PROCÉDÉS DU GOUVERNEMENT DES ÉTATS-UNIS ENVERS LES INDIGÈNES
La population blanche ne vint pas de prime abord , comme le vautour sur sa proie, fondre sur les habitans primitifs de l'Amérique septentrionale. Les premiers individus qui y abordèrent étaient des supplians ; ils demandaient une part de soleil et d'espace là où il y en avait pour tous. Voyez, au fait, ces hommes que repoussaient de leurs foyers l'intolérance en matiere de religion et le despotisme de la politique ; ce Guillaume Penn à l’ombre du grand chêne comme au temps des patriarches, rendant justice également aux Indiens et aux blancs, et ces martyrs de leur conscience préférant l’exil au parjure religieux. Combien il y a loin de ceux-là aux conquérans qui, par le fer et à la lueur des flammes, plantèrent les jalons de tant d’empires ! Ils étaient d’ailleurs trop faibles, eux, y eussent-ils été disposés , pour tyranniser les Indiens dont il était de leur intérêt de cultiver l’amitié. Les
216 | premiers rapports entre les deux races furent donc fondés sur la bienveillance,
Malgré des inimitiés partielles , des attaques in-
dividuelles et des actes de résistance assez opiniâtre, cependant, précédemment à la déclaration d'indépendance en 1976, les conflits entre les deux rates n'avaient pas le caractère décisif que depuis ils ont acquis. Plantée d’abord sur les bords de l'Océan , la population blanche, faible comme elle était en proportion de l’autre, ne sy meintint souvent qu’au moyen des efforts les plus pénibles, et au prix de sa bravoure et d’une persévérance dont les chances de succès furent quelquefois balancées. Cette période eut ses jours néfastes pour les colons qui, privés le plus souvent de lassistance de la mère-patrie , eurent à endurer des souffrances inouies sur la nouvelle terre qu'ils devaient baptiser de leur sang. Plus tard le temps leur vint en aide; en augmentant leur nombre, il ajoutait à la gène qu’y éprouvaient déjà les Indiens, accoutumés qu'ils étaient à la liberté d'action et à la vie errante des bois. Ces derniers s’éloignèrent d’abord sans peine, tant que l’espace ne leur manqua pas, et tant aussi qu'il leur en resta assez pour qu'ils pussent, d’un côté, toucher aux rives escarpées de la mer, et de l’autre, se plonger dans les profondeurs de la forèt. Attirée par l’appât d’un nouveau pays, peut-être aussi par l'attrait des dangers à courir, la population blanche continua à arriver de l'Europe ; qui dès lors semblait vouloir déverser
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( 217 ) son trop plein sur l'Amérique. C'était l’eau cherchant son propre niveau. Délogé par degré des bords de l'Océan, l’Indien, dans son mouvement rétrograde, n’entendit plus le bruissement de ses vagues ; bientôt il n’en vit plus l'horizon. Le littoral fut le premier envahi par l'industrie, le commerce et l’agriculture, qui en chassaient devant eux la paresse et l’insouciance. Ceci ne décide certainement pas la question de droit; elle constate seulement celle de fait. Il en découle toutefois, sans aucune équivoque, que, dans ce grand mouvement, qui substituait une race à l’autre, celle au bénéfice de laquelle il s’opérait, devait du moins à la plus faible de la traiter avec bienveillance et humanité, et d’en arrêter, autant que possible, la ruine et la destruction. Telles furent également, nous aimons à le croire, les intentions premières des colons dont nous espérons prouver, de la part
des États-Unis, la continuation jusqu'à nos
Jours.
L’incorporation et l’amalgame des Indiens avec les blancs, qui eût admis ces derniers à une égale participation aux bienfaits de la civilisation, s'offre en première ligne à la philanthropie; ce fut là aussi l’une des premières pensées à leur égard. Aussi voiton en effet qu’en 1778, c’est-à-dire au moment le plus critique de la guerre de l'indépendance, on avait tellement foi en la possibilité de cette assimilation que, dans un traité conclu au fort Pitt avec les Delawares, il fut, entre autres clauses, sti-
pulé (art. 6}: «Que toute autre tribu indienne amie « des États-Unis sera invitée à se Joindre à la con- « fédérationet à former nn état dont les Delawares « seraient les chefs, et qui enverra un représentant «au CON£TÉS. »
Le traité de Hopewell, fait en 1785 avec les Ché-
rokées, donnait à ces derniers, lorsqu'ils le Juge-
raient à propos, le droit d'envoyer également un député au congrès pour y faire valoir leurs intérêts. On doit juger de l'importance d'une faveur par Île prix qu’attachent à la chose proposée ceux qui l’offrent ; et pour des hommes libres la plus noble des facuités est celle de l'élection et de la représentation nationale. C’est ainsi qu'il faut voir dans ces deux actes la preuve, que l’on tronvera d’ailleurs se multipliant dans l’histoire des États-Unis, de la sympathie qu'épreuvaient dès lors les grands hommes de la république naissante pour les indigènes. Pouvaient-ils faire plus que de les assimiler à eux-mêmes? Et que l’on ne dise pas qu'en même temps que l'offre leur en était faite, toute possibilité leur était dtée de l’exécuter. Ceüt été une amère dérision. Quand un Washington tend la main, lui, un de ces hommes que le ciel ne fait que prêter un trop court instant à la terre, c'est de bonne foi et sans arrière pensée. Les portes de la civilisation leur étaient franchement ouvertes ; ils se sont refusés à y entrer. Soixante-treize années donc se sont écoulées depuis que pour la premicre
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| 219 ) sociation politique, et, sourds à la voix et aux conseils de l'expérience qui eussent fait d'eux une nation d’industriels et de cultivateurs, nous les retrouvons ce qu'ils étaient il y a plusieurs siècles, une peuplade errante de chasseurs.
