‹ Notice sur les pierres sculptées du Guatémala récemment acquises par le Musée royal d'ethnographie de BerlinChapitre 3 sur 4 · LES PIERRES SCULPTÉES DU MUSÉE DE BERLIN · texte numérisé non relu

LES PIERRES SCULPTÉES DU MUSÉE DE BERLIN

L’acquisition de ces sculptures, dont le transport au Musée a coûté cinq années, a passé par les phases principales dont nous donnons ci-dessous un court résumé.

Arrivée à Guatémala, le 22 mars 1876, première visite à Santa-Lucia, 10 avril. — Contrat passé avec Pédro de Anda. — Retour à la capitale. — Pourparlers avec M. Williamson, ministre des Etats-Unis. — Seconde visite à Santa-Lucia en compagnie de l’ingénieur au (24 avril), — En juin, à Philadelphie, rencontre du docteur Henry et discussion des projets. — A Washington, conférence avec le docteur Henry, — Retour en Europe en août 1876. — Départ de New-York du docteur Berendt (janvier 1877).

Le voyage entrepris en 1875-1876, dans l’intérêt de la Section ethnologique du Musée royal, avait surtout pour but — à côté des pièces si nombreuses qui représentent dans les collections du Musée les antiquités américaines — d’aller recueillir un équivalent correspondant de la civilisation de l’Amérique méridionale. L’expédition s’était donc dirigée d’abord vers le Pérou. En outre en visitant le fleuve Magdaléna, il était possible d’acquérir des spécimens variés de la civilisation des Ghibchas qui jusqu’alors avaient fait défaut à notre musée, ainsi que des exemplaires de la civilisation, presque complètement négligée, des Garas, peuple dont l’indépendance, à l’époque de la conquête, avait déjà succombé sous les coups des Incas.

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A mon retour, comme il y avait à prendre des arrangements concernant l’achat d’une collection d’antiquités Yucatèques, — qui se trouvait alors à la Havane et qui est actuellement au Musée royal, — il me parut à propos d’avoir la conférence, dont j’ai parlé plus liant, avec le docteur Berendt, qui jusqu’alors avait conduit les négociations; et je profitai en conséquence de l’arrivée du steamer qui faisait escale à San José pour me rendre à Guatémala, où séjournait le docteur depuis la colonisation de Coban. Mais mon congé étant près d’expirer ne me laissait qu’un temps bien limité, et je dus renoncer à la fin à rencontrer cet archéologue, le rendez-vous qu’il me proposait pour Santa-Cruzde Quiché ne pouvant avoir lieu. Il y eut heureusement une compensation à ces désenchantements : car cette visite à Guatémala, faite en quelque sorte par hasard, me fournit l’occasion de connaître ces restes si remarquables de l’antiquité américaine, qui de Santa-Lucia ont été transportés au Musée royal de Berlin.

Dans les entretiens que j’eus à la Capitale sur les antiquités du pays, on prononçait quelquefois ce nom de Santa-Lucia, complètement inconnu jusqu’alors dans la littérature ; mais au milieu de tous les noms depuis longtemps célèbres, je n’aurais guère accordé à celui de Santa-Lucia une grande attention, si on n’avait fait mention d’une commission scientifique instituée en 1866 par le gouvernement pour l’exploration de cette localité.

De tous les membres qui composaient cette commission, je ne pus découvrir que M. Juan Gavarrete qui, juste à ce moment, commençait à souffrir d’un dérangement dans les facultés intellectuelles l, il ne put donc malheureusement, de toutes ses connaissances variées, me faire que quelques communications décousues, en m’indiquant les rapports précédemment parus. Mais, malgré mes démarches auprès du ministère, à la bibliothèque et au musée, je 11e pus trouver trace de ces rapports. Il ne me restait donc qu’à voir par moi-même, et il me sembla que ce que j’avais de mieux à faire était de comprendre Santa-Lucia sur mon croquis du plan de voyage.

1 Dans une lettre écrite de Guatémala, le 7 février 1877, Le Dr Bérendt me disait : J’ai encore à vous apprendre une triste nouvelle touchant notre cercle de connaissances, Le bon vieux D' Juan Gavarrete, qui depuis longtemps avait une tendance à la mélancolie, est atteint d’une démence incurable, dit-on, et son frère, Don Francesco, en est tellement affecté que l’on craint pour lui pareil sort. Notre ami, le père Gonzalez va bien et vous salue. Il est à Champérico en train de baigner sa respectable bedaine dans les flots dq Pacifique.

Les surprises qui m’y attendaient, surpassèrent de beaucoup mon attente : devant moi, je ne voyais point seulement des œuvres d’art, supérieures par l’exécution à tout ce que l’on connaissait dans n’importe quelle partie do l’Amérique du Nord, du Sud ou du Centre, mais aussi des monuments conservant toute la particularité du type, expression d’un nouveau problème tout à fait à part.

Grâce à la prévenance et à l’empressement du propriétaire du cafetal, don Pedro de Anda, il me fut possible de passer un contrat par lequel la possession du terrain était provisoirement garantie 1 au Musée royal, l’affaire pouvant donc attendre maintenant une mûre réflexion.

A mon second voyage, je rencontrai à New-York le docteur Bérendtque des rapports d’affaires y avaient appelé, et je pus discuter à fond avec ce profond connaisseur, cette nouvelle énigme de l'archéologie américaine. 11 fut, de suite, si frappé de toute l'importance qu’elle pourrait acquérir qu’il s’empressa do donner son assentiment à ma proposition de prendre en mains cette affaire, dans l’intérêt des Musées royaux, malgré les peines et les fatigues qu’il entrevoyait clairement dans l'accomplissement détaillé de sa mission, grâce à sa connaissance 'particulière des choses de V Amérique Centrale . Personne ne pouvait parler avec plus d'autorité et d’expérience que ce vétéran de l’archéologie américaine, qui, depuis vingt années, avait parcouru dans toutes les directions l’Amérique Centrale ; et cependant la localité de Santa-Lucia, qui vient seulement de voir le jour, lui est restée inconnue aussi bien qu’à l’abbé Brasseur, dont les travaux étendus embrassent pourtant des points plus éloignés. Depuis la découverte de Santa-Lucia, en 1860, par suite du défrichement de la forêt pour y établir une plantation de caféiers, cette localité paraît n’avoir été visitée que par un seul Européen, dont j’entendis parler, lors de mon séjour là-bas, comme m’y ayant précédé : c’était un voyageur autrichien, le docteur Habel. Me souvenant d’avoir eu autrefois avec lui des relations passagères, je cherchai à découvrir son adresse à New -York, où, d’après les renseignements que j’avais recueillis,

1 À dire vrai, re n'était aucune girantie contre la mécha iceté et la malveillance qui durent encore, ni contre les détournements commis par les indigènes qui emploient ces pierres à la construction de leurs maisons. Sur une de nos pierres se voient les traces d’un travail fait dans ce but. On a cherché à fendre une autre pierre dans sa longueur.

