd'hui ils sont très-communs et occupent une place importante dans l'économie forestière. L'épicéa est le résineux le plus répandu; le sapin, le mélèze, le pin du lord Weymouth et le pin sylvestre sont moins cultivés. Dans le reboisement des landes, on emploie, outre l'épicéa qui sera l'essence principale des futures forêts de ces terrains, le pin à crochets {Pinus montçinay var. imci/nata, Ramond.) et le Picea alba (Mich.), tandisque le pin noir d'Autriche est pour le moment moins employé qu'autrefois pour le reboise-
ment. Les trois dernières essences sont cultivées de préférence dans les dunes littorales. Le pin sylvestre ne réussit pas dans les landes Jutlandaises comme dans les terrains similaires d'Allemagne. Tous ces arbres résineux croissent bien et rapidement; mais, sauf le mélèze, ils fournissent un bois tendre et de peu de valeur et ne pourront exempter le Danemark du tribut qu'il est obligé de payer aux pays étrangers pour l'approvisionnement de ses bois de construction.
Il serait difficile d'indiquer exactement la superficie qu'occupent les différentes essences dans les forêts ; cependant il résulte des procès-verbaux d'aménagement des forêts domaniale» pour la période 1855 — 65 à 1875 — 85 les proportions suivantes:
Commencement Fin
de la période. de la période.
Hêtre 51,77 7o 42,18 7o
Késineux ^ 31>37 48,59
Chêne 7,4îi 4,90
Bois blancs 5,34 . 3,56
Autres essences feuillues 4,10 0,77
La surface considérable qu'occupent ainsi les résineux dans les forêts domaniales doit pourtant dépasser de beaucoup celle que couvrent ces essences dans toutes les forêts du pays, c'est ce qui résulte du moins du compte rendu du produit de l'exploitation des forêts domaniales et privées pendant les trois dernières années.
La production totale des forêts se composait de (*) :
dans les lies. en Jutland.
Hêtre. .^., :. 66% 76 7o
- CHêne 11 '7
Autres feuillues 10 . • 5
Késineux 13 12
. La surface régénérée dans les forêts pendant la même période, par réensemencement naturel, semis artificiels, et plantations, montre (*):
dame'Jes lies en Jutland.
que le hêtre occupe. ". 48 % 33 %
le chêne 3 1
les autres feuillues 8 4
les résineux 41 62
Une coiLparaison entre ces chiffres démontrera le changement considérable, à peine toujours profitable au point de vue de l'économie, que la culture amène dans la composition de nos forêts : Il y a quelques siècles te chêne était presque aussi commun en Danemark que le hêtre; aujourd'hui, il n'entre que pour dix pour cent dans le produit des forêts , et le forestier a presque cessé de cultiver cette essence. Il y a cent ans on ne trouvait, pour ainsi dire, pas de résineux en Danemark; aujourd'hui ils constituent 13 p. Ct. du produit des . forêts et plus que la moitié de la surface régénérée. Si l'on tient compte des essences employées pour le reboisement des landes, qui ne sont pas comprises dans les chiffres cités plus haut, on comprendra que les résineux joueront un rôle plus prédominant dans l'économie forestière de notre pays. Il serait à désirer que l'avenir apportât une modification à cette tendance, sinon on pourra craindre de voir surgir des conditions fort défavorables à l'économie forestière du Danemark, puisque les résineux, dans notre climat, fournissent de si mauvais produits, que l'exportation à l'étranger en est à peine possible.
Ennemis principaux des essevce& forestières.
