LE PAPYRUS DES ANCIENS
JLes anciens faisaient usage de diverses matières pour écrire. Tandis qu'on confiait les documens intéressans à des substances solides, telles que tables de marbre, de plomb, d'airain et d'ivoire, pour les garantir contre les injures du temps, on destinait les tablettes en cire ou en plâtre pour faire des notes qu'on n'avait pas l'intention de conserver. L'écorce intérieure de quelques arbres, surtout du tilleul (liber, philyra, tilid) , et la toile dont l'usage remonte à des temps très-reculés et s'est maintenu pendant plusieurs siècles (1), ne remplaçaient qu'imparfaitement d'autres matériaux. Une plante, pous-
(1) V. l'introduction de M. Spangenberg à son ouvrage: Juris Romani tabuîae negot. soi., Sect. I, §. 1. Pour ce qui regarde l'usage d'écrire snr Técorce d'arbres, je renvoie aux Mémoires de Tychsen, p. 197—208.
sant sur les rives basses du Nil, et éminemment utile aux habitans de l'Egypte (1) , semble avoir été de bonne heure employée au même usage. Les anciens peuples asiatiques s'en servaient déjà pour l'écriture; car le byblus dont parle Hérodote (2), est identique avec le papyrus, et a même donné son nom à une des villes les plus considérables des Phéniciens (3). Il est impossible de déterminer l'époque à laquelle cette découverte fut faite; mais les rouleaux de papyrus, trouvés dans les catacombes de Thèbes (4), prouvent qu'elle est antérieure à l'établissement des Grecs en Egypte, sous le règne de Psammétique, vers la fin du septième siècle avant notre ère (5). Aussi Hérodote ne dit pas que les Ioniens se soient servis de peaux dans un temps où le papier était encore inconnu ; mais il se sert de l'expression sv andvi fivfikwv , pendant une pénurie de byblus. Nous avouons cependant, que ce fut depuis l'établissement des Grecs
(1) Herod. II, 92. Theophr., Hîst. plant. IV, 9. Plin., H. N. XIII, 11, §. 71—73; XVIII, 11, 108; XXIV, 11, 38. J
(2) Herod. V, 68.
(3) Steph. Byz., v. /SvfiXoç.
(4) iieeren , Ideen, II, 2, p. 361 delà quatr. édit. Nitzsch, de historia Homeri I, Ch. 18.
(5) Telle est l'opinion de M. Boettiger , dans une diss. sur la dérouverte du papier nilotique et l'époque où il fut répandu en Grèce, dans le Vol. III, p. 365 — 382, de ses Opuscules archéol. publ. par J. Sillig. Dresden, 1838.
que le papier du Nil se répandit plus généralement en Grèce; quoiqu'il paraisse vraisemblable que la fabrication resta toujours un monopole du gouvernement égyptien jusqu'à la conquête du pays par Alexandre (1). C'est là le seul sens raisonnable qu'on puisse domier aux paroles de Varron , rapportées par Pline (2) : chartam Alexandri Magni Victoria repertam. Car qui oserait prétendre que le savant contemporain de Cicéron soit tombé dans une erreur aussi grossière que celle, que ces mots offrent au premier abord? Ce papier, connu sous le nom de ckarta, fut longtemps le meilleur moyen de conserver les souvenirs du passé; car ce ne fut que vers la 148ème Olympiade, que le parchemin {inembranà) sortit des fameuses fabriques de Pergame, s'il faut en croire l'autorité du même Varron (3). Ceux qui l'ont taxé d'ignorance encore sur ce point (4), n'ont pas observé la distinction à faire entre les peaux vernissées, ê«p&£çat , qu'on employait depuis des siècles pour l'écriture, et le parchemin (5).
C'est surtout Pline, qui nous donne des détails curieux sur la plante appel éepapyrus, avec un nom
(1) BoeUiger, p. 382.
(2) Plin., H. N. XIII, 11, 68,
(3) Ibid. , $. 70.
(4) De Cayius, p. 275.
(5) Je dois cette observation a M. Bnrttiger , p. 366.
d'origine égyptienne (1), sur les avantages quelle procure, la confection du papier, ses qualités, etc. (2).