L'influence de la religion n’a pas été épargnée au Nouveau-Monde comme moyen de civilisation de ses enfans indigènes. Ses émissaires, sous les bannières catholique et protestante , l'ont traversé dans tous les sens, laissant partout des témoignages non équivoques de leur zèle pour la cause des améliorations morales. Dans l'Amérique du Sud, ses opérations ont été quelquefois couronnées de succés.
Dans la Californie et au Paraguay, où le joug espagnol était presque nominal, les jésuites réussirent à réunir des Indiens eu associations régulières, à leur donner une organisation sociale, et en dernier lieu à améliorer sensiblement leur condition. Ici les civilisateurs venaient pour ainsi dire seuls, Leur maintien si humble, si ostensiblement exempt de toute ambition, et leur mission toute de paix, n’excitaient en aucune facon les soupçons de leurs confians pupilles qui, peu à peu, finirent par se faconner à un état, dans lequel d’ailleurs ils trouvaient en définitive leur intérêt. Quand plus tard la population espagnole, toujours faible en proportion de celle des indigènes, vint graduellement s'établir sur les mêmes lieux, elle y trouva
ces derniers comparativement organisés sous la
sanction même de la religion, et bien lui prit de les y laisser. De cette condition résulta avec le temps une sorte d'agglomération, et à la longue un mélange partiel des deux races, dans lequel, il est vrai, la masse de la race indigène conserva toujours son état de dépendance et de soumission aux blancs, et surtout aux jésuites, mais qui du moins n'établit pas, ainsi qu’il arriva au nord , une ligne de démarcation infranchissable entre les deux peuples.
Une différence frappante existait dans le pays situé entre le golfe du Mexique et le fleuve Saint- Laurent, où aussi apparut à son tour la Croix, emblème le plus pur de philosophie et de religion. Ici lIndien n'était plus comme au midi, un être d’un caractère docile et pacifique, courbant humblement sa tête devant l'influence religieuse, mais bien cetindividu au front altier etaux habitudes de férocité et de sang qui distinguent l’Indien du nord et de l’ouest.
De plus, ici le zèle missionnaire n'apparaissait pas avec son seul cortège, la foi et l'inspiration; il était accompagné, poussé même, par une population agitée et impatiente qui, refoulée de l’ancien monde, venait avec impétuosité prendre possession du nouveau. De là la grande difficulté de la tâche du civilisateur qui avait à concilier l'existence côte à côte de deux populations différant essentiellement entre elles dans tout ce qui peut ou rapprocher ou désunir les hommes. Malgré ces difficultés presque insurmontables, les efforts des mis-
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sionnaires n'en furent pas moins incessans. Ceux de la religion catholique furent les premiers à l’œuvre, et les Lettres édifiantes sont un monument impérissable de leur zèle et de leur libéralité, dont le résultat définitif contraste bien tristement avec l'immensité des sacrifices et avec l'étendue de si nobles travaux. Le sol arrosé en 1649, sur les bords du lac Huron par le martyre du père Brébeuf, et depuis ce temps par le sang de tant d’autres missionnaires , a-t-il le moindrement fructifié? En vain en cherche-t-on quelque trace.
Vers la même époque, ou quelques années plus tard, des protestans zélés s’appliquaient avec une ardeur égale à répandre les bienfaits de leur religion sur les tribus du Massachussetts et du Hampshire ; et déja même nous y trouvons l’organisation régulière d’une société, sous la direction de Gookin etde plusieurs autres philanthropes, pour la propagtion de l'Évangile chez les Indiens. L'histoire des Indiens qui prient (prayiog Indians) où Indiens chrétiens, écrite par ce même Gookin, abonde en témoignages touchans du zèle dont il était animé, et des souffrances inouiïes qu'il eut à endurer aussi bien que ses néophytes dans sa mission de paix et de religion.
Les Wyandots, objets particuliers des soins des missionnaires catholiques, sont pour le présent réduits à quelques centaines d'individus seulement ; de leur propre accord, ils demandent à se réunir aux tribus qui émigrent à l’ouest. Les Delawares,
22 , dont se sont tant occupés les Moraviens, réduits, aussi dans les mêmes proportions, suivent le mouvement général. Il en est ainsi des Iroquais, des Shawnese, des Miamies, des Potawatamies et des Ottawas, Nous citons spécialement ces tribus par la raison qu'elles ont plus que les autres fixé l'attention des missionnaires et d’autres personnages, aussi bien qu'eux, mus par des sentimens de morale etde religion, et qui appartenaient tour à tour à différentes sectes; de sorte que l’on ne peut attribuer leur insuccès à telle ou telle ieligion en particulier, mais bien, ainsi que nous l'avons déjà fait observer, à l'indomptabilité innée de Pindien de l'Amérique du Nord.
Tout en rendant justice entière à la pureté di motif qui, en tout temps, anima les sectaires en Amérique, il est facile, toutefois, de s'apercevoir que cette même diveisité d'opinions religieuses était et devait être, en effet, un Clément de nonréussite, Si ne se fût agi que d'une seule et méèm: secte enseigiant une doctrine et ue religion uni ques dans le fond comme dans la forme, sans nu doute le résultat en ent été plus favorable, ainsi qu'on le vit au Paraguay et dans quelques autres parties de l'Amérique di Sud où les catholique étaient exclusivement appelés à propager la fo: Dans l'Amérique di Nord, au contraire, les cultes catholiques et protestans s’'avancaient de front, et souvent à l'envi Fun de lautre, dans là carriere
Tous deux travaillaient de bonne foi: tous dens
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