— En Danemark, comme ailleurs, les forêts sont en butte
aux attaques des animaux et des plantes parasites. Ceux qu'on y rencontre sont à peu près les mêmes que dans le Nord de l'Altemagne. C'est surtout dans les massifs résineux que les dégâts ont pris les plus vastes proportions. Parmi ceux que mentionnent les annales forestières du pays, nous ne citerons que les désastres commis à Seeland en 1848 — 49 par le Bombyx monacha dans les peuplements de pin sylvestre, et dans les cultures d'épicéa du Jutl^nd, de 1868 à 1876, par le Lyda alpina (Klug.); les attaques de différentes .espèces bien connues d'hylôbesj d'hylésines, de bostriches de hannetons éprouvent sérieusement chaque année les peuplements des résineux. Les ravages du Tortriœ Buoliana, auxquels sont exposés les plantations et les jeunes peuplements du pin sylvestre, sont un des priji- . cipaux obstacles à la réussite de cette essence dans les landes du Jutland. Quant au Oasterqpacha pini:, il est jusqu'ici très-rare en Danemark. Il faut enfin compter avec les dégâts causés par les souris et le gibier.
Parmi les champignons parasites, c'est surtout le Bhi^omorpha fragilis (Roth.) {Agaricus mélleus) et le Xenodochus ligniperda (Willk.), qui nuisent à l'épicéa. Pendant les dernières années, presque tous les peuplements de pin du lord Weymouth, qui se trouvent au Nord de Seeland, ont été ruinés par la variété du Feridermium pini (Léveillé) qui croît sur l'écorce, tandis que la variété qui vit sur les aiguilles a causé peu de dommages au pin sylvestre. Enfin en 1877, à l'île de Fionie, des dégâts considérables ont été occasionnés sur les mélèzes par l'envahissement du Bedm Willkommii (R. Hartig).
Régime, — Les .^ois du Danemark se composent €n général* de -futaies. Ce régime, qui avait toujoui*s été prédominant dans les forêts, s^est développé encçre à la suite de l'ordonnance de .1805 qui interdit la conversion des futaies, en taillis. Ce dernier mode d'ex-! ploitation est donc peu. répandu, et appliqué presque exclusivement aux peuplements d'aunes sur les sols tourbeux. * . , * . .
Les taillis sous futaies^ si communs jadis, sont ^galeiîient assez rares. Ils étaient composés ,de futaies de chênes avec . sous-bois de noisetiers^ ils ont disparu pour faire place atix futaies pleines.. Des taillis composés comprenant* plusieurs classes de réserves avec sous-bois des mêmes essences,, sont inconnus en ï)a;nemàrk. • .
Révolution, —La révolution, fixée pour nos massifs, devance le plus souvent l'-époque de l'exploitabrlité géné-
. ralement admise dans les forêts de la France et de l'Allemagne.. Les vieux massifs qui restent d'une époque, antérieure aux ui^éthodes de la sylviculture actuelle; tendent. à disparaître; les derniers débris seront probablement exploités avant une vingtaine d'années, partout du moin» où l'on ne conservera pas pour des motifs d'agrément quelques restes de ces beaux massifs de hêtres de 150 à.200 ans, ou de chênes de 200 à 300 ans qui font l'ornement des forêts. La plus.gra,nde partie de nos. peuplements né remonte pas au-delà de 1805, et aucun de ces perchis n'atteindra l'âge de leurs prédécesseurs.- Le caractère des propriétés forestières
•en Danemark a^fait* incliner l'intérêt de nos. forestiers vers l'exploitabilité relative au taux de placèçaent des capitaux. La bonne . croissance des essences et l'écou-
lemènt facile des produits ligneux:, ont permis d'abréger les révolution? autant qu'il était nécessaire pour adopter cette base pour la détermination de l'exploitabilité.
.Déjà, au commencement du siècle, l'intelligent <5omte de Reventlow, le premier Danois qui ait fait des études scientifiques sur l'économie fofestière, avait fait prévaloir ces idées qui ont été reprises depuis et développées davantage par les représentants de la science forestière en Danemark, * notamment par M. le professeur Hansen. Il est dû aux efforts de ces homnies, qu'on peut considérer comme. une règle. généralement admise dans la sylviculture danoise de fixer l'exploitabilité à l'époque à laquelle la croissance annuelle d'un massif cesse de représenter l'intérêt du capital engagé. On abat ordinairement les futaies de hêtre à l'âge de quatre-vingts à cent ans et les peuplements de 'chêne à cent ou cent vingt ans. À. ces âges des massifs, par le traitement indiqué plus bas, Taccroissement en volume et en valeur ne représente plus 3 pour 100 des capitaux engagés. Pour le frêne, l'érable et l'orme, les' coupes reviennent aux ménaies. époques à peu près que pour le hêtre; quant aux taillis d'aunes, on les .coupe tous lès 25 ou 30 ans.
