Notice sur les pierres sculptées du Guatémala récemment acquises par le Musée royal d'ethnographie de Berlin
A l’époque où Alvaredo de Coûtez fut envoyé conquérir le Guatémala, ce pays était divisé entre les trois royaumes des Quichés, des Cakchiquels et des Zotugils, dont les souverains, après la triple division effectuée sous Acxopal, prétendaient remonter à des ancêtres communs. La hiérarchie y était des plus compliquée et montait par des degrés de plus en plus élevés depuis les plus basses classes jusqu’à la dignité souveraine de l’Ahau-Apop. La puissance reposa principalement sur une vieille noblesse héréditaire qui élisait trois grands électeurs ou princes royaux, nommés Nim-Chocoh, jusqu’au moment où, par suite de l’établissement d’une noblesse de cour (les Achihob) sous le règne du roi Qikab, elle fut un peu affaiblie au profit des prérogatives royales. Les Zotugils résidaient dans les montagnes sur les nords romantiques du lac d’Atitlan, les Cakchiquels à Iximché ou Tecpan- Guatémala, et les Quichés enfin dans l’antique capitale de Gumarcaah ou Watlan, dont les ruines, que maintenant encore on peut voir dans le voisinage de Santa-Cruz del Quiche, rappellent d’anciennes descriptions dans
Asm.
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lesquelles est célébrée l’excellence de cette cité sur toutes les autres villes de l’Amérique1.
Au milieu des documents incomplets et peu nombreux qui nous sont restés des antiques nations civilisées de l’Amérique, ceux du Guatémala se montrent relativement mieux dotés. Le livre sacré des Quichés, Popol-Vuh, est unique dans son genre sur tout le Continent, et le codex Chimalpopoca (tiré du cycle historique des nations Nahuatl) qui vient de suite après lui comme intérêt, prend une double importance en ce que, originaire d’Analmac, il complète par ses descriptions celles que nous a conservées le manuscrit composé à Chichicastenango, ou son similaire le manuscrit Cakchiquel de Tecpan-Atitlan et Solola de don Ernandez Arana prince des Apozatzils. Ensuite viennent, comme dans les autres colonies de la conquête, les infolios des premiers chroniqueurs (Oviedo, Torquemada, Herrera, etc.) et les relations des missionnaires parmi lesquelles, pour ces localités, se distinguent celle de l’évêque de Chiapa et Soconusco, Francisco Nunez de la Véga (1702), puis Ordonez, Juarros, et beaucoup d’autres. De plus, dans le Guatémala les particularités du caractère populaire se sont bien mieux conservées que dans les autres établissements principaux de la colonie où les Espagnols étaient attirés ; en effet plus ces centres étaient entraînés dans le courant de la civilisation européenne, plus ils devaient perdre rapidement la leur. Au contraire des esclaves dégénérés qui se résignent au sort qui leur est fait, les Indiens du Guatémala se présentent avec un sentiment de leur dignité personnelle inspiré par une prétention à l’égalité des droits qui aurait pu atteindre, l’occasion étant donnée, à cette supériorité à laquelle étaient déjà arrivés de fait les Mayas, leurs alliés, sur le terrain qu’ils occupaient. Quant aux relations sociales il y a eu peu de changements; les souvenirs du passé païen se sont conservés jusque dans la religion par la continuation du culte Nagual, et dans les Ballets-Drames, comme par exemple le Rabinal, les personnages héroïques continuent à jouer
1 El solo imperio (le Utatlan podia rivalizai' con el de los Aztecas y los Incas (Ameghino). Don Juan de Rojas et don Juan Corlez, les fî'.s de Tecum et de Tepepul, abandonnèrent Ulatlan ou Gumarcaah en ruines pour se retirera Santa-Cruz-del-Quichè (155S), comme derniers princes des Quicliés, de la maison de Cavok. — Xere curé mi-x-utzinic clii Conchel Quiclié « ainsi Unirent tous les Quichés. »
les mêmes rôles de génération en génération (dans les explications d’Amoxoaque ou bien d’experts en écritures sacrées).
