‹ Notice sur les Indiens de l'Amérique du NordChapitre 24 sur 27 · PROCÉDÉS DU GOUVERNEMENT DES ÉTATS-UNIS ENVERS LES INDIGÈNES · texte numérisé non relu

PROCÉDÉS DU GOUVERNEMENT DES ÉTATS-UNIS ENVERS LES INDIGÈNES

La population blanche ne vint pas de prime abord , comme le vautour sur sa proie , fondre sur les habitans primitifs de l’Amérique septentrionale. Les premiers individus qui y abordèrent étaient des supplians ; ils demandaient une part de soleil et d’espace là où il y en avait pour tous. Voyez, au fait, ces hommes que repoussaient de leurs foyers l’intolérance en matière de religion et le despotisme de la politique ; ce Guillaume Peim à l’ombre du grand chêne comme au temps des patriarches ? rendant justice également aux Indiens et aux blancs, .et ces martyrs de leur conscience préférant l’exil au parjure religieux. Combien il y a loin de ceux-là aux conquérans qui, parle fer et à la lueur des flammes, plantèrent les jalons de tant d’empires ! Ils étaient d’ailleurs trop faibles, eux, y eussent-ils été disposés , pour tyranniser les Indiens dont il était de leur intérêt de cultiver l’amitié. Les

premiers rapports entre les deux races furent donc fondés sur la bienveillance.

Malgré des inimitiés partielles, des attaques individuelles et des actes de résistance assez opiniâtre, cependant, précédemment à la déclaration d’indépendance en 1776, les conflits entre les deux races n’avaient pas le caractère décisif que depuis ils ont acquis. Plantée d’abord sur les bords de l’Océan, la population blanche, faible comme elle était en proportion de l’autre, ne s’y maintint souvent qu’au moyen des efforts les plus pénibles, et au prix de sa bravoure et d’une persévérance dont les chances de succès furent quelquefois balancées. Cette période eut ses jours néfastes pour les colons qui, privés le plus souvent de l’assistance de la mère-patrie , eurent à endurer des souffrances inouïes sur la nouvelle terre qu’ils devaient baptiser de leur sang. Plus tard le temps leur vint en aide; en augmentant leur nombre , il ajoutait à la gène qu’y éprouvaient déjà les Indiens, accoutumés qu’ils étaient à la liberté d’action et à la vie errante des bois. Ces derniers s’éloignèrent d’abord sans peine, tant que l’espace ne leur manqua pas, et tant aussi qu’il leur en resta assez pour qu’ils pussent, d’un côté, toucher aux rives escarpées de la mer, et de l’autre, se plonger dans les profondeurs de la forêt. Attirée par l’appât d’un nouveau pays , peut-être aussi par l’attrait des dangers à courir , la population blanche continua à arriver de l’Europe ; qui dès lors semblait vouloir déverser

son trop plein sur l’Amérique. C’était Peau cher-’ chant son propre niveau. Délogé par degré des bords de l’Océan, l’Indien, dans son mouvement rétrograde , n’entendit plus le bruissement de ses vagues; bientôt il n’en vit plus l’horizon. Le littoral fut le premier envahi par l’industrie, le commerce et l’agriculture, qui en chassaient devant eux la paresse et l’insouciance. Ceci ne décide certainement pas la question de droit; elle constate seulement celle de fait. Il en découle toutefois, sans aucune équivoque, que, dans ce grand mouvement, qui substituait une race à l’autre, celle au bénéfice de laquelle il s’opérait, devait du moins à la plus faible de la traiter avec bienveillance et humanité, et d’en arrêter, autant que possible, la ruine et la destruction. Telles furent également, nous aimons à le croire , les intentions premières des colons dont nous espérons prouver, de la part des États-Unis, la continuation jusqu’à nos jours.

L’incorporation et l’amalgame des Indiens avec les blancs, qui eût admis ces derniers à une égaie participation aux bienfaits de la civilisation , s’offre en première ligne à la philanthropie; ce fut là aussi l’une des premières pensées à leur égard. Aussi voiton en effet qu’en 1778, c’est-à-dire au moment le plus critique de la guerre de l’indépendance, on avait tellement foi en la possibilité de cette assimilation que, dans un traité conclu au fort Pitt avec les Delawares, il fut, entre autres clauses, sti-

pulé (art. 6): «Que toute autre tribu indienne amie « des Etats-Unis sera invitée à se joindre à la con- « fédération et à former un état dont les Delawares « seraient les chefs, et qui enverra un représentant « au congrès. »

