VII. Système du Forez
M. Gruner, ingénieur eu ehef des niinef, qui a étudié avec beaucoup de soin et de détail la eoustitution géologique du département de la Loire , a signalé, dans les mon* tagnes du Forez, ua nouveau Syslène de dislocations (1). Ce Système, orienté, diaprés les observations de M. Gruner, sur H heures de la boussole , c'est -à-dire au N. 15° 0., lui a paru correspondre à une date intermédiaire entre celles des Systèmes auxquela je donnais les n^)* 2 et 3 lorsque ie ne connaissais pas de Systèmes plus §•• ciens que celui du Wesbnoreland et dm JtfundsrucA; ; e'est-a-dire intermédiaire entre Fiépoque du Système des BaUons et celle du Système du nord de l'Angleterre.
Je propose d'appeler ce nouveau Système de montagnes Système du Forez. Je suis porté à croire qu'il est un peu plus moderne que M. Gruner ne Ta admis ; cependant il me parait être réellement pi as ancien que le Système du nord de l'Angleterre , et par
(i) Gruner, Mémoire sur la nature des terrains de transition et les Purpliyres du département de la Loire ; Annalts des minet, 3* séries t. XIX, p. b3 (18I1). ^
conséquent c*est ici la place uù nous devons nous en occuper.
Les dislocations du Système du Forez ont affecté tous les terrains qui entrent dans la composition des montagnes de cette contrée, y compris celui dans lequel sont exploitées les mines d'Anthracite des environs de Roanne (Bulty, Regny, Thisy, etc.); mais elles ne se sont pas étendues an terrain houiller qui eiiste, près de là, à<6t-Étienne, à Bert, au Creuzot, etc. Ils datent, par con* lëquent , d*une époque intermédiaire entre la période du dépôt du terrain anthraiifère de la Loire , et celle du dépôt du terrain Voatller.
Le terrain antbraxifère du département delà Loire est, diaprés M. Gruner, la partie la pins récente des terrains de tranettion d« ces contrées, et il y constitue un étage distinct. Il repose en stratification quelquefois parallèle , mais plus souvent encore dtseordantCt sur un terrain schisteux dans la partie supérieure duquel sont intercalées des assises calcaires , et H présente vers sa base (p. 98) un conglomérat souvent très grossier, formé par des fragments généralement peu roulés de calcaire , do schistes , de quartzite , de quartz lydien , et surtout de porphyre granitoide, réunis par un ciment
à grain fin d*une teinte verdàlre. Ce conglomérat passe, par la disparition des fragments, à un grès feldspatbique, dont la pâte, peu différente de la sienne, est uoe masse terreuse très fine , le plus souvent d'une teinte verte foncée ou noire , et qui constitue une grande partie du terrain. Des noyaui anguleux très nombreux de feldspath lamelleux font souvent de ce grès une sorte de mynophyre. Les grains de quarts y sont très rares, de même que dans le porphyre granitoUde , auquel il semble avoir emprunté la plus grande partie de ses éléments; mais il contient quelquefois de petits fragments de schiste bleu verdàtre , et de très nombreuses paillettes de mica d*un brun verdàtre. Au milieu du grès on trouve des schistes feldspatbiques avec empreÎDles végétales. Les couches d'anthracite qui y sont renfermées sont accompagnées au toit et an mur de schistes très fins, mais elles sont peu régulières et sujettes à de fréquents rejets, dus, sans doute, aux dislocations que le terrain a éprouvées. Quelques parties des grès sont transformées en roches extrêmement dures, compactes et cristallines, où tout indice de stratification a disparu, mais où se manifeste une division en colonnes prismatiques pseudo>régu1ière8 qui leur donne l'apparence
de iiorphyres verts. Les scMstes très fins da toit et du mur des couches d*anthracite semblent eux-mêmes avoir subi quelquefois une sorte de porcelanisation ; la nature et la forme de ces roches pétro-siliceuses rappelle complètement la pierre carrée du terrain anthraxifère de la Loire-Inférieure et de Maine-et-Loire. Elles paraissent avoir subi de même un phénomène métamorphique , quoique aucune roche éruptive ne s'en soit approchée; un mouvement moléculaire opéré dans Tintérieur du sol sans élévation considérable de température. C'est seulement par leur composition qu'elles se rattachent aux porphyres granitoldes qui semblent avoir fourni la plus grande partie de leurs éléments.
