‹ Notice sur les Indiens de l'Amérique du NordChapitre 13 sur 27 · PRAIRIES · texte numérisé non relu

PRAIRIES

Ayant souvent donné le nom de prairies comme marque distinctive d’une partie de pays, nous croyons, pour l’intelligence européenne non familière avec nos régions de l’ouest, devoir observer qu’aux Etats-Unis on entend par prairies, une vaste étendue de pays sans culture , et que la nature n’a pas couverte de bois : terrain plat et peu accidenté, couvert d’une riche végétation et sur lequel croissent naturellement une herbe fort haute et des fleurs de toutes nuances et de toutes couleurs. Il en est d’une telle étendue que l’œil se perd sur leur horizon. Rien n’arrête ici la vue, si ce n’est çà et là quelque faible bosquet de jeunes arbres qui apparaissent comme autant d’îles vertes flottantes sur un immense Océan; ou, parfois, une étroite langue de terre couverte de quelques arbres qui vient faire invasion sur la prairie. C’est comme l’oasis du désert où se repose le voyageur brûlépar les rayons du soleil; le lieu où il trouve enfin la fraîcheur de

la rosée, 1 ombrage salutaire et le bois nécessaire à cuire ses alimens.

Mac Kenney observe dans son bel ouvrage sur les Indiens qu il est peu de vues aussi sublimes que celles de ces savanes quand leurs riches moissons sont mises en mouvement par la brise. Les ondulations semblent être autant de vagues fleuries.

Les herbages de ces prairies naturelles s’élèvent sur une moyenne jusqu’à cinq pieds et vont quelquefois à six et sept pieds de hauteur* .

C’est dans ces savanes que se trouvent les immenses troupeaux de chevaux sauvages dont parlent fréquemment nos historiens et nos romanciers. On sait qu’il est impossible d’apprivoiser cet animal s’il n est pris très jeune; et la sagacité de la mère sait bien garantir son poulain des embûches des hommes. Aussi est-il très rare qu’on réussisse à les enlacer vivans. Cependant, quoique impétueux à l’exces et vicieux dans leur état de nature, ceux que Ion réussit enfin a elever sont forts et vigoureux, quoique généralement petits, bien pris et bien tailles; mais ils conservent toujours l’instinct de 1 état sauvage dans lequel ils naquirent. Ainsi , à 1 approche des pays incultes, les oreilles du cheval se redressent, ses narines se détendent, il hennit de plaisir, et habile est le cavalier qui peut tout d’abord le retenir dans son élan et calmer son impatience.

1 Mac Kenney, p. 28.

Aussi les cavaliers, lorsqu’ils parcourent les endroits où se trouvent des troupeaux nombreux, ont-ils à prendre les plus grandes précautions pour empêcher que des visites nocturnes de ces animaux ne viennent, à leur insu, leur dérober leurs montures. Si ces dernières ne sont pas soigneusement gardées à vue, il y a presque certitude qu’elles se joindront aux autres plus libres et plus heureuses qu'elles.

Les Indiens, surtout ceux du Sud comme aux environs du Texas et du Mexique, en prennent un grand nombre qu’ils élèvent et dont ils se servent pour bêtes de charge et pour la chasse.

Ces animaux descendent de ceux qui furent, dans le principe, transportés d’Europe par les conquérans , car le cheval n’est pas indigène d’Amérique. Quelques couples andalous échappés des camps furent la racine de nos chevaux des bois dont beaucoup ont été croisés depuis avec les races importées d’Angleterre. C’est de cet ensemble que descend le beau coursier américain si renommé déjà, et qui, comme trotteur surtout, n’a pas son égal en Europe.

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