Le traité de Hopeweli, fait en i 785 avec les Chérokées , donnait à ces derniers , lorsqu’ils le jugeraient à propos, le droit d’envoyer également un député au congrès pour y faire valoir leurs intérêts. On doit juger de l’importance d’une faveur par le prix qu’attachent à la chose proposée ceux qui l’offrent ; et pour des hommes libres la plus noble des facultés est celle de l’élection et de la représentation nationale. C’est ainsi qu’il faut voir dans ces deux actes la preuve, que l’on trouvera d’ailleurs se multipliant dans l’histoire des États-Unis, de la sympathie qu’éprouvaient dès lors les grands hommes de la république naissante pour les indigènes. Pouvaient-ils faire plus que de les assimiler à eux-mêmes? Et que l’on ne dise pas qu’en même temps que l’offre leur en était faite, toute possibilité leur était ôtée de l’exécuter. C’eût été une amère dérision. Quand un Washington tend la main, lui, un de ces hommes que le ciel ne fait que prêter un trop court instant à la terre, c’est de bonne foi et sans arrière pensée. Les portes de la civilisation leur étaient franchement ouvertes ; ils se sont refusés à y entrer. Soixante-treize années donc se sont écoulées depuis que pour la première fois nous conviâmes nos frères rouges à notre as-

sociation politique , et, sourds à la voix et aux conseils de l’expérience qui eussent fait d’eux une nation d’industriels et de cultivateurs, nous les retrouvons ce qu’ils étaient il y a plusieurs siècles, une peuplade errante de chasseurs.

L’influence de la religion n’a pas été épargnée au Nouveau-Monde comme moyen de civilisation de ses enfans indigènes. Ses émissaires, sous les bannières catholique et protestante, Font traversé dans tous les sens, laissant partout des témoignages non équivoques de leur zèle pour la cause des améliorations inorales. Dans l’Amérique du Sud , ses opérations ont été quelquefois couronnées de succès.

Dans la Californie et au Paraguay, où le joug espagnol était presque nominal, les jésuites réussirent à réunir des Indiens en associations régulières, à leur donner une organisation sociale, et en dernier lieu à améliorer sensiblement leur condition. Ici les civilisateurs venaient pour ainsi dire seuls. Leur maintien si humble, si ostensiblement exempt de toute ambition, et leur mission toute de paix, n’excitaient en aucune façon les soupçons de leurs confians pupilles qui , peu à peu , finirent par se façonner à un état, dans lequel d’ailleurs ils trouvaient en définitive leur intérêt. Quand plus tard la population espagnole , toujours faible en proportion de celle des indigènes, vint graduellement s’établir sur les mêmes lieux , elle y trouva ces derniers comparativement organisés sous la

sanction même de la religion, et bien lui prit de les y laisser. De cette condition résulta avec le temps une sorte d’agglomération, et à la longue un mélange partiel des deux races, dans lequel, il est vrai, la masse de la race indigène conserva toujours son état de dépendance et de soumission aux blancs, et surtout aux jésuites, mais qui du moins n’établit pas, ainsi qu’il arriva au nord , une ligne de démarcation infranchissable entre les deux peuples.

Une différence frappante existait dans le pays situé entre le golfe du Mexique et le fleuve Saint- Laurent, où aussi apparut à son tour la Croix, emblème le plus pur de philosophie et de religion. Ici l’Indien n’était plus comme au midi, un etre d’un caractère docile et pacifique, courbant humblement sa tête devant l’influence religieuse, mais bien cetindividu au front altier etaux habitudes de férocité et de sang qui distinguent l’Indien du nord et de l’ouest.

De plus , ici le zèle missionnaire n’apparaissait pas avec son seul cortège, la foi et l’inspiration; il était accompagné, poussé même, par une population agitée et impatiente qui, refoulée de l’ancien monde, venait avec impétuosité prendre possession du nouveau. De là la grande difficulté de la tâche du civilisateur qui avait à concilier l’existence côte à côte de deux populations différant essentiellement entre elles dans tout ce qui peut ou rapprocher ou désunir les hommes. Malgré ces difficultés presque insurmontables , les efforts des mis-

sionnaires n’en furent pas moins incessans. Ceux de la religion catholique furent les premiers à l’œuvre, et les Lettres édifiantes sont un monument impérissable de leur zèle et de leur libéralité, dont le résultat définitif contraste bien tristement avec l’immensité des sacrifices et avec l’étendue de si nobles travaux. Le sol arrosé en 1649, sur les bords du lac Huron par le martyre du père Brébeuf, et depuis ce temps par le sang de tant d’autres missionnaires, a-t-il le moindrement fructifié? En vain en cherche-t-on quelque trace.

Vers la même époque, ou quelques années plus tard, des protestans zélés s’appliquaient avec une ardeur égale à répandre les bienfaits de leur religion sur les tribus du Massachussetts et du Hampshire ; et déjà même nous y trouvons l’organisation régulière d’une société, sous la direction deGookin et de plusieurs autres philanthropes, pour la propagation de l’Évangile chez les Indiens. L’histoire des Indiens qui prient (praying Indians) ou Indiens chrétiens , écrite par ce même Gookin , abonde en témoignages touchans du zèle dont il était animé, et des souffrances inouïes qu’il eut à endurer aussi bien que ses néophytes dans sa mission de paix et de religion.