Ces Porphyres paraissent avoir commencé è faire éruption, dans le Forez, dès le commencement de la période pendant laquelle s*est formé le dépôt anthraxifère. En brisant les terrains de transition antérieurs et en se brisant eux-mêmes, ils ont formé les gros éléments des conglomérats; les matières plus ténues, cinériformes, que les éruptions ont également produites, ont servi à la fornation des Grès et des Schistes des terrains anthraxifères. Enfin une dislocation générale a redressé ces couches formées d'abord
horîMDtaltnMnt'Ataélcvé les csètcf iioiphi-
riqiies et granitiques du Forez sur lesquelles «lies s^appuieut, crêtes généralement diri^ gées, en moyenne, vers le N. 15* 0., et dont la hauteur surpasse celle des Ballons (Puf* de-Motttoncelle, 1,286°'» Pkrre-sur-Haate, 1,632'^).
L'âge relatif de ces monlagoes dépead essentiellement de celui du terrain asthraxifère qni couvre une partie de leurs flancs, et, d'après les observations de M. Gruner, ce terrain paraît constituer une formation distincte, postérieure au terrain de schiste et de calcaire qui lui sert de base et auquel il « emprunté une partie de ses éléments, notamment les fragments calcancs qu'on y trouve dans les conglomérats. Ce calcaire, gnis bleuâtre, bitumineux, fossilifère, les schistes argilo-talqueuz diversement colorés au milieu desquels il est intercalé, et les grès argilo-quartzeux souvent assez grossiers et passant à un poudingue quartzeux , qui font partie du même système, avaient 4*abord élé placés par M. Gruner dans le terrain siluriea. D'autres géologues , d'après un nouvel eia* men des fossiles, les ont crus dëvoniens; M. Edouard de Verneail, à qui appartenait naturellement la décision de cette question fialéozoïque, les regarde comme earbon îfèMS.
Daos uo€ lettre qu'il a bien voulu m$ faire rboBneur de m'écrire vers la fin de l'aDDée dernière^ ce savant yfologue me disait:
« J*ai étudié dernièrement, aux environs » de Roanne , les différents calcaires et les » ai tous peconnus pour des calcaires carbo- » nifères, comme ceux de Sablé. Je n'ai paa » vu traces de fossiles dévoniens, et, comme »la plupart des schistes, surmontent le' » calcaire, il en résulte que presque tout et » peut-être tout le terrain de transition de » la Loire est carbonifère. »
On doit renoncer, d'après cela, à voir d«M le terrain anthraxifère du département de la Loire un équivalent du terrain anthraxifère de la Loire-Inférieure qui e&t inférieur ao^ calcaire de Sablé, et on ne pourrait le main-* tenir dans le groupe du Calcaire carbonifère qu'en renonçant à la distinction établie par M; Gniner entre l'étage des scbi»tes talqueux» des grès et poudingues quartzeux , et celui des conglomérats et grès anthraxifères dft nature Feldspathique qui lui a paru recou^ vrir le pfemier en stratification discordante. Oo ne peut cependant pas mettre cet étage anthraxifère en parallèle avec le terrain bouiUer, dont la eonstitution si constante dans tout l'intérieur de la France est si dif^
férente de la sienne, et dont les couches n*ont pas été affectées par les dislocations da Système du Forts qui ont redressé celles du terrain antbraxifère.
De là ii me parait résulter que le terrain anlhraxirère du département de la Loire représente, dans Tintérieur de la France, le milUtow-grit des géologues anglais, auquel les poudingues inTérieursdes terrains houillers de St- Etienne et d*Alais n'avaient été assimilés que d'une manière hypothétique.
Le milUtone-grit s'élèverait ainsi au rang d'une formation indépendante, qui représeaterait la période comprise entre l'élévation du Système des Ballons et celle du Système du Fwes. Le Système du Forez aurait pris naissance entre le dépôt du miUstone-grit et celui du terrain bouiller proprement dit.
Cet aperçu nouveau me conduisait naturellement à examiner si la structure stratigraphique du reste de l'Europe se prêterait à l'admission d'un nouveau Système de montagnes ainsi caractérisé , et je crois avoir constaté que ce Système se manifeste, en effet , dans beaucoup de contrées , et qu'il fournit les moyens de résoudre plusieurs questions stratigraphiques jusqu'ici non résolues, et qui peut-être même n^avaieDt
pis encore été suffisaminent envisagées.
