SI
de ces Mbies dânt la partie leptentrioiMle du bassin parisien , et à portée des ouvertures par lesquelles ils pouvaient s*écouler du pays de Bray, On s'expHque même ainsi un fait de détail remarquable que présentent les sables tertiaires des environs de Beauvais et du Soissonnais. Ces sables , su^ perposés immédiatement à la craie, commencent par un conglomérat de silex trét mélangé de matière verte; plusieurs de leurs assises inférieures sont très chloritéei, et celles-ci sont surmontées par de nombreuses assises très légèrement chloritées. Or, si les matériaux de ce dépôt proviennent, en effet , de la démolition lente de la protubérance crétacée du pays de Bray , ils doivent, en effet, être disposés dans Tordre qui vient d*étre énoncé; car cette démolition a dû donner d'abord des silex provenant de la craie blanche et de la craie tufeau , puis de la matière verte en abondance provenant de la craie chloritée, et enfin des sables faiblement chlorités, comme la grande masse des sables du pays de Bray.
Une partie des argiles tertiaires peut donner matière à des remarques analogues*
La convulsion qui accompagna la naissance des Pyrénées fut évidemment une des plus fortes que le sol de l'Europe eût
jusqu*a1or8 éprouvées. Ce ne fat qu*à Tapparition des Alpes qu*il en éprouva de plus fortes encore ; mais pendant Tintervalle qui s'écoula entre Télévation des Pyrénées et la formation du Système des Alpes occidentales, in ter*va lie pendant lequel se déposèrent la plus grande partie des couches qu'on nomme tertiaires, TEurope ne fut le théÂtre d'aucun autre événement aussi important. Les soulèvements qui pendant cet intervalle changèrent peut-être à plusieurs reprises les contours bassins tertiaires ne s'y Grent pas sentir avec la mèone intensité, et le Système des Pyrénées forma pendant tout ce laps de temps le trait dominant de la partie de la surface de notre planète qui est devenue l'Europe. Aussi le cachot pyrénéen se découvre- t-il presque aussi bien sur la carte où M. Lyell a figuré indistinctement toutes les mers des diverses périodes tertiaires , que sur celle où j'ai cherché à restaurer séparément la forme d'une partie des mers où se déposèrent les terrains tertiaires inférieurs. {M^noiresdela Société géologique de France^ i'® série, 1. 1, pi. 7.)
On peut, en effet, remarquer qu'une ligue un peu sinueuse , tirée des environs de Londres à l'embouchure du Danube, forme
la lisière méridionale d'une YUte étendue de terrain plat , couverte presque partout par des formations récentes. Cette ligne, qui est sensiblement parallèle à la direction pyrénéo-apennine , semble donc avoir été le rivage méridional d*une vaste mer qui , à répoque des dépôts tertiaires, couvrait une grande partie du sol de TEurope, et qui se trouvait limitée vers le sud par un espace continental traversé par plusieurs bras de mer, et dont les montagnes du Système des Pyrénées formaient les traits les plus saillants.
Les lambeaux de terrain tertiaire qui se sont formés dans les dépressions de ce même espace y sont souvent disposés suivant des lignes parallèles à la direction générale du Système des Pyrénées : on conçoit toutefois que comme ce grand espace présentait aussi des irrégularités résultant de dislocations plus anciennes et dirigées autrement, il a dû s'y former aussi des lambeaux tertiaires coordonnés à ces anciennes directions. C'est par cette raison que la direction dont il s'agit ne se manifeste que dans une partie des traits généraux primitifs du bassin tertiaire de Paris , de Tlle de Wight et de Londres. L'enceinte extérieure qui environne rensemble de ces dépôts se trouve en effet
•1^ rapport «Y«c dfis aceîdeiitA de U «ariicei
<|u Ml lout à fait étrangers eu Système dmt Pyrénées, auquel semblent au contraire ifi rattacher lea^ protubérances crayeuses qui. s'interposent entre eux, les ont empêchés de former un tout sans lacunes.
De nouvelles montagnes s'étant ensuite élevées pendant la durée de la période tertiaire, les plus récentes des couches comprises sous cette dénomination sont venues s'étendre le long des nouveaux rivages que ces montagnes ont déterminés , mais sans que la forme générale des nappes d'eau cessât de présenter de nombreuses traces de rinfluence prédominante du Système pyrénéen.