Il y a une différence, encore plus grande, entre les révolutions des résineux chez nous ert l'exploitabilité de ces essences à l'étranger. Les massifs d'épicéa,' de sapin, souvent aussi ceux de pin sylvestre ne fournissent dans notre climat que des produits médiocres, qui ne sont pas susceptibles d'être utilisés pour la grande construction. Il en résulte que •l'industrie du bâtiment * en Danemark ne pourra pas à cet égard s'affranchir du tribut qu'elle paye à Tétranger, la production indi-
gène se-réduisant principalement à des pièces de faibles dimensipiis, propres surtout à la construction rurale. Cei^ conditions circonscrit les limites de l'exploitabilité de l'épicéa — seul résineux qui joue un rôle d'importance dans nos forêts — qiii ne dépasse guère l'âge de 80 ans et que l'on abrège très-souvent à 50 ans. .Toute-' foils le pin sylvestre et le mélèze, élevée en mélajige avec le hêtre- (voir plus bas) sont maintenus^ sur pied jusqu!à rage de 100 ans environ.
Aménagement, . — En 1763, on cçnfia à M. de Langen, sylviculteur allemand, le soin de régler le mode d'exploitation dés forêts domaniales en Danemark. Dans ce premier essai d'aménagement, on employa un mode d'assiettes de coupes annuelles, peu différent de la méthode française dite .„à tire et aire". Vers la fin du dix-huitième siècle .nous reçûmes d*Allemagne . la méthode de la régénération naturelle, et peu de temps après les différents procédés d'améûagement, qui ont pour but la production soutenue et la* réglementation desclasses d'âge.
Depuis cette époque on pratique „la méthode des co'mpaTtiments" de Cotta, celle de G. L. Hartig, ainsi que la. formulé de Hundeshagen, ' mais surtout l'aménagement „par cootenanôe et volume combinés" aussi bien dans les forêts de l'État que dans les' domaines privés.
Cependant, dans les lustres deniiers, l'art d'aménagenient s'est éloigné sensiblement des principes 'de ces méthodes, et leâ plans d'exploitation, exécutés en .assez grand nombre dans cette période, portent les traces -de l'influence des idées modernes allemandes, émises par M. M. Pressler, Judeich, G. Heyer et, d'autres auteurs qui, dans notre sylviculture, ont trouvé im sol mieux
prép£[ré peut-être qu'ailleurs pour Tapplication de leurs principes.
II. y a long-temps qu'on a renoncé à • la fixation de la possibilité pojîir toute la révolution , àu moine dans les forêts de l'État. Aujourd'hui on ne fait nulle. 4)art le calcul du rendement, que pour la prenàière période de 10 (dans les forêts de l'État suivant le règlement de 1877), à .20 ans. Les idées, relatives, au rapport soutenu se sont également modifiées. Aussi on- remarquera, en. examinant les nouyeaux travaii;x d'aménagement , tant des forêts de l'État (Reglem.. de 1877) que de* celles 'des autres propriétaires, le renvoi au second- plan de l'exigence d'un rapport soutenu; celui-ci cède, de plus en plus la première place à- la demande d'un taux de placement convenable des capi-* taux engagés. La réglementation des classes d'âge se fait aussi bien que possible' par le. plan de culture, ' en ne perdant pas de vue. la régularité des parcelles et la suite là plus avantageuse des coupes.
• Enr effe.t aucune partie de notre pays ne souffrirait sensiblement par un.e exploitation moins égale de notre petite surface boisée 4 cause du' développement des voies de communication, qui permet de. répandre les produits forestiers . dans toutes les parties du pays, et à cause du.' grand nom.bre de ports maritimes, qui facilitent les importations étrangères. L'insuffisance constatée de nos forêts pour là satisfaction des. besoins- du pays (voir plus bas), et le- défaut d'industries importantes alimentées par les produits des bois indigènes, dont nous parlerons plus tard-, expliquent de restç le développement de ces tendances. * .