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il s’était rendu en quittant Guatémala. Ce ne fut que plus tard que mes démarches aboutirent à un résultat, lorsque, une année après mon retour en Europe, m’arriva une lettre de ce monsieur, en réponse à une lettre que j’avais laissée pour lui chez l’éditeur Westermann; il m’y confirmait mes conjectures, qu’il avait visité Santa-Lucia. A la suite de cette lettre, je priai le docteur Berendt de mettre M. Habel en communication avec le directeur du Smithsonian Institute, et c’est par cet intermédiaire qu’ont été publiées dans la suite les communications que M. Habel fit sur ses voyages, ainsi que les dessins relevés par lui à Santa-Lucia (tome XVII).

Ces reproductions excitèrent immédiatement l’attention générale, et comme me l’annonçait le docteur Bérendt dans une lettre (en janvier 1878), le docteur Henry lui proposa d’explorer les ruines de Santa-Lucia pour le compte du Smithsonian Institute. A tous les points de vue, il ne pouvait y avoir qu’une réponse : que ces ruines appartenaient déjà au Musée royal. Tout d’abord, il m’eût été agréable d’obtenir la coopération du Smithsonian Institute : le consul américain à Guatémala, M. Williamson 1 s’était gracieusement offert de nous aider, et la protection des Etats-Unis aurait pu remplacer celle de l’empire d’Allemagne, qui à ce moment nous manquait encore. A Washington, j’eus le plaisir de faire personnellement la connaissance de l’honorable

, i II m'écrivit alors la lettre suivante :

Guatémala, le 25 avril 1876.

My dear Sir,

I regret very much that it bas ben impossible for me to meet you at Santa-Lucia. My friende M. Wilson, Avhom I boped ta persuade to accompany me in order to make sketcbes of the stone table, bas declined to go. But I should hâve gone yesterday or to day Avithont him, if the eventsnow reputed to be transpiring in Salvador had not made it appear to be my official duty to remain here. It is even possible I may not be able to leave in time to meet you at San José before your deparlure for San Francisco.

Should you Avish me to attend to any matter for you in reference to the object of your visit to this country, Ishall be glad to undertake a compliance as early and as tboroughly as possible. I feel quite an interest in your discoveries at Santa-Lucia and if your institution and tbe Smilhonian-Institute should tihink fit to entrust tbe work of making colleclions or excavations tliere to my unscientific hands, I promise to try to meet your wishes.

Or I may add, if the Smisthsonian Institute should not be in a financial condition to join your Institution in this country, I sliall be pleased to serve it in this matter to tbe best of my poor ability. It would be very désirable in my judgement for the Smithsonian so to share with tbe Royal Muséum tbe expense as vvell as the results of the explorations, Professor Henry Avili — I bave no doubt — be glad to do so, if it be possible. —

Since you left I bave Avritten to Dr Berendt, urging him to meet you in the United States in May and favouring bim Avith your adress,

I am dear Sir.

directeur du Smithsonian Institute, M. le docteur Henry, et comme à cette occasion pareille proposition lui était faite, il s’empressa de donner son assentiment à une action commune : plus tard il m’écrivit que le Smithsonian Institute préférait recevoir les reproductions en plâtre des originaux à envoyer à Berlin, en échange des pièces en double que nous demandions aux collections indiennes de l’Institute1. Au reste, comme à Berlin la question d’argent, d’abord problématique, prenait une tournure plus favorable, la possibilité de tout exécuter à nos propres frais nous était garantie, et maintenant le professeur Baird vient de me donner l'agréable espérance de pouvoir faire au plus tôt l’échange des plâtres.

Peu de temps après mon retour à Berlin j’ai publié, dans la Revue (T Ethnologie (tome VIII)2, quelques esquisses prises sur place par l'ingénieur Au qui m’accompagnait à mon second voyage à Santa- Lucia.

En février 1877, le docteur Bérendt arriva à Santa-Lucia ; et, après avoir engagé l’ingénieur Napp, commença les travaux qui reçurent une puissante impulsion par l’arrivée à la capitale de M. Werner von Bergen, en qualité de ministre résident à Guatémala.

La chaude protection qu’il accorda à ccttc entreprise scientifique et son

* En me reportant à la conversation que nous eûmes à Washington en 1876, je n'ai jamais pu voir clairement comment il faut entendre le souhait du Dr Henry — exprimé dans les ieltres du Dr Bérendt de voir exploiter les ruines de Santa-Lucia pour le compte du Smithson'an-Institute; et nous ne pourrons jamais obtenir d'éclaircissement car, depuis lors, nous avons vu avec douleur leurs noms inscrits parmi ceux qui ne sont plus. Il en est de même pour le Dr Ilabel. Son passage à Berlin, autant que je puis me fler à ma mémoire, doit avoir eu lieu au commencement de 1870. Dans une conversation très courte que nous eûmes au Musée, les communications qu'il me fit sur ses divers voyages en Amérique furent assez confuses et embrouillées, de telle sorte que celles qu'il me fit en passant, sur un emplacement où récemment l'on avait découvert des antiquités, gardèrent quelque chose de problématique, d'autant plus qu'en présence de son intention facilement perceptible d'éviter une désignation plus exacte de la localité, je comptais réserver mes questions ponr la visite qu’il me [remettait. Cette visite ne fut point rendue et ce ne fut que le jour où je me trouvai au milieu des ruines de Santa-Lucia que je compris clairement ce qui m’avait é'é raconté plusieurs années auparavant. Le nom conservé au village sous une forme altérée me mit alors sur une trace qui, avec l’aide du Dr Berendt, fut suivie dans les faubourgs de Ne\v-Yoik, dans les mansardes que le Dr Ilabtl avait occuj ées auparavant; mais elle ne nous conduisit à un résultat qu'une année après, comme je l'ai dit, lorsque je réçus la lettre du Dr Ilabel par la bienveillante en remise de M. Westermann. Alors, avec l’aide précieux du Smithsonian-Institue, ces dessins restés si longtemps cachés purent êl:e m s au jour, je reçus le premier avis par une lettre du l)r Bérendt (5 janvier 1878), dans laquelle il me disait : « Je crois vous avoir écrit que, d'après les avis de M. Westermann, le Lr liai el a enfin paru chez lui et a reçu la lettre qui avait é'é déposée pour lui. » Une courte notice, publiée à son passage à Paris, a Lit le tour de la presse parisienne.