Au point de vue archéologique, à l’exception des points frontières, disputés dans les divisions politiques, de Palenqué et de Copan, le Guatémala semblait être inférieur à quelques-uns de ses voisins, au moins pour les parties de son histoire classique qui se rattachent aux capitales nommées cidessus.
Stéphens les a visitées ; mais lorsqu’il eut tiré de Palenqué et de Copan son riche butin, il ne récolta pas grand’chose dans tout le reste de son voyage à travers le Guatémala, sauf peut-être Quirigua (dessiné par Catherwood), et à son second voyage (1841) la splendeur des monuments découverts dans le Yucatan jeta d’autant plus d’ombre sur tout le reste. Les pièces de collections provenant du Guatémala sont rares dans les Musées ethnologiques, mais celles qu’on y trouve possèdent ordinairement des traits particulièrement caractéristiques qui révèlent une originalité de tout genre. La forme des vases d’Amatitlan reste encore unique, tandis que les vases en forme de souliers ont trouvé leurs pareils dans l’Amérique Centrale.
On n’a pas encore entrepris d’expéditions scientifiques ayant pour but principal l’exploration archéologique du Guatémala, de sorte qu’à ce point de vue on n’a encore accordé à cette contrée qu’une attention passagère.
Par contre les traditions ont été souvent l’objet d’études, surtout depuis que Scherzer1, de retour en Europe, a publié ses découvertes bibliographiques, et ensuite que Brasseur de Bourbourg a fait paraître ses compléments et ses révisions. Aussi ne manque- t-il pas d’essais sur l’histoire du Guatémala, mais jusqu’à présent ces expositions ne laissent guère au lecteur d’autre impression que celle d’un mélange confus où des fils se croisent en tous sens, sans qu’il soit possible de les démêler, ni de suivre leurs directions différentes. 11 y aurait donc à redresser les premières données pour établir, autant que les matériaux que nous possédons nous fournissent des points de repère, les époques et les lieux dans leur indépendance, et dans le cas où
' Vienne 1857, cf. Mémoires de l' Académie Impériale des sciences (section hist. phil.) XIX (1856), p. 166. — M. Müller : Chips from a german Worhshop Vol. I, p. 313 — Brasseur de Bourbourg' : Popol-Vuh (collect. de documents, vol. 1). Histoire des Nations civilisées du Mexique Paris 1859) vol, I, IV.
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une prudente marche en avant paraîtrait permise, les examiner dans leurs rapports mutuels.
Gomme le plus ancien dans la série, d’après l’opinion courante, se présente dans le bassin de l’Usumacinta, le Cycle des traditions votanides, avec sa patrie située au delà de l’Atlantique, ses merveilleuses constructions sur la terre américaine, et enfin s’étendant de l’est à l’océan Pacifique le culte des mystères de Huéhuéténango i. Son caractère historique nous amène à Xibalba, qui se sépare du cycle historique comme royaume souterrain des morts, après que dans Gueumatz (le même que Guatémala) se sont montrés les traits historiques qui, à Anahuac, donnent à la figure prophétique de Quetzcalcoatl une forme saisissable, comme Kukulcan dans le Yucatan (se retirant ici à la vérité devant Zanma qui ‘est antérieur). L’introduction de Xibalba comporte également celle de Gumarcaah, car de là sortent les deux frères pour soutenir la lutte à la Paume à la cour des sombres princes de Xibalba. Lorsqu’à la fin, après une longue suite d’aventures longuement racontées, l’un d’entre eux, Hunabpu (qui était rené par l’union virginale de la tête de son père mort avec l’arbre), a triomphé du fier tyran et de ses grands vassaux, il trouve fermées les portes de Gumarcaah qu’il venait de délivrer par son héroïsme du tribut qu’elle payait. Pendant son absence devait probablement s’être accomplie cette révolution historique dans laquelle Copichoh, fils de Tamub, déposa dans le temple de Cahba 2 la pierre noire de Tulha, une de celles qui servirent à ouvrir la route du liant plateau de Mexico à Guatémala, siège des Marnes et des Pokomames, si souvent parcourue plus tard jusqu’aux Pépiles. Bien qu’ils soient englobés dans la domination Toltèque ces événements doivent pourtant se rattacher principalement à cette période qui concorde avec la prise de Chobula par Huémac, ce qui dérange par conséquent cette classification de faits, antérieurs déjà à l’histoire de la civilisation Toltèque, sur lesquels repose la grandiose structure des pyramides. Alors commencent ces migrations si riches en résul-
1 A Huéhuétan de Soconu?co Votan (el senor del palo hueco) plaça dans les souterrains de la maison ténébreuse (casa lo brega) construite d'un souffle, les secrets du blanc (ou sacré) Tapir (Zayi) sous la garde des Tlapïans (dans le trésor brûlé en 1G91).