Le texte de cet auteur, si concis et par là même quelquefois obscur, a provoqué une savante dissertation du célèbre comte de Caylus, qui, soutenu par les vastes connaissances du grand botaniste Bernard de Jussieu, est parvenu à éclaircir plusieurs points douteux dans la description de Pline (3). En abordant de nouveau cette matière qui se trouve intimement liée à mon sujet, puisque les manuscrits trouvés à Herculanum , tous sans exception , sont écrits sur ce papier, je réunirai les faits le mieux établis par les recherches du comte de Caylus , de Winckelmann , Tychsen et autres.
La plante, que les botanistes désignent sous le nom de cyperus Niloticus papyraceus, croît dans les marais de V Egypte et dans les eaux dormantes du Nil. On l'y voit encore de nos jours, surtout dans le voisinage de Damiate, où l'on s'en sert pour faire des nattes (4). Elle pousse une racine tortueuse à deux cou-
(1) Phrynichus, p. 303. Lobeck. Comp. Montfaucon , Diss. sur la plante appelée Papyrus, etc. dans les Mémoires de l'Acad. des Inscr. et B. L., VI, p. 692. L'étymologie de Papias est évidemment fausse.
(2) Hist. Nat. XIII, c. 11—13, §. 68—89 de l'édition de Sillig.
(3) La dissertation du comte de Caylus est insérée dans les Mémoires de l'Acad. des Inscr. et B. L.} T. XXVI, p. 267-320.
(4) ïïamilton, Account, p. 176. Les journaux annoncent qu'une notice sur le Papyrus égyptien se trouve dans le voyage en Afrique par A. Pezant. Paris, cher Aubrée , 1840.
dées de profondeur, et sa tige triangulaire, qui s'élève jusqu'à sept coudées, ou environ dix pieds, soutient une chevelure, dont les habitans du pays se servaient pour couronner les images des Dieux. Pour la confection du papier on n'employa ni ce panache, qui était faible et inutile, selon l'expression de Théophraste, ni la racine poreuse et succulente, qui servait de nourriture (1). On divisait l'intérieur de la tige, au moyen d'un instrument tranchant , en couches ou feuillets minces et aussi larges que possible. C'est de ces feuillets, dont la couleur et la qualité dépendaient de leur distance plus ou moins grande de l'écorce extérieure, qu'on fabriqua le papier.
Saumaise, dans une note sur les historiens des Césars (2), que je cite comme une preuve des vastes connaissances de l'auteur, compare la méthode de préparer le papier, adoptée par les Egyptiens, au métier du tisserand. Comme la trame traverse la chaîne, de même les feuillets frais, étendus dans toute leur longueur sur une table humide, étaient croisés par d'autres feuillets tendus transversalement. Les eaux troubles et bourbeuses du Nil tenaient lieu de colle. Ensuite on mettait ce tissu à la presse, et après l'avoir séché au soleil, on joignait une vingtaine de feuilles sur un rouleau (3). Noussa-
(1) Plin. , H. N. XV, 28, 117. »In papyris-caulis ipse pomum est."
(2) Cl. Salmasii Obss. ad flist. Aug. Script., p. 443 b. -— 451 a.
(3) Numquam plures scapo quam ^icenae, dit Pline, §. 77. M. de Jussieu, p. 308, en traduisant: »On ne poavait séparer dans chaque
Vons encore de Pline qu'un pareil rouleau contenait des feuilles de toutes les qualités, soit afin que l'acheteur pût choisir tel papier qui lui convenait, soit pour se défaire sans peine du papier d'une qualité inférieure. Le papier de première qualité , préparé en Egypte , était connu sous le nom d'hiératique, puisqu'il était réservé aux codes religieux. Plus tard il reçut le nom d'Auguste, à l'honneur (1) de ce prince, et le papier de seconde qualité fut appelé Livie, d'après la femme de l'empereur. Depuis lors le nom d'hiératique désigna le papier de troisième qualité. Vinrent ensuite le papier de l'amphithéâtre , le Saitique et le Leucotique ; on le vendait au poids. Les feuillets enlevés à la partie de la tige qui était immédiatement sous l'écorce, ne se prêtant pas à l'écriture, on s'en servait pour emballer des marchandises ou pour la couverture des volumes. On a trouvé à Herculanum plusieurs rouleaux rassemblés dans un faisceau avec ce papier emporétique (2) ou papier marchand; d'où
»tige plus de vingt lames," a ignoré le vrai sens du mot scapus, sur lequel on peut consulter Saumaise , à l'endroit cité, p. 445 b, et 449 a. L'explication de Jussieu a déjà été rejetée par Tychsen, Comm. II, p. 166. Montfaucon, p. 596, avait très-bien compris le passage de Pline, qu'il traduit: »Ii n'y en avait jamais plus de vingt à une main."