2 On y trouve également des renseignements sur les antiquités trouvées dans les environs de Santa- Lucia, à Los Tarros, à Pantaléon, etc. Voyez aussi : Les Pays civilises de l'ancienne Amérique.

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énergique impulsion, toutes les fois que les circonstances l’exigeaient, méritent la reconnaissance la plus profonde ; car, sans elles, les difficultés de toute espèce qui devaient surgir, suivant la situation, auraient été encore plus pénibles à surmonter et très probablement n’auraient pas été surmontées du tout.

Dans les lettres du docteur Berendt, ces difficultés sont assez en évidence : elles se rapportent à toutes ces choses qui doivent se faire ressentir dans un pays offrant si peu de ressources et surtout dans une province reculée de ce pays.

Lorsque, au commencement de 1878, la correspondance nous indiqua que le transport à la côte était prêt à se faire, on présenta au ministre de la marine une requête, avec pleine confiance en la protection toujours donnée par le ministre aux recherches ethnologiques. La demande fut accueillie avec la plus grande bienveillance, et on nous assura que les vaisseaux de guerre en ce moment au Nicaragua recevraient des instructions. Malheureusement nous reçûmes en même temps la triste nouvelle que M. Berendt, le savant plein de mérite, avait succombé à la fatigue; l’entreprise entière était menacée de faire naufrage, si, à ce moment critique le représentant de rAUemagne n’eut sauvegardé là-bas nos intérêts. Sa lettre, datée du 20 décembre 1879, put donc nous apprendre qu’on avait signé avec le capitaine d’un voilier faisant escale à San -José le contrat pour le transport des pierres; et c’est ainsi que ces pierres arrivèrent par Liverpool 1 et Hambourg jusqu’à Berlin.

Pour permettre de donner une idée de la marche des travaux, Mme Anna Berendt m’a remis, sur ma demande, les extraits suivants des lettres de son mari, extraits dont la publication m’est d’autant plus agréable, qu’elle sera gotitée de tous ses amis.

29 janvier 1877. — Je pense partir demain, 30 janvier, de San- José, par la diligence pour Escuintla. Là, il me faudra attendre l’arrivée de mes

1 Après avoir heureusement résisté au transport par terre sur des chars il bœufs dans un pays sans routes, ainsi qu’au voyage par le cap Horn, les pierres sculptées subirent, dans le transbordement à Liverpool, quelques cassures que l'on n’a pu encore réparer, à cause des changements qui ont eu lieu, a plusieurs reprises, dans l’intérieur du Musée, par suite du piteux état de la section d’Ethnologie.

bagages; et puis aller à cheval à Santa-Lucia, que j’atteindrai eu sept ou huit heures. Je compte envoyer vers le 7 ou le 8 février un messager — s'il n’y a pas d’autre moyen de communication — porter à San-José pour la poste du 10 une lettre à ton adresse et un rapport pour Bastian.

7 février. — Rapport adressé au professeur Bastian (avec copie) .

15 février. — Peor es Nada. — Maintenant déjà il devient évident que les travaux, pour arriver à bonne fin, devront être beaucoup plus étendus que Bastianne le prévoyait, et aussi beaucoup plus difficiles. Bastian comptait que l’ingénieur Hermann Au, qui lors de sa visite lui avait été utile pour l’exécution de quelques dessins, me rendrait des services en qualité d’aide. Mais jusqu’à présent, je n’ai pas encore réussi à me mettre en relation avec lui, bien que probablement il ne soit pas loin d’ici, en train de prendre des mesures, tantôt ici, tantôt là, et bien que je lui aie adressé des lettres en différents endroits. Le sciage des surfaces sculptées de ces blocs énormes — projeté par Bastian et pour lequel j’avais pris à New -York des informations spéciales et apporté les scies nécessaires, — me semble, en présence des pierres, très problématique, surtout parce que jusqu’à présent, je n’ai encore pu découvrir personne qui ait quelque idée d’un pareil travail. Un autre obstacle c’est que le gouvernement a, depuis des années, placé ces pierres sous la protection des autorités locales, etc.

22 février. — Après huit jours passés à travailler assidûment parmi ces blocs de pierre, et à chevaucher dans les environs pour examiner et dessiner d’autres monuments d’une antiquité encore très reculée, je me suis peu à peu habitué à travailler pendant la chaleur, laquelle d’abord m’accablait beaucoup. A cette manière de vivre, très intéressante, scientifiquement parlant, mais cependant très monotone, il m’est venu hier et aujourd’hui une diversion agréable, par l’arrivée de l’ambassadeur d’Italie, le duc de Licignano, accompagné de sa femme et du baron du Theil (un Français). Ils se rendaient aux plantations du duc (Nuevo Licignano) ; ils ont passé la nuit à l’auberge, où je suis resté la soirée avec eux, et je les ai accompagnés ce matin pendant quelques heures jusqu’à la plantation de cannes à sucre de Xata, où j’ai çxqminé et dessiné un bassin de pierre récemment découvert.

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L’affaire, ici, traîne terriblement en longueur. Point de nouvelles d’ Au ; point de réponse de Williamson. En attendant, j’ai rencontré un autre ingénieur allemand, Albert Napp de Coblentz, qui s’est occupé spécialement des machines et qui les connaît à fond. Il me fait espérer, que peut-être au mois de mars ou au mois d’avril, il pourra travailler avec moi quelques semaines, etc.