Les Wyandots, objets particuliers des soins des missionnaires catholiques, sont pour le présent réduits à quelques centaines d individus seulement; de leur propre accord, ils demandent à se réunir aux tribus qui emigrent à l’ouest. Les Delawares,

dont se sont tant occupés les Moraviens, réduits, aussi dans les mêmes proportions, suivent le mouvement général. Il en est ainsi des Iroquois, des Shawnese, des Miarnies, des Potawatamies et des Ottawas. Nous citons spécialement ces tribus par la raison qu’elles ont plus que les autres fixé l’attention des missionnaires et d’autres personnages, aussi bien qu’eux, mus par des senlimens de morale etde religion , et qui appartenaient tour à tour à différentes sectes; de sorte que l’on ne peut attribuer leur insuccès à telle ou telle religion en particulier, mais bien , ainsi que nous l’avons déjà fait observer, à l'indomptabilité innée de l’Indien de l’Amérique du Nord.

Tout en rendant justice entière à la pureté du motif qui , en tout temps , anima les sectaires en Amérique, il est facile, toutefois, de s’apercevoir que cette même diversité d’opinions religieuses était et devait être, en effet, un élément de nonréussite. S’il ne se fût agi que d’une seule et même secte enseignant une doctrine et une religion uniques dans le fond comme dans la forme, sans nul doute le résultat en eût été plus favorable, ainsi qu’on le vit au Paraguay et dans quelques autres parties de l’Amérique du Sud où les catholiques étaient exclusivement appelés à propager la foi. Dans l’Amérique du Nord, au contraire, les cultes catholiques et protestans s’avancaient de front, et souvent à l’envi l’un de I autre, dans la carrière. Tous deux travaillaient de bonne foi ; tous deux

avaient un meme but, le bonheur des indigènes; mais, par malheur, ils arrivaient à ces derniers avec des bannières différentes. Aussi, ne comprenaientils rien, ces enfans des bois, au caractère d’infaillibilité que chacun ne manquait pas de s’attribuer. De là, confusion immense. Et peut-on s’en étonner, quand de nos jours et chez nous, qui nous disons éclairés de toutes les lumières d’une civilisation avancée, nous sommes témoins journaliers de dissidences et de conflits irritans dans les vaniteuses prétentions d’hommes qui s’appliquent davantage à personnifier en eux-mêmes la religion qu’à en propager la sublime pratique?

Si le culte catholique dont les symboles et les cérémonies frappent davantage les sens était le plus propre à s’insinuer dans ces âmes vierges, non loin de lui était le protestantisme, religion de la majorité des émigrés, qui avait autant à cœur de se montrer simple et austère que son aînée prenait de soin , elle , à se draper de vives couleurs et à se présenter aux néophytes dans toute sa riante et sublime majesté.

A notre humble avis, toutes deux arrivaient avant leur temps. Avant d’exiger de l’Indien qu’il chassât son bon et son malin esprit pourfaire place au vrai Dieu qu’il ne connaissait pas, il fallait d’abord le convaincre que ce changement était tout dans son intérêt. En le façonnant d’abord à l’agriculture, en lui démontrant la prospérité et le bienêtre qu’amenaient après eux l’industrie et le res-

pect dû aux propriétés, il eût bientôt compris aussi la beauté de cette croyance qui en est la source principale, et peu à peu il s’y fût façonné. Mais le heurter de prime abord contre un crucifix ou une Bible, c’était, quoique avec des conséquences moins barbares , agir à l’instar du féroce Valverde, compagnon de Pizarro , qui ordonna l’extermination de l’infortuné cacique Atahualpa et de sa famille, parce que ce dernier, portant à son oreille la Bible qui lui fut présentée , s’écria ingénument qu’il n’entendait sortir de là aucune des choses qu’on disait y être contenues !

Pour ces causes réunies, les indigènes n’accueillent la religion qui leur tend les bras qu’avec la plus grande méfiance ; beaucoup même s’en servent comme moyen d’assouvir leur gourmandise et leurs passions; et ceci une fois accompli, ils la tournent en dérision.

Dans un ouvrage imprimé à Berlin, en 1770 ( p. /(O, vol, a), il est dit : « On prouva que parmi tous les sauvages de ce pays, il n’y en avait aucun qui ne se laissât très volontiers baptiser dix fois par jour pour un verre d’eau-de-vie et une pincée de vermillon : on prouva que de tous les prétendus convertis, aucun ne savait le moindre mot de la religion chrétienne. »

A la même époque, un Indien de distinction voulant définir le Christ disait « que c’était un jongleur, Français de nation, que les Anglais avaient pendu à Londres ; que sa mère était Fran-

çaise, et que Ponce-Pilate avait été lieutenant au service de la Grande-Bretagne. »

Il est à notre connaissance aussi qu’ils en sont de nos jours, à peu de chose près, au même degré de savoir qu’ils étaient il y a près d’un siècle, car, ayant interpellé plusieurs Indiens à ce sujet , ils nous répondirent que les catholiques avaient pour Dieu une croix; les protestans, une Bible !

