‹ Notice sur les manuscrits trouvés à HerculanumChapitre 2 sur 11 · DE LA DECOUVERTE DES MANUSCRITS · texte numérisé non relu

DE LA DECOUVERTE DES MANUSCRITS

La masse dure qui s'élève à plus de cent pieds sur le sol d'Herculanum, s'est formée à diverses époques. La couche inférieure semble être le produit de l'éruption du Vésuve, qui arriva l'an 79 de notre ère. Elle se compose de sable, de cendre et de bitume ou de pierres ponces, et tient plus du tuf que delà lave (1). Ces matières se sont condensées par des flots d'eau bouillante, soit que l'éruption ait été suivie d'averses violentes (2) , soit que le volcan ait vomi cette eau, comme il arriva en 1538, lors de la formation du Monte Nuovo (3), soit enfin que les flots de la

(1) W. ïïamilton, Remarks upon the nature of the soil of Naples and its neighbourhood. Phil. Transact. 1771 , p. 7 et suiv. , et p. 49. H. Davy, dans le même ouvrage , 1821 , p. 196.

(2) Opinion de Winckelmann , Werke, II, p. 19.

(3) W. Hamilton, à l'endroit cité, p. 25.

mer qui baignait la ville, agités par le remuement des matières volcaniques , aient commencé à bouillir et à envahir le rivage (1). Cette dernière explication paraît la mieux fondée (2).

Telle est la matière qui combla une des principales villes de la Gampanie. Les habitans qui se sont soustraits à temps au danger imminent, n'auront pas manqué de fouiller la masse récente , les uns poussés par le désir d'en retirer les cadavres de leurs parens et de leurs amis, les autres par l'espoir de trouver des choses précieuses. Quelques conduits souterrains retrouvés pendant les fouilles faites en 1754 (3), suffisent pour prouver que l'endroit a été exploité antérieurement. Cette entreprise, encouragée par le décret de l'empereur Tite, dont parle Suétone (4), n'a pas été poussée bien loin , soit qu'on ait reculé devant les obstacles, soit que les résultats n'aient pas égalé les frais. Plus tard on ne songea plus à ces vil-

(1) Sir H. Davy, 1.1., p. 196. — Le Prof. C. Maravigna de Milan nie l'intervention de l'eau dans cette terrible révolution , dans nne lettre insérée dans la Biblioteca Ilaliana, Août 1838. Il promet d'exposer pins tard les motifs de cette hypothèse paradoxale.

(2) Les livres Sibyllins, en prédisant cette catastrophe, avaient déjà parfé d'une effervescence de la mer , Çioêt>ç O-uluooiaç- Plutarch., De Pyth. Orac., p. 398, C.

(3) Philos. Transact. 1764, p. 823.

(4) Suet., Tit. 8. »Bona oppressorum in Vesevo, quorum heredes non »exstabant, restitution!* afllictariun tivitatum attribuit."

les ensevelies. L'inscription, que Winckelraann (1) allègue pour démontrer que des statues furent transportées de ces lieux, pour servir d'ornement aux Thermes d'Alexandre Sévère, n'a aucun rapport à Herculanum et Pompeji. Fea a prouvé que les loca abdita, sur lesquelles se fondait l'opinion du célèbre antiquaire, ne signifient autre chose que des endroits peu fréquentés (2).

Le souvenir de ces villes s'effaça plus tard au point qu'on n'était pas même d'accord sur leur emplacement, lorsqu'en 1713 le hasard fit trouver quelques débris antiques dans une terre, achetée par le prince d'Elbeuf. En poursuivant les recherches, on retira quelques statues de la terre. Alors le gouvernement napolitain s'en mêla et fit interdire au prince de continuer les fouilles. Les choses en restèrent là jusqu'en 1736, lorsque les travaux furent repris sur les ordres du roi Charles III (3). Quelque temps après, une inscription (4) donna la certitude complète que l'ancienne Herculanum était enfouie sous le sol de Portici , bourg moderne qui dérive son nom du portique d Hercule (Porticus Herculis), par lequel on désignait autrefois la ville d' Herculanum (5).

(1) Werke, II, p. 23.

(2) 1.1. II, p. 333, suiv.

(3) Voyage d'un Français (M. de la Lande) en Italie, T. VII, p. 100. {4} Winck. Werke, II, p. 27.

(6) Petronii , Satyr. 106, comp. Winck., Il, p. 12.

L'ardeur, avec laquelle on avait entrepris le déblai d'Herculanum , nonobstant les difficultés qu'opposait le terrain, et la nécessité de ménager les édifices, qui couvrent la surface du sol , se ralentit un peu après la découverte de Pompeji vers Tan 1748. Cette ville n'était couverte que de cendres légères, que les gens du pays appellent Papamonte ; ce qui offre l'avantage qu'on n'y est pas obligé de creuser à la sape. Il est donc naturel que les fouilles se dirigèrent vers un côté , où tout promettait un succès plus brillant à un travail moins rude et moins coûteux. Toutefois on ne perdit pas de vue Herculanum. Une grande maison de campagne, située jadis sur le bord de la mer, fut mise à découvert, et c'est là qu'on trouva en 1752 une petite chambre ou cellule, détachée de l'édifice principal (1). Le pavé, comme à l'ordinaire, était en mosaïque. Le long des parois étaient disposées des armoires en marqueterie, et une autre armoire, placée au milieu de la pièce, était garnie des bustes de Démosthène, Épicure, Zenon et Hermarque (2). Des rouleaux , longs d'un

(1) V. une lettre de Paderni du 18 Novembre 1753, dans les Philos. Transact. de 1753, p. 71 ; — de Murr, De papyris s. volum. Hercul., p. 1, se trompe en nommant le 3 Nov. 1753 comme la date de la découverte. Ce jour-là on retira de cet endroit le buste de Démosthène. V. Pitture d'Ercolano, V, p. 51.