Pour mettre à profit le temps pendant lequel il me faut, de toute nécessité, attendre l’autorisation du gouvernement, j’étudie l’archéologie de ce district, en vue du rapport que je dois faire à l’administration du Musée. A mesure que les recherches s’étendent, les notices à faire sur les lieux où l’on découvre des antiquités deviennent de plus en plus nombreuses, de telle sorte que les matériaux ni l’occupation ne me font défaut. Assurément, plus d’une erreur se glisse avec le reste, et plus d’une coursé de plusieurs milles sous un soleil ardent devient inutile. Ce travail sera peut-être trouvé très intéressant à Berlin. Je fais aussi une carte du district signalant tous les endroits où l’on a découvert des antiquités ; puis des plans indiquant les groupes isolés de pyramides et de monuments en pierre, avec les dessins exacts de ces derniers. Mais ce genre de travail n’est pas de mon ressort et ne répondrait pas à l’attente du Musée, qui ne recherche que des objets à exposer ; cependant il se rattache à ma mission, en ce sens qu’il fournit les matériaux pour le rapport : « Projets de recherches méthodiques dans ce pays » — que Bastian attend de moi. Il me faudra, pour terminer ce travail, rester ici encore une semaine, peut-être encore deux.

28 février. — Depuis lors, j’ai reçu des lettres de Williamson et du ministre Herrera. Le premier, se rendant ici, était venu jusqu’à Escuintla, et à cause de cela, il n’avait reçu que longtemps après, les lettres et les télégrammes arrivés pendant son voyage à Guatémala ; à Escuintla il s’est vu forcé de revenir à la capitale : il n’a donc pas pu venir jusqu’ici. Il m’écrit que le chargé d’affaires d’Allemagne, M. de Bergen, est revenu de Nicaragua; et, de concert avec lui, il veut demander l’autorisation du gouvernement qu'il regarde comme très importante, vu les circonstances. J’ai de suite écrit à M. de Bergen et j’espère qu’enfin l’affaire marchera. Le ministre Herrera ne parle pas de cette affaire; il me fait quelques communi-

cations très agréables sur des antiquités plus importantes de ce pays. M. Napp a été ici et nous sommes convenus d’un rendez -vous à Guatémala pour le 10 mars. C’est un jeune homme très instruit. J’ai envoyé à M. de Bergen, pour l’expédier à Berlin, une longue lettre pour Bastian, où je lui expose clairement la situation de nos affaires ici, etc.

3 mars. — Le plus souvent, dès la pointe du jour, après que Julia m’a apporté au lit le café, je vais travailler au milieu des pierres, avec un des jeunes gens. Pour le moment j’ai terminé les mesures qui demandent le plus d’efforts corporels ; le plan est couché sur le papier. Mais les dessins me donnent encore beaucoup de peine. Les sculptures sont souvent si peu nettes que l’on ne peut les voir clairement que sous un certain éclairage. J’ai ainsi un véritable horaire : celles-ci doivent être dessinées de bon matin, celles-là à dix heures, d’autres à midi, d’autres enfin au coucher du soleil, ou bien on doit les revoir sous des jours différents, et les lignes sont souvent très compliquées et très difficiles à rendre. Souvent l’appareil photographique ne peut pas du tout servir, et ma connaissance des objets, des figures et de leurs groupements m’est d’une grande utilité. Mais quelle chaleur, sous un parasol, à onze heures ou midi, sous le soleil ardent des tropiques, sur des pierres brûlantes. Je l’ai supportée, dans ces derniers jours, jusqu’à onze heures ou midi. Alors je rentre à la maison, je change de vêtements, je me lave, je me couche pendant deux heures, et je prends au lit un léger repas qui se compose de trois œufs mollets, avec du pain sec et une tasse de café noir. A trois heures je monte à cheval pour aller dîner ; de quatre à six heures je travaille de nouveau parmi les pierres; le soir je couche par écrit des notes et mets en ordre les dessins déjà relevés.

8 mars. — Gomme tu auras pu le voir par ma dernière lettre le travail consiste à reconnaître préalablement le terrain et à rassembler les matériaux pour un rapport étendu. On n’a pas encore pu commencer à travailler la pierre : les ministres Williamson et de Bergen ne m’ont pas encore procuré l’autorisation du gouvernement, et je commence à douter qu’ils l’obtiennent. Les gens d’ici sont comme les enfants. Un jouet rejeté devient pour eux un trésor inestimable, dès qu’un autre étend la main pour le saisir. La Sociedad

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Economica qui a un petit musée à la capitale avec quelques antiquités, sans valeur scientifique parce qu’on n’a point conservé d’indications sur les lieux où elles ont été découvertes, laSociedad, dis-je, a depuis dix-sept ans connaissance de ces pierres, sans avoir pensé à en prendre possession. Ils n’ont pas conservé une seule fois les dessins qui ont été exécutés pour eux. Maintenant ils ont envoyé un espion, pour surveiller, derrière moi, ce que je fais, et on m’écrit de Guatémala que le ministre del Formento (du progrès public) don Manuel Ilerrera a dit, lorsqu'il a appris mon arrivée, que ces pierres doivent être transportées à la capitale pour les y exposer à l’Économica : or il n’y a là aucune place pour elles . Il s’est aussi informé des moyens de transport, qu’il n’a pas trouvés, naturellement. — Il possède une propriété dans le voisinage. Lui aussi connaît les pierres depuis l’époque de leur découverte, et il ne lui est jamais venu à l’idée de les faire transporter à Guatémala. 11 y a quelques jours, lorsque je reçus les renseignements sur son compte, il vint à son hacienda dePantaléon. Je lui fis là une visite, qu’il m’a rendue hier, avec sa femme, pour se faire montrer et expliquer par moi les pierres. Ce n’est pas un profond diplomate et il n’était pas difficile de lui arracher ses intentions sans trahir les nôtres. Je ne puis encore découvrir si cette affaire est de son ressort ou de celui du ministre de l’intérieur ; il me semblait lui-même ne pas le savoir clairement. Mais une chose dont je suis sûr, c’est que, si l’affaire dépend de lui, aussi longtemps que cette idée le possédera, il n’y a rien à faire avec lui. J’avais écrit à M. de Bergen, notre chargé d’affaires, aussitôt après avoir appris son retour du Nicaragua, et je lui avais exposé l’affaire en détail ; mais jusqu’ici je n’ai point encore reçu de réponse. Après mon entretien avec le ministre Herrera, je lui ai envoyé aussitôt un exprès, et je lui ai indiqué de quelle manière il pourrait, grâce au président, arriver malgré tout à nous rapprocher du but. De Berlin il a été chargé spécialement de m’être utile en ces circonstances. Maintenant si les ministres étrangers, qui nous sont favorables 11e reçoivent pas un ordre du Mufti, ce dont j'ai grand besoin — et un ordre pareil venant du président serait ici tout-puissant — le sciage et l’expédition des pierres seront ajournés jusqu’à ce que se produise un changement dans le personnel gouvernemental (ce qui d’habitude ne tarde pas beaucoup à arriver), ou ' bien jusqu’à ce que cette rage d’anti-

