VIII. — De la circulation dans les Insectes
Comptes rendus de V Académie des sciences , t. XXIV, p. 870 (1847), et Annales des sciences naturelles,
t. IX, p. 359.
Depuis les observations de Carus, il était admis généralement que le sang des Insectes, après avoir passé par le vaisseau dorsal, s’échappait dans les cavités du corps, où il formait des courants d’avant en arrière pour rentrer ensuite dans le vaisseau dorsal.
Toujours on observait la circulation du sang chez les Insectes dans des larves, dont les téguments ont une certaine transparence; toujours on revoyait à peu près les mêmes choses.
L’auteur songea à un moyen d’investigation jusque-là employé rarement pour des animaux de petite taille. Faisant pénétrer un liquide coloré dans le vaisseau dorsal, il put suivre la terminaison de cet organe, voir le liquide s’en échapper, se répandre dans les lacunes ou espaces interorganiques, et de là pénétrer dans l’épaisseur des parois des tubes trachéens, c’est-à-dire entre les membranes dont ces tubes sont constitués.
Comme il devenait indubitable que l’extrémité du vaisseau dorsal n’était pas en continuité avec d’autres vaisseaux, l’expérimentateur voulut se contenter d’introduire simplement le liquide coloré dans l'une des grandes cavités du corps où vient affluer le sang.
Opérant toujours sur des individus vivants, le liquide injecté, poussé par les mouvements de contraction et de dilatation exécutés par l’animal, devait suivre la marche ordinaire du sang.
L’auteur venant à disséquer sous l’eau les Insectes ainsi injectés, le liquide coloré, plus léger que l’eau, s’échappait aussitôt des lacunes où il n’était plus retenu ; mais on pouvait l’observer alors avec la plus grande netteté dans tous les endroits où il était réellement emprisonné : on le retrouvait ainsi dans l’espace intermembranulaire des trachées et dans le vaisseau dorsal, où il pénètre également quand le liquide est simplement introduit par la voie des
lacunes.
En ouvrant les tubes trachéens eux-mêmes, l’auteur s’est assuré que le liquide n’y pénétrait jamais quand l’injection est bien faite, qu’on y retrouvait l’air, et que dans les cas où une pression un peu forte avait expulsé une partie de ce fluide, les tubes respiratoires restaient vides, mais sans recéler dans leur intérieur une seule parcelle de l'injection.
Toutes les fois qu’il est parvenu à séparer les membranes trachéennes entre lesquelles se trouve interposé le fil contourné en spirale, il a vu bientôt s’échapper ie liquide coloré.
D’autre part, M. Newport, à l’Association britannique tenue à Oxford en 18Ù7, a annoncé qu’il avait vérifié ce fait en constatant la présence de globules sanguins entre les membranes trachéennes, et l’auteur a pu également observer ces corpuscules dans plusieurs circonstances favorables.
De l’ensemble des faits mis en évidence par ses recherches, l’auteur a dû eu conclure :
Que la circulation chez les Insectes était moins simple qu’on ne le supposait ;
Qu’il n’y avait pas, comme on l’admettait généralement, une sorte d’indépendance entre l’appareil circulatoire et l’appareil respiratoire, mais bien au contraire la relation la plus intime entre ces deux appareils, comme chez les autres animaux ;
Que les trachées se distribuant dans toutes les parties de l’économie, ces tubes, portant l’air dans leur intérieur, conduisent en même temps le fluide nourricier sur tous les points de l’économie;
Que le sang oxygéné arrive aux organesdans un état de division extrême et que la nutrition s’opère comme chez les Mollusques et les animaux supérieurs.
En dernière analyse, l’auteur conclut que, sous le rapport delà nutrition, il y a ici identité avec ce qui se passe chez les autres types du règne animal, que les grandes différences se manifestent seulement dans la disposition des
organes.
IX. ~ Réponse ù. diverses objections touchant la circulation eweæ
Ses Insectes. (lYauvettc cæpéfience.)
Comptes rendus de l’Académie des sciences , t. XXVIII, p. 757 (1849).