2 Dans le temple Cahba (de Tohil) Hurakan était adoré comme le cœur du ciel et de la terre, et Votan comme le cœur du peuple (d'après Nûnez). Sur les poteries d'argile des Pueblas le cœur est représenté^ comme marque spéciale, dans les figures d’animaux.
tats pour la linguistique américaine, qu’on peut suivre dans leurs étapes jusqu’à Chiriqui et qui reviennent ensuite vers le lac Managua. Dans le royaume des Toltèques, détruit peu de temps après, les ruines fournissent assez de données pour démontrer l’avènement d’un monarque universel (Naxit ou Topiltzin Acxitl) régnant dans l’Est (ou dans le Sud) sous le nom de Rahaual (ou Ahclebal), auprès duquel les ambassadeurs des princes Quichés cherchent plus tard un appui. D’après cela ses ancêtres devaient avoir parcouru les contrées intermédiaires avant d’occuper les territoires des Quichés et de leurs alliés, à l’époque où ceux-ci allèrent fonder Utatlan (sur l’emplacement de l’ancienne Gumarcaah) qui l’emporta ensuite sur les autres capitales d’après la description du Popol-Vuh, le livre de l’assemblée du Conseil.
Pour ce qui regarde cette partie de la famille humaine (au point de vue de la race autochtone) il faudra donc naturellement remonter à l’histoire de la création. Et ici aussi les mots résonnent de ce son enchanteur de création primitive, qui retentit sur tous les continents dans les documents des peuples primitifs, quand ils ne sont pas falsifiés, comme un chant cosmogonique (ainsi récemment encore il s’est révélé un de ses chants dans les traditions de la Polynésie). Voici les vers d’introduction du Hupah-chi-Tzih, ou première partie :
« Ceci est la parole au commencement, lorsque tout était encore en suspens, que tout était calme et silencieux, immobile, paisible, et que le ciel était vide dans son immensité infinie 1.
« Et maintenant une première voix, la première parole. De l’homme il n’y avait rien encore, et aussi aucune créature, aucun animal, ni oiseau, ni poisson, ni coquillage, point de bois et point de pierre, ni gazon, ni broussailles. Les deux seuls existaient, ils étaient là et avec eux, étendue dans le silence, l’eau de la mer immense. La terre aussi n’avait pas encore montré son visage.
« Rien encore n’était debout, seule la vaste étendue des eaux, dans son calme silencieux, sans perturbation dans son repos.
1 Este es ser dicho, cuando estaba suspenso en calma, en silencio, sin moverso, sin cosa, sino vacio elcielo (tels sont les expressions de la traduction de Ximenès), — Voici le récit comme quoi tout était en suspens (Arc u tzihoxic vac ca tzinin-oc). — Estab i in silencio y sosiego en la oscuridad y la noche (oceanischer Po).
