le réveil
C’est du 26 décembre 1880 qu’est daté l’agréable message que nous envoyait de Guatémala le chargé d’affaires de l’empire d’Allemagne 1 :
« J’ai la satisfaction d’annoncer à la Direction générale (en réponse à ses honorées du 1er septembre et du 5 octobre de cette année) que j’ai enfin réussi, après bien des peines, à embarquer les pierres de Santa-Lucia sur un brick allemand, le José Ginebra, pour un des ports allemands. Le capitaine M. H. Moritte, fera à son arrivée les déclarations nécessaires et attendra les ordres de la Direction générale. »
En août 1881 nous vint de Stettin la nouvelle de l’arrivée du navire ; et, le 20 de ce mois, les pierres furent reçues au Musée.
La pierre qui, dans les dessins de la Revue ethnologique, tome VIII, représente un oiseau portant à son bec un homme (comme Guayanay, le fils de Llira au Pérou), se trouve parmi celles qui sont restées à Santa-Lucia, en attendant leur expédition ultérieure. Parmi les pierres venues à Berlin que le manque de place n’a pas encore permis d’exposer, il en est une représentant une divinité féminine, de même à Micla 2, sous le grand prêtre appelé Tuti, Itzqueyé était adorée par les femmes (v. Palacios) à côté de Quetralcoatl (Quetzatcoatl).
1 Dans une lettre qui me fut adressée le 14 janvier 1 8t51 , il est dit : Une pierre m'a été enlevée du cœur, lorsqu’un télégramme venu du port m’annonça que les pierres étaient à bord ; jusqu'au dernier moment je craignais toujours qu'un événement contraire vînt nous dépouiller de ces trésors. » Et c’est ainsi que durant cinq ans nous fûmes entre la crainte et l’espérance. Je comprends très bien que ce télégramme ait fait tomber une pierre de son cœur; il y avait même huit pierres et des plus précieuses et nous devons ici de tout notre cœur exprimer nos remercîmenls, qui deviendront permanents et universels, lorsqu'on pourra tirer parti de la valeur scientifique de ces pierres.
2 Dans les sacrifices humains, on employait un « couteau de pierre » ( Ternaux-Compans') pour arracher le cœur que l’on jetait ensuite en l'air, comme on le voit sur les sculptures qui représentent aussi les bandelettes des jambes chez les personnages sculptés de Coban attribués à un « seigneur venu de Yucatan. » Le genou de l'autre côté rappelle les disques de métal de Guagalmoyon et de ses fils à ’Hudmachuco.
Ann. G. — X
ANNALES DU MUSEE GUIMET
Au Nicaragua (d’après Oviédo), à côté de Tamagastad, se trouve son énergie féminine, sous la forme de Çippatoval comme créatrice des hommes, et tout à côté se dresse la puissance de Quiateot créatrice dans l’eau 1, sous la figure de la divinité de la pluie (avec le tonnerre et les éclairs), engendrée par Omeyateité et Omeyateçigoat. Ceux qui tombent dans le combat vont au Walhalla de Teotes en Orient, où le soleil se lève (de même, les Pawnies dans leurs fêtes célèbrent les oiseaux envoyés par l’étoile du matin) ; ceux qui meurent dans leur lit descendent — vers Hel — au monde souterrain de Miqtanteotl. Cependant ce n’est pas le corps qui se putréfie2 dans la tombe (comme Bobadilla l’apprenait dans ses questions), mais le coeur, et non pas le coeur même, comme on l’ajoutait, mais ce qui donne la vie dans le cœur, ce qui sort de la bouche dans l’haleine, « quelque chose de semblable à la personnalité » (una como persona), et que l’on nomme Yulio 3. Il en est de même chez les Pawnies : « Pour l’âme ils la croient « une ressemblance de « l’homme » qui, renfermée dans le corps ne meurt point avec lui, mais s’en sépare à la mort. » (De Snet). En face de ceci, dans les cultes des mystères du Guatémala 4, avec les squelettes, se présente la résurrection des morts se rattachant à la nourriture sacrée, au maïs, présent de Hiawatha, chez les Indiens. Lorsque, envoyés par le Grand-Esprit (Kchemnito), les jeunes gens vinrent chez la sœur de Nanabozhu, sous la forme des plantes, Sama (tabac), Wapekone (citrouille), Echkétamok (melon), Kojehs (fève), « Taamen (le maïs), le fiancé survécut seul, » et de cette union naît le genre humain (chez
4 « Quien criô el cielo é la tierra é las estrellas é toclo lo demas? — Tamgastad é Cippaloval » — Criaron, si 6abeys, à esos padres de Quiateot? — Nos los crinron, questo del agua era otra cosa, é nos sabemos mâs desto. »
Ti im to Oeîov; tô àp^/jv, sçri, Tc).o; ë-/ov. (Clément d'Alexandrie). Thalès, par la 6ûvap.t« 9î£a xiv/jtixï) (Stob.) entend ce qui pénètre le liquide élémentaire (Krische). Qai^ç, ô Mi)r,oioç, àf yr,v t5>v ôvtmv airs? rjvaTO eivai t'o \15oj p (Plutarque). Ensuite viennent les hommes, pénétrés par le souffle vital du vent, ou abreuvés à la coupe de nectar d'Alhénée, formés de limon par Prométhée qui correspond au Nanabozhu des Potawatornies, comme au Quetzalcoatl mexicain (dans le Maui et Tiki des Polynésiens), ou au manitou indien, à Atua. Ainsi vinrent un jour au Nicaragua les Teotes, après avoir parcouru la terre dans leurs ancêtres (comme Oeoî), semblables aux Diimones d'Hésiode qui furent élevés à la dignité de Héros dans les temps passés, dans les Kalpas précédents, comme à Sumatra chez les Batlahs.
2 El cuerpo se pudre en la tierra y el corazon va arriba (dans la réponse de Coyevet « Indio Guegue » qui parle en qualité de vieillard).
3 Sale per la boca una como persona, que se dice yulio.
4 Les premiers hommes arrivèrent au Nicaragua en venant de l'ouest, du rays de Ticomega et de Maguatega (Oviedo); l’oppression de leurs maîtres les ayant fait émigrer ( tenian amos, à quien servian, é los tractaban mal).
LES PIERRES SCULTTEES DU GUATEMALA
les Potowatomies). Dans le culte des momies (des Malquis ou Munaos) au Pérou, nous trouvons encore l’usage des gâteaux pétris avec du sang, comme Yahuar-sancu, à la fête de Teocualco (le repas du dieu) des Mexicains (v. Clavigero), après que Quetzalcoatl a reculé devant ses ennemis pour revenir, dans un canot d’écorces, à sa patrie située vers l’Orient, tandis que Arnava ou Tice-Viracocha s’embarque sur son manteau de prophète. La riche collection d’antiquités péruviennes, récemment arrivée au Musée, et dans laquelle se trouvent les pièces résultant des fouilles régulières de MM. Reiss et Stiibel, nous fournira bientôt l’occasion d’élargir les bases nécessaires pour un examen comparatif et d’étudier les relations entre les centres de civilisation du nord et du sud de l’ancienne Amérique.