Lors de sa mission aux États-Unis, M. Hyde de Neuville, dont la munificence ne laissait échapper aucune occasion d’ajouter au lustre du nom français; dont les procédés publics élevaient le caractère du ministre, en même temps que les actes d’une charité éclairée , répandue avec profusion , plaçaien t au même degré celui de l’homme privé; M. de Neuville voulut recevoir avec une distinction marquée l’une des plus importantes tribus indiennes qui fût jamais venue à Washington pour rendre hommage au président des États-Unis.

La fête fut des plus belles et des plus animées. Elle fut ordonnée et dirigée avec un goût et une splendeur qui faisaient plus d’honneur à ceux qui la donnaient qu’a leurs hôtes principaux; car ces derniers ne se déridèrent de leur sérieux accoutumé qu’à la vue d’une immense table sur laquelle tombaient des flots de lumières, qu’ornaient un service splendide et surtout un souper accommodé suivant les goûts indiens et européens réunis. Sous chaque serviette et dans chaque assiette avait été

placé un cadeau de valeur, tel qu’une montre en or , des bracelets , un gobelet en argent , un couteau richement monté, des colliers, etc., etc. — De tout ceci, ils s’emparèrent avec un sang-froid imperturbable, ne donnant aucune autre expression de leur haute satisfaction que l’ardeur avec laquelle ils serraient sans scrupule non seulement les objets destinés pour présens, mais bien encore tout ce qui était portatif, tel que serviettes , assiettes, etc.; de sorte que bientôt ils firent table nette et épargnèrent aux gens du ministre le soin de desservir sa table.

Mais dans le grand nombre de cadeaux qu’il fut assez difficile de varier à la satisfaction de tous (ils comptaient au moins vingt individus), se trouvait un fort beau crucifix attenant à une riche chaîne. Quand celui auquel étaient tombés ces derniers objets eut levé sa serviette et qu’il les eut comparés avec ceux de ses compagnons, il en montra un dépit marqué, secoua gravement la tête en signe de mécontentement , et par un signe sur lequel on ne pouvait se méprendre, il témoigna l’intention formelle de se défaire du crucifix pour ne prendre que la chaîne. Ce que voyant, M. de Neuville fit de suite remplacer le crucifix par des objets de plus grande valeur pour le Pawnee.

Tous alors se retirèrent, contens d’une fête dont la bourse toujours si libéralement ouverte du ministre aura dû se ressentir.

Nous donnons ce petit épisode autant pour rester

dans notre sujet qu’afin de donner un bien faible témoignage, dans un moment où la flatterie toutefois deviendrait fort inutile , de l’impression indélébile qu’ont laissée dansnotre pays les actes multipliés de philanthropie et de bienfaisance de l’homme éclairé que nous y avons possédé en la double capacité de banni et de représentant de son pays, et qui dans toutes ces phases ne s’est jamais démenti.

D’après ces faits et beaucoup d’autres que nous pourrions citer à l’appui, il semble évident que si la propagande a fait quelque bien, ce bien a été plus que contrebalancé par la confusion qu’elle a jetée dans l’esprit des indigènes. Ici nous faisons nécessairement allusion à ceux qui se sont mis à l’oeuvre sous l’égide seule de la foi ; car il est d’autres individus investis tout à la fois d’un caractère laïque et sacerdotal, dont la sphère d’utilité a été plus réelle, parce qu’ils se sont voués, sous la protection, il est vrai , et à la solde du gouvernement des Etats- Unis , à l’enseignement pratique de la jeunesse indienne.

L’éducation apparut de tout temps aux hommes d’état américains, comme le levier qui devait, si un tel résultat eût été possible , niveler l’Indien au blanc. Ce fut la théorie favorite de tous, et surtout de Thomas Jefferson , dont l’érudition a élevé son pays, aussi bien que lui-même, au rang le plus éminent parmi les philanthropes de son siècle. De bonne heure, il se berça de l’espoir de rendre,

mmmm

par la civilisation^ aux Indiens ce que„ en envahissant leur territoire, on leur ôtait des charmes de la barbarie; et c’est de ce côté que se tournèrent incessamment ses nobles efforts.

Il croyait l’Indien peu inférieur au blanc, et certainement très supérieur au nègre ; opinion qui est entièrement partagée de nos jours par M. Gailatin. Telle fut également celle d’un autre homme d’état, brillant, lui aussi, de savoir et d’humanité, M. Grawford , dont la mort prématurée a créé un vide immense dans son pays.