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« Immobilité et silence de toutes parts, dans l’obscurité, dans la nuit, dans les ténèbres nocturnes. Ils sont seuls, le Créateur, le Formateur, celui qui est là- haut (Tepeu) le Serpent couvert de plumes. Ils sont là ceux qui engendrent, ceux qui donnent l’être, ils flottent sur les eaux comme une lumière grandissante.
« Ils sont enveloppés de vert, de bleu, et de là le nom de Gucumatz. Et ainsi la raison du sage, puis l’Etre du ciel et aussi du cœur du ciel, cela est la Divinité, désignée comme il convient.
« Maintenant le Verbe émane d’eux; il vient vers Tepeu et Gucumatz, dans l’ombre de la nuit, là pour parler avec eux, avec Tepeu et Gucumatz.
« Et alors ils parlent échangeant leurs paroles, ils se consultent, ils méditent, ils se comprennent l’un et l’autre, ils joignent leurs propres paroles, leurs pensées.
« Alors, tandis qu’ils tenaient conseil, il commença à faire jour, et avec le crépuscule l’humanité commença à entrer en existence.
« L’Eclair est le premier des signes d’Hurakan 1 qui sorte du cœur du ciel, puis l’éclat qui sillonne, et. comme troisième la foudre qui frappe. Ce sont les trois 2 dans le cœur du ciel.
« Alors vient la délibération avec Tepeu et Gucumatz sur les principes de morale dans la vie, etc. »
Ensuite, les nuages se déchirent, la Terre se présente dans sa beauté, et Gucumatz célèbre avec reconnaissance, par de joyeux hymnes, la Trinité qui est dans le cœur du ciel ; puis vient, dans le Capah-Chi-Tzih, la création détaillée des animaux avec l’indication des lieux d’habitation qui sont abandonnés à leur usage. Mais la parole leur manquait : ils ne pouvaient que croasser, glousser et mugir (xa-que vachelahic, xa que caralahic, xa que rohonic) ; il était hors de leur pouvoir d’adresser leurs remerciements au cœur du ciel.
1 Hurakan qui, sous le nom d'Orkan, sépare les îles des Antilles (suivant les traditions des Caraïbes) les unes des autres (d’après Delaborde) était accompagné de l’oiseau Savacon (qui produit le vent).
2 Lorsque, pendant le silence, sous « le père et la mère de l'être » des bornes furent placées dans le vide du ciel, le verbe vint vers le créateur, Tépeu-Gucumatz, sortant des ténèbres pour tenir conseil avec la trinité compQsèe d'Hurakan (la voix du tonnerre), Cakalha (l’éclair) et Chipi-Cukulha (le sillonnement de l'éclair). La conception d'une troisième existence ajoutée à la dualité du tonnerre et de l’éclair se retrouve aussi dans l’Asie Orientale et ailleurs. Au Pérou, Illapa était adoré comme triple tonnerre. Chez les Araucaniens Toqui (Pillan ou éclair) est le prince du monde invisible. Chez les Toltèques, Opn (l’invisible) était invoqué sous le nom de Johualla Ehecatb (la voix de la nuit).
Or, lorsque le créateur et le formateur (Tzakol et Bitol) eurent reconnu que le nom sacré lie serait point prononcé, qu’il manquait aux animaux la faculté de la parole, ils les privèrent de la gloire ; et lorsqu’un dernier effort pour établir quelque autre espèce d’hommage eut échoué, on proclama la sentence qui les condamnait à être tués et mangés.
Ainsi ils décidèrent — le créateur et le formateur, celui qui engendre, celui qui forme l’être — ils décidèrent de tenter une seconde création ; car déjà s’approchait l’aurore, déjà devenaient visibles les signes du jour (dans ce récit de la création).
