DESCRIPTION ET ASPECT PERSONNEL DES INDIENS
Ici, peu de difficultés s'offrent à nous. Quoique peintre fort médiocre sans doute, nous avons, pour
nous aider, la toile sur laquelle nos devanciers ont peint les formes des aborigènes, et de plus, pour ce qui nous concerne personnellement, nous pouvons assurer avoir vu, de nos propres yeux, poser en nature les individus que nous nous efforcerons de dépeindre avec fidélité.
Devant l'expérience des faits et des examens consciencieux, s’est écroulé depuis long-temps le singulier échafaudage du grand naturaliste sur le prétendu rapetissement de la nature vivante du continent d'Amérique, sous le rapport physique. A cette heure, et quand l'élite de chaque nation de l'Europe s'est maintes fois trouvée représentée dans
l’autre ‘réviisphere par ses propres voyageurs ; lors; > chacun à pu se convaincre par soi-même de l1 bonne constitution et de la force athlétique des Indiens en général, ce serait faire bon marché des lumières acquises que de s'arrêter sérieusement de nouveau à une proposition qui, quelle que soit la célébrité de son auteur, ne fut jamais,
à tout prendre , qu’une utopie. Cependant, quelque peu d'importance qu'on y attache, les courtes observations que nous empruntons de M. Jefferson à ce sujet, exprimées comme elles le sont, avec toute la franchise d’une forte conviction, et avec toute l'énergie que donne la vérité, ne paraitront peut-être pas dénuées d'intérêt. Parlant donc de l'Indien; voici ce qu’il affirme:
« 11 a autant d’ardeur dans ses rapports sexuels «et n’est pas plus impuissant que ne le serait le « blanc, si ce dernier se trouvait réduit aux mêmes « conditions d’exercice et de nourriture : il est « brave lorsque le succès d’une entreprise dépend « de sa bravoure; mais son éducation, à lui, fait « consister le point d’honneur dans la destruction
de son ennemi par stratagème , et dans la pré-
servation de sa personne. ....
« L'homme y est moins robuste que chez le
blanc; mais la femme y est plus forte que chez
ce dernier , et ceci pour la même cause dans les conditions différentes : le travail qui tend nécessairement au développement du corps étant le partage de l’homme chez l’un, tandis que
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« chez l'autre c'est à la femme indienne qu'il re- «vient. Dans les deux races, le sexe dont le travail «est le moindre est le plus débile. La main et le « poignet d’un Indien sont petits, par la même «raison qu'un marin est fort dans les bras et «l'épaule , et un homme de peine dans les jambes «et les cuisses... »
Nous renverrions volontiers tout esprit dubitatif au sujet de la théorie affligeante de M. de Buffon, qui met à l'index tout un continent, aux commentaires de M Jefferson!, dont nous avons tiré l'extrait ci-dessus. Il traite ce sujet non comme quelqu'un
qui aurait puisé toutes ses connaissances dans les livres et les récits plus ou moins erronés des voyageurs, mais il remplit sa tâche d'écrivain dans sa double capacité de savant, titre que l’histoire lui décerne , et d'homme de cœur et de pratique. Son livre, disons-le en passant, qui a traversé, sans aucune critique sérieuse qui püt en atténuer la force et la vérité, plus d’un demi-siècle ( 1781 ), a toute la sanction du temps et de l’histoire. Écrites sans prétention aucune, il semble en lisant ses descriptions de scène et de paysage américains que l’on respire l'air et la fraicheur des forêts vierges, et que l’on entend le mugissement de ces cataractes que décrit son pinceau, tant il est fidele,
{ Notes on Virginia, p. 63.
pepe
Fa vaste différence que l’on trouve dans l'apparence des Indiens, comparés surtout avec les blancs, a été attribuée par quelques naturalistes à une différence ostéologique; mais comme elle ne se trouve ni dans la formation du cranium ni dans celle de toute la face, et comme il n’a pas été possible de trouver un assez grand nombre d’exceptions à cette conformité avec les autres membres de la famille humaine pour pouvoir, au gré des théoristes, établir un système en sens contraire, il est plus que probable que cet aspect nouveau sous lequel nous apparaît l'Indien, s'explique par des causes morales qui, partout où elles existent, produisent une expression physionomique qui y correspond.
L'exercice constant des facultés de l'ame et de l'esprit, la pratique des vertus sociales, de celles où règnent à la fois l’urbanité, l'humanité et l’enthousiasme pour tout ce qui est grand et bor; tout ce qui, enfin, élève le cœur et orne l'esprit, vient tour à tour donner à la physionomie une mobilité et une expression qui manquent à la face où toutes ou presque toutes ces facultés se trouvent comme endormies.