(1) Dans le §. 74 de Pline, les manuscrits varient entre ablutione et adulatione. J'ai suivi la dernière leçon , qui me parait la seule vraie. V. Tychsen , p. 167.
\2) Winckelmann , II , p. 95 , s.
l'on conclut que tous ces volumes contiendront les diverses parties d'un seul ouvrage ou plusieurs traités du même auteur.
Tel était le papier qu'on fabriquait en Egypte. Le témoignage exprès de Pline (1) ne laisse aucun doute à ce sujet. D'ailleurs la nature de la plante exigeait qu'on prît des feuillets frais. Si, comme quelques auteurs l'ont soupçonné, on avait fait passer à l'étranger la tige découpée, elle se serait recroquevillée, et par là il aurait été impossible de séparer les diverses couches; ou bien quand même on y serait parvenu, on aurait obtenu des feuilles jaunes au lieu d'un papier très-blanc. Une expression du jurisconsulte Ulpien (2) pourrait seule lever quelque doute sur ce que je viens d'avancer. Mais ce doute disparaît, du moment qu'on rapporte le passage cité à un légataire , résidant en Egypte, comme M. Tychsen a très-judicieusement observé (3).
Ce fut donc de l'Egypte et de ce pays seul, comme je le prouverai dans la suite, que les autres peuples tirèrent leur papier. Il paraît que la plante y croissait en telle abondance, que la provision suffisait largement, et il est constant même qu'on la détrui-
(1) «Texuntur omnes (chartae) madente tabula Nili aqua ," §. 77.
(2) Ulpianus, Ad Sabinum , L. XXIV. (Digest. XXXII, 1.52, §. 6.) «Chartis legatis, neque papyrum ad chartas legatum , neqae chartae »nondum perfectae continebuntur."
(3) Comm. II, p. 104.
sait en quelques contrées, pour hausser le prix du papier (1). Cependant sous le règne de Tibère il y eut une telle disette de papier, que le sénat crut de son devoir de nommer des commissaires pour la vente (2). Cet article, vendu d'ailleurs à un prix modique (3), semble avoir été longtemps exempt de droit d'entrée, comme on peut l'inférer d'un passage mutilé dans le plaidoyer de Cicéron pour Rabirius Postumus (4). Parmi les chefs d'accusation intentés contre cet homme, il y en avait un, qui le chargeait d'avoir introduit dans le port de Pozzuoles des navires contenant des objets précieux qui provenaient de l'Egypte, et d'avoir déclaré aux douanes qu'ils étaient chargés de papier, de toile et de verre pour échapper à leurs perquisitions. Le biographe de l'empereur Aurélien raconte, (5) que ce prince soumit les articles cités aux droits d'entrée, soit qu'ils fussent libres jusqu'alors, soit qu' Aurélien ne fit que renouveler une ordonnance d'un de ses prédécesseurs. La rébellion de Firmus qui avait occupé l'Egypte sous Aurélien et qui se vantait de pouvoir entretenir une armée du papier et de la colle (6), pourrait bien avoir provoqué cette
(1) Strabo, XVII, p. 500.
(2) Pline , §. 89 , les nomme arbilri dispensandae.
(3) Martial. 1, 118; XIII, 3.
(4) Cic., p. Rab. Post., 14, 40.
(5) Flavius Vopiscus, in Hist. Aug. Script., p. 224, C.
(6) Flavius Vopiscus op. 1. , p. 243. D. Casaubon et Saumaise ne sont
mesure. Plus tard Théodoric dëchargea le papier d'Egypte de l'impôt , comme Cassiodore nous l'apprend dans une lettre, écrite à ce sujet (1).
