LE PIGEON VOLANT
Rant-Chai-Wai-Me ou le Pigeon volant était
femme du Nuage blanc, Mahaskah, chef dans la tribu des Toway et descendu originairement de celle des Vez percés.
Elle avait mérité, en raison de sa beauté, le surnom de l'uigle qui voltige dans les airs. Le portrait fidèle que nous en donnons à la page 70 justifie en quelques points la réputation dont elle jouissait dans sa tribu. C’est, sans nul doute, la figure indienne la plus attrayante qui ait jamais été aperçue aux États-Unis, à notre connaissance du moins. Ses vétemens , on le conçoit, ne sont pas son prapre ouvrage. Nous eussions préféré la présenter dans son habillement primitif; mais son portrait
a été peint d'après nature , ainsi que nous le donnons.
Quand , il y a des années, nous la vimes à Washington, on aurait pu croire que les dix-huit printemps qu'elle comptait alors n'avaient pas été pré-
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cédés d'autant d'hivers, tant était caractérisée sur ses traits cette empreinte d'espérance qui appartient à l'âge des illusions. Il y avait en elle une douceur naive qui contrastait péniblement avec l’expressicn féroce des hommes faisaut partie de l’ambassade.
Mais Rantchaiwaime n’était pas seulement belle, elle était éminemment bonne. Sa main, disait Mahaskah, était toujours ouverte à celui qui avait faim.
ses sentimens dereligion , à la manière de sa tribu , étaient des plus fervens. Dans la crainte d’avoir indisposé le méchant esprit, on la voyait souvent, en signe de pénitence, se noircir la figure et les mains et sc retirer pour prier dans la solitude.
Jeune encore, elle fut enlevée à son mari qui en exprima une douleur peu commune chez les Indiens.
Mahaskah et elle portant son enfant traversaient un pays inhabité ; ils étaient tous deux montés séparément, et comme il ‘raignait quelque embüche, illa précédait à u” : certaine distance. Cependant comme elle tardait à arriver, il retourna sur ses pas et rencontra bientôt le coursier de Rantchawaime seul, et qui paissait tranquillement. Appréhendant un malheur, il accourut, et non loin de là sur le bord d'un précipice s’offrit à sa vue le corps inanimé de sa femme, et, reposant sur le sein, sos enfant ägé alors de quatre ans. À l'approche de Mabaskah, l'enfant s’écria : Père! ma mère
dort. Une chute de cheval avait mis fin à ses jours.
Le chagrin de Mahaskah fut sincère et profond. Sur la tombe de sa femme , il crut devoir apaiser la colère du méchant génie à laquelle il attribuait cette affreuse calamité en immolant deux chiens et un cheval. Sur la tête de l’un des chiens étaient pla: cées quelques feuilles de tabac.