Suivez avec nous l’Indien au milieu des forûts, tout occupé qu'il est à tromper l'instinct des animaux qu’il poursuit et dont il fait sa nourriture et ses vêétemens; sans autres émotions que celles qu'il rencontre dans l’assouvissement de jouissances purement animales. — Dans cette condition, dénué
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120 } de tout ce qui pourrait adoucir son caractère , ses traits acquièrent cette expression fixe, grave et apre qui, après tout, avec la couleur de l’épiderme, constitue probablement en définitive les caracteres distinctifs du physique de l’Indien.
Le jeu de la physionomie contribuant beaucoup à adoucir les contours, et l’Indien ayant pour habitude et pour principe une immobilité imperturbable, il s’ensuit que les lignes de ia face retiennent toute leur rudesse originale.
Voilà pour le trait original; et quant à la conformité que l’on trouve parmi eux, il ne s'agirait, pour l'expliquer, que de leur appliquer certaine hypothèse que nous avons souvent entendu agiter, quelquefois même assez sérieusement , sur la ressemblance faciale, qui, à la longue, frappe en commun deux personnes, surtout quand un tendre lien les unit, ayant l'habitude intime et journalière de se regarder : théorie d'autant plus attrayante, et que nous déclarons fort à notre goût, qu’il ne faudrait plus pour être beau que bien choisir l'ob- Jet aimé.
On dit communément la peau cwivrée des Indiens; cependant elle est loin de ressembler au cuivre dans son brillant , et elle en approche encore moins quand il est dans son état de bronze.
Beaucoup d’écrivains,et entreautres notre célébre romancier Cooper, qui a placé ses séduisantes descriptions indiennes précisément à leur place légitime, dans le roman, appellent l’Indien peau rouge,
D» ARE Er re
( 130 ) comme dénomination distinctive entre le blanc et lui: il y a d'autant moins d’objection à s’en servir que l’Indien le fait lui-même par opposition aux visages pâles , les blancs suivant lui. Mais comme représentant la couleur, l’analogie n’existe nullement. Il est assez probable, au reste, que l'erreur est provenue de ce que bon nombre d’indigènes ont pour coutume de se peindre la face en rouge; mais, dans tous les cas, ni les bras, ni les jambes, comme aucune autre partie du corps, ne le sont.
Dans notre embarras pour la définir avec quelque précision, et tout en passant en revue toutes les couleurs primitives, nous n’en trouvons aucune que nous puissions entièrement assimiler à l’'épiderme aborigène, généralement parlant; car, ainsi que nous le dirons plus loin, il n’est pas partout semblable; toutefois, ce qui frappe le plus notre vue, comme en approchant davantage, c’est la teinte de la cannelle,en la supposant un peu claire. Cette idée paraîtra plus évidente par les quatre portraits indiens que nous avons, à cet effet, placés dans cet ouvrage.
Cette couleur de peau n’est pas exclusivement distinctive des Indiens de l'Amérique du Nord. Winterbotham ! et d’autres auteurs l’ont également trouvée :
Dans lile de Hainau, sur la côte de la Chine ;
4 WINTERBOTHAM, ist. de la Chine, vol. J, p. 127.
nc et servir 1 aux mme iullerreur Jénes Juge ; nbes, ont.
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(130) chez les Malays de Timor; dans l'ile de Nicobar, en Asie; sur les îles Gambier; sur l'ile Tucker , l’une des îles Carolines: dans la Nouvelle-Holande, quelques-uns sont noirs , d’autres rOuge-cuivré 1, Les Lapons sont ce qu’on appelle civrés.
Quelques tribus de cette couleur s'étendent au centre même de l'Afrique, jusqu’au lac Tchad.
"Suivant Malte-Brun, les Sognies, sur les rives du Zaire , sont rouge-cuivré.
Des voyageurs, familiers avec la vue des Indiens de l'Amérique du Nord, tels que Dampierre, Byron, Mean et le commodor Porter, de la marine des États- Unis, et maintenant ministre à Constantinople, ont trouvé une ressemblance frappante entre nos Indiens et ceux des Océans Pacifique et Indien ; et la similitude de ces derniers avec les peaux rouges des autres portions du globe se trouve bien établie par les observations de Volney et de Humboldt.
Ce dernier, entre autre choses, nous dit : « L’a- « nalogie existante entre les races américaines et «celles du Mongol est évidente, dans la cou.
«leur de la peau et des cheveux, dans le peu de «barbe, dans la grande élévation de l’os jugal , et « dans la direction des yeux. »
Les Indiens du nord se ressemblent beaucoup sans nul doute. Ils viennent tous sous la dénomi-