À Rome le papier fut soumis à un nouveau procédé. Le travail des papetiers (glutinatores) ne s'y borna pas à séparer les feuilles de diverses qualités, à lisser le papier et à faire des volumes; mais tels étaient les progrès qu'on avait faits dans cet art, que dans la fabrique d'un certain Fannius on savait, au moyen d'un appareil curieux, rendre le papier ampliithéâ trique plus fin et supérieur à toutes les autres espèces (2). L'empereur Claude donna son nom à une espèce de papier, fabriqué d'après un procédé nouveau que Pline semble attribuer au prince même. Le papier d'Auguste, à cause de son extrême finesse, souffrait à peine la plume de roseau, et sa transparence , désagréable à l'œil , faisait craindre que les caractères ne se confondissent, en cas qu'on écrivît des deux côtés. Pour remédier à cet inconvénient, Claude fit faire du papier, dont la trame fut de la première et la chaîne de la seconde couche. Sans avoir les défauts du papier d'Auguste, ce papier éga-
pas d'accord sur le sens de ces paroles; l'explication du premier me semble la plus raisonnable. Quoi (jn'il en soit, ces paroles prouvent assez l'immense produit que l'Egypte tirait du pnpyrns.
(1) Cassiod. Epist. , XI, 38.
(2) Plin., 1.1., §. 75.
lait en solidité le papier Livie, et joignait à ces qualités une plus grande largeur (1).
La description de ce papier , telle que Pline nous l'a transmise, donne lieu à deux questions, sur la solution desquelles les auteurs ne s'accordent pas. D'abord comme Pline n'a pas j ugé nécessaire de préciser l'endroit où le papier de Claude fut fabriqué, on pourrait hésiter entre l'Egypte et Rome. Deux raisons me déterminent en faveur de l'Egypte , savoir le silence de Pline à l'égard d'un papier simple provenant de ce pays, et ensuite, si le papier égyptien présentait toujours le tissu d'une double couche, l'impossibilité qui en résulterait de détacher ces couches intimement liées, sans les déchirer. Mais le silence de Pline ne pourrait être allégué comme autorité, ou prouverait tout au plus que le papier simple n'était pas en usage de son temps, si les manuscrits trouvés à Herculanum ne sont que des feuilles simples. Winckel marin qui les avait vus, a émis cette opinion (2), et l'assertion du fameux archéologue est répétée par Tychsen qui se fonde sur l'assurance du témoin oculaire M. Sickler (3). Cepen-
(1) Le même, §. 79, s.
(â) Winck., S. W., II, p. 99. »Die Herculanischen Baudscbriften beasiehen nur aus einem einzigen Blatte," u. s. w.
(3) Tychsen, 1.1., p. 158. »Hercul. volumîna unico tantum philyra- »rum ordine conglutinata sont, <juod a Winckelmanno observatum, imper ftsciscitanti mihi confirmavit testis ocnlatus Cl. Sicklerus."
dant dans l'apologie de ses travaux soi- les volumes d'Herculanum, conservés à Londres , ce dernier assure le contraire à diverses reprises (1). Dans ce partage d'opinions, j'ai demandé l'avis d'un savant attaché à l'Ufficina de' Papiri, et je puis assurer, en foi d'une lettre de M. Quadrari, qu'il n'existe aucun doute à ce sujet, et que tous les manuscrits connus sont composés d'une double couche, absolument suivant la description de Pline. Plus tard on commença même à coller ensemble des feuilles déjà remplies de caractères , comme on a remarqué dans un manuscrit composé de quatre couches , et qui présente à l'intérieur des traces d'une écriture plus ancienne que celle qu'on trouve sur la surface (2).
L'autre question se rapporte à ces mots de Pline : Auxit et latitudinem. »I1 rendit le papier plus large." La largeur des feuilles étant déterminée par la nature de la plante, et dépendante de la grosseur de la tige, il ne pouvait y avoir à cet égard qu'une légère différence entre les diverses espèces de papier. C'est ce qui a fait proposer à Winckelmann (3) de lire : Auxit et longitudinem , au lieu de latitudinem, puisqu'il ne dépendait que de la volonté de chacun d'augmenter la longueur, en collant ensemble plusieurs feuil-
(1) Sickler, Die Hercul. Handschriften, p. 44, 53,56.