Le terrain nummuUtique du midi de TEurope s'était déposé antérieurement dans des mers d'une étendue et d'une forme toutes différentes, dont les contours portaient l'em* preinte de la direction du Système du fmmt Visa et des Systèmes antérieurs, mais non celle de la direction du Sj^stème du Pyr^ nées.
Le Système du mont Ftso est en quelque sorte la personnification de la discordance qui existe entre les couches du terrain cré* taeé intérieur et celles du terrain crétao6 supérieur. Ceinte disocM-dance de lUaMfiQi"
tiiDïi 13*11, p&B plus qat celles qui eorrnr^k ffént à d'autres Systèmes de monttgoes, le privilège d*ètre universelle , et elle n*em* pècbe ps(B que , dans beaucoup de peints et sur des espaces très étendus , il n*y ait ton* cordance et même passage graduel dans loute la série des couches, depuis le terrain kiéocomien jusqu'au terrain nummulîtique Inclusivement, ainsi que je Pai annoncé itaoi-méme depuis longtemps (1). J'avais même été tellement frappé de cette concordance et de ce passage, que j^avais cru pouvoir dire que <c si les couches à Hamites , 1» Scaphites, Turrilites, Ammonites, etc., de » la Savoie, ne sont pas plus récentes que la » partie supérieure du grès vert, » 11 ne se trouve pas dans la Provence , le Bsrupbftié, la Savoie, la Suisse, de couches qu'on puicse rapprocher par leurs fossiles de la crslè blanche de Meudon ; et que dans les points de la Savoie où le terrain nummulftique repose sur les couches en question ( nqtailn-»ment au col deTanneverge , dans la TafWe du Reposoir , k Thonne , etc. )» les couehes bummulitiques font suite immédiate an terrain crétacé à Turrilites, de manière à ne laisser que difficilement eonœvofr
(i) BuUetin de ta Société géoiogiquê de France, i'* aérie,
t. IV, p. 369 {xiè^).
qa*uDe langue période se soit écoulée entre les dépdts des deux systèmes en contact. Considérant néanmoins que des liaisons apparentes de cette nature ont souvent été reconnues illusoires, et que, dans les observations qu'il a faites en Crimée, M. deVerneuil a trouvé le terrain nummulitique superposé à la craie blanche, j*ai admis, avse doute, la possibilité de l'existence d'une lacune considérable entre les couches à Turrilites, et les couches nummulitiques de la Savoie et des autres parties du bassin de la Méditerranée (1).
Sir Roderick Murchison, dans le mémoiri qu'il a lu à la Société géologique de Londres, le 13 décembre 1848, établit que cette lacune n'existe pas , que la continuité des couches est complète, et que les couches supérieures à celles qui contiennent les Turrilites et autres fossiles du grès vert , renferment réellement les équivalents de la craie blanche, que j'avais originairement supposé devoir être compris dans la masse immense du terrain nummulitique; d*où il résulte qu'il y avait seulement une lacune dans mes observerions , résultant de ce que je n*avais pas trouvé de fossiles dans le groupe de couches, très mince en Savoie , qui, à la
(i) SuUetiH de la Société géologique de.Frmnce, a* whie, t. IV, p. S66et S6S(i8(7).
baie du terrain nammulitiqae , représente
réellement la craie blanche (1).
Je dois être naturellement enclin à admettre cette conclusion, qui prouve que mes observations , sans être complètes , étaient exactes au fond ; J'observerai seulement que la lacune ne sera complètement comblée et ma concession reconnue sans objet, que lorsqu'on aura trouvé, dans la série méridionale, quelques uns des fossiles caractéristiques du calcaire pisoUthique, tels que le Cidarites Forschammeri , les Ammonites , Baculites , Hamites, etc., de la craie de MaCstricht, ou d'autres équivalents. Or la Gryphœa vesiculariSf signalée par sir Roderick Murchison, les Ammonites trouvées par M. Gras et par M. Pareto , les Hamites découvertes en Toscane, me portent à croire qu'il en sera finalement ainsi. Les idées que j'ai successivement émises rentreront alors d'ellesmêmes dans la thèse mise en avant par
(j) J« dois dire ici qae dans l'excursion que nous avons faite, M. Sismonda et moi, en septembre i838, au col du Lauzanier (Basses- Alpes) , ce savant géologue a reconnu comme présentant à ses yeux des caractères décidément crétacés un groupe de couches très mince, qui forme dans cette loca> lité la base du terrain nnmmulitique, et qui repose en stratification diicordante sur le terrain jurassique. Je ne re« trouve pas en ce moment le mémoire où M. Sismonda doit ■voir publié cette observation, qui ne peut diminuer en rien le mérite de celle de sir Roderirk Mnrchison.