Mais comment faire ? comment produire cette créature qui saura offrir à ses créateurs ses remerciements et ses adorations? Alors suivent les diverses tentatives qui l’une après l’autre avortent. D’abord ce sont les hommes pétris de terre glaise que la pluie dissout en un mélange boueux ; puis les marionnettes de bois, créées par l’art magique de Xpiyacoc et deXmucane (l’homme provenant du tzité, la femme du ziback), mais leur stupide ingratitude excite le courroux de la nature entière, et leur postérité, dégénérée, errant dans la profondeur des forêts se voit dans les singes nommés Qoy (que l’on considère aussi comme les descendants de Hun-Batz, métamorphosé par Hun- Ahpu). Tous ces événements se passent encore dans le crépuscule, « or il n’y avait alors que peu de clarté sur la place de la terre, le jour n’était pas encore » (Brasseur), avant l’apparition du soleil et de la lune, lorsque les prétentions de Vukub-Cakix, qui veut se faire passer pour ces astres, ne trouvent encore aucune créance.
Ce n’est quedans le Hupah-Chi-Tzih du R’Oxpach-Chi-Vub (le troisième chant) que commence l’histoire de la race humaine actuelle.
De nouveau, les dieux se rassemblent pour le conseil; de nouveau ils examinent toutes les possibilités, pèsent, considèrent sous différents points de vue ; ils réfléchissent, ils secouent la tète, ils se torturent l’esprit à chercher comment ils pourraient produire une créature digne d’eux.
Ce n’est qu’avec la découverte des grains que le problème est résolu, lorsque dans Paxil 1 et Kayala, ils reçoivent le maïs, « les épis du maïs jaune,
1 Venus de Tullan dans l’orient (de la nuit de la chauve souris) les hommes furent façonnés par les créateurs Chay-Abnh et Xibalbay (la pierre d obsidienne) avec du bois et des herbes, et à l'intérieur ils avaient de la terre seulement jusqu'à ce que, pour former le sang et la chair les barbares Utiuh
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les épis du maïs blanc, » digne nourriture do l’homme et condition première de son existence et ils forment ensuite la chair de l’homme répondant à la substance du maïs, pour qu’il puisse se l’assimiler. Puis lorsque les tribus tirées de Tulam-Zuivan (les sept grottes), sous la conduite des quatre premiers hommes, Balam-Quitzé, Balam-Agab, Mahucutah, et Iqi-Balam, ont longuement erré dans les ténèbres poussant des plaintes et des gémissements, protégées à grand’peine contre le froid par le feu reçu de Tohil, elles peuvent enfin sur le mont Gagawitz saluer le lever du soleil par l’hymne d’allégresse, nommé le Ka-macu « maintenant nous regardons dans la clarté ». C’est leur soleil historique, celui qui dans sa course régulière éclaire les cycles suivants des dynasties royales dans les trois royaumes jusqu’à la conquête espagnole. Au reste, l’entrée de l’homme dans l’existence, cette formation effective de l’homme, ne sont point un acte direct de création de la part des dieux : lorsqu’ils eurent trouvé et établi la condition première de l’existence humaine, alors seulement l’homme naquit, spontanément, selon le cours des lois nécessaires de la nature.
Voilà pourquoi il est dit dans le texte :
« C’est ainsi que les hommes entrèrent dans l’existence, non formés ni nés « de la femme, mais comme une œuvre merveilleuse, engendrés par ce qui « façonne, par ce qui donne la vie, parlant et pensant, voyant et raisonnant. « Leur clair regard embrassait tout, pénétrait tout l’enchaînement des choses. « Aussi les créateurs furent effrayés de leur propre ouvrage et lui jetèrent « un voile (leur soufflèrent un nuage sur les yeux). » Alors les dieux assemblés au conseil firent descendre le sommeil sur les hommes; et, lorsqu’ils se réveillèrent, chacun d’eux trouva à son côté une femme : Balam-Quitzé était uni à Caha-Paluna, Balam-Agab à Chomiha. Mahucutah à Tzununiha et Iqi-Balam à Cakixaba. Par là, la propagation et la multiplication de l’homme, en accomplissement de l’ordre qui s’y rapporte, ne rencontre plus aucune difficulté dans la suite de l’histoire régulière de l’humanité.
