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CONDITION DES FEMMES

L’une des plus .belles maximes qui soient empreintes en caractères ineffaçables sur la bannière de la chrétienté , est celle de Justice aux femmes sur la terre. Partout ou s’élève la croix , là aussi s’élève ia femme. Ainsi, l’enfant de la Judée, le Thalmud en main, dans sa prière, remercie Dieu de ce qu’il ne l’a pas fait femme ! Dans l’étal sauvage, l’homme dans son invocation demande une épouse soumise; il la classe avec les animaux et les créatures que Dieu fil pour son usage , mais il ne la considère pas comme la compagne qu’il lui donna pour adoucir ses peines et charmer son existence.

Dans un ouvrage assez ancien, intitulé Voyages du sieur de Champlam , ou Journal des découvertes de la nouvelle France en i6i5 et 1618, nous trouvons le simple récit suivant 1 : « Le 9 du mois

« d’octobre , nos sauvages allant pour descouvrir, ce rencontrèrent onze sauvages , qu’ils prindirent « prisonniers, à savoir : quatre femmes , trois gar- « çons, une fille et trois hommes , qui alloient à la « pêche de poisson, esloignez du fort des ennemis « de quatre lieues. Or, est à noter que l’un des « chefs voyant ces prisonniers, coupa le doigt à une « de ces pauvres femmes , pour commencer leur «supplice ordinaire. Sur quoi, je survins sur ces « entrefaites, et blasmai le capitaine Hiroquet , lui « représentant que ce n’estoit l’acte d’un homme de « guerre , comme il se disoit estre, de se porter « cruel envers les femmes , qui n’ont desfense au- « cune que les pleurs, lesquelles à cause de leur « imbécillité et foiblesse on doit traiter humaine- « ment. Mais au contraire qu’on jugeroit cet acte « provenir d’un courage vil et brutal , et que s’il « faisoit plus de cruautez, il ne me donneroit cou- « rage de les assister ni favoriser en leur guerre. « A quoi il me répliqua peur toute response que « leurs ennemis les traitoient de mesme façon. « Mais puisque cette façon m’apportoit dudesplai- « sir, il ne feroit plus rien aux femmes, mais bien « aux hommes. »

Indépendamment des soins de la maternité, dont l’homme ne s’inquiète en aucune manière , à la femme sont toute la peine et le travail. G est elle qui, en voyage, transporte ses enfans sur son dos, et souvent il arrive qu’elle va, en outre, courbée sous le poids du bagage et des ustensiles culinaires né-

cessaires à ce ménage ambulant. Les durs et nécessaires exercices qui leur sont imposés en font des bêtes de somme et des esclaves. A elles encore reviennent les seuls travaux d’agriculture qu’ils connaissent. Elles fendent le bois au moyen de tomahawks faits en pierres aiguës et tranchantes , le transportent à dos au camp, où il faut encore qu’elles préparent les mets de leurs maîtres.

Les femmes d’un parti vaincu étaient , après le combat, distribuées à ceux des hommes de l’autre parti qui voulaient bien s’en charger, et eux, à leur tour, les considéraient et les traitaient comme des domestiques et des esclaves.

Cependant comment concilier la rudesse et la brutalité qu’ils exercent sur le sexe le plus faible et le plus délicat avec la pratique indienne, universellement établie, de l’hérédité des dignités gouvernementales par la ligne des femmes ? On ne sait , en vérité, où chercher la source de cette singulière anomalie, si ce n’est que là, comme ailleurs, la paternité pouvant parfois être mise en question, en adoptant la garantie plus sûre de la maternité, ils s’assuraient, par ce moyen, d’une ligne directe et légitime.

L’infériorité dans laquelle ils tiennent les femmes assujétit celles-ci naturellement à de mauvais traitemens, et lorsque les choses ne vont pas entièrement à leur gré, ils ne se font pas le moindre scrupule de leur infliger des châtimens très sévères. En vain a-t-on souvent essayé de les ramener à des

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sentiments plus humains, ils ne s’en obstinent pas moins à reclamer et à exercer les droits que leur donne leur prétendue supériorité sur elles.

Dans son Histoire de la découverte et de la conquête de V Amérique, le célèbre auteur Robertson dit qu’il n’est pas de plus grande preuve du mépris qu’avaientles Indiens pour leurs femmes que la défense expresse qu’ils leur faisaient de s’abstenir de 1 usage de toute liqueur. C’était elles cependant qui les fabriquaient, qui les servaient àleurs maîtres et à leurs amis, qui donnaient les soins nécessaires aux hommes quelles relevaient quand l’ivresse s’était emparée de leurs sens; là se bornait leur intervention : jamais elles ne devaient partager les amusemens et les joies de leurs maris.

Il y a quelques années que le général Cass, alors gouverneur du Michigan, et qui de plus était alors 1 intermédiaire officiel entre le gouvernement des Etats-Unis et les nombreuses tribus indiennes qui avoisinent cet état, pensant que l’un des premiers moyens de civilisation des Indiens devait être de leur inspirer des sentimens plus en harmonie avecla morale et la religion, appliqua tous les moyens de persuasion en son pouvoir pour rehausser la femme à leurs yeux ; mais tous ses efforts philanthropiques vinrent échouer contre les anciennes coutumes , force lui fut enfin d’exercer la rigueur.