I^abord ces accidents stratigrapbiques du Sfstème du Forez déterminent, indépendamment de la direction des principales crétos du Forez , celles de plusieurs de ses limites et de plusieurs des lignes orographiques ou stratigrapbiques les plus remarquables des parties voisines de la France.
Ainsi la direction N. 15** 0. du Système dit Forez se dessine dans le bord oriental de la plaine de la Li magne aux environs de TUers, dans le bord occidental de la plaine de Roanne, et dans le bord occidental de la plaine de Montbrison , qui semble avoir formé originairement la limite occidentale du bassin dans lequel s^eat déposé le terrain houiller de St-Étienne.
Elle se dessine encore dans le bord occi* dental du massif du Morvan, près de Moulins-en-Gilbert , et dans celle de son bord oriental, près de Saulieu.
Enfin cette direction se retrouve dans celle du bord oriental du massif primitif de TArdècbe, de Tain à Condrieui, et dans celle du massif primitif du Rbône, devienne à Lyon et à Limonest, ou même dana celle que présente , abstraction faite des dentelures, le massif des terrains anciens de la France centrale de Vienne à Saulieu.
Cette ëenière ligae trayene les bcuiw bottiUers du Greozot et d'Autun sans y prvduire aucun changement, et toutes » en gé* néral , me paraissent avoir été mises en n* lier avant le dép6t du terrain houiller, aaif après celui de tous les terrains de tranil» tion.
Pour étendre ces remarques à des co»
trées plus lointaines , il est nécessaire de recourir aux précautions que nous avooi' déjà employées afin d'y transporter notra direction paraUèlemefU à elle-même. A ee* sujet, nous remarquerons d*abord qoe la direction N. IS*" 0., signalée par M. GrwMf dans les montagnes du Forez, peut être esn* sidérée cùmme se rapportant au centre de ce groupe montagneux, et qu'on peut placer ce centre entre la montagne de Pierre-sur- Hauteet le pays de Montoncelle, par 45* 51' de iat. N., et par i" 24' de longitude à l*E. de Paris.
Cette direction transportée à Limoges (Iat. 45° 49 53' N., long. 1° 4' 52'' 0. de Paris) , eu égard à la différence des longitudes, et sans tenir compte de la correction due à Texcès sphérique, qui serait à peu prés insensible, devient N. lO** 47' 0.; et, eoflstruite sur la carte de France , elle est représentée par une ligne qui passe un pea
i l*«0i de Caen (Calvados), et un peu à Vmasi de Geret (Psrrénées-OrieDtates).
Or cette ligne est parallèle à plusieurs des Jjfnes terminales des granités du Limousin, à la ligne de Jonction des granités et des seUstes, ainsi qu'à la direction générale de la bande schisteuse des environs de Céret , et i Taie général des masses de roches anciennes ^i s*étendent de proche en proche du Linousin à la monUgne Moire , aux Corbiè* res et aux Pyrénées orientales , et sur lesqoelf se 8on4 moulés les bassins houillers du Lardin, de Decazeville , de Rhodez, de Cirmeaux , de Durban et de Ségure, de SuroGca et d*Ogassa (en Catalogne).
Cette ligne rencontre, près d'Àlençon •t de Falaise , la pointe du massif du Bocage de la Normandie , et elle est parallèle aux troncatures qui y interrompent les rides en Syuème du Bocage et des BaUons.
CeAte même ligne est également parallèle à celle qui, partant de la Ménigoute, et pusanC par Tbonars pour aller couper la Ibyenae près de Chàteauneuf, au-dess«N d'Angers , teraune à Test le massif des terrains anciens de la Vendée, en tronquant la bande anthraxifère des bords de la Loirelolérieure , pliaaée suivant le Système des BalUms.
Elle est parallèle aussi , à très peu de choses près, à la direction du bord ocddental de la dépression du Goteatio daDS laquelle se sont déposés les terrains secondaixes et tertiaires des environs de ValogDct et de Carentan, à la base desquels se trooTe le terrain houiller du Plessis.
De là il résulte que dans Touest de la France, il existe à Touest du méridien de Paris un faisceau de dislocHions parallèles à la direction du Système du Fores postérieures au Système des Battons, et antérieuret aa terrain houiller.