Bir Roderick Mai-chisou; tniîs je devrai reconnaître, et certes je le ferai avec plaisir, que la découverte faite si heureusement f)ar lui des fossiles crétacés du calcaire de Thonne, aura été pour moi le trait delumièn qui aura éclairci celte partie de la question. Il ne restera plus de discussion possible que sur le point de savoir si le terrain uummulitîque méditerranéen correspond réellement au calcaire grossier parisien ou I la lacune qui existe incontestablement entre telui-ci et le calcaire pisolithique. Mais, id, je crois qu'on est réellement moins éloigné de s'entendre qu'ion ne prétend l'être; car c'est d'après de simples prohahilités , auxquelles il me paraît difficile d'attacher une grande importance , que sir Roderick Murthison croit voir définitivement (p. 505 et 506), dans Itos assises supérieure^d^pounni^ de fossiles animaux du macigno et do iBysh (grès è fucoïdes) , qui couronnent le terrain nammulttique méditerranéen, les équivalents chronologiques du calcaire grossier parisien. Or ces couches d^pownmes •de fossiles peuvent correspondre tout aussi bien , et même je crois plus naturellement encore (1), à la lacune dont j'ai parlé.
(i) Un coup d'œil itté sur le diagramme de la pafc S14 du aecond volume de VSxptieation de la Carte tMefi^m* de ta Franâe, et sur lei considérations dont Je l'ai acconpa-
Ainsi que je Tti dit aill6uri(i), j« ne yoîi réellement aucun obstacle à ce que la déno* mination d'éocène soit appliquée au terrain nummulitiquedu bassin de la Méditerranée; et il faut remarquer que cette dénomination pourrait être appliquée, à la rigueur, à une grande partie des terrains crétacés et jurasaiques, sMI était vrai que certains roraminifères des terrains crétacés vivent encore dans la mer du Nord, et que la Terébratula caput serpentis est commune au terrain jurassique et aux mers actuelles. On aurait même pu rétendre jusqu^au lias, si Ton avait continué à admettre que Tune des Pentacrinites trouvées i Tétat fossile dans ce terrain est spéciflquement analogue au PentacrinUes caput Medusœ de la mer des Antilles.
Je crois seulement qu*en appliquant cette dénomination û*éocène au terrain niimmulttique méditerranéen f on aurait dû craindre d*avoir l*air de Pidentifler avec le terrain nummulitique soissonnais, qui est supérieur aux lignites de Targile plastique, et qui forme ta base du calcaire grossier parisien. Inde-
goé , fera comprendre comment il est naturel qu'nn dépôt, ezceptionaellement trèt épais dans nne contrée, corresponde chroiMlogiqaemMrt à uoe tmemné dans la série des dépdts iédimcntaires des contrées circonvoisines. Le remrm kgmUkf si local et souvent si épais offre une illustration remarquable du même principe.
(i) JBmKttim de U Stàèli §à9k§ivu ëaFimiUê, a« série, t V, p. 4(3 (i848).
pendamment des considérations straligraphiques (Saint- Justin, etc.)» je crois que les considérations paléontologiques suivantes suffisent pour rendre inadmissible Tiden* tification dont il s'agit, et pour montrer que , des deux assises nummulUiques , celle du bassin de la Méditerranée est la plus ancienne , ce que sir Uoderick MurcbisoQ lui-même ne conteste réellement pas.
1"* Les mollusques fossiles du terrain nummulilique méditerranéen se divisent eo trois groupes, dont le premier seulement se retrouve dans le terrain nummulitique soissonnais {postpyrénéen) , tandis que le second reste propre au terrain nummulitiquo méditerranéen {antépyrméen) , et le troisième , composé de quinze i vingt espèces au moins, se retrouve dans les terrains crétacés proprement dits.
