CONCLUSION
Puissent les faibles élémens qui se sont rassemblés sous notre plume, qu’on ne nous accusera pas, nous aimons à le croire, d’avoir atténués ou dénaturés par un sentiment d’amertume pour les peaux rouges, reproche que nous désavouerions hautement, puissent-ils être de quelque utilité à l’étude de l’histoire de l’homme!
La tâche que nous nous étions imposée est accomplie. Avant toutefois notre dernier adieu , si nous soulevons un moment le coin du rideau , l'ensemble du tableau que nous avons essayé de tracer nous représente :
Le génie de l’homme, au quinzième siècle, impatient de son inaction, faisant enfin explosion ; s’échappant de ses langes ^bondissant à travers les mers à la recherche d’espaces inconnus , et venant en dernier lieu , accompagné des passions et des injustices humaines, planter au loin sa croix et sa philosophie. Mais ici une lutte s’engage, lutte sérieuse, sanglante et opiniâtre, entre deux races qui se disputent un empire, et que sépare encore la couleur.
D une part, on voit le génie du progrès fouiller en tous sens les entrailles de la terre et lui demander sa nourriture; peupler ses déserts, couvrir de ses voiles les mers , et de ses cent bouches proclamer les conquêtes de la civilisation;
De l’autre, l’Indien que ne protègent plus ses bons et mauvais Esprits , l’Indien seul au milieu de ses forêts qui ne retentissent plus des pas du buffle et du vol de l’aigle; sourd à la voix de l’expérience , refusant la main qui lui est tendue et cherchant en vain à résister aux flots impétueux de la population envahissante, en se cramponant aux ossemens de ses pères, qui lui échappent.
Il nous semble, enfin, par dessus tout, entendre la voix du Tout-Puissant qui crie humanité aux uns, sagesse et résignation aux autres, puisqu’il est dit qu’il faut qu’elle s’accomplisse , sa volonté , sur la terre comme aux cieux.