Ce faisceau de dislocations traverse la Manche et se retrouve en Angleterre.
La ligne menée de Limoges vers le N. f 6* 47' 0. passe très près de Dudley ; mais elle y coupe le méridien sous un autre angle qu'à Limoges.
Si on transporte la direction N. ISo o. da Système du Forez ^ du centre da Fores à Dudley (lat. 52^ 31' 30" N. , long. 4*» 26' 40" 0. de Paris), en ayant égard à la différence des latitudes et des longitudes , el à la correction due à Texcès sphérique , calculée comme si le grand cercle , mené da centre du Forez vers le N. 15* O. , était le grand cercle de comparaison du Système , elle devient N. 19* 30' 0.
Or on peut remarquer d'abord qu'uae Hgoe menée par Dudley, vers le N. 19" 30' 0. , a des rapports très remarquables avec la structure générale de la Grande- Bretagne. Prolongée vers le N.-N.-O., elle passe à Poulton et au cap Rossai , au S.-O. de Lan cas ter » coupe* la partie occidentale du groupe des montagnes des lacs du Westmoreland, traverse ensuite TÉcosse en passant  Glasgow, en sort au cap Bow-Rue dans le nord du Rosshire, et coupe Textrémité N.-E. de Ttle Lewis en passant à Aird. Prolongée vers le S.-S.-E., cette même ligne atteint la Manche dans la rade de Spithead, et rase la pointe orientale de Ttle de Wight; plus loin elle traverse la France en se con» fondant presque avec la ligne que nous avons tracée par Limoges. Elle est presque parallèle aux côtes orientales de la Grande-Bretagne, et elle représente la direction générale de Ttle entière mieux qu'au» cune autre ligne qu'on puisse mener par Dudley.
Pour construire cette même ligne avec facilité sur les cartes géologiques de la partie centrale de TÂngleterre , par exemple sur celle de sir Roderick Murchison, il suffit de remarquer qu'elle passe , d'une part , à Breewood ( StalTordshire ) , et, de Tautre,
«v coBflneDi des rîTières Arrow et Avon, prègde Bidford (Warwickshire).
Traeée diaprés ces repères faciles à trou" ver» la ligne de direction du Système du Forez suit , à très peu de choses près. Taie du groupe de collines siluriennes qui s^élève aa milieu du terrain hoùlller de Dudiey, et celui des collines du Lower-Lickey , où de petits lambeaui de terrain houiller reposent directement, en stratification discordante, sur le grès de Garadoc ( Murchisoo , Silurian System, pi. 37, fig. 7 et 8). Elle est à peu près parallèle aussi au cours de la Saverne , depuis Goalbrook-Dale jusqu'à Worcester , et néme jusqu'à Tewicesbury, à la ligne que les rivières Glun , Lug et Wye tracent plus à ro. dans le pays de Galles , au segment septentrional de la ligne brisée des Malvern- Hills, qui, à partir de Great-Malvern, tourne vers le N.-N.-O., et à la direction générale du contour dentelé des montagnes du pays de Galles , depuis les Malvern-Hills jusqu'à Pembouchure de la Dee. La direction du Système du Forez reparaît encore assez exactement dans les eréles de roches siluriennes sur lesquelles s'appuie le terrain houiller de Goventry.
Or, une des circonstances les plus remarquables qui s'observent dans toute cette
coolrée » c*ctâ qim Je t«rra«o koHUIer y n«> poM îAdifférenineiit wf tous les dépôts antérieurs , sur le rnUUtone-grU , sur le oelcsire carbootfère, sur ie vieui grès rouge, et sur les différeoies assises silunenoes , aflée* tant ainsi les allures d'une fimnatUm méé' jwndantode toutes celles qui Pont précédé, et particulièrement d'une fomation indé-* pendante de celle du tmUstoiie-ofn(.
Il me paraît résulter de là qu'un système particulier de dislocations doit avoir été produit dans cette partie de T Angleterre entre le dépôt du m%llUoiM-grit et celui du terrain bouÂlier proprement dit (cocUmeasuras). en un examen attentif de Teosemble de sa structure orographiqye et stratigrapbique , ne conduit à penser qu'on doit chercher la direction caractérisiique de ce système de dislocation dans les collines siluriennes de Dudley ei du Lower-Lickey, où nous Sfons déjà reconnu celle du Sy$tètM du Forez, L4S terrain bouiller est lui- même disloqué au pied de ces collines ; mais ees dislocations s'expliquent, ainsi que nous le verrons bientôt, par des éruptions de roches trappéennes postérieures à son dépôt.
