‹ Notice sur les Indiens de l'Amérique du NordChapitre 15 sur 27 · VÊTEMENS · texte numérisé non relu

VÊTEMENS

S’il est quelqu’un qui aime les couleurs vives , tranchées et discordantes à la fois, ainsi que les contrastes les plus bizarres, celui-là se réjouirait dans toute sa plénitude à la vue des costumes si variés des Indiens; et nous ne voyons rien qui puisse traduirenotre pensée plus fidèlement sur unedanse de sauvages, qu’un parterre composé de coquelicots de toutes les couleurs, de pivoines où le rouge dominerait par dessus tout, et dont le vent balancerait violemment les têtes.

Le climat influe nécessairement sur l’habillement de l’homme : aussi à l’extrême nord surtout, et dans les climats tempérés, l’Indien s’affuble de peaux d’animaux. Ceux qui, en outre, ont à combattre contre le froid, comme les Eskimaux, el contre les effets atmosphériques de l’humidité, y suppléent par l’huile ou les autres substances grasses dont ils s’enduisent.

En approchant des régions tempérées , on les

trouve couverts partiellement par des étoffes légères, telles que des cotonnades qu’ils se procurent maintenant à meilleur marché que les tissus végétaux jadis fabriqués par eux-mêmes , et que ces cotonnades remplacent. Sous les tropiques , ou dans les climats qui sont sous leur influence, les habitans sont presque sans vêtement aucun.

Au nord , encore, ils portent près delà peau un cuir de chamois qu’ils tannent imparfaitement après en avoir brûlé les poils ou les avoir usés parle frottement de quelque corps dur; tandis que d’autres font une espèce de tissu avec du chanvre sauvage ou avec quelque plante fibreuse qu’ils teignent ensuite.

Mais ce qui est le plus en pratique dans ces régions est une espèce de chemise sans collet ni manches , descendant jusque vers la moitié des cuisses et attachée à la ceinture; de hautes guêtres, comme la chemisette , en peau , et des espèces de sandales auxquelles, au fond de l’hiver, ils ajoutent un appareil formé de deux morceaux de bois longs de quelques pieds , joints ensemble et recouverts parune peau d’animal , par le moyen duquel ils glissent plutôt qu’ils ne marchent, sans enfoncer dans la neige.

Le costume des femmes ne diffère que peu de celui des hommes, et cela seulement dans la plus grande longueur de la chemise. Tel semble avoir été le vêtement primitifauquel a été ajouté, depuis qtre le contact avec les blancs leur a permis de le faire,

une couverture de laine , simple pour les particuliers et teinte pour les chefs, qu’ils drapent par dessus l’épaule.

Les Eskimaux et les autres tribus soumises à une atmosphère glaciale se couvrent la tète, en hiver, d’une sorte de capuchon. Quelques uns, sur la côte du nord-ouest, portent un chapeau d’osier, de forme conique, qui les garantit dans la saison des pluies.

Smith rapporte que les Indiens de la Virginie portaient souvent en hiver des manteaux faits avec des plumes si habilement jointes par des fils qu’il était impossible d’y découvrir autre chose que des plumes.

Les Delawares , qui habitaient un climat tempéré,sont presque nus, et ne portent, au fait, que la couverture qui est maintenant commune à la généralité. Il en est de même des Musquoghees.

Les Creeks, les Chérokées et les autres tribus méridionales, étant celles qui ont le plus frayéavec les blancs , en on t presque tous adopté les vêtemens, principalement les chefs qui, à quelques exceptions près, ont été habillés aux frais du gouvernement des États-Unis; ce sont eux qui offrent le singulier contraste pour la contenance, les traits, l’allure et les mouvemens, gracieux quand ils sont libres, et maladroits lorsqu’ils sont gênés. Et, bien que ces tribus aient déjà fait quelque progrès dans les arts agricoles, un disparate frappant ne laisse pas que d’exister entre ces en fans des bois et les autres habitans.

Nous avons, il est vrai par exception, vu quelques chefs de ces derniers, comme M. Intosh,par exemple, vêtus fantastiquement ; mais leur costume était emprunté et imitait celui des montagnardsécossais dont le pittoresque est connu, et n'a rien de l’originalité de ceux de nos forêts. Pour un peuple original , c’est le dernier que nous choisissons; c’est d’ailleurs celui dont nous essayons de donner une imparfaite idée.

Le tatouage ou la peinture de la peau est généralement en usage; en ceci ils satisfont au goût si décidé des Indiens pour les couleurs tranchantes. Les uns, et nous parlons maintenant des tribus éloignées, ont la figure rouge écarlate; d’autres, moitié rouge et moitié verte. Sur la face de quelques uns on découvre soit un œil figuré ou l’image verte d’un serpent. Bon nombre ont des raies diagonales sur les joues de diverses couleurs.

