FAITS ET CONJECTURES SUR L'ORIRINE DES SAUVACES DE L’AMÉRIQUE DU NORD
En remontant vers la source des temps connus, on se trouve bientôt, par rapport au sujet qui nous occupe, enveloppé dans une obscurité presque complète. Ici, aucune page à consulter, pas de temples, ni d’obélisques, ni de pyramides; aucuns de ces monumens qui, chez les nations comme celles-ci presque effacees de la surface du globe , attestent que là furent jadis les sieges de puissans empires.
L’esprit éclairé qui embrasse au loin, et la philosophie qui explique , ne sauraient admettre de lacune dans l’ordre de l’univers, où tout est continuité et harmonie, sauf des accidens locaux, tels que ceux causes par des inondations partielles ou par ces volcans entraînant parfois, dans leurs cruel-
les dévastations, une Hereulaniim et une Pornpeïa, mais jamais tout un hémisphère. On ne conçoit guère qu’une des plus belles portions du globe ait, jusqu’à la conquête, été le partage seulement de quelques bandes éparses, étrangères à toute civilisation par le moyen du contact d’un grand nombre d’hommes s’associant et vivant ensemble pour leur bonheur commun. C’est probablement dans cette prédisposition d’esprit, et mû par un désir ardent d’établir une hypothèse de faveur, que l’on a accueilli avec une trop grande complaisance et mis en cause quelques amas informes ayant une si faible ressemblance à des fragmens de ruines , que le moindre examen consciencieux qui en approche, les place bientôt dans la classe des suppositions auxquelles ils appartiennent, s’il ne les détruit entièrement. Des formations artificielles de terrain, trouvées éparses, démontrent la main de l’homme, mais de l’homme inculte, n’ayant aucune idée d’architecture, d’utilité ou d’ornement. Celles-là, ainsique beaucoup d’autres n’ayant leur origine que dans les caprices chaotiques de la nature, ont été transformées idéalement en bastions et en remparts. Pour notre part donc, notre expérience nous porte à n’accepter qu’avec une extrême méfiance ce que des voyageurs plus ou moins véridiques ont rapporté au sujet des prétendues ruines cle l’Amérique du Nord, à l’exception du Mexique, où le cas est fort différent.
De l’esprit d’investigation qui s’agite en ce mo^
ment surgiront de nouvelles lumières; mais l’absence, jusqu’à présent, de monumens durables ne peut permettre d’espérer que l’on puisse de longtemps se former une idée aussi précise sur l’ancienne position sociale des aborigènes de l’Amérique septentrionale, maintenant les États-Unis, que celle que l’on est à meme d’établir sur celle des Indiens du Mexique et de l’Amérique du Sud. Une curiosité intelligente s’agite aussi sur ce sujet en Europe, d’où les regards se portent avec intérêt vers leNouveau-Monde.Des citoyens éclairés, parmi lesquels on doit citer en première ligne M. Ternaux, auquel on doit déjà le .recueil de onze cent cinquante-trois ouvrages, tous relatifs au nouveau continent, rassemblent dans ce moment une masse de documens d’une valeur inappréciable pour la science. Toutefois, à travers le doute qui existe encore sur plusieurs points, des manuscrits islandais, récemment découverts à Copenhague, tendent fortement à constater une affinité certaine entre le nord de l’Europe et l’Amérique septentrionale. Ces écrits établissent que, vers la fin du neuvième siècle, les Norwégiens firent la découverte de l’Islande. Dans ce nouveau pays, ils rencontrèrent une race d’hommes barbares et intraitables. Us les détruisirent tous; et l’on doit déduire de ce dernier fait que ces peuplades n’étaient pas comme leurs conquérans, les Norwégiens, d’origine normande. En eût-il été autrement, leur extermination totale eût été un crime inutile, un acte de fausse politi-
que; et quelque féroces que fussent les vainqueurs d’alors, ils possédaient du moins à un haut degré l’instinct de leur propre intérêt. Il est plus que probable que les indigènes nouvellement découverts approchaient des Eskimaux. Cette affinité que nous avons supposée plus haut se continue par le Groenland, qui fut découvert par les Norwégiens ou par les Islandais un siècle après l’Islande, c’est-à-dire vers l’an 1000.