Dans un rapport élaboré que fit ce dernier au congrès, il eut le courage civil, et c’en était un bien grand alors pour un homme que sa réputation populaire devait porter un jour aux portes de la présidence, d’affronter le mauvais vouloir des émigrés anglais et irlandais qui arrivaient par myriades aux États-Unis. Dans cet écrit, il demandait au congrès d’apporter des restrictions à cet immense envahissement de la part d’une population naturellement pétulante et qui, en touchant le sol de la patrie, semblait se croire tout d’abord appelée à s’immiscer dans son gouvernement et à en réformer la politique. En place et lieu de celle-là , il voulait appeler, par tous les moyens au pouvoir du gouvernement, la population indienne, plus exempte de vices , disait-il, que la masse de celle importée d’Europe; l’attirer par des traitemens humains, et encourager l’amalgame par le mariage du blanc avec l’Indien. Ainsi qu’on l’avait prévu,

l’expression honnête et indépendante de cette opinion attira sur son auteur l’animadversion d’une classe déjà beaucoup trop nombreuse aux États- Unis, qui ne manqua pas, au moyen de la presse dont elle avait beaucoup d’organes dans ses intérêts, de fulminer contre lui et de le signaler à la haine des partis. Il s’était ainsi placé dans un nid à guêpes, et long-temps il en entendit le bourdonnement menaçant dont une conscience des plus pures et des plus irréprochables qui fut jamais lui fit d’ailleurs ample justice.

Le projet de M.Crawford était empreint des considérations les plus élevées ; mais l’intraitable caractère des Indiens le rendit, comme bien d’autres, inexécutable; de plus, les femmes blanches étaient peu portées aux sentimens tendres envers les peaux rouges, et celles indiennes, de leur côté, n’étant que modérément enclines de leur nature au culte de Cythère , l’union conjugale des deux races eût rencontré des difficultés insurmontables. Les temps ne sont plus aussi où l’on eût pu ou voulu se servir du stratagème auquel Romulus eut recours.

Après les moyens religieux', par l’intermédiaire des missionnaires , l’éducation parut donc être la mesure la plus efficace pour entamer l’œuvre de la civilisation. Mais ses progrès devaient nécessairement être lents. Les vieux et les adultes, parmi les Indiens, n’en voyant pas les avantages immédiats, et ennemis, d’ailleurs, de tout ce qui entravait la rapidité de leurs mouvernens, se raidissaient

contre elle; ils faisaient même plus en se refusant obstinément à ce que leurs enfans ne fissent pas différemment qu’eux. Si , par bonheur, l’instructeur réussissait pendant quelques instans à captiver l’attention de ses prisonniers , ceux-ci savaient bientôt éluder les soins qu’on mettait à les garder, et ils prenaient la clef des champs.

Le gouvernement , à différens intervalles , plaça plusieurs jeunes Indiens à l’école militaire de West-Point, où un ou deux parvinrent à suivre avec fruit le cours régulier des études, et dont ils sortirent avec le grade de lieutenant dans l’armée, auquel ils avaient droit. Habitués, ainsi qu’ils l’avaient été pendant trois ou quatre années, aux coutumes et à la discipline de l’école, lorsqu’on les vit enfin ceindre l’épée et porter l’épaulette comme leurs camarades, on dut les croire acquis à la civilisation. On pensait également qu’en revoyant leurs amis et leurs parens, ils se plairaient à raconter les soins et les attentions dont ils avaient été l’objet, et qu’ainsiils stimuleraient leur reconnaissance et leur ambition. Cependant ces jeunes gens ne reparurent plus parmi les blancs, et l’on apprit qu’ils ne respirèrent pas plus tôt l’air des forêts, qu’ils échangèrent leur uniforme pour la couverture de laine, dans laquelle ils se drapèrent de nouveau comme au temps primitif.

C’était donc toujours avec peine que de temps à autre on parvenait à séparer quelques enfans de leurs parens ; mais rien ne lassa la persévérance de

Thomas Jefferson , qui avait à cœur de mettre sa belle théorie de l’égalité des hommes en pratique. Bon nombre d’enfans furent, sous sa présidence , élevés, les uns aux frais de l’état, beaucoup aux siens; car de riche qu’il était, il est mort pauvre, lui. Il fut plus habile à augmenter la prospérité de son pays qu’à préserver son propre patrimoine. En opposition avec l’auteur des Recherches philosophiques , qui dit que le sauvage n’est susceptible que d’un certain degré de culture; « mais que chez eux, vers la vingtième année, la slupiditése développe tout d’un coup : alors , ajoute-t-il, le mal est fait; ils reculent au lieu d’avancer, et oublient tellement ce qu’ils avaient appris qu’on est obligé de renoncer à leur éducation et de les abandonner à leur fatalité ; » contrairement, disons-nous , à cet avis, Jefferson ne désespérait jamais, et, poursuivant sans intermission sa carrière d’humanité , il n’abandonna la partie que de guerre las. Et cependant , de tous ces efforts , de tant de sacrifices et de temps et d’argent, que reste-t-il maintenant? Rien, si ce n’est la preuve visible, d’ailleurs, par tout le pays, que le patriotisme éclairé et la philanthropie de ce grand homme étaient intarissables.