Un Indien s’etait rendu coupable, à la baie Verte, de voies de fait envers sa femme qu’il avait même

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blessée assez grièvement avec un couteau. M. Cass qui se trouvait appuyé par une force militaire, et qui d’ailleurs était très aimé de la plupart des indigènes ? fit arrêter le coupable, et ordonna qu’à midi, le jour suivant, la tribu entière fût convoquée, hommes, femmes et enfans.

C’était un de ces beaux jours d’automne qui caractérisent cette saison en Amérique appelée été indien ; sous un ciel radieux et une atmosphère qui semblent donner à l’ame de la joie de son existence; sérénité de la nature qu’on eût dit un sourire du ciel sur une bonne action. A l’heure indiquée, les troupes de la garnison , musique en tête , étant rassemblées , le criminel fut amené tout tremblant sur la place; car, à la vue de cet appareil imposant, il ne croyait rien moins qu’au sacrifice de sa vie. Là, le général Cass déclara à haute et intelligible voix, à toute la tribu réunie, que le malheureux qui était devant elle s’était rendu coupable de traitemens envers sa femme, qui le rendaient indigne de porter le nom d’un guerrier; que celui qui devait être le protecteur de sa femme en avait, au contraire, été l’oppresseur, et que, en conséquence, il le déclarait à toujours et à jamais déchu de sa qualité d’homme. On le dépouilla alors, et il fut, au son du tambour, affublé d’un jupon, après quoi il fut laissé libre.

L’effet en fut comme magique parmi les spectateurs qui étaient loin de s’attendre à un tel coup de théâtre. Le coupable en fut attéré; car il voyait

ainsi déverser sur lui tout le mépris de sa tribu. 11 échappa ensuite avec peine aux femmes et aux enfans qui le poursuivirent de leurs huées et à coup de pierres jusqu à ce qu'il fût hors de leur atteinte. Depuis cette époque le jupon est tenu in terrorem , et le traitement des femmes s’est singulièrement amélioré dans ces parties. M. Cass avait bien jugé en attaquant de cette manière la susceptibilité des Indiens pour l’opinion de leurs semblables, et surtout 1 horreur qu ils ont pour tout reproche de pusillanimité; mais le moyen employé dans ce dernier cas ne peut l’être que là où le réformateur peut s appuyer , ainsi que le fit le gouverneur, sur une force militaire telle que celle qui entourait ces tribus.

fiien, au fait, n’est plus pénible que l’abjection dans laquelle sont tenues les femmes. Pour s’en faire une juste idée, il suffit d’avoir vu une marche indienne à travers les bois. D’abord un à un, et à la suite (^habitude qui sans doute a pris naissance dans les difficultés naturelles du terrain qui permettent rarement d’aller deux de front, et ce qui a donné à ce genre de marche le nom de file indienne) viennent les hommes aussi peu encombrés que le comportent leurs simples vêtemens, n’ayant en main qu’un arc ou une carabine. Ils suivent de cette manière et en silence, sans regarder ni à droite ni à gauche, leur chef de file, et ne s’inquiètent nullement des pauvres femmes qui, elles, se traînent péniblement à leur suite accablées sous le

poids d’un ou de plusieurs enfans, ainsi que de tout le bagage appartenant à la famille. Arrivée à la fin de la marche, la procession s’arrête; les hommes s’étendent à terre, causent , fument ou sommeillent jusqu a ce que les femmes aient allumé les feux et préparé les mets. Ce n’est qu’après que la faim a été apaisée , que tous sont satisfaits et les enfans ravitaillés, que ces pauvres créatures peuvent à leur tour prendre quelque repos, bientôt troublé de nouveau; car c’est encore à elles à donner, les premières, le signal du départ. Telle est la vie des femmes indiennes.

Toutefois elles sont tellement faites à ces rudes traitemens que leur abjection leur semble chose toute naturelle. Elles regardent comme une vertu d’éviter à l’homme tous les soins de la famille, et une Squciw ne peut en injurier une autre par un reproche plus grave et plus humiliant que de lui dire que l’on a vu son homme recueillir le bois nécessaire à la cuisson des alimens.

On sait que, dans leur invocation au Grand Esprit, ils lui demandent pour grâces premières une bonne pêche, une chasse abondante, des chevaux agiles, des femmes soumises et des enfans mâles.

Non seulement la polygamie n’est pas une crime , mais elle est encore considérée comme un fait honorable; et l’importance de l’homme dans la tribu se mesure d'après le plus ou le moins de femmes qu’il possède. La première femme, en date, a rang sur toutes les autres.

Quelque imparfaite que paraisse l’énonciation des faits qui se rapportent aux us et coutumes des indigènes, elle suffira, nous l’espérons du moins, à l’appréciation de leur caractère original. Il eût été facile d’étendre notre cadre et d’amplifier sur ce sujet en y ajoutant les traditions conjecturales qui s’offrent en grand nombre, et qui sans nul doute ne manquent pas d’attraits ; mais amuser n’étant pas notre but, il nous a paru préférable, au risque d’encourir le reproche contraire, de nous limiter aux faits connus et avérés, et de nous tenir exclusivement ainsi dans le cercle de la vérité.

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