En l’année 1001 , un navire islandais, poussé par la tempête, découvrit une terre au sud-ouest du cap Farewell , où une colonie, expédiée du Groenland, fut bientôt après transplantée. Ils l’appelèrent Vinland ; et s’il est vrai, ainsi qu’ils l’assurent, que le soleil y était visible pendant huit heures aux jours les plus courts, ce pays doit être celui connu sous le nom de Terre-Neuve. D’après la description qu’on nous donne des habitans et leur dénomination de Skroellings , ou nains, ce n’étaient autres que des Eskimaux, dont le nom signifie mangeurs de poissons.
Après lan liai, on ne retrouve plus aucune trace de la colonie européenne, dont, à l’époque de la découverte de l’Amérique par Colomb , il n’avait certainement aucune connaissance.
Suivant l’avis de M. Gallatin , que nous respectons comme ayant été le résultat d’une étude élaborée et consciencieuse, et d’une connaissance pratique des Indiens, que peu d’hommes sont à même de posséder, il est difficile de penser que les
Eskimaux et les autres Indiens de l'Amérique dit Nord n’aient pas eu une origine commune. « Leur « couleur et leurs traits, dit-il 1, sont essentiellement te les mêmes; et il est facile d’attribuer les seules « différences qui existent, principalement dans la <c taille, à la rigueur de leur climat, et aussi, peut- « être, en partie à leur nourriture. La ressemblance « parfaite de la construction et de la forme de « leur langage avec celle des autres tribus indien- « nés, quelle que soit la différence existant dans « leur vocabulaire, prouvent presque incontestablet( ment qu’ils appartiennent tous à la même fa- « mille. »
Mais cette ressemblance dont parle M. Gallatin est encore plus apparente par rapport au physique qu’à celui des langues des différentes tribus du continent américain, qui se lient, comme nous l’avons vu, au nord de l’Europe par les Eskimaux. Ceci se voit incontestablement dans la taille, dans la forme de la figure, l’os jugal élevé, l’œil châtain, les noirs cheveux, le peu de barbe, ainsi que dans la démarche; et, quant à leurs mœurs, leurs costumes, leurs traditions, leurs idées religieuses, leur système d’éducation et leurs dénominations entre eux, il est aussi bien évident qu’ils font également partie d’une race d’hommes différant essentiellement de celle de ta portion tempérée de FEurope.
i Transactions of the American antiquarian society , vol. Il, p. 14.
. D après Clark *, les Lapons sont d’une couleur cuivrée, nom donné à celle des Indiens en général. On sait aussi que cette similitude de l’épiderme et de conformation physique se trouvent chez bon nombre de peuplades de l’Asie, et principalement dans les îles de cette partie du monde.
Il est difficile de dire au juste quel sera le résultat définitif d’investigations placées maintenant en de savantes mains. Les jalons sont plantés, et par le chaînon jeté par le nord, entre l’Europe et l’Amerique septentrionale , on saura un jour si la civilisation qui envahit cette portion du globe et chasse devant elle la barbarie y apparaît maintenant , et après un long intervalle de temps, pour la seconde fois, ou bien plutôt si ce n’est pas pour elle une terre vierge.
Les traditions indiennes ne peuvent guère servir aux éclaircissemens de l’histoire , tant elles sont confuses et diversement racontées. Les rejeter entièrement cependant, ou passer outre avec dédain, serait déchirer la seule page de notre humble travail qui soit empreinte de quelque poésie, et les fleurs sont trop rares sur notre route pour les fouler aux pieds. Quelques unes de ces traditions cherchent une origine orientale^ d’autres portent la leur vers le couchant ; mais la plus grande partie des tribus se croient originaires du sol qu’elles
1 Clark's Travels, TX, 486 et suivans.
occupent et disent que leurs ancêtres sortirent de la terre.
Les Shawnèses, tribu parlant l’algonquin , et comme cette dernière originairement venue du nord, dont le sort fut d’être ballottée comme les flots de la mer, puisque, poussée d’abord du septentrion vers le midi , elle fut ensuite refoulée de nouveau vers le nord, réclament une origine étrangère, et racontent vaguement que, guidée par un chef de la bande des Tortues, leur tribu marcha en procession solennelle jusqu’aux rives du grand Océan « qu’elle traversa par un miracle , » qu’alors ils atteignirent cette île .