quités se soit apaisée. Les pierres ne marchent pas toutes seules; et afin que la valeur qu’elles ont pour la science de l’antiquité américaine soit mise à profit, quand bien même elles n’iraient pas au Musée de Berlin, je compte faire tous mes efforts pour la signaler dans mon rapport et par les dessins scrupuleusement exacts que je fais pour ce rapport. J’aurais déjà essayé de travailler en secret et d’expédier clandestinement ces pierres, si c’eût été possible. Mais il ne fallait pas du tout y songer. Aussi, afin de travailler autant que possible pour le Musée, je cherche à recueillir chez les particuliers des environs ce que je puis rencontrer, et bientôt peut-être il me sera possible d’expédier quelques caisses et même des pièces plus considérables. De ma part, une promesse doit suffire — mais entre la coupe et les lèvres, etc. — Je me tiens naturellement sur le meilleur pied avec mes adversaires, et ne leur laisse point voir que leur opposition et leur espionnage me sont connus. Je suis ici pour faire des rapports sur l’archéo logie, élaborer des plans pour de futures recherches, et pour écrire un livre sur ce que je vois et ce que je dessine. Je pense toujours partir dans quelques semaines, mais j’aimerais bien encore voir ceci ou cela, etc.

J’ai bien encore de l’ouvrage pour jusqu’au 20, et il est possible que, dans l’intérêt de l’exécution de mon rapport, je sois obligé de rester ici plus longtemps encore. Il y a exactement à une lieue et demi d’ici, oublié et caché dans la forêt, un groupe d’antiquités 1 que don Pedro de Anda et le ministre Iierrera ont vu, il y a des années. Ils y furent conduits par des Indiens qui avaient leurs huttes dans le voisinage. L’un d’eux est mort depuis lors; l’autre vit ici dans le village, complètement aveugle. D’après les indications de ces messieurs et de l’aveugle, ce groupe (ou ces groupes) appartient à ce qu’il y a de plus intéressant dans le pays, et je me suis donné inutilement beaucoup de peine pour découvrir l’endroit. Dimanche dernier, je l’ai cherché presque toute la journée, fusil en main, dans les profondeurs de la forêt, suivant les indications de l’aveugle ; mais nous n'avons rien trouvé.

Récemment, j’ai entendu parler d’un homme, qui dans les années précédentes, a parcouru ce district en tous sens, et qui doit connaître la position

1 Les groupes de pierres de San Juan Perdido dont on m’avait déjà parlé, lors de mon voyage à Santa-Lucia.

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de ces pierres. Il demeure assez loin d’ici, mais j’ai l’espoir de l’avoir ici prochainement. Si on trouve la place et si les antiquités sont véritablement importantes, je serai obligé, pour les dessiner, de prolonger encore mon séjour, ce qui, avec la vie que je mène ici, et l’envie que j’éprouve d’aller à Coban, est une éventualité peu réjouissante.

9 mars. — Les antiquités, dont il est question ici, ne sont pas des constructions, comme tu le supposais, mais des sculptures d’une espèce particulière et d’une exécution technique surprenante. Les signes hiéroglyphiques, ou ce que l’on pourrait prendre pour tels, sont jusqu’à présent en très petit nombre. A côté de figures d’animaux ou d’hommes, sculptées complètement en pierre, que l’on trouve partout, nous avons ici de grandes tables de pierre avec des sujets historiques, des bassins pour les sacrifices, des tètes colossales d’une forme inusitée, munies par derrière de tenons, dans le but, je suppose, de les fixer sur les tertres ou pyramides à côté desquels on lésa trouvées ; puis, des fûts réguliers, en lave basaltique, à quatre pans, ayant 3 mètres de hauteur sur environ un mètre de largeur et d’épaisseur, et couverts de sculptures sur un seul côté. L’angle de l’un d’entre eux, qui sortait de terre, amena leur découverte il y a dix-sept ans, et détermina don Pédro de Anda à mettre à découvert un groupe de ces monolithes, renversés les uns sur les autres et en partie brisés. Dans cette « carrière », on a jusqu’à présent, à côté d’autres pierres couvertes de sculptures, mis à nu huit de ces monolithes lesquels, à ce qu’il semble, formaient, lorsqu’ils étaient dressés les uns à côté des autres un mur ou une galerie, et représentaient peut-être une histoire suivie. Trois d’entre eux sont entiers, deux sont brisés par le milieu, et des autres on n’a trouvé que quelques morceaux. Les pièces qui manquent et probablement plusieurs autres de cette espèce, se retrouveront peut-être à la suite de fouilles méthodiques. Sept de ces monolithes présentent la même disposition dans la moitié supérieure : la tète, la poitrine et le bras d’un dieu, son visage en haut relief tandis que tout le reste, y compris les tètes d’hommes, est exécuté en bas-relief, et partout ce même visage régulier, plein de dignité ; on dirait d’une tète d’ètre immatériel , avec divers emblèmes et ornements. Dans la partie inférieure se trouvent des figures d'hommes en costume indien.

Si je puis dessiner tous ces monolithes et les mettre les uns à côté des autres, il me sera peut-être possible, d’après les sujets et la façon dont ils sont actuellement couchés, de deviner l’ordonnance suivant laquelle ils avaient été dressés et de me faire une idée nette de leur signification, ainsi que de l’époque et de la nation auxquelles ils appartiennent. La chose est d’importance et vaut largement la peine et le temps qu’on y consacrera. Mais elle ne fera sensation que lorsque les reproductions paraîtront.