En 1797, des commissaires du gouvernement américain déclaraient à des Creeks assemblés qu’on leur procurerait tous les moyens possibles d’acquérir de l’éducation ; qu’il était de leur intérêt surtout d’apprendre à lire et à écrire afin qu’ils pussent eux-mêmes enregistrer leurs propres trai-

tés et toutes leurs autres affaires avec les blancs. À quoi lechefCussetah-Mico répondit! : «Les Indiens, « quand ils ont de l’éducation, ne valent plus rien ; « ils deviennent méchans et querelleurs, et don- « nent cause à des disputes continuelles entre eux « et les blancs. Nous avons, ajouta- t-il , beaucoup « d’exemples de cela et pas une exception. »

En vain leur représenta-t-on qu’il était vrai que quelques uns des leurs étaient devenus mauvais après avoir long-temps résidé parmi les blancs; mais que c’était uniquement parce que, pendant leur résidence, ils s’étaient liés avec de méchantes gens tels qu’il s’en trouve partout; qu’à tout prendre, l’éducation rendait bonne la masse des hommes. Il fut impossible de leur faire entendre raison, et on se sépara sans pouvoir prendre aucune mesure décisive sur ce point.

La tribu des Seneca seule fit exception à la règle, en offrant d’envoyer neuf de ses enfans qui serviraient d’otages pour l’exécution du traité fait avec les chefs, et auxquels on donnerait les premiers élémens d’éducation. Mais la proposition fut rejetée dans cette forme par le général Washington qui tenait à leur démontrer qu’il avait une confiance entière en leur bonne foi: «Gardez vos otages, leur dit-il , et je vous enverrai deux hommes éprouvés et sages qui enseigneront à votre tribu à

1 Documens officiels sur les Indiens , vol. I, p. 602.

labourer la terre et à cultiver le grain; et un autre sage pour apprendre, chez vous, à lire à vos enfans. »

Afin de se convaincre du soin que le gouvernement a toujours mis à inculquer aux Indiens la nécessité de s’instruire, il est uniquement besoin de feuilleter les documens officiels des Etats-Unis, C’est ainsi que par les divers arrangemens en forme de traités on trouve , par rapport aux Cherokees, qu’une portion considérable des terres cédées était spécialement attribuée et leur revenu appliqué exclusivement à l’éducation des jeunes Indiens, ainsi que l’intérêt annuel d’un million de francs; qu’en outre de l’intérêt de 35o mille francs par an, les Chippawas recevaient \2 mille francs annuellement pour défrayer les instituteurs chargés de les instruire ; que les Choctaws avaient 54 sections équivalant à 35, 000 arpens de terre environ , dont le produit, au fur et à mesure que ces terres trouvaient des acquéreurs, était affecté au même objet, en même temps que quarante jeunes Choctaws devaient pendant vingt années être élevés et instruits aux frais des États-Unis ; que i5 mille francs étaient payés, par année, à des professeurs chez lesCreeks; 5, 000 francs par année pendant vingt ans à l’éducation de la tribu des Eel rivers (Anguilles de rivière) ; que les mêmes provisions étaient faites en faveur des Foxes , des Illinois, des Ioways, des Kansas, des Kaskaskias, ces derniers jouissant, en outre, de 5oo fr. par an

pour les émolumens d’un prêtre catholique, chargé, à leur demande , d enseigner les premiers rudimens à leurs jeunes gens; des Kikapoos, des Menomonees, et, enfin , de toutes les tribus, au nombre de cinquante-six , avec lesquelles le gouvernement a contracté des traités.

En i833, le nombredes écoles indiennes établies dans les différentes tribus, dont les dépenses étaient défrayées par le gouvernement des États- Unis sur des fonds réservés à cet objet, était de cinquante-trois. Les élèves de ces écoles montaient à dix-huit cent trente-cinq, plus, cent treize Choctaws élevés à d’académie de cette tribu dans le Kentucky.

De J 887 à 1 838, [les fonds affectés à l’éducation des Indiens s élevèrent à 64,624 dollars ou 623,120 f r. ; le nombre d’élèves avait diminué, et n était plus que de i,3i3, ce qu’on attribuait à la petite vérole et aux autres maladies.