Les Caddoes , qui jadis habitèrent un pays de prairie, adossé par une haute éminence, sur la rivière Rouge, prétendent qu’il survint une noyade générale de toutes les créatures de là terre ; mais que le Grand-Esprit, qui protégeait spécialement leur tribu , plaça une famille des leurs sur un monticule, et que, de cette famille, sauvée par la faveur divine , est issue la race humaine.
Il est quelque chose moins céleste , mais non moins curieux, dans la religion des Mandanes , tribu des bords du Missouri, qui, assurent-ils, « grimpèrent originairement, et par le moyen d’une « grande vigne, d’une région souterraine, où ils « étaient en premier lieu, jusque sur la surface de « la terre. — -Mais cette vigne venant à fléchir sous « leur poids réuni, elle se rompit tout à coup, et ils « laissèrent ainsi derrière eux une portion de leur
« nation, quils espèrent bien rejoindre après leur « mort. » Les Mandanes ne nous disent pas qui créa les premiers nés d’entre eux, et la terre qu’ils voulurent prendre d’assaut, et enfin la vigne à laquelle ils se cramponnèrent, et qui fut en même temps la cause première du bonheur d’une portion d’entre eux, tandis qu’elle laissa l’autre dans les ténèbres.
C’est là sans doute une lacune tant soit peu athée; mais on n’accueille pas sans attendrissement cette lueur d’espérance et ce lien d’affection qui, à travers toutes les tribulations humaines , unissent les morts aux vivans. Il y a là une et la plus consolante des idées sur l’éternité.
Les JP innebagoes occupent la région située entre la baie Verte et le Mississipi, sur lequel elle s’étend même au delà de la Prairie du Chien. Cette tribu est connue dans le Canada et fut désignée par les Français sous le nom peu propre de puans , en raison de leurs habitudes de malpropreté, qui les distinguent aussi éminemment des autres tribus. Suivant leur tradition , ils sont venus du sud-ouest.
C est à cette nation , fière , belliqueuse et encore féroce à l’excès qu’appartenait le fameux Oiseau Rouge , l’assassin d’une famille américaine qui , en 1827, fut remis par la tribu , et qui se rendit lui-même, afin d’éviter que la guerre ne fût portée chez eux pour tirer vengeance et punir son crime. Cet homme se conduisit avec un tel héroïs-
me , une fois entre les mains de la justice, que le président des États-Unis était sur le point de lui faire grâce de la vie, lorsqu’il mourut en prison.
Tout en cherchant à sortir de la nuit qui entoure les traditions indiennes, au sujet de leur origine, on trouve néanmoins que sur un point elles s’accordent presque toutes, et c’est celui d’un déluge universel qui aurait détruit le genre humain , à l’exception de quelques élus dont chaque tribu réclame modestement avoir fait partie. Nous laissons à chacune d’elles la petite vanité d’avoir été le noyau de la création , prétention, au reste, tout aussi innocente que celle qui, dans une société plus avancée, nous fait attribuer à chacun en particulier d’être la nation la plus favorisée du ciel: qui voit, par exemple, dans les Grecs de nos jours, les descendans des demi-dieux; les Espagnols, issus du sang d’Hercule, et leurs rapides coursiers, fils du Yent. Ces petites flatteries ne coûtent rien, et, généralement parlant, elles nuisent rarement; car c’est en se croyant appelées à une haute destinée et à accomplir de grandes choses que les nations se sentent la force de les entreprendre.
Revenant donc à notre sujet: de ce concert d’idées entre des classes d’hommes qui ne se sont jamais consultés entre eux, on doit déduire, ce qui d’ailleurs est susceptible de beaucoup d’autres preuves, que plusieurs parties du globe ont été tour à tour submergées par des inondations destructives et que chacune en particulier a
eu son arche libératrice. Ce dernier fait peut se supposer sans détruire pour cela la suprématie de notre vénérable aïeul Noé, qui, d’ailleurs, aurait pû être le premier des chefs de famille et père unique de tous ; quoique cependant, dans ce dernier cas, nous aurions quelque peine à nous expliquer comment, de ce seul tronc, auraient pu naître des rejetons aussi différens les uns des autres que sont entre elles les formations des races dont les peaux sont blanches, noires, rouges et cuivrées.
Un nombre de tribus , que l’on évalue à quatrevingt-une, ont dû occuper le nouveau continent. Elles paraissent avoir été divisées en vingt-sept familles ou sociétés différentes.