En cherchant les fameuses pierres, j’explorais avec mes gens une partie de l’épaisse forêt, lorsque j’entendis du bruit. Je croyais que l’on avait trouvé la femme faisant des tortillas, ou la grande table historique, dont on m’avait fait tant de contes; mais ce n’était qu’un énorme serpent à sonnettes de 8 pieds de long et plus gros que mon bras.

23 Mars. — Guatémala — Je suis arrivé ici avant-hier de Santa-Lucia, et j’ai trouvé encore ici cette lettre et mon dernier rapport à Bastian, du 25 février. Cette lettre pour toi était arrivée trop tard pour le dernier steamer; celle, qui était adressée à Bastian avait été jointe à une lettre pour M. de Bergen.

Le groupe de la forêt n’est finalement pas encore trouvé, malgré l’aide du chasseur dont j’ai parlé. Le 13, j’ai eu une attaque bilieuse qui m’a rendu incapable de travailler pour plusieurs jours, et m’a montré que je ne dois plus être si exigeant envers moi-même aux ardeurs du soleil : cela m’a engagé à ne pas reculer davantage le départ fixé au 20. En outre, je ne suis pas encore assez rétabli pour m’exposer impunément aux fatigues. Pour cela, il faut des forces plus jeunes; mais puisque je m’y suis mis une fois je veux poursuivre mon travail aussi loin que possible.

J’ai recule 14 un télégramme de M. de Bergen: il m’annonçait qu’il avait envoyé « le document ». Par ce mot on ne pouvait entendre que l’autorisation du gouvernement; mais, jusqu’à mon départ de Peor-es-nada, elle n’y était point encore parvenue; elle a été envoyée par des exprès du gouvernement partout, excepté là même où je me trouvais, et elle doit arriver ici ces jours- ci, après avoir encore voyagé jusqu’à Santa-Lucia. Elle provient d’un autre ministre, mais j’espère qu’Herrera la respectera et ne l’attaquera pas. D’ailleurs, je n’aurais pas pu même avec l’autorisation

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du gouvernement, commencer à travailler là-bas, car l’ingénieur Napp, sur le secours duquel je comptais, était malade à San-Agustin.

J’ai trouvé les tailleurs de pierre que je veux envoyer à Santa-Lucia, aussitôt que j’aurai l’autorisation du gouvernement et dès que Napp pourra y aller. Il doit arriver aujourd’hui ou demain. J’envoie par ce courrier ( via San -Francisco) le rapport pour Bastian avec copie.

7 avril. — Guatémala. — Le dernier rapport du 23 mars aura produit une impression favorable sur Bastian; plus favorable encore sera celle du rapport que j’envoie aujourd’hui, car je puis non seulement y annoncer le commencement des travaux sous la direction de Napp, mais encore signaler un résultat qui fera tomber en extase Frantzius, etc.

Ces travaux ont eu un résultat inattendu. Grâce à eux, je suis à même de démontrer la connexion des anciennes traditions avec les découvertes archéologiques (ce qui jusqu’à nos jours n avait pu se faire nulle part), de même qu’à Nicaragua j’avais réussi à trouver les preuves de la justesse des indications fournies par la tradition, en faisant des recherches de linguistique. Les pierres de Santa-Lucia n’appartiennent pas, comme Bastian et moi le supposions, aux Chorotégans qui ont traversé ce pays, mais plutôt à cette période de luttes entre les diverses branches de la race Kichée, luttes d’où sortit le grand empire Kiché. Ce sont en quelque sorte, des illustrations en pierres du Popol-Vuh, cette antique tradition que Brasseur a trouvée ici, je ne sais où, en langue Kichée, et qu’il a publiée avec une traduction française à Paris en 1861. Je n’ai fait cette découverte qu’ici, il y a quelques jours, lorsque j’ai eu l’occasion d’examiner 1 la tragédie-ballet du Rabinal- Aché que Brasseur a également publiée avec une traduction française (Paris, 1862). C’est là que j’ai trouvé le premier indice. 11 faut que tu lises ces livres, si tu peux te les procurer, pour comprendre plus tard ce que j’écrirai sur ce sujet à toi-même ou ce que j’écrirai pour le faire imprimer. Si je pouvais réussir à fournir les preuves de cette connexité, cette découverte ferait

1 Peut-être par rapport à la citation précédente qui néanmoins ne changerait pas essentiellement mes idées antérieures. Le désir d'avoir des explications plus exactes nous rend plus pénible la perte que nous avons faite. Au reste, pour le moment, les théories importent moins que la mise en sûreté et la conservation des matériaux, pour voir avant tout de quoi il s'agit exactement. Le reste se trouvera bien après.

époque dans la science des antiquités de l’Amérique Centrale, et jetterait peut-être quelque lumière sur l’obscur passé de Palenqué, de Coban, du Yucatan, etc. Mais dans la publication de ce genre de découvertes, il faut être très circonspect1. Napp fait déjà des fouilles à Santa-Lucia et me télégraphie les découvertes. Il leur faudra bien une quinzaine pour tailler deux pierres; Napp 11e peut rester plus longtemps. Puis on continuera à travailler pendant l’hiver. L’opposition pour le moment ne fait pas parler d’elle ; mais je ne crois nullement que tout aille si facilement. Nous avons le bonheur d’avoir ici M. de Bergen; le point d’honneur le poussera à assurer, par son influence, la continuation des travaux commencés et à triompher des manœuvres hostiles.

30 avril 1877. — Coban. — Ces derniers jours, je me suis vu presque obligé d’aller à Santa-Lucia. Les tailleurs de pierre venaient de partir, lorsque je reçus de Santa-Lucia un télégramme de l’ingénieur Napp m’annonçant que le lendemain il arriverait à la capitale. Je le vis en effet, tout jaune, atteint d’une maladie de foie sous l’agréable climat de la côte. Heureusement, Anda s’était chargé de diriger les ouvriers de Napp, les ayant rencontrés en route, il avait même pu leur donner encore des instructions. Comme ils travaillent à forfait et non à la journée, un retard n’est pas d’une très grande importance. Je suis encore resté à Guatémala, jusqu’à ce que Napp se fut assez rétabli pour pouvoir repartir pour Santa-Lucia.