2** L'eiamen des Échinodermes fossiles a conduit M. Agassiz à reconnaître une différence plus tranchée encore entre le terrain ntmmulitique méditerranéen et le calcaire grossier; car il indique quatre-vingt-treize espèces d*Échinodermes dans le premier terrain, et quarante- six dans le second, et il ne signale qu'une seule espèce commune entre ces deux séries, VEcfUnopsis elegans (1). Or,
(i) AgaMixet Desor, jinniUet et* scivntM natynlU4, i* •«•
rie, Zoologie, t. VIU, p. 359.
quand même de nouvellei recherches et un
nouvel examen multiplieraient les espèces communes entre les deux séries, ces deux séries ne pourraient jamais devenir identiques , et elles indiqueraient toujours deux terrains difTérents , quoique voisins.
3* Les poissons fossiles des schistes argileux de Glaris, immédiatement superposés aux couches nummulitiques , et du calcaire de Monte-Bolca , intimement lié à ces mêmes couches, sont tous ou presque tous différents de ceux trouvés dans Targile de Londres de rtle de Sheppey et dans le calcaire grossier parisien.
40 Le terrain nummulHique méditerranéen renferme des déhris assez délicats d'organisations terrestres. On a trouvé, dans le Yicentin, des feuilles d*arbres dicotylédones, et, dans les schistes de Glaris, le squelette d'un oiseau de la grandeur d'une Alouette et de la famille des Passereaux (1) ; mais jîis*' qu'ici on n'y a signalé aucun débris de Mammifères : d'où il résulte que les Mammifères si nombreux et si caractéristiques du terrain parisien {Paleotherium^ Ânoplotherium , Lophiodon , etc. ) et ceux même que M. Charles d'Orbigny a si heureusement découverts dans le conglomérat de l'argile
(t) Hermann von Meyer, Jahrbuch de Leonhard et Bronn •
pUitKHi», è MfiHlQii* 7 Mnfc fliieor» in* eoBiMia.
Si Im couehM foiftilifèrts àe$ deux Urraiu Dumiiiulitiquefl sont réellement différeDlei* ef faiu fltratigrapbiquei qui conduisent k regarder le Urrmm nummulUiqu9 méditer' rméen comme le dernier dea lerraina foaailifèrea tmtépjirénémi t ^^ !« terrain pa* rîaien comme le premier des terraina foa* ailifères postpyrMmiit sont pleinement d*aeoord avec les résultata palëontologiqnei. Cet accord, qui existe toujours lonqu'fm quntkm e$i résolue, est la sanction la plus certaine que puisse avoir Texactitude d^nna classification géologique; et Ton 7 oppose seulement des considérations vagues baséet aur la longueur du temps qui a été néceasaire ( oinH çfiitf je l'ai remarqué le premier (1} ) pour le dép^t de Ténorme épaisseur dea grès à fucoldes dépourvus de fossiles animaux t comme si les géologues en étaieiit réduits i marchander s%w 2e temps I
Les faits stratigraphiques qui conduisent aux conclusions que Je viens de rappeler, et auxquels sir Roderick Murchison n*a fait qu'^outer la sanction de son talent d*ob* aervation si Justement apprécié, sont seole-
(■) BMeelH^éé laStcUti fi^tm^m M Fmm«» S* «éria, t.IV, p. ft^7et&6|.
ment conuairet à quelques umi des préoe cupetionf diaprés lesquelles on a propoaé d'appliquer la dénomination d'ébodne au terrain nummulUique médUterraném ^ sana remarquer que ce terrain diffère tout au tant, sous le rapport paléontologique, du terrain éoçène parisien^ que celui-ci diffère luiméoie du terrain miocènô. PaYoue san^ peine que Pétymologie des mots éocène et OMOcdnaestici fort incommode, en ce qu'elle s'oppose à la création d'un troisième nom , de forme analogue, pour désigner un troisième terrain égal en importance, mais antérieur aux deux autres. Si cette difB« culte grammaticale fait adopter généralement l'application du mot éocène au terrain nummulUique méditerranéen ( épicrétacé de M. Leymerie) , je m'empresserai de sui?re l'usage quem pênes arhitrium est, et jus et wmna loquenâi; mais ce ne sera pas sana aToir fait observer que les embarras auxquels cet usage pourra donner naissance seraient plus propres à ébranler les bases d'une nomenclature systématique que les fondement des Pyrénées.