Des montagnes rocailleuses jusqu’à l’Océan atlantique, et de l’extrême limite méridionale des Etats-Unis jusqu’au cinquante-deuxième degré de latitude nord , tout le territoire qui, maintenant, constitue les États-Unis et une partie des possessions anglaises et russes dans l’Amérique du Nord était dans l’origine en la possession de huit grandes tribus seulement; chacune d’elles parlait un langage à part. Celles-ci étaient subdivisées en dialectes qui différaient entre eux par de légères nuances, mais toutes appartenaient à la même racine. C étaient les Eskimaux, le Athapascas, les Blackfeet (pieds noirs), les Sioux , les Algonquins- Lenape, les Iroquois, les Cherokées et les Mobilians.
Ainsi, les quatre-vingt-une tribus connues sur
le continent, sur lesquelles on possède quelques données, se divisent en vingt-sept familles ou racines. De ces vingt-sept, huit seulement se partageaient la portion du pays qui , en raison de la fertilité de son sol, la multitude de ses rivières, et sa grande étendue de côtes , devait nécessairement être la plus populeuse. Cette division en familles, sur laquelle nous appelons l’attention, a été instituée principalement afin de remonter, si c’était possible, par leur langue à l’origine indienne. Ici le mot famille , appliqué aux langues, se rapporte à toutes celles qui contenaient un assez grand nombre de mots primitifs et semblables, pour démontrer qu’à une époque assez reculée elles eurent toutes une commune origine. Cette origine, les savans philologues Gallatin , Duponceau et autres la trouvent dans la chronologie mosaïque, et lui donnent pour berceau l’Asie. Sans se laisser entièrement entraîner par une hypothèse aussi large, ni s’abandonner sans un plus mûr examen à cette espèce d’enchantement qui, tout d’abord, s’attache d’ordinaire à la découverte d’une vérité qui peut affecter l’histoire de l’humanité , on ne peut nier que cette idée, courageusement avancée, et soutenue comme elle l’est par d’aussi hautes autorités , mérite l’attention des esprits éclairés.
Les auteurs que nous avons cités ci-dessus donnent nécessairement une haute antiquité à la population américaine, ce qui s’accorderait avec l’idée que l’Asie lui donna ses premiers habitans, ainsi
quavec la chronologie mosaïque; supposition d’ailleurs qui ne se détruirait pas par le fait de la grande distance entre l’Asie et l’Amérique, si on réfléchit a la facilité avec laquelle les communications eussent pu se faire entre ces deux parties, soit par le détroit 1 de Behringou par le Kamschatka et le Japon par le moyen des îles Aleutiennes. La rapidité avec laquelle on sait que se multiplie l’espèce humaine, lorsqu’elle se trouve placée dans des conditions favorables telles que celles de l’espace et du libre mouvement, viendrait également justifier l’époque supposée si ancienne de la première apparition de 1 homme en Amérique. Aux États- Unis, où existent toutes les circonstances les plus favorables à cette augmentation de population , elle se double dans un espace de vingt-trois années. L’homme cultivateur fuit tout ce qui le gêne et va là où il a les coudées franches; d’autres le suivent et s’établissent à la place qu’il a quittée. Ainsi va l’homme oùjil trouve sa subsistance , et il avance, et toujours avance , tant qu’il la trouve.
En adoptant l'idée la plus généralement reçue, que l’Asie fut le berceau du genre humain d’où graduellement ilsetendit sur d’autres contrées; et comme l’on sait que trois couples , se multipliant trente fois , donneraient au delà de six cent millions d’ames , l’espace, quelque vaste qu’il fût, eût
Voyez la carte jointe à cet ouvrage.
été bientôt franchi, et on arriverait à conclure qu’il est plus que probable que la population de l'Amérique ne commença pas plus tard que cinq ou six cents ans après celle de l’ancien monde.
En traitant le sujet de l’origine présumée des indigènes de l’Amérique du Nord , nous nous croyons dans l’obligation de n’omettre aucune des sources auxquelles nous sommes à même de puiser. C’est du concours de toutes les autorités que devra, en définitive, rejaillir la lumière.