20 juin. — De Santa-Lucia, toujours pas de nouvelles. Napp et Anda n’ont répondu ni aux questions par lettre ni aux questions par télégramme. Scot, à son retour de Guatémala m’a apporté un message verbal de Napp, me disant que dans une quinzaine de jours les pierres seraient prêtes à être transportées et qu’elles seraient expédiées dès que le charretier aurait le temps. N’ayant pas reçu de nouvelles au bout delà quinzaine, je me suis adressé au consul allemand qui, dans le post-scriptum de sa lettre traitant d’autres affaires, me dit simplement : « M. Napp vous écrira lui-même ».

1 Dans une lettre du 8 avril 1877, on lit : « Par une élude plus attentive des sculptures, je suis peu à peu revenu de l’idée qu’elles doivent appartenir à la période des Chorolégans » (suivant les conversations que nous avions eues précédemment à New-York sur ce sujet); mais elles appartiennent plutôt à la période de ces luttes qui amenèrent la formation du royaume de Quiché.

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Mais Napp ne m’a point écrit. J’ai adressé une nouvelle demande au consul. Malheureusement, il est de nouveau à Nicaragua.

1er août. — Coban. — En attendant les pierres sont encore à Santa - Lucia, comme je les ai laissées. Les tailleurs de pierres avaient commencé à travailler, mais l’ingénieur Napp les a renvoyés, parce qu’ils ne faisaient pas bien le travail. 11 voulait recommencer d’une autre façon ; il est tombé malade et revenu à Guatémala. J’ai appris tout ceci de la bouche de Sarg qui en vient. Depuis lors, la carrière a été inondée par la pluie, et les pierres sont sous l’eau. Le ministre de Bergen, à qui j’ai remis l’affaire, en partant de Guatémala, est allé dans l’intervalle à Nicaragua, et, depuis son retour, il ne m’a encore rien écrit. Pour mener à bonne fin cette affaire, je serai probablement obligé, dès qu’il fera sec de nouveau, d’aller encore une fois à Santa-Lucia.

19 août. — De Santa-Lucia, je n’ai reçu par Sarg que des nouvelles rares et verbales. M. Napp a renvoyé les ouvriers parce qu’ils ne travaillaient pas bien suivant son idée. 11 peut avoir eu l’intention de recommencer d’une autre façon, mais il est de nouveau tombé malade, — c’est un trou horriblement malsain; — et il est allé à Guatémala pour se remettre. Depuis, la pluie a inondé la carrière, de telle sorte que les pierres ne doivent pas même être visibles. C’est tout ce que Sarg a pu apprendre de Napp même. Depuis que je suis parti de Guatémala, où Napp me promit de m’instruire par lettre, ou au besoin par télégramme, du commencement des travaux et de tout ce qui les concerne, il n’a jamais écrit, ni répondu aux questions que je lui adressais par lettre ou par télégramme. M. Au est un correspondant tout aussi négligent. M. de Bergen n’a pas encore pu répondre à ma prière de s’informer auprès de Napp de l’état des choses à Santa-Lucia. Don Pedro de Anda me fera savoir quand les pierres seront de nouveau à sec ; je l’en ai du moins prié, mais lui aussi compte parmi les correspondants paresseux, et je veux alors aller encore une fois à Santa-Lucia.

2 septembre. — De Santa-Lucia on ne peut, rien apprendre. Je n’ai pas encore pu savoir jusqu’ici si Napp est réellement revenu à Santa-Lucia. Les pierres ne peuvent s’en aller et je les retrouverai sans aucun doute, en

hiver, eomme je les ai laissées ; mais c’est bien contrariant que l’affaire ne soit pas terminée.

21 octobre. — Je me suis arrangé de façon à aller à Santa-Lucia vers la mi-novembre, afin de terminer moi-même les travaux pour le Musée que n’a point achevés M. Napp. Je me suis décidé à contre-cœur à ce voyage : il est cependant nécessaire, et me permettra d’expédier les pierres et d’amener l’exploration à un point où je sois à même d’envoyer mes rapports. Si je n’allais pas moi-même à la côte, toutes peines et toutes dépenses seraient inutiles. J’aurai peut-être à travailler là jusqu’à la fin de l’année. Ici à Oliva, etc.

18 novembre. — Il ne faut pas te faire de Santa-Lucia des idées trop affreuses. J’habiterai de nouveau à Peor-es-nada. Don Pedro m’a déjà télégraphié que « sa maison, comme toujours, est à ma disposition ». Gomme j’ai déjà commencé la chose, je ne puis pas la laisser inachevée; pour moi, ce n’est cependant pas un petit sacrifice que de laisser Oliva à elle-même pour quelques mois.

26 décembre. — Guatémala. — J’envoie aujourd’hui à Bastian un rapport sur la situation à Santa-Lucia. Napp et les ouvriers payés d’avance n’ont absolument rien fait là- bas.

3 janvier 1878. — Mes préparatifs pour les travaux à Santa-Lucia n’ont avancé que lentement. Le premier ouvrier que j’avais engagé avait encore ici pour quatre ou cinq jours de travail, mais ce temps une fois écoulé, il ne s’est plus fait voir et finalement il a tout à fait décampé. J’ai trouvé ensuite un certain Italien ; j’ai déjà fait faire les instruments nécessaires et j’espère que dans peu de jours nous pourrons nous mettre à l’œuvre. Je tâcherai de tenir prêtes pour le transport les deux pierres commencées par Napp, et de les expédier1 par bâteau à San-José avec les autres antiquités que j’ai recueillies l’année passée et que j’ai conservées chez Anda. Si possible, je continuerai aussi les fouilles en ce même endroit. G’est ainsi que j’espère terminer mon travail pour le Musée.

1 On n'a malheureusement pas encore pu être fixé sur ce qu’il en advint.

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Le rapport détaillé sur les pierres de Santa-Lucia, avec les dessins, n’est pas encore parti. Je l’emporte à Coban afin de pouvoir compléter ce qui manque encore aux dessins et aux mesures que Napp m’avait promis de faire en quelques jours. Puis je finirai le tout à Santa-Lucia1 et j’espère t’envoyer le rapport pour le faire parvenir à Bastian.

26 février. — J’apprends de Santa-Lucia qu’on a abattu les arbres devant fournir les planches pour l’emballage des pierres. J’espère que la chose ira bien sans moi.