Mais l’épreuve n’eût été qu’imparfaite si l’on n eut fait marcher de front les améliorations morales et une éducation pratique industrielle qui s’appliquât plus spécialement à l’agriculture. Tout inefficace quait été l’issue de ces efforts, cependant il en est resté quelques légères traces, surtout dans la partie pratique. Dans chacun des traités que nous avons mentionnés , pn trouve, à côté des professeurs, des instructeurs agricoles chargés d’enseigner l’art d’ensemencer les terres et d’en recueillir les produits ; des architectes, pour la

construction des laboratoires et autres bâtimens qui en dépendent; des meuniers, et grand nombre de forgerons avec tous les instrumens et ustensiles nécessaires à la culture et au labourage. Semblable à l’enfant au berceau à la main duquel on confie la cuiller que lui-raème sait porter à la bouche, on place dans celles de l’Indien les simples élémens de sa propre subsistance, qu’il n’a plus qu’à agiter ainsi que l’instinct le lui prescrit , pour s’en servir utilement et en recueillir les fruits les plus abondans.

Sur la liste officielle des employés au service des tribus figurent cinquante-trois maîtres forgerons et armuriers, vingt fermiers ou agriculteurs , cinq meuniers et dix-huit professeurs; en tout quatrevingt-seize individus d’une morale et d’une capacité éprouvées , recevant chacun une somme moyenne de deux mille cent cinquante francs par an.

De tout temps aussi on s’est appliqué avec ardeur à éloigner, autant que possible, de chez eux l’usage des liqueurs fortes, auquel, ainsi que nous l’avons dit , ils sont naturellement enclins ; et malgré la difficulté de garantir une aussi vaste étendue de frontières contre la cupidité des spéculateurs et contre la ruse des Indiens, les lois en ont prohibé le trafic , et les peines les plus sévères sont venues en punir les infracteurs. Malheureusement ces précautions ont souvent échoué devant l’appât du gain d’une part, et la soif inextinguible des Indiens de l’autre.

Nous remarquerons ici, et c’est un point sur lequel nous désirons instamment fixer l’attention , qu’en exposant ce qui a été fait en faveur des Indiens, c est ( a part quelques éminens personnages que nous avons cités) du gouvernement que nous avons voulu plus particulièrement parler, parce que c’est lui qui représente la nation , et que c’est d’après les mesures de cette dernière, prises collectivement, que, sous l’aspect moral, elle doit être appréciée. Il serait injuste, certes, de la rendre solidaire d’actes isolés , souvent cruels, presque toujours injustes de la part d’individus dont les mœurs sont loin d’être exemptes de blâme et de reproches; de celte classe d’hommes qui, impatiens du joug des lois sociales , font, des frontières d’un pays, le théâtre de leur coupable industrie. On ne peut nier que, de la part de ces hommes réprouvés, les Indiens n’aient souvent eu à souffrir , et que c’est de cette source principalement que soit provenue l’aversion que quelques uns éprouvent pour les blancs.

D’une autre part aussi, les états particuliers de F Union dans lesquels se trouvaient les tribus , après avoir essayé en vain de les soumettre à leurs lois municipales , et se trouvant par là même forcément intéressés à leur émigration , témoignèrent une impatience proportionnée à l’augmentation de leur propre population, et adoptèrent des mesures souvent empreintes d’une sévérité, et parfois d’un caractère de brusquerie qui contrastait singulière-

nient avec la munificence , la douceur et l’humanité de celles du gouvernement général de l’Union. Ainsi donc, dans l’histoire indienne, plaintes amères et souvent méritées contre certains individus indignes du nom américain ; gêne et souffrance de la part des états , mais humanité et protection toujours du côté de la nation entière par l’organe de son gouvernement.

Ce n’est pas sans peine que ce dernier, s’ingérant comme protecteur des Indiens, est parvenu à modérer en leur faveur les procédés des gouvernemens des états; et chaque année, à mesure que la population blanche augmentait, des conflits avaient lieu entre l’arbitre suprême et les administrations locales. Le temps ne faisait qu’accroître les difficultés de chaque jour; et l’époque n’était pas éloignée à laquelle , par la force même des choses , les Indiens se verraient entièrement expulsés. Un seul et unique remède restait encore : il fallait de nécessité, et dans l’intérêt des Indiens, que le gouvernement fédéral de l’Union prît l’affaire en main, et c’est ce qu’il fit.

L’expérience était venue démontrer que tant que les races rouge et blanche différeraient ainsi largement entre elles dans leurs mœurs et leurs coutumes, il serait de toute impossibilité quelles vécussent en communauté. Déjà, en 1809, M. Jefferson lui-même, l’ami constant de l’Indien, prévoyait ce fâcheux résultat lorsqu’il disait à une députation de Cherokees : « Cherchez à l’ouest un

autre territoire qui puisse vous convenir ; et , s’il n’est déjà occupé par d’autres Indiens, nous vous en garantissons la possession en échange des terres que vous nous abandonnerez de ce côté. »