(2) Spangenfeerg, Tab. Negot. Sol. p. 111. {3) S. W., II, 99.
les. Mais en examinant soigneusement le passagede Pline, on voit que le texte ne saurait admettre cette leçon, et que le mot latitudo n'offre aucune difficulté réelle. Cette étendue qui variait entre treize et six pouces (PI in. , §. 78), n'est autre chose que la hauteur, ou la dimension d'une feuille du haut en bas, de laquelle dépend le nombre des lignes (1). Personne ne s'étonnera de la différente hauteur des feuilles, dont parle Pline, quoique les manuscrits connus aient à peu près tous la même hauteur, de sept à neuf pouces.
Parmi les qualités du papier, on rangeait alors, comme de nos jours, la finesse, la solidité, et la blancheur. En fait de solidité, le papyrus présentait de grands avantages sur nos papiers. Par sa nature fibreuse il tenait mieux contre l'humidité ; les volumes d'Herculanum l'attestent; quoiqu'ils aient beaucoup souffert de l'influence de la matière volcanique et de Peau, après dix-sept siècles néanmoins ils sont propres à être déroulés, et offrent à l'oeil des caractères lisibles. On étendait le papier à coups de marteau, pour lui donner une plus grande solidité, y repassait de la colle, et le remettait sous la presse. Nous ignorons, comment on est parvenu à procurer au papier cette extrême blancheur que lui accordent
(1) L'acception du passage de Pline que je viens de proposer, est encore émise par Fr. Ritschi, dans un livre intitulé: Die Alexandrinisclien Bibliotheken , u. s. w. Bresîau , 1838, p. 124 et p. 125, dans la note.
les témoignages (l)des auteurs anciens, et qu'on admire encore dans les manuscrits tirés de l'Egypte, qui, surpassant les volumes d'Herculanum de plusieurs siècles en antiquité , ont conservé toutefois à un lia ut degré leur couleur primitive (2). Tout ce que nous savons à ce sujet, est qu'on était parvenu à lisser les feuilles et à en augmenter l'éclat au moyen de l'ivoire, des coquilles ou des pierres ponces (3).
Je ne m'arrête pas aux remarques de Pline qui ne regardent que les Romains; mais il me reste deux mots à dire sur la contrée d'où les anciens tiraient le papyrus.
Dans un marais de la Syrie croissait une espèce de papyrus, dont le roi Antigonus fit faire des cordages pour sa marine; on en trouvait aussi dans le Niger (4) et aux Iles Fortunées (5). Du temps de Pline on disait que l'Euphrate, aux environs de Babylone, produisait une plante propre à recevoir l'empreinte des caractères (6). Le silence des auteurs anciens sur
(1) Tibull. m, 1, 9.
»Lutea sed niveum involvat membrana libellum." Auson. Epigr. IV, 73 , appelle le papier Melonis albam Jîliam, et Cassiodore, dans son style ampoulé, parle de viscera nivea virentium herbarum. De Caylus, p. 309, rejette ces autorités.
(2) Tychsen 3 Comm. I, p. 143.
(3) Catul. Epigr. I, 1. Ovid. Trist. III, 1,13, florat. Epist. 1 , 20, 2.
(4) Plin. H. N. V, 8, 44.
(5) Le même, VI, 33, 205.
(6) Le même, XIII, 11, 73.
l'existence d'une semblable plante en Sicile démontre assez qu'elle y était inconnue de leur temps. Cette plante nommée par les habitans papero ou pipero> qu'on trouve sur les bords de l'Anapus près de la fontaine de Cyané , appartient sans doute à l'espèce cyperus, et ne doit pas être confondue avec le sari de Pline (1). Césalpin, professeur de botanique à Pise, vers le milieu du seizième siècle, est le premier qui en parle (2). Vers la fin du siècle passé, le chevalier Landolina essaya d'en tirer du papier, et son entreprise ne resta pas sans effet. Cependant il eut à lutter contre plusieurs obstacles, puisqu'il était difficile de séparer les fibres moelleuses , et de rendre les feuilles assez solides et unies pour s'en servir (3). Il résulte des échantillons déposés au Musée de Naples, qu'il en fabriqua de deux sortes, savoir sans colle, et avec une colle de pain levé, d'aprèsles divers procédés adoptés selon lui en Egypte et à Rome (4). Je souscris volontiers à la remarque, que m'a faite M. Quadrari. Il prétend que Landolina se serait mépris sur le vrai sens des paroles de Pline, et que rien