Dans le Codex Chimalpopoca (de la collection Boturini), copié de l’Atzèque par Ixtlilxochitl, il est dit que, à l’époque delà formation du ciel et de la terre, l’homme avait été créé déjà quatre fois, formé de la cendre par la Divinité et
et Koch apportassent de Paxil le niais, comme Tiuliuh le tapir du sein de la mer, avec le serpent, d’après le manuscript CakcliiqueJ de Tecpan-Guatémala). «
terminé par Qiietzalcoatl. Après le déluge, les hommes furent métamorphosés en chiens (Chichimé), et alors, après une nouvelle création, commença le culte rendu aux dieux. A cette occasion, Quetzalcoatl (le serpent emplumé) reçut de la fourmi (Azcatl) du mont Tonacatepetl le maïs, pour être la nourriture de Tamoanchan.
Le devoir de l’homme aux regards tournés vers le ciel, est de s’élever vers les choses au delà d’ici- bas pour prononcer le nom sacré de la Divinité en effet, c’est parce que la stupide race de bois en était incapable qu’elle était descendue dans le néant, comme le dépeint en détail le chant de la création dans la catastrophe qui causa la perte de cette race.
La création du soleil et de la lune est ici aussi, comme chez tous les peuples prosélénitiques et chez les Arcadiens, une création supplémentaire, en tant qu’elle se rattache au sacrifice du feu de Nanahuatl pour le soleil (comme de Metzli pour la lune). Chez les Quichés, les corps célestes 1 2 passaient aussi pour le produit d’un art magique, remontant à ces magiciens d'une antiquité reculée Xpiyacoc et Xmucane (grand’mère et grand-père), dont les noms sont Ratit gih, Ratit zah (ancêtre du soleil, ancêtre de la lune). Le disque du soleil 3, à sa première apparition sur le mont Gagawitz, se présenta sous « les traits d’un homme », et en lui vit désormais Tohil, l’oracle guide des migrations, porté par Balam-Quitzé dans le mystère de son arche ou de son palladium (Cacaxtli ou Cok), comme Avilax fut porté par Balam-Agab, Hacavitz par Mahucutah, et Nicahtagah par Iqi-Balâm.
Tous ces dieux, qui jusqu’alors avaient été à la tête du peuple dans ses migrations, sont changés en pierres au contact des rayons du soleil levant (par analogie avec les mythes des Caraïbes); et ceci doit exprimer que leur
1 Humo excitatos, celsos et erectos constituerunt, ut cognitionem deorum capere possent (Cicéron).
2 Lorsque les hommes eurent été créés dans l’obscurité primordiale (l'homme formé de l’argile jaune, .a femme de paquets d'herbes), Sogamoso fit monter au ciel son neveu Ramiriqui, pour y devenir le soleil, et lui-même l’y suivit et devint la lune. Hun-Ahpu et Xbabalanqué, pour calmer leur âme ou leur cœur (Pax-cubax u qux) adressèrent une invocation à leurs pères morts (Hunhun-Ahpu et Yukub- Hun-Ahpu) : ceux-ci, dans leur ascension vers la lumière, furent transformés et devinrent le soleil et la lune; les jeunes gens morts en leur compagnie, les Quatre-cen’s ou Omucli-qaholab (les quatrecents lapins ou Centzou-Potochin), devinrent de brillantes étoiles.
3 Vukub Cakix descend du soleil comme un « feu septuple » sous la forme de l’ara. A Ytzumal on adorait l'idole Kinich-Kamo (sol con rostro que sus rayos eran de fuego) y baxava à quemar el saerificio à mediodia, como baxava bolando la vacamaya, con sus plumas de varios colores (Lizana). Lorsque dans les temps de maladies ou de calamités, on offrait des sacrifices, baxava un fuego à mediodia, y quemava el sacriûcio (pour les prophéties des prêtres).