La direction N. 19<> 30' 0. qui représente, à Dudley, le Système du Forez, étant pro-* longée vers le N.'N.*0., traverse, ainsi que
nous ravoM dëjA remarqué» la partie occidentaie du groupe montagneux du district des lacs du Westrooreland, et elle passe i quelques milles seulement à TE. de White- Haven où, comme dans le centre de rAngleterre, le terrain bouiller repose indifléremment sur le millstone-grit , sur le calcaire carbonifère et sur le vieux grès rouge, ce qui suppose que le sol 3^ a éprouvé des mouvements entre le dépôt du miUstone^grit et celui du terrain bouiller.
Un des faits remarquables que présente la contsée de White- Haven, est Texistence d*un lambeau de terrain bouiller complètement isolé et séparé des bassins bouillers du Lancashire , du Yorkshire et de Newcastle par de grands espaces où le terrain bouiller n'existe pas. Ce fait se rattacbe probablement à Texistence de dislocations du Syslèm$ du For9z qui se sont produites sur remplacement occupé aujourd'bui par la grande cbatne pennioe qui constitue la ligne médiane du nord de TÂngleterre.
L*escarpement occidenial du massif de Ccoss-Fell, qui forme un des traits les plus proéminents de cette grande cbatne pennine, est dirigé obliquement, par rapport à la direction générale de Tensemble de la cbatne et y constitue une anomalie. Sa direction
prolongée (raverie diagenâlMMniUclntne, entière, de manière à couper la rivière Air entre Leeds et Bingley, en forniant avec la méridien un angle d'environ 29°. Mais il faut remarquer que Tescarpement de Cross-Fell est un simple arrachement dans une masse <!• couches très faiblement inclinées, eique son orientation, susceptible d*avoir été modifiée par les phénomènes de dénudaiion, ne peul fournir qu'un simple aperçu de la direction des premiers phénomènes de dislocatioD qui lui ont donné naissance. Celle-ci doit être représentée beaucoup plus fidèlement par les affleurements des différentes couches carbo* nifères sur les plateaui qui avoisînent Cross* Fell et par les alignements jalonnés par les diverses cimes qui s'élèvent sur ces plateaux. Or, d'après la belle carte de M. Greenough» cette dernière direction est parallèle à une ligne qui suivrait la vallée supérieure de la Tyne, et qui irait ensuite se confondre avec la vallée de laWarfe, près de Kettle Well, en formantavecle méridien un angle de 21''. Maintenant, la direction en Système du Forez transportée à Cross-Fell ( lat. 54* 42' N., long. 4* 50' 0. de Paris), en tenant compte de l'excès sphérique calculé comme si l'arc mené du centre du Forez vers le N. 15" 0. était le grand cercle de comparaison du
StjfMème, G«CI« ^îreelion devient N. 19* 50 O. Elle forme , par conséquent un angle de if> 10' seulement avec la direction imprimée originairement au massif de Cross -Fell, c*e»t-à*dire qu'eMe ne s*en écarte que d'une quantité insignifiante. Elle cadre aussi très sensiblement avec la direction propre du massif du Derbysbire.
Je remarque en mèn>e temps que le milUtone-grU couvre généralement les massifs de Cross-Fell et du Derbysbire, et y forme sou- Yent les points culminants, mais que le terrain bonifier proprement dit ne s'élève nulle part dans ces bautes régions. Il me parait donc naturel de conclure que le soulèvement qoi a imprimé à ces deux massifs leurs traits fondamentaux a été produit entre le dépôt ûumillstone-grit et celui du terrain houiller; d'où il suit qu'il se rapporte par son ftge, comme par sa direction, au Système dti Forez.