En t 8^5 , M. Monroe , alors président des États- Unis, considérant l’état précaire des Indiens, ne vit d’autre moyen d’améliorer leur sort et de les préserver d’une ruine totale que leur émigration et leur établissement permanent dans un lieu fixe et déterminé, et entièrement à l’abri du mouvement envahissant et continuel de la population blanche. Cette grande mesure, toute d’humanité, puisqu’elle a pour principal but la protection de la race la plus faible , fut , après mûre délibération, proposée au congrès, qui l’adopta définitivement; elle est basée sur les principes suivans :

i° Garantie solennelle du terrain qui leur est assigné à eux et à leur postérité en toute propriété ;

2° Prohibition entière de toute introduction chez eux de liqueurs fortes ;

3° Non-intervention de toute autorité des États- Unis ou des états de l’Union dans leurs réglemens municipaux ou leurs affaires publiques et privées, si ce n’est afin d’empêcher , autant que faire se peut, leurs guerres intestines;

4° Encouragement, par des moyens persuasifs , de partage et d’affectation personnelle de leurs propriétés, afin d’inspirer à chaque Indien un in-

térèt proportionné dans la culture de sa portion individuelle ;

5° Protection , si elle devient nécessaire , par le moyen de la force armée des États-Unis, à celles des tribus qui, se dévouant à l’agriculture, se trouveraient en proie aux hostilités des autres, etc. ;

6° Enfin , la fourniture à toutes , aux frais des États-Unis, des instrumens aratoires qui leur seront necessaires , ainsi que tous les instituteurs theoretiques et pratiques dont ils peuvent avoir besoin.

Telles sont les bases de la grande mesure en voie d’exécution , et qui est même probablement en grande partie complète en ce moment , car déjà l’an dernier la plus grande portion des tribus était 6n mouvement, et trente millions de francs avaient ete décrétés par le congrès pour défrayer les dépenses de route seulement.

Ce grand territoire, maintenant le pays indien , est situé dans la région la plus tempérée des États- Unis. Au nord il est borné par la petite rivière Puncah , qui se décharge dans le Missouri ; à l’est sont les états du Missouri et de l'Arkansas; au midi, il a pour limite la rivière Rouge, qui le baigne, et la jeune et déjà florissante république du Texas; et enfin, àl ouest, une lignetirée de la rivière Arkansas à celle Puncah , à peu près comme nous l’avons tracée sur la carte jointe à cet écrit.

Ce pays a, dans toute sa largeur, un peu au dessus de deux cents milles, et six cents dans sa longueur.

Il a plus du double de l’étendue de l’état de New- York, dont la population est de deux millions quatre cent mille âmes. Il est baigné par un bon nombre de rivières, dont plusieurs sont navigables et très poissonneuses, et contient en abondance des mines de plomb et de fer.

D’après un tableau officiel récemment publié, le nombre d’arpens de terre affectés à l’usage des Indiens, de 1829 à 1889 seulement, c’est-à-dire dans l’espace de dix années, monte à quatre-vingt-douze millions, et les sommes à eux payées en outre, à titre d’indemnités ou pour leurs dépenses, se sont élevées dans la même période à plus de soixantesept millions de piastres, ou trois cent trente-cinq millions de francs !

En supposant que les trois cent treize mille Indiens des États-Unis s’établissent en totalité sur ce territoire, ce qui n’est pas probable, par la raison que bon nombre, tout en acceptant les conditions pécuniaires du traité d’émigration, préféreront un établissement plus lointain , nous aurions, par le calcul le moins favorable aux Indiens , et en évaluant à quatre le nombre d’individus dont chaque famille est composée, une moyenne de onze cent soixante-dix-neuf arpens pour chacune de ces dernières, et près de trois cents arpens par individu.

La France, avec trente-trois millions d’habitans, occupe environ cinquante-deux millions d’hectares, ou cent millions d’arpens, c’est-à-dire environ

trois arpens par individu , et qui suffisent amplement à leurs besoins.

Tout en faisant observer que dans l’immense question de l’économie de l’univers la part faite à l’Indien n’a rien qui puisse inspirer la pitié, nous ajouterons que ce torrent civilisateur dont il gémit ? et qui la envahi sans retour, a eu pour précurseurs, d’abord :

La religion, dont le flambeau régénérateur y a été porté par le zèle des missionnaires;

L’instruction, au moyen de laquelle on espérait offrir un levier à une intelligence inculte ;

L agriculture, par 1 introduction d'une éducation rurale et industrielle ;

Une sévère prohibition de tout stimulant tendant ,à irriter ou à enflammer les passions ardentes;

La grande et utile découverte de la vaccine, dont Thomas Jefferson , par des efforts inouïs et une persévérance sans bornes, a été le propagateur parmi les Indiens que décimait avant cela la petite vérole;

Kt enfin, quand tous ces moyens de civilisation ont manqué ,

Par 1 établissement à perpétuité, ainsi que nous l’avons démontré plus haut, d’un territoire à eux seuls réserve, où, sans gène ou contrainte aucune, ils pourront désormais et tout à la fois conserver

A â AAA A 'A

Page 1