Digitizéd
. En résumant' ces remarques sur la fixation de J'-exploitabilité et &ur raménagèmént des forêts, on
.pourrait dire, qu'en Danemark, l'économie de toute aorte de- propriété forestière pOrte en général le caractère, xeoonnu exact, presque partout pour la sylviculture des particuliers. Là nature de nos forêts, leur étendue et leur distribution, l'histoire et le développement de la sylviculture chez nous semblent justifier cet état de cho$es.
'Régénération, — Le repeuplement se fait principaletnentf par la voie artificielle en Danemark.
Le hêtre est la seule essence que l'on trouve plus fréquemment régénérée par coupes d'ensemencement. Cependant, même le repeuplement naturel.de cet arbre est ordinairement soutenu et aiàé par des moyens arti- . ficiels..^ Depuis la fin du siècle dernier, l'ensemencement naturel est employé dans . notre pays comme méthode de régénération régulière, et la première trentaine* d'années de l'époque suivante nbijs a laissé de très-beaux perchis de hêtre dans^ toutes les inspections du pays. -Il n'en est pas de même des trente ou quarante dernières années, qui, relativement à là surface régénérée, n'ont pas produit autant de jeunes peuplentients complets; il a fallu recourir à la plantation pour remplir les nombreuses clairières qui sont devenues le résultat de rensemencçmept naturel dans cette époque. Le carac; tèçe ordinaire des coupes de régénération que Ton fait
. souvent assez claires, en y faisant succéder très-vite les coupes secondaires, en semblent être la cause principale. Ainsi, des. expériences malheureuses 'que. l'on a faites à l'égard de la réussite des régénérations naturelles ont eu pour effet défaire augmenter les crédits affectés
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aux repeuplements artificiels, notammeiit ceux des plantations, et elles ont eu pour résultat ultérieur, que l'on n'entreprend presque jamais les coupes d'ensemencement 'saris remuer fortement la terre afin de préparer. lé sol à la* semence par un labour en plein, par bandes alternées ou par place. . Le labour en plein se fait quelquefois
- à la charrue, mais ordinairement oix y enaploie diverses espèces de herses, soit à dents flexibles-, soit à dents rotantes; ces instruments, qui produisent un bon travail sont d'inveption danoise; l'un d'eux n'est probablement pas connu à l'étranger. Dans les teixaine où la surface du sol est ameublie par le labour à la herse ou naturellement meuble^ l'ensemencement, naturel réussit ordinairement bien; mais on ne doit pourtant pas nier, qu'il n'arrive qu« rarement, et seulameit dans les- sols les plus fertiles, que l'on puisse se dispenser de compléter les jeunes* peuplements par des
; plantations. 'Dans les terraingi sablonneux, couverts de la couche compacte,, dont nous avons parlé, l'ensemencement Nuàturel ne réussit pas sans un labour trèsprofond, ce qui fait qu'on y renonce plutôt complètement. Au Commencement du siècle, le chêne se régé-. nérait par coupes d'ensemencement comme lé hêtre; aujourd'hui les plantations et les semis artificiels sont les seuls procédés, , employés pour le repeuplement de cette essence. La régénération des autres arbres forestiers se fait également par voie artificielle, principalement par des plantations ; les semis artificiels ne sont pas beaucoup usités.
En somme, la culture du bois se fait chez nous
• par plantations., sauf en' ce qui concerné le hêtr^.
dont la régénération se fait soit par Tensemenceinent naturel, soit par semis artificiel.
Presque toutes les* essences sont plantées à l'âge de trois à six ans, sauf un nombre restreint de plants de hêtre^ et.de diverses espèces de pin qtl'on plante encore plus jeunes, et de chêne que l'on emploie quelquefois en état de haute tige. Les plants sont presque tou-r jours éleyés en pépinière; la plantation se fait ordinairement sur labour à la bêche. Voici un tableati indiquant l'eapaceriient des planjs d'après une moyenne, de. trois ans, dans cent inspections forestières (*):