Le sort réservé à cette nomenclature est déjà facile à prévoir. Les noms tertiaires que nos plus habiles conchyliologistes se sont accordés , pendant plusieurs années, à donner aux fossiles du calcaire pisottlAigue d^
environs de Paris , attestent d*avance que, lorsque la faune de cette période, reconnue crétacée, sera sufGsamment connue, elle offrira de nombreux rapports, au moins dans la forme générale des coquilles , avec celle du terrain nummulitique , et elle comblera la lacune qui, comme je Tai dit ailleurs (1), établit seule la ligne de démarcation qu'on suppose exister entre les fossiles crétacés et les fossiles tertiaires. L'emploi affecté de la terminaison cène, pour désigner les terrains postérieurs au calcaire pisolUhique^ demeurera , comme les noms tertiaires que je vieni de rappeler, le témoignage historique d'une illusion momentanée.
Mais cette illusion n'aura pas été sans utilité pour la marche de la science ; car en s'accordantpour sanctionner nominalement, par l'emploi du mot éocène , l'existence d'une période conchyliologique dont le milieu correspond au soulèvement de l'un des Systèmes de montagnes les plus considérables de l'Europe, et dont le commencement ne répond à aucun accident slratigraphique très prononcé dans nos contrées, les adeptes exclusifs de la conchyliologie auront effacé eux-mêmes les derniers vestiges d'une opinion contre laquelle je me suis élevé depuis long-
(i) Bulletin delà Société géologique de FraHce. x* sciie t. IV, p. 564 (i8ii7).
temps (2), « et qui regarderait cbacune des » révolutions de la surface du globe comme » ayant déterminé, non seulement des dé- » placemeot8,mais encore un renouvellement «complet des êtres vivants. » Ils rendront de plus en plus probable Topinion contraire qui admet que , « lorsque les fossiles de tous » les terrains seront complètement connus, }> ils formeront, dans leur ensemble , une » série aussi continue que Test aujourd*bui » la série partielle des terrains jurassiques » et crétacés ou celle des terrains paléozol- >» ques(1}; » et il en résultera que les géologues, sans cesser d'identifier les couches diaprés leurs fossiles, seront enfin ramenés à baser surtout les divisions des terrains sur leur gisement, ainsi qu'ils Tavaient fait avec beaucoup de raison depuis Werner.
On discute depuis longues années sur la question de savoir à quel point de la série des terrains stratifiés doivent commencer les terrains secondaires, et, pendant la discussion, les noms mêmes de terrains secon" daires et de terrains de transition sont presque devenus surannés. On discute vivement aujourd'hui sur la question de savoir à quel point de la même série doivent se
(i) Bull, de la Soc. géoL, i'* lérie, t. IV, p. 381 (i834}. (a) VoyextAi<f., p*&(>4.
te^minef 1» terrain wDomMtm «t »!
cer Im f9mimf tortioirM. Cette teoonde ëkeuMÎon pourra bien avoir le même sort fM la première , et conduire aussi à rabandon eu nom même de terraiM lerUaxr^ dont elle rend le sens iacertato.
L'abandoB des dénominations de iertiûm 4e tramMtkm^ terrainê seoofidatres et lerfioMis lerttatr«s , aurait cependant quelque ckese de regrettable» parce que ces dénorainatMMis générales sont souTcnt commodes dans la pratique.
On ne parviendra k les conserver qu'autant qu'on leur donnera un sens précis en ratlaehant leurs limites à des Sysièraes de montagnes beureusement choisis.
Les bouleversements qui en Europe ont accompagné la naissance du Système des BaUms et du Système des Pyrénées, s'éUnt étendus, ainsi que nous le verrons bienldlt Jusqu'aux Étals-Unis et jusque dans rinda, et traversant ainsi les régions qui scvoni pendant bien des années encore le théAtss principal des travaux dea géologues, en conçoit qu'ils puissent fsurnir pour la des* siication générale des terrains| des Ipoinis de repère précieux, et que les divisions qu'ils déterminent puissent présenter une apparence de généralité qu'on ne retrouva
pm dMi 4m wÊitm. Cetl celte ceoeMérA-»
iioB qui M*a bit émettre depuif loBgiempe le Tora qu^oB t'accorde 4 j rtltâcber le oommenoeroeBt et la in de la période d«i tmrams Moofidmms (1).