(3) Philos. Transact. 1754, p. 636; de Murr, p. 1, n°. 3. Pitt. d'Er. col., V,. tav. 11 — 34. Herculanum et Pompeji, par Roux et Bouchetj Bronzes sec. 6érie, pi. 6—8.

palme et de deux à trois pouces de diamètre , étaient entassés sur les rayons. A la première vue on prit ces rouleaux pour du charbon de bois, et les ouvriers désignèrent l'endroit par le nom de bottega del carbonaro; mais bientôt on reconnut Terreur, quand un morceau tombé à terre montra des caractères lisibles (1). Plus tard on a reproché aux directeurs des fouilles , de n'avoir pas compris tout d'abord 1 importance de ces débris; mais soyons justes a leur égard. Qui s'attendrait à trouver à une telle profondeur sous terre des manuscrits lisibles, et qui saurait les distinguer des morceaux de bois carbonisé qu'on rencontrait à chaque pas? Nous doutons aussi que la perte ait été considérable, parce que le travail ne procédait que bien lentement, et qu'on a dû les reconnaître peu de jours après la première découverte. Camillo Paderni, qui dirigeait alors les excavations, écrit dans sa lettre du 18 Novembre 1752 qu'il y avait un mois de la découverte de plusieurs rouleaux de papier (2), et dix-sept mois plus tard on n'avait recueilli que 250 manuscrits, mais on espérait trouver un plus grand nombre à mesure qu'on parviendrait à déblayer la chambre (3). Delà il résulte que les plaintes de Winckelmann ne sont pas bien

(1) L'événement est raconté de cette manière par un anonyme Napolitain, dans une lettre du 25 Février 1755 , Philos. Transact. 1755, p. \\Z,

(2) Philos. Transact. 1753, p. 71.

(3) Oavr. cité, 1754. p. 634,

fondées (1). Dans une lettre du 18 Octobre 1754 , Paderni ajoute aux détails, que je viens de rapporter, qu'il s'occupe depuis quelques jours à transporter les volumes , tous rédigés en Grec , au nombre de 337 (2). On y trouva encore dix -huit volumes en faisceau, qui surpassent les autres en longueur. Ils se tenaient par une écorce d'arbre et étaient couverts d'une planche. Quelques mots détachés apprirent que c'étaient des manuscrits latins. Je ne m'arrêterai pas à rapporter les diverses évaluations du nombre des volumes (3) , et il suffit d'observer que le catalogue de l'Office porte leur nombre à 1756, y compris les fragmens. Tous ces manuscrits fuient trouvés réunis, à l'exception de quelques-uns qu'on trouva placés dans des cassettes sous le portique du même bâtiment (4).

Maintenant qu'on sait que le papier a échappé au bouleversement des cités envahies par les matières volcaniques, et que dix-sept siècles ne l'ont pas consumé , on se demande comment il s'est fait qu'on n'en ait pas trouvé ailleurs à Herculanum , et nulle part à Pompeji. Pour résoudre cette question, il ne

(l) Winck,, Werke, II, p. 96. (2; Philos. Transact., p. 823 , suiv.

(3) V. l'ouvr. cité, 1756, p. SOI, et Tychsen, De chartae papyraceae m Enropa per médium aevam usa ejusque teruiino, dans les Comuu'nt récent, societatis scient. Goetting. IV, Comm. 1, p. 142.

(4) De Jorio, Officina de'Papiri , p. 15.

suffit pas d'alléguer la rareté des livres à cette époque. Il se présente une solution plus raisonnable. Les fouilles d'Herculanum se sont bornées à un coin peu étendu de la villet et qui contient presque exclusivement des édifices publics. Ensuite il est probable que des volumes se seront présentés aux ouvriers, sans être reconnus pour tels, puisqu'ils faisaient une seule masse avec d'autres objets carbonisés. A Pompeji au contraire on trouve souvent des papyri, mais. réduits en poussière (1). On se trompe en attribuant cette perte au feu; car les cendres du Vésuve ne pouvaient plus être brûlantes, quand elles tombèrent sur Pompeji, située à une distance de cinq milles du volcan. Nous pensons avec Sir Davy que c'est l'effet de l'air , qui pouvait pénétrer la cendre légère qui combla Pompeji, et non la croûte solide qui s'était formée sur Herculanum (2). Cette opinion est d'ailleurs confirmée par les rouleaux qu'on a trouvés dans quelques tombeaux à Cumes. Ils étaient tellement usés par le temps , qu'on avait de la peine à les reconnaître, et qu'il est absolument impossible d'en tirer aucun profit (3). Au contraire tout le monde sait que les manuscrits tirés des tom-

(1) De Jorio, 1.1., p. 69.

(3) Philos. Transact. 18S1 , p. 197.

(3) De Jorio , Metodo di rinvenire e frugare i sepolrri degli anlichi, p. 134.

beaux égyptiens, ne doivent leur conservation qu'à l'exclusion de l'air, obtenue par leur enveloppe de toile enduite de bitume (1). Après cela on saura éviter l'erreur grossière du diplomate français, qui assura tout bonnement, qu'on doit retrouver tous les livres de l'antiquité, qui nous manquent, aux environs du Vésuve (2).

(1) Tychsen, I, p. 143. W. Hamilton , Some account of the Egyptian Papyrus , etc. dans rArchaeologia or Miscellaneous tracts relating to antiquity, XVI , p. 177.

(2) Barthélémy, Oeuvres div., roi. II, p. 146, dans la note.

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