En adoptant cette supposition , on explique immédiatement le défaut de continuité des terrains bouillers de White-Haveo, du Lancasbire, du Yorksbire et de Newcastle, et le contraste qu'ils présentent, sous ce rapport, avec le millstone-grU, sans avoir recours à IHiypotbèse de dénuda tiens qui feraient difficiles à concevoir à cause de leur
étendue et de la prédUectioD toule avec laquelle il faudrait admettre qu^ellei auraient enlevé le terraio houilier eu épar^ goaiil le millsUme-grit,
Les dislocations du Système du Fore» me paraissent encore appelées à eipliqner une autre singularité que présente la diatribu» tion des terrains houillers de la Grande- Bretagne. L'indépendance mutuelle des qiMH tre foroiations du vieux grès rouge, du ealcaire carbonifère, du milUtone'grU , et du terrain houilier , se manifeste par la disposition qu'elles affectent dans le Pembrokeshire, contrée si riche en faits géologiques iostructifs et curieux , particulièrement au point de vue stratigraphique. £o suivant de Test à Touest le bord septentrional de la bande carbonirère , on voit , d'après la belle carte géologique de Tordonnance publiée par sir Henry T. de La Bêche, le cal* Caire carbonifère cesser près de Slebech, sur les bords de rEastern-Cleddau, de s'appuyer sur le vieux grès rouge pour s'étendre sur le terrain silurien; le mUsione-grit cesser, près de Haroldslone St-Issels, sur les borda du Westera-Qeddau , 4e s'appuyer sur |« calcaire carbonifère pouf s'étendre sur la terrain silurien ; enfin, près de Hall-Lodge» le terrain houilier cesse de s'appuyer sur It
tlÊÊIBiitte-grit pour s^étendre à son tour sur le terrain silurien. Ici le pliénomène prend un caractère très frappant , parce qu*une bande de terrain bouiller formant la côte de la baye de St-Bride , 8*élend vers le N.-N.-E. sur une longueur de 5 milles (8 kilonnètres), transversalement à la direction des couches siluriennes dont elle interrompt le cours. Diaprés la carte de Tordonnance, le terrain houiiler est séparé du terrain silurien par des failles le long d*une partie de la ligne de contact; cependant, près de Hall-Lodge , de Sympson-Hill , de Rarobot-Hill, etc., il paraît reposer régulièrement sur les tranches des couches siluriennes.
Il semblerait d'après cela que cette langue de terrain houiiler a rempli une vallée qui coupait transversalement les couches déjà redressées du terrain silurien. Cette vallée, située à quelques milles au N.-N.-O. de Milfbrd, se dirigeait probablement à peu près suivant la ligne tirée de Milford à Treyine qui suit la direction de la bande houillère de la baie de St-Bride , c'est-à-dire vers le N. iVO. Or, la direction du Système du Forets^ transportée à Milford ( lat. 51'* 42' 42" N. long. V 22' 6" 0. de Paris) avec les précautions déjà indiquées ci -dessus, devient N.
2i«50'O. Elle colneide par conséquent , à moins d*un degré près, avec la direction présumable de la vallée dans laquelle doit s*étre déposée la langue de terrain houiller de la baie de St-Bride. De là, il me paraît résulter que le Système du Forez est au nombre de ceux qui ont contribué à produire la structure stratigrapbique si compliquée du Pembrokeshire.
Quant à la position transgressive du millsione-grU par rapport au calcaire carbo- Difère , elle doit se rapporter à des disloca*tioDs dépendantes du Système des Ballons qui a joué aussi dans cette contrée un rôle important. Mais la position transgressive du calcaire carbonifère par rapport au vieux grès rouge, ne se rattache à aucun des Systèmes que j'ai examinés ci-dessus, et elle dépend probablement d'une série de dislocations dont je n'ai pas encore saisi la loi.
L'espace et le temps me manquent pour examiner quels sont, dans le reste de l'Europe, les accidents stratigrapbiques qui peuvent être rapportés au Système du Forez ; je me bornerai à ajouter ici deux remarques.
La direction du Système duForez^ transportée à Christiania en Norvège , avec les mêmes précautions que ci-dessus, devient
N. g"* 27' 0.; cette direction est à peu près celle d'un assez grand nombre de lignes orographiques et stratigrapfaiques qui , d*aprèf la grande carte géologique de M. Keilbau, se font remarquer dans la contrée très accidentée qui environne la capitale de la Norvège , où elles ne jouent cependant qu*i» rôle subordonné ; on voit cette direction n dessiner dans quelques parties de la cdie S.-0. de la Suède, entre Christiania et Gotheborg.