Les résultats qui viennent d’être rapportés ayant été contestés par M. Léon Dufour, qui n’admet pas de circulation chez les Insectes, ainsi que par quelques autres naturalistes, l’auteur a fait de nouvelles expériences et mis sous les yeux de l’ Académie une série de préparations de nature à confirmer, de la manière la plus complète, ses premières observations.
Au reste, tandis que certains zoologistes, en France, se refusaient à admettre les faits nouveaux signalés à l’égard de la circulation du sang chez les Insectes, plusieurs savants étrangers en affirmaient l’exactitude.
Dans un mémoire spécial sur la question, M. Agassiz disait (1) : « En répé- » tant les observations de M. Blanchard, je me suis convaincu d’abord de la » parfaite exactitude des faits qu’il a établis, et je puis dire de la grande facilité » avec laquelle ces vaisseaux peuvent être remplis. »
D’un autre côté, M. Carlo Bassi (de Milan) s’exprimait ainsi (2) : « Ayant » renouvelé récemment les expériences de M. Blanchard, j’ai pu en reconnaître » moi-même toute l’évidence. Introduisant une injection par le vaisseau dorsal » ou simplement encore dans les lacunes du corps, les trachées se colorent jus- » que dans leurs plus petites ramifications sans qu’aucune partie du liquide » pénètre dans la cavité interne. C’est même le meilleur moyen pour observer de » la manière la plus évidente la membrane externe des trachées, qui, venant à se » dilater par l’effet de l’injection, se détache de l’autre de façon à se montrer à » l’œil tout à fait distincte, laissant au milieu un espace sensible occupé par la » substance injectée. »
X. — Nouvelles observations sur la circulation «lia sa sa g' et sur la
nutrition chez Ses Insectes.
Annales des sciences naturelles, 3e série, t. XV , p. 371 (1851).
Deux anatomistes italiens, Allessandrini et Bassi, avaient observe que chez les Vers à soie nourris de feuilles saupoudrées d une matière colorante, comme l’indigo, la garance, etc., les trachées prennent bientôt la teinte particulière de
(1) Proceedings of the American Association for the advancernent of science, second mectiug, p. 1^0
et Annales des sciences naturelles, 3e série, t. XV, p. 358.
(2) Gazzetta medica di Milano , t. VI, et Annales des sciences naturelles, t. XV, p. 362.
la substance ingérée. Ces savants avaient vu, dans un fait aussi inattendu, la preuve la plus manifeste de la circulation péritrachéenne, sans toutefois comprendre d’une manière suffisante comment s’effectuait la coloration.
L’auteur répéta alors l’expérience des deux naturalistes italiens sur un grand nombre d’espèces de la classe des Insectes. Des larves dont la peau offre une certaine transparence furent choisies comme particulièrement favorables. Ces larves, en effet, étant mises au régime de l’indigo, leur sang, d’ordinaire incolore, prenait au bout de peu de jours une teinte bleue parfaitement appréciable au travers des téguments. Il était donc possible d’avoir à volonté des Insectes à sang bleu, ou à sang rougeâtre, si au lieu d’indigo on avait employé la garance. Les Insectes étant livrés à l’exainen anatomique, la plus grande partie de leur sang s’écoulait d’autant plus que les dissections d’animaux d’aussi petite taille ne sont guère praticables que sous l’eau ; mais, la portion contenue entre les tuniques qui constituent les parois trachéennes restait assez longtemps emprisonnée, pour rendre palpable au plus haut degré le fait qui, précédemment, avait été démontré au moyen d’injections. L’auteur voulant, ensuite reconnaître ce qui se passait lorsqu’un Insecte dont le sang coloré par l’alimentation ne recevait plus que sa nourriture habituelle, constata que la couleur introduite dans le fluide nourricier ne tarde pas à être éliminée, les tubes désignés par les anatomistes sous le nom de vaisseaux biliaires ou de vaisseaux urino-biliaires se chargeant de la matière colorante et la transportant dans la portion postérieure de l’intestin pour être bientôt définitivement expulsée.