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puissance divine serait alors montée vers les corps célestes, pour y établir désormais sa demeure. Par là, une nouvelle manifestation de la puissance créatrice pénètre la nature entière.
Dans le Béléphah Giii-Tzih du Boxpah-Chi-Vuh se trouvent les vers concernant le fait ci-dessus. Ce récit nous montre les dieux veillant tour à tour pour attendre l’étoile du matin *, regardant devant eux, avides de voir cette messagère du jour qui vient; puis lorsqu’une lueur paraît à l’orient, leurs cœurs se remplissent de joie ; alors, ils ouvrent l’arche sainte, allument l’encens, et agités de crainte et d’espérance, ils versent des larmes de joie et des larmes d’angoisse, jusqu’à ce que « le soleil1 2 commence à se lever » (Qatepuch ta x- el ulo gih). « Et les animaux, grands et petits, éclataient en « transports de joie; les uns se fatiguaient à monter des profondeurs des eaux « à la surface; les autres, quittant les ravins, s’élancaient jusqu’à l’extrême « cime de la montagne ; et toutes les têtes étaient tournées vers la partie « du ciel d’où venait le soleil 3. Les lions, les tigres rugissaient, mais le « premier oiseau qui entonna un chant fut le Queletzu. Oui, les animaux « étaient transportés de joie, hors d’eux-mêmes; l’aigle et le milan battaient « des ailes, et de même, à cette vue, tous les autres oiseaux. Et les grands « sacrificateurs étaient là, prosternés le visage contre terre, en adoration, « en admiration, » etc. (jusqu’au chant d’allégresse : Ka macu, nous regardons).
Lorsque, bientôt après, les dieux, voyant leur tâche accomplie, « s’éloignent de la terre, » ils imposent (dans une espèce de ôeaplg odôç à leurs successeurs et héritiers, le devoir de maintenir des rapports avec la cour royale de leur patrie de l’orient, « au delà de la mer. » Ainsi sont aplanies les voies qui devaient permettre de faire fraterniser Ninus (chez Nuhez de la Véga) avec Imox et Mox, en tête du calendrier des Chiapas, et qui permettraient aussi de faire visiter la Hvitramannaland ou l’Irland el mikla — déjà
1 Lorsqu’ils considéraient l’étoile du matin, les ancêtres des hommes n’avaient ni bois ni pierre à adorer, mais seulement leur cœur qui attendait le soleil. A Tulan, ils reçurent les dieux ; de même que les fjsoi des Pélasges reçurent leurs noms égyptiens sous condition de leur ratification par l'oracle de Dodone.
2 Les Esséens adressaient au soleil du matin des irarpicit le priant de vouloir bien se lever
(Josèplie).
3 D'abord ce n'était qu'une faible image du soleil, apparaissant comme daiîs le miroir enfume symbole de Te2catlipoca)i
même avant l’expulsion des Chananéens (les Chanes de Na-chan) ou des Hévéens (chez Ordonez) — par le navigateur Votan, dans ses voyages vers Valum-Chivum, et jusqu’à la tour de Babel, tandis que d’autres navigateurs, après' avoir fait relâche aux Jebde-Cibdades, préféraient errer de l’égyptienne ®cî)h<; (Suidas) jusqu’à la Thylé des Hérules (Procope), dans la mer chronique, où Saturne sommeille sous la garde de Briarée.
Les légendes américaines placent la confusion des langues au passage de Tula ou Tollon, non loin de la colossale pyramide de Cholula, qui aurait été bâtie pour escalader le ciel.
Sur tous ces récits confus qui captivent, s’est développée une littérature luxuriante, ne connaissant point de limites; aussi, Alex, de Humboldt même, qui s’offre à nous diriger en maint endroit 1 (suivant une chaîne qui de Votan, Wodan, Odhin ondule jusqu’à Buddha), devient un guide trop peu sûr pour qu’on puisse se fier à lui. Pour marcher d’un pas quelque peu assuré, la première condition sine qua non consiste dans l’acquisition de matériaux authentiques et suffisants.