Je persMte à croire» par des molib dédaiti da Béme ordre de cootidératioDe , que le terrain mMDraulitiqoe méditerraDéea devrait être classé, d*après soa gisemeoi»
penni les terrains secondaires, quand même Km le considérerait comme formant uo étage complètement distinct de tous les dtiges eréucés (2). Mais Je n'insisterai pas davantage aur ce point, qui n'importe «s aucune manière à la détermination de rage géologique du Système des Pyrénées , lequel, dans tous les cas, est Intermédiaire entre la période du terrain nummu- IMfiie médilorranéeii et celle du terram Icr- Hàire inférieur du bmtimde Furis, Les dis* fNffes de mois «uiquelles je viens de Mffc alKision, trop longuement peut-être, ne fieuYent arotr aucune influence sur ces conclusions. Si la classIficatioB iMsée sur les loimnei eomehyliologlqmes transitoires dont
(i) TM^HCtion rnmaii«e du ËâmMUtt gt^ofifa da M. d* la Bêche, p. 65t (i833)'
(a) BuUetln de ta SoeiM gMégiqa* dé Trattet, 1^ Mrflt. t. IV, p. ic».
j*ai parlé passe dans la pratique» il existera
une ressemblance de plus entre le Système des PyrénéeSf soulevé au milieu de la période éooène, et le Système des BcUlonSf soulevé au milieu de la période carbonifère.
Je terminerai ce paragraphe en remarquant que le Système des Pyrénées approcke d*étre parallèle au Système des BaUons.
Une parallèle au grand cercle de comparm' son du Système des Pyrénées , menée par le Brocken, dans le Harlz, se dirige à TO. 25* 58' N. ; elle forme un angle de 6" 43' seu* lement avec le grand cercle de comparaison du Système des Ballons , qui est orienté au BrockenàrO. 19° 15' N.
ZV. StSTÈHE des ILES DE CoBSE ET DE
Sardâigne.
^ Les couches qu*on nomme tertiaires sont loin de former un tout continu. On y reniarque plusieurs interruptions dont chacune pourrait avoir correspondu à un soulèvement de montagnes opéré dans des contrées plus ou moins voisines des nôtres. Un examen attentif de la nature et de la disposition géométrique des terrains tertiaires du nord et du midi de la France m*a conduit à les diviser en trois séries, dont IMnférieure, composée de Targile plastique, du calcaire gros-
sier et de toute la formation gypseuse, y compris les marnes marines supérieures, ne s'avance guère au S. et au S.-O. des environs de Paris. La suivante, qui est la plus complexe, est représentée, dans leN., par le grès de Fontainebleau, le terrain d'eau douce supérieur et les faluns de la Touraine: elle comprend, à peu d'exceptions près, tous les dépôts tertiaires du midi de la France et de la Suisse, et notamment les dépôts de lignites de Fuveau, de Kœpfnach et autres semblables. Le grès de Fontaine* bleau , superposé aux marnes de la formation gypseuse , est la première assise de ce Système, de même que le grès du lias, !«uperposé aux marnes irisées, est la première assise du terrain jurassique. Le grès de Fontainebleau est peut-être, par rapport aux arkoses tertiaires de TAuvergne, ce qu'est le grès inférieur du lias, par rapport aux arkoses jurassiques d'Avallon. Ces deux séries tertiaires ne sont pas moins distinctes par les débris de grands animaux qu'elles renferment que par leur gisement. Certaines espèces d'Anoplothérium et de Paléothérium, trouvées à Montmartre, caractérisent la première , tandis que d'autres espèces de PaléotMrium, presque toutes les espèces du
genre Lophiodon, tout le genre Aûthracothérium, et les espèces les plus anciennes des genres Mastodonte, Rhinocéros, Hippopotame, Castor, etc., particularisent la se* conde. Les dépôts marins des collines subapennineset les dépôts lacustres de la Bresse représenteraient la troisième période tertiaire caractérisée par la présence des Éléphants, de rOurs et de THyène des cavernes, etc.
C*est à la ligne de démarcation qui existe entre la première et la seconde de ces trots séries tertiaires que paraît avoir corresponds le soulèvement du Système de tnoniagnes dont il s'agit ici, et dont la direction dominante est du N. au S. ; les couches de cette seconde série sont, en effet, les seules qui soient venues en dessiner les contours.
Au nombre de ces accidents, dirigés du N. au S., se trouvent les chaînes qui, comme M. Dufrénoy Ta remarqué, bordent les hautes vallées de la Loire et de rAllier, et dans le sens desquelles se sont alignées plus tard, près de Clermont