ANIMAUX ARTICULÉS
VI. Recherches sur le système nerveux, des Insectes (Coléoptères).
Comptes rendus de V Academie des sciences , septembre 1845, et Annales des sciences naturelles ,
3* série, t. V, p. 273.
Malgré les recherches nombreuses dont l’anatomie des Insectes avait déjà été l’objet, une immense lacune était restée dans la science à l’égard de ces animaux. Pour l’ordre le plus considérable de la classe des Insectes, celui des
Coléoptères, le système nerveux avait été étudié seulement chez une dizaine d’espèces, toujours isolément et d’une manière presque toujours insuffisante.
Le présent mémoire a pour but : 1° de faire connaître dans tous ses détails la disposition fondamentale du système nerveux des Insectes, ainsi que le rôle de chaque partie ; 2° de montrer les caractères que fournissent pour les divisions zoologiques les divers groupements des centres nerveux; 3° d’apprécier à laide de ces caractères les affinités naturelles d’une manière plus exacte qu’on ne pouvait le faire d’après la considération soit des autres organes intérieurs, soit des formes extérieures. Pour parvenir à ce résultat, l’auteur ne s’est pas contenté de 1 etude des Insectes adultes, il s est attaché egalement à celle des larves, ce qui lui a permis de signaler les changements qu éprouve le système nerveux par les progrès de l’âge, chez un assez grand nombre d’espèces.
Les nerfs qui se distribuent aux organes de la manducation avaient été peu étudiés, 1 auteur a réussi à les suivre jusqu’à leur extrémité ; s’attachant à déterminer le point d’origine de chacun d’eux, il a rencontré dans tous les Coléoptères une ressemblance complète. On verra plus loin les résultats auxquels a conduit cette détermination faite d’une manière rigoureuse.
Système nerveux de la vie végétative . — Cette portion du système nerveux, en partie découverte chez les Insectes par Swammerdam , a fixé souvent l’attention des anatomistes. On avait assez bien reconnu la présence des petits noyaux médullaires groupés en avant et en arrière du cerveau ; mais on les avait regardés comme dévolus essentiellement à l’appareil alimentaire. L’auteur a montré que la division du travail physiologique était poussée beaucoup plus loin qu’on ne le supposait. En suivant avec un grand soin chaque fdet nerveux, il a constaté, pour la première fois , que le vaisseau dorsal et le système trachéen recevaient leurs nerfs de ganglions spéciaux , aussi bien que le tube digestif.
L’auteur, admettant, avec plusieurs de ses devanciers, que le système nerveux est constitué exactement sur le même plan chez tous les types de la classe des Insectes* que les différences si frappantes dans la chaîne sous-intestinale sont
le résultat d une centralisation plus ou moins prononcée, s’est attaché à montrer le parti avantageux que la zoologie devait tirer de ces différences.
Prenant en particulier toutes les familles naturelles, il a constaté chez les représentants de chacune d’elles un groupement caractéristique des ganglions. A l aide de ces caractères si remarquables, et jusque-là toujours négligés de la manière la plus complète, il s’est efforcé de déterminer les relations des groupes naturels entre eux, en montrant en meme temps que les modifications de f appareil alimentaire, des organes de la génération et du système appendiculaire, sont de nature, dans la plupart des cas, à caractériser seulement des groupes de moindre importance.
Ces résultats ont été fournis par des dissections faites sur plusieurs centaines d’espèces, et souvent pour chacune d’elles sur un grand nombre d’individus. Cinquante-six figures accompagnent ce travail.
VSI. — Un grand sympathique chez les Animaux articulés.
Annales des sciences naturelles, 4e série, t. X (1858).
Ce mémoire a pour objet la détermination du nerf grand sympathique chez les Animaux articulés.
Les anatomistes avaient cherché depuis longtemps à reconnaître les parties homologues entre le système nerveux des Animaux articulés et celui des Vertébrés ; on était loin d’y être complètement parvenu. On n’hésitait pas sans doute à voir, dans la chaîne ganglionnaire des Crustacés et des Insectes, la portion qui représente le système nerveux céphalorachidien des Animaux vertébrés, mais lorsqu’il s’agissait des autres parties, tout demeurait obscur. L’existence chez les Articulés d’un système nerveux de la vie animale et d’un système nerveux de la vie végétative ou organique ayant été constatée, les ganglions groupés autour de l’œsophage, ainsi que les nerfs qui en dérivent, souvent appelés du nom de stomcitogaslriques , furent comparés au grand sympathique de l’homme et de tous les Animaux supérieurs. Cependant cette portion du système nerveux des Crustacés et des Insectes est si éloignée de présenter les caractères du grand sympathique des Vertébrés, que la plupart des anatomistes repoussèrent cette détermination ou restèrent sur la réserve. Un habile physiologiste anglais, George Newport, déclara que les ganglions et les nerfs qui environnent l’œsophage représentaient les nerfs de la dixième paire, c’est-à-dire les nerfs pneumogastriques. Rien alors n’était plus signalé comme correspondant au grand sympathique.
L’auteur a montré que le grand sympathique des Insectes let des Crustacés consistait dans un nerf qui tire son origine du centre médullaire sous-œsophagien, s’étend au-dessus de la chaîne ganglionnaire, et présente, de distance en distance, de petits ganglions fournissant des filets qui vont s’anastomoser avec les nerfs provenant de la chaîne ganglionnaire.
Par l’ensemble de ses observations, l’auteur est arrivé à cette conclusion : qu’il y a chez les Animaux articulés des nerfs de sensibilité spéciale, naissant du cerveau ; des nerfs mixtes, sensibles et moteurs, provenant des ganglions cérébroïdes et de la chaîne ganglionnaire ; un système nerveux affecté à la portion antérieure du tube digestif, aux organes respiratoires et aux parties principales de l’appareil circulatoire, remplissant le rôle des nerfs pneumogastriques, et enfin un véritable grand sympathique accompagnant la chaîne ganglionnaire dans toute sa longueur, comme ce nerf accompagne la moelle épinière dans les Vertébrés.