‹ Notice sur les manuscrits trouvés à HerculanumChapitre 5 sur 11 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l'encre et la plume des anciens.

Je crois avoir suffisamment insisté sur l'article du papier des anciens ; il me reste à considérer les autres matériaux, savoir l'encre et la plume dont ils se servaient.

Ils se servaient de la noix de galle (xïjyuç, galla) dans la teinture (1); mais rien ne nous porte à croire qu'elle entrait aussi dans leur encre. Perse, dans une notice curieuse sur l'écriture de son temps (2; , paraît indiquer la liqueur noire de la sèche , tenant

(1) Demosth,, in Aphob., p. 816 et 827, cité par Harpocralion,v. xijy.t,q. Etym. M. Plin. H. N.XVI, 6,26. Théophrasîe, cité par Sauraaise, Exerc» Plin., p. 274, A.

(2) Vers. Sat. III, v. 10-14.

. . . » Jam liber et bicolor positis tnembrana capillis, Inque manus chartae , nodosaque venit arnndo. Tune queritar crassns oalamo <jnod pendeat hunior , Nigra quod infusa vanescat sepia lympha ; Dilutas queritur geminet qnod fistula guttas.

lieu d'encre. Mais comme son contemporain Pline ignorait absolument cet usage delà sèche (1), je n'ose insister sur le témoignage de Perse. Le mot sepia, pris dans un sens poétique, désignera l'encre, sans préciser la matière dont elle est composée. Pline, en énumérantles couleurs, dit que F atramentum , ou la substance noire, dont on se servait pour écrire, se faisait de la suie (2), et Vitruve nous apprend que pour obtenir cette suie , on brûlait de la résine dans un fourneau fermé. On n'avait qu'à la détremper iavec de la gomme, pour avoir de l'encre (3). On y mêlait de l'absinthe , pour garantir les caractères des souris (4). C'est ce que nous savions de bien positif à cet égard , avant la découverte des volumes d'Herculanum. En examinant ceux-ci , on voit que les caractères d'un noir fortement prononcé, s'élèvent sur la surface du papier , comme s'ils étaient tracés au pinceau. Cela prouve d'abord que leur encre était moins fluide que la nôtre, ce qui d'ailleurs résulte d'un reproche adressé par Démosthène à Eschine, d'avoir broyé de l'encre dans l'école de son père (5) ; ensuite

(1) $on sensément il n'en parle pas en décrivant la sèche IX, 29, 84; mais en parlant de l'atramentum, XXXV, 6, 43, il ajoute même: »Mira in his sepiarum natura j sed ex his non fit."

(3) Plin. H. N. XXXV, 0, 41.

(3) Vitruv. VII , 10.

(4) P!in. H. JH. XXVII , 7 , 52.

(6) Demosth., De Coronâ , p. 313, R.

que le vitriol n'y entrait pas, puisqu' alors les caractères auraient changé de couleur et percé le papier. Davy, dans ses observations sur les papyri d'Herculanum (1), prétend qu'ils sont écrits avec de l'encre composée de charbon de bois et de gomme. Il trouva du charbon dans les plis des rouleaux , et plus les caractères s'étaient effacés par l'humidité,, plus cette matière se manifestait. En soumettant plusieurs fragmens à un examen chimique, il s'assura qu'ils contenaient de l'ammonia, et avec d'autant plus d'abondance que les caractères étaient moins lisibles. La gomme qui, en se décomposant, forme l'ammonia, n'entrait pas dans le papier, dès lors elle doit faire partie de l'encre. L'autorité de Vitruve et de Pline (2) viennent à l'appui de cette opinion, et le dernier de ces auteurs parle dans le même article d'un atramentum de bois brûlé et de charbon pilé dans un mortier (3). Si, après tout ce que je viens de dire, il restait quelque doute à ce sujet, on pourrait recourir à une analyse de l'encre conservée dans un encrier tiré des fouilles de Pompeji (4). A en juger des fruits obtenus par les expériences de M. Chaptal

(1) Philos. Transact. 1821, p. 191, 198 et 205.

(2) Plin. H. N. XXXV, 6 , 43. »Omne autem atramentum sole peraficitnr, librarium gvmmi, tectorium glutino udmi&to."

(3) »Fît et e tedis ligno combusfo Iritisque in mortario oarbonibus."

(4) Paderui en fait mention, Philos. Transact. 1766, p. SMS.

sur les teintures des anciens (1), un semblable examen ne manquerait pas de résultats.

L'opinion généralement adoptée, que les anciens se seraient servis de roseaux, au lieu de plumes, est fondée sur le témoignage unanime des auteurs, tels que Pline, Martial et Apulée (2). La patrie du papyrus produisait également ces roseaux ; ceux de Gnide, dans l'île de Chypre, passaient pour les meilleurs. Leur qualité moins spongieuse ne permettait pas à la pointe de s'émousser à chaque instant , et donnait aux caractères une très-grande égalité et une finesse admirable dans les liaisons. Le soupçon du comte de Caylus (3}, qui accorde aux anciens l'usage des plumes d'oie, est démenti par leur silence et d'ailleurs si dénué de fondement, que nous n'hésitons pas à le rejeter (4). Une des peintures d'Herculanum (5) nous représente un roseau noueux taillé en plume. Les fouilles ont fourni une plume dans un état pétrifié, de manière à nJen pouvoir plus distinguer la fente au dire de Paderni (6) . On la trouve à Naples

(1) V. Esprit d. Journaux, Mai 1809.

(2) Plin. H. H. XVI, 36, 157. Mart. Epigr. XIV, 38. Apul. ffletam. praef.

(3) V. la diss. citée , p. 284.

(4) L'usage des pi nmes é lait connu au septième siècle. Isidor., Orîg., VI, 13.

(5) Pilt. Ercol., 11,35.

(6) Phil- Transact. 1758, p. 620.

parmi les meubles des anciens N. 523 et elle passe pour une baguette en buis. C'est ce qui porte à croire, qu'on s'en sera servi pour tracer des caractères sur les tablettes cirées, et non pas sur le papier. Winckelmann, attribuant aux anciens des baguettes pour l'écriture sur le papier (1) , se fonda sur le même objet; plus tard il découvrit son erreur, et la corrigea en renvoyant à plusieurs épigrammes de l'Anthologie, où se trouvent mentionnés des roseaux à deux pointes et des roseaux fendus (2).

(1) Winck., S. W., II, 128.

(2) II, 216 suiv., et 329, n. 68. Cons. encore Salmas. Exerc. Plin., p. 1044, s.

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