La direction du Système du Forez jooe un riMe plus important dans le nord de rOural. D'après la belle carte géologique de la contrée de la Pelschora par M. le comte Reyserling, le nord de TOural présente un chaînon qui s'écarte de la direction N.-S. pour se rapprocher de la direction N.-E.- S.-O., chaînon qu^on dislingue souvent sous le nom de monts Obdores,ei qui, après avoir rasé le cours de l'Obi, au-dessus d'Obdorsk, s'arrête au bord du golfe de Karskaja qui se rattache à la mer de Karie, dépendance de la mer Glaciale. Or, la direction du Système du Forez, transportée dans ces régions orientales de TEurope, ne coupe plus les méridiens sur le même sens qu'en France: elle s'en écarte vers l'E. au lieu de s'en écarter vers l'O., et elle se rapproche beau-
ooup de la dÊreetUm N.-E.-S.-O. Diaprés la earle de M. le comte Keyserling, le milieu des rnoots Obdores se trouve à peu près iMir ee^" 30' N. , et par 61<> 20' de loDg. E. de Paris. Pour transporter en ce point la direction du Système du Forez , il eit eueDUel de tenir compte de la corlectioB due à Vexeès sphérique. Calculée toujours dans la supposition que Tare nené par le cei^re du Forez yers le N. 15" 0. est le grand cercle de compar^on du Système , cette correction s^éiève à 6" 88'; en y ayant égard on trouve que la direction du Syuème du Forez, transportée au milieu eu chaînon des monts Obdores , devient Ni 41 ** 5S' E.; or, cette direction construite sur la carte de M. le comte Keyserliog représente exactement la corde de la ligne légèrement oeurbe suivant laquelle les monts Obdores y sont dessinés, et elle forme seulement un angle d*un à deux degrés avec la direction de la bande de grès tiouiller qui borde le ianc N.-O. de ces montagnes ! Si Ton ajoute que M. le comte Keyserling , après avoir signalé dans ces grès plusieurs gisements de pierres à aiguiser {toMief-sandstein), ne les compare pas indifféremment k toutes les coucbes du terrain houiller, mais qu*il les signale au contraire comme reprâientant
seulement un des nienoibres supérieurs du
SjstèmeearboDifère, elcoûomeétaiit, d*«près
leur gisement aussi bien que d'après leur
composition pétrographlque, la prolongation
directe du grès d'Artinsk (i) rapproché par
MM. Murchison etdeVerneuildu millstOM-
grU, en raison des ganiatites quMI renferme,
on verra que les monts Obdores se rapportent
probablement, par leur âge aussi bien qoe
par leur direction, au Sy^èrnsdu Fores, de
même que lecbatnon méridional, les monts
Timan , se rapporte au Système des Ballons.
Les monts Obdores sont bien loin sans doute
de notre Europe occidentale; cependant
leur prolongation méridionale n^estpasplos
éloignée des montagnes du Forez que la
chaîne du Timan ne Test elle-mérae de la
prolongation du massif du Hartz.
La direction N. IS** 0., que M. Gruner a déterminée par la seule^ observation des montagnes du Forez , a coïncidé si approximativement avec la plupart de celles avec lesquelles nous Tavons comparée, qu'il n'y aurait, quant à présent, aucun motif pour essayer d'en trouver une plus rigoureuse eo prenant une moyenne par la méthode ezpo* sée au commencement de œt article. Il y a
(i) Keyicrliiic, Reûe im éës felsckêrti^Lanét p. 868.
(railleurs une considération qui me porte à croire que cette direction représente très exactement celle de l'ensemble du Système: c'est qu'elle est presque exactement perpendiculaire à la direction deTun des Systèmes que nous avons déjà eiaminés. 11 est aisé de calculer que la direction du Système du Finistère qui est à Brest E. 21» 45'N., et celle du Forez qui est N. 15° 0. , étant prolongées jusqu'à leur rencontre mutuelle , se coupent sous un angle de 89» 27', angle qui ne diffère d'un angle droit que de 33', c'està-dire d'une quantité moindre que les incertitudes dont il est encore bien difficile de dégager la direction d'un Système de montagnes. Or il est dans la nature des choses, ainsi que nous le verrons ultérieurement , que la direction d'un Système de montagnes soit, en effet, perpendiculaire à celle de l'un des Systèmes qui l'ont précédé dans l'ordre chronologique.