7 février. — Je n’ai pas encore été à Santa-Lucia, où d’ailleurs pour le moment je n’ai que peu à faire. Lorsque mon Italien a été prêt à y aller avec moi, je n’allais pas tout à fait bien. Je me suis risqué à l’envoyer en avant, j’ai reçu de don Pedro de Anda un télégramme m’apportant de bonnes nouvelles sur la marche de ses travaux. Enfin, les deux pierres qui doivent partir comme échantillons pour Berlin, sont prêtes avant que j’aie osé aller à Santa-Lucia. Elles seront expédiées avec les autres directement à Hambourg par un navire de Hockmeyer et Cic. Le navire arrive ici en mars et repart en avril ; les pierres pourront donc être rendues au Musée vers la fin d’août ou le commencement de septembre. Ce que j’ai à faire maintenant à Santa-Lucia, c’est de terminer pour mon rapport les dessins faits aux trois quarts l’année passée; c’est d’emballer et d’expédier les pierres, ce qui, je pense, ne me prendra pas plus de une à deux semaines.

26 mars. — L’emballage des pierres de Santa-Lucia avancera tout aussi peu que la taille, tant que je ne serai pas moi-même derrière l’ouvrier. Mon désir était de faire l’expédition à Berlin par la Perle, navire de Hockmeyer qui est attendu ici ce mois. Mon voyage n’aurait pu avoir de résultat : car il m’est survenu une attaque plus forte que les premières, etc. Je ne pouvais risquer d’entreprendre le voyage : il n’était pas prudent, dans ces conditions, d’aller à cheval à la côte sous un soleil ardent. A la côte, l’accroissement de l’activité cutanée et la continuité des sueurs exercent une influence nuisible sur la sécrétion des reins, etc.

1 Nous gardons l’espoir que ces papiers, grâce aux soins de M. l’ingénieur Berendt, ûls de l’ami qui nous a été enlevé, seront mis en sûreté pour la science.

Je pars donc demain, parla diligence, pour Antigua; de là, je continuerai par la Chata jusqu’à Santa-Lucia. La route va au sud entre les volcans del Agua et del Fuego ; elle est un peu plus courte et me permet de trouver des lieux de repos dans les haciendas de mes amis, si je vois que le voyage exige plus de précautions.

Les pierres de Santa-Lucia seront à peine prêtes à temps et arriveront difficilement au port pour le départ de la Perle. Nous attendons des navires de guerre allemands pour le mois prochain : par eux, l’expédition sera faite avec tout autant de soin et à meilleur marché pour le Musée.

Jusqu’ici les communications sont extraites des lettres du docteur Berendt, nous y ajouterons la lettre suivante écrite par son fils, M. l’ingénieur Berendt de Dantig (10 juin 1878). « Le 27 mars il partit pour Antigua; mais, le 31 de violentes douleurs le forcèrent à revenir d’ Antigua à Guatémala. A la suite d’une consultation avec un médecin américain, il se mit à suivre un traitement méthodique. Le mal s’était déclaré comme une maladie chronique des reins, et le 5 avril mon père fit avec l’aide du docteur Fenner, qui est aussi consul américain à Guatémala, un testament dont nous ne savons pas encore la teneur. Le 10, l’amélioration avait fait de notables progrès; le 11, il reçut encore plusieurs visites, bien qu’il se plaignît d’une grande faiblesse. Le 12 il eut une nouvelle attaque, qui annonçait évidemment que sa vie allait finir dans de terribles souffrances ; cependant après l’attaque il parut s’être endormi, sans connaissance, sans plus d’agonie ».

Ainsi tomba ce chercheur plein de mérite, sur le théâtre de son activité, au service de la science, qui dans les résultats obtenus par lui, conservera le nom de celui à qui elle les doit.

Donnons encore deux extraits des lettres qui m’ont été adressées au sujet de la préparation des pierres.

Extrait d’une lettre du 25 février 1877 — Peor-es-nada. — « M. Napp estime que, par suite du grain inégal et grossier de la pierre, il sera bien plus pénible et long, et par conséquent plus coûteux de faire scier, que de faire

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enlever peu à peu ce qu’il y a de trop en épaisseur, par des ouvriers qui avec les mêmes matériaux font les pierres des trottoirs pour la capitale. Il pense que les tables pourraient être réduites à une épaisseur telle que le poids d’une seule, tout emballée, ne dépasse pas deux tonnes. Pour le transport il regarde comme nécessaire une charrette construite dans ce but.

« Napp estime qu’il serait sage de commencer par un essai de sciage. Pour remuer et dresser les pierres, il a, dit-il, les appareils nécessaires. Il espère pouvoir me donner vers le 10 mars une réponse précise; et, comme je désire parler à Guatémala, au sujet de ces travaux, avec des hommes du métier, — l’architecte Jos. Beckers, constructeur du théâtre, et Louis Stuart, le marbrier déjà nommé, — je lui ai fixé un rendez-vous à Guatémala, dans l’espoir que d’ici là, Anda aura pu acheter, ou le gouvernement aura donné l’autorisation nécessaire.

« En attendant, j’ai parcouru le pays en divers sens, je cherche à réunir en prenant des mesures, des dessins et des notes, les matériaux nécessaires pour mon rapport sur ce district au point de vue archéologique, rapport que je voudrais vous envoyer aussitôt que possible. Malheureusement l’état de ma santé ne me permet pas de faire autant que je voudrais et autant que je pouvais faire autrefois. »

Extrait d’une lettre du 23 mars. Guatémala :

« M. Napp est attendu ici ces jours, et il doit repartir pour Santa-Lucia après la fête avec quelques tailleurs de pierres, en supposant que la teneur de l’autorisation du gouvernement soit suffisante pour notre but. Les appareils destinés à remuer les blocs de pierre seront envoyés de San-Agustin à Peores-Nada. J’ai renoncé peu à peu au sciage, qui exigeait des travaux préparatoires trop compliqués, et je me suis décidé à faire réduire de 6 à 8 pouces l’épaisseur des pierres. Le premier essai sera fait sur une pierre brisée par le milieu : on pourra plus aisément la transporter dans deux caisses ; en outre c’est celle dont le dessin est le plus intéressant, le travail le plus soigné, celle qui de toutes les pierres découvertes jusqu’ici a le mieux conservé le dieu sculpté dans le haut et l’Indien au bas. »

Les pierres sculptées sont en lave des Andes, brune et poreuse, et mesurent les dimensions suivantes :

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