L’auteur reconnut en outre, par l’observation, que dans les conditions ordinaires de la vie des Insectes, une élimination du même genre s’effectue. Ainsi des Chenilles, le Ver à soie par exemple, qui se nourrissent de feuilles, ont lef sang verdâtre, et naturellement les trachées offrent la même nuance. Avant de se transformer en chrysalides, ces Insectes cessent de prendre de la nourriture, la couleur verte provenant des feuilles est éliminée, et alors, chez l’animal adulte, le sang se trouve être à peu près incolore et les trachées d’un blanc éclatant.
\I. — De la structure de la bouciie daus les Insectes de l’ordre
des Diptères.
Comptes rendus de l'Académie des sciences , t. XXXI, p. 424 (1850).
On sait comment M. Savigny, par ses longues et admirables recherches, a réussi à montrer la parfaite analogie des pièces de la bouche chez la plupart des Insectes.
Cependant une grande lacune était restée dans la science à l’égard de la bouche des Diptères. Aussi les entomologistes n’ont donné dans leurs ouvrages
les caractères tirés de la conformation de la bouche de ces Insectes, qu’en indiquant le nombre de soies qui entrent dans sa composition.
Pour arriver à une détermination rigoureuse des organes, l’auteur s’est attaché d’abord à multiplier beaucoup les comparaisons des pièces, de manière à en saisir les modifications. Mais, regardant cette première étude comme insuffisante, il a eu recours à des recherches du genre de celles qui l’avaient conduit plusieurs années auparavant à la détermination des appendices des Arachnides. En isolant les nerfs buccaux dont les origines sont semblables à celles des memes nerfs chez les Insectes broyeurs, il a reconnu dans les Diptères, dont la bouche présente seulement quatre soies, la réunion intime des deux mandibules, et dans les Diptères à deux soies, outre la réunion confuse des deux mandibules, la soudure des mâchoires avec la lèvre inférieure pour former la trompe.
Il résulte de ces observations, que les appendices de la bouche, en tout comparables à ceux des autres Insectes, sont modifiés d’une façon particulière , dont on n’était pas encore parvenu à se rendre compte.
\IK. — Observations sur S’organisât ion d’an type de la classe des Arachnides. Le genre Galéode S^atr.).
Comptes rendus de V Académie des sciences , t. XXI, p. 1383 (1845), et Annales des sciences naturelles ,
3e série, t. VIII, p. 227.
Rien n’était connu touchant l’organisation intérieure des Galeodes, animaux que l’on considère avec raison comme un des types les plus remarquables de la classe des Arachnides. Ce mémoire contient la description et les figures de leur tube digestif, et surtout de leur système nerveux ; mais son but essentiel est la détermination des appendices, et particulièrement des pièces de la bouche des Arachnides.
Chez les Animaux articulés, il y a des cas où 1 examen des rapports des parties entre elles ne suffit plus pour déterminer toutes les pièces du système appendiculaire ; les avortements de certaines pièces, les chevauchements et les soudures peuvent devenir si considérables, que les connexions sont pour ainsi dire masquées. L’auteur a trouvé un guide sûr dans le système nerveux, après avoir reconnu que les nerfs, se rendant à ces parties plus ou moins déformées ou avortées, ne subissent pas de modification quant à leur mode d. origine. Les appendices antérieurs des Arachnides avaient tour à tour été considérés comme analogues aux antennes des Insectes et des Crustacés, comme des mandibules, comme des organes d’une nature toute spéciale, et désignés alors sous le nom de forcipules, et le dernier résultat acquis à la science avait été l’incertitude la
plus complète. L’origine des nerfs a montré que ce sont de véritables antennes modifiées sous le rapport de leur forme et de leur usage. A l’égard des appendices de la bouche des Arachnides, rien n’était connu 5 on avait donné le nom de palpes ou de mâchoires à des pattes qui viennent clore en dessous l’orifice buccal.
L’auteur, mettant à profit ses études précédentes sur les nerfs buccaux des Insectes, a retrouvé, en suivant les memes nerfs chez les Galéodes, les mandibules, les mâchoires et la lèvre inférieure dans de petites pièces tout à fait rudimentaires, jusqu’alors demeurées indéterminées. Par suite de ces recherches, un nouvel élément de détermination est venu s’ajouter à ceux que l’on possédait déjà pour les études d’anatomie philosophique, et changer à plusieurs égards les résultats auxquels Sa vigny avait cru pouvoir s’arrêter.