Nous nous rappelons surtout un jeune Pawnee, membre d’une tribu qui l’envoya, ilya quelques années, avec d’autres en députation au président des États-Unis II y eutàWashingtonàcette occasion une danse solennelle de toute la délégation, dans laquelle les discours et la pantomime eurent leur place accoutumée. Cette danse fut animée en proportion de l’hommage que voulaient rendre les enfans rouges à leur grand-père le président. Il semblait aussi que la vue de l’immense concoursde citoyens, parmi lesquels bon nombre de dames , assemblés pour les voir, eût ajouté à la chaleur et à l’enthousiasme avec les-

quels ils s'évertuaient, à tel point qu’à la grande confusion des chastes spectatrices dont quelques unes s’échappèrent, soit que ce fût par accident ou pour le plus grand honneur de l’auditoire, les manteaux et les couvertures tombèrent à terre, et ces athlétiques ambassadeurs apparurent à la vue de tous , non pas seulement comme les fit la nature , mais encore les corps peints et adonisés à leur façon.

Toutefois dans le groupe, et par dessus tous, on distinguait le jeune Pawnee. Il comptait vingt soleils : Hercule pour la force et Apollon pour les formes ; il était , des pieds à la tête , de couleur vert-pomme, et ne ressemblait pas mal à un lézard.

Dans le choix des ornemens et des habits fantastiques dont ils s’affublent principalement aux jours de fête et lors de leurs danses de guerre ou de réjouissance , les Indiens cherchent le plus possible à se rapprocher des animaux qui leur sont familiers : c’est là leur beau idéal. Ainsi figurent sur leurs têtes la crête du coq , la huppe du perroquet, façonnées en plumes presque toujours teintes d’un rouge éclatant. Quelques uns ont des cornes; et entre autres, un chef des Fox, venu aussi à Washington, avait la tête couronnée du crâne et de la peau d’un buffle, le tout surmonté des deux cornes de l’animal , dont l’une peinte en rouge , l’autre en noir; ses cheveux étaient noirs comme le jais, longs et droits. Il n’avait pas de chemise, et portait sur

io

i épaule une espèce de manteau rouge. Son aspect était véritablement horrible.

Beaucoup ont une queue, soit celle du paon, du bison ou de tout autre animal sauvage ; d’autres, aussi, et en grand nombre, portent un collier de dents d’ours ou de buffle.

Une grande partie des chefs ont , pendante à leur col, une médaille d'argent qui leur a été donnée, avec l’effigie du président des États-Unis d’un côté, de l’autre un calumet et deux mains se joignant en signe de paix et d’amitié.

Une poche dans laquelle ils placent leur tabac forme également une partie de leur ornement. Elle est souvent artistement travaillée avec des grains en couleur et des morceaux de plumes teintes qu’ils enlacent en forme de vignettes.

Comme l’Indien ne reconnaît pas les distinctions intellectuelles, les seules pour lui sont celles qui personnifient la force et la ruse, et, à cet effet, il a naturellement recours aux marques distinctives des animaux ou aux effets de la nature.

Ceci est également vrai quant aux noms qu’il s’attribue. Ainsi, nous trouvons parmi les chefs : l'oisecm noir, le grand serpent , la pleine lune, le tour bilhn, le chien, le bout-de-queue , la grande tortue, l’œil de corbeau, le chef du soleil, le chat sauvage, le bel oiseau, le petit renard, le taureau blanc, le trépanneur, le bec de l’aigle, le souffle du vent, la pluie, le cygne, le poisson, le nuage qui s’élève, l’éclair , etc., etc.

D’autres aussi ont retenu des noms qui leur sont dévolus pour quelque action qui leur fut personnelle ou dans laquelle ils jouèrent un rôle important , tels que : celui qui marche , la nuit , sans oreilles , V apparition , le gros ventre , le mangeur de pierres y le planteur de maïs y le destructeur des villes, le sot , le grand balai , la pluie qui marche > la pomme des prairies , etc. , etc.

On nous saura quelque gré sans doute d’avoir ici donné la traduction des noms indiens au lieu du texte ; nous l’avons d’ailleurs fait dans un esprit de compassion pour nos aimables et bienveillans lecteurs, car nous leur donnerions en cent ou en mille à les prononcer dans leur rude et barbare idiome.

Maintenant, si l’on ajuste sur chaque individu les vêtemens que nous avons véritablement indiqués, et si de plus on y ajoute les noms qu’ils se sont donnés, on peut se faire une idée du grotesque d’une danse dans laquelle figureraient le tonnerre avec le corbeau , la montagne avec le lapin, et V arcen-ciel avec fours , etc.

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