Ces moellons, qui peuvent servir pour les fondations, nous ont été donnés récemment, dans les huit tables de pierre que le Musée royal a reçues au mois de septembre de l’année dernière.
On doit les considérer comme des pièces uniques à plus d’un point de vue.
Il n’est pas encore arrivé, une seule fois, que des antiquités d’une telle importance, provenant du sol classique des pays civilisés de l’Amérique, soient arrivés en Europe dans leurs originaux. En outre, ces sculptures, qui actuellement sont à Berlin, devaient passer pour uniques, même dans leur patrie américaine. Jusqu’ici, leur découverte est un fait isolé, borné à la province d’Escuintla dans le Guatémala, et il ne s’est encore rien trouvé de pareil, ni dans le nord, dans le cercle de la civilisation des Aztèques et des Zapotèques, ni dans le sud, chez les Quichua, les Chimus, les Garas, les Chibchas, etc., ni sur le sol du Nicaragua si fertile en antiquités, ni dans les temples- palais du Yucatan, bien que le style de ces dernières, dans les sanctuaires d’Uxmal, de Mayapan, de Chichen-Itze, et le style des temples
J Atlas pittoresque (Vues des Coi’dillèi'es), page 72 et ailleurs,
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de Palenque et de Copan, reposent sur des principes aussi rapprochés que possible.
Actuellement, les habitants de la province où se trouvaient ces pierres sculptées, appartiennent dans une certaine mesure à cet élément qui a été emprunté à la race Nahuatl, et que l’on peut suivre jusqu’à Cutzcatlan, et plus loin môme, dans l’Amérique Centrale. Cependant il faut tenir compte d’une immigration moderne, résultat d’une dépopulation causée par une maladie pestilentielle, et la domination des Cakchiquels aurait bien pu s’étendre jusque-là, déjà auparavant, à partir de Iximché. Comme langue indigène, Juarros nomme le Sinca, Gage le Poconchi ou (d’après Hervas) la lengua Pocomana, et la langue prédominante actuelle, le Cakchiquel dut bientôt compter à côté de ces idiomes.
Tout ce que l’on connaît en fait de monuments datant de l’époque où fleurissait la domination des Cakchiquels, ou des Quichés leurs alliés, à en juger par ce que nous voyons dans les ruines d’Utatlan et dTximché(Tecpan-Guatemala), est bien inférieur à ce que nous montrent les pierres exposées ici, et l’on pourrait dire, sans grande restriction, qu’en général elles surpassent, tout ce qui a été découvert, jusqu’à présent du moins, dans n’importe quelle partie du continent américain.
Quant à la découverte de ces monuments, que nous devons en quelque sorte à un heureux hasard, j’en ai parlé, peu de temps après mon retour, en 1876, dans la Revue d' Ethnologie (tome VIII), puis dans l’ouvrage paru plus tard sous le titre de Les nations civilisés de V ancienne Amérique j’ai parlé en différentes places, des migrations quand l’occasion s’en présentait (notamment dans le tome II, page 166 et tome I, page 388 et suivantes). En général, les tribus Quichés avec leurs alliés, les Cakchiquels et les Zotuguils, ont passé pour les représentants historiques et caractéristiques du Guatémala; mais Brasseur de Bourbourg nous montrait déjà des vestiges de tous genres, « tendant à attester l’existence, dans ces contrées, d’une monarchie anté- « rieure à l’invasion des tribus de la langue quichée et de la Cakchiquèle ; » et il exprimait l’espoir, en 1858, que les faits fourniraient peut-être à ses prévisions une base pour s’y appuyer. Presque la même année ces monuments furent découverts à Santa-Lucia, sans que, de ce lieu écarté, le bruit en arriva aux oreilles de Bourbourg, infatigable jusqu’à sa mort dans ses recher-