Sous cette dernière impression , nous venons ouvrir au lecteur un nouveau chapitre théorique qui nous est présenté dans un ouvrage tout récemment publié aux États-Unis, par M. John Delafield junior h
Afin de rendre justice pleine et entière à ce savant archéologue, il faudrait de toute nécessité le traduire en entier, ou entrer dans une argumentation que ne nous permettent pas nos limites : aussi nous bornons-nous ici à recommander l’étude de cet ouvrage ; et pour le présent nous nous contenterons d’indiquer, en termes généraux, l’origine qu’il attribue aux races indiennes, et de parcourir rapidement l’itinéraire par lequel il les fait arriver, des temps les plus reculés à la place qu’elles occupent maintenant.
Quand , au temps de Peleg, se fit le partage des
i Examen de l’origine des antiquités de l’Amérique, New-York,
possessions territoriales de notre globe entre les descendais de Noé, la famille de Cuth, l’une des plus puissantes de toutes, tribu qui fut toujours insubordonnée, et qui était de son naturel encline à s’approprier forcément le pays qui ne lui appartenait pas , lut forcée , eu raison d’un grand nombre d’actes de révolte et d’insubordination , parmi lesquels on compte l’érection de la toiir de Babel et sa destruction par la main de Dieu , de s’expatrier. Elle se dirigea, en premier lieu, par le nordest de la Palestine; de là elle atteignit le mont Caucase, à.oi\i 1 auteur fait dériver le nom de cette famille ou race; de ce dernier lieu , elle arriva en Sibérie; et enfin, de la Sibérie elle vint, dans la suite des temps, envahir, par le détroit de Behring, et plus tard peupler l’Amérique.
Cette hypothèse , devenue pour l’auteur une réalité, serait fondée d’abord :
Sur un rapprochement notable entre les langages des aborigènes et celui de la race biblique de Cuth, aussi bien qu’entre les formations crânologiques des deux peuples;
Une unité originaire, commune, dans leur mythologie, et une forte ressemblance dans leur système d’hiéroglyphes ;
Une même division astronomique des temps, et les mêmes signes du zodiaque; un genre d’architecture tout- a -fait semblable; et finalement , ajoute-t-il, sur beaucoup de points, leurs us et coutumes étaient essentiellement les mêmes.
Maintenant, pour ce qui concerne la division des races dans les deux Amériques , du Sud et du Nord, il trouve une forte analogie entre les Egyptiens et les peuples méridionaux de l’Asie, et ceux du Mexique et du Pérou; indentité qu’il cherche à établir par leurs traditions mythologiques , leurs systèmes d’astronomie, d’hiéroglyphes , et plus particulièrement encore par leur architecture, qui possède en commun ce caractère de solidité et d’éternité, si l’on peut ainsi s’exprimer, que l’on ne trouve nulle part dans l’Amérique du Nord.
Les Indiens de cette dernière partie seraient issus, au contraire, de la partie nord de l’Asie, des races mongole ou tartare, auxquelles ils ressembleraient aussi fortement, suivant l’auteur, dans leur conformation , leurs habitudes nomades et erratiques ; leur style d’architecture consistant simplement (et en ceci l’opposé de celui des tribus du Mexique et du Pérou) en bastions et tumuli , en rudes formations et fossés enterre , et, principalement surtout, dans leur antipathie naturelle pour toute civilisation.
D’après des annales trouvées dans les archives du Mexique, à une époque qui correspondrait à notre sixième siècle, les ancêtres des présens Mexicains y vinrent du Nord, sous la conduite d’un empereur ou chef célèbre nommé Gitin ou Votan. Du Nord , ils eussent été expulsés vers le Sud par cette race mongole ou tartare, plus féroce, plus mouvante, et dont la propension naturelle depuis
Cuth, comme il a déjà été dit, était toujours de s’approprier la portion de terrain occupée par ses voisins.
Ainsi , suivant l’auteur des Antiquités américaines j les Indiens de l’Amérique du Sud et du Mexique seraient dérivés des peuples de l’Asie méridionale et de l’Égypte, dont à l’époque de la découverte ils retenaient encore beaucoup des traits caractéristiques, et ceux de l’Amérique du Nord , qui forment l’objet principal de nos recherches, seraient de race mongole ou tartare.
Nous confions ces dernières théories à la sagacité du lecteur, avec la seule remarque de notre part, qu’il serait assez singulier que le déplacement actuel des Indiens du Nord, avec la décroissance qui en est la conséquence, fût une sorte d’expiation en faveur de la civilisation 7 de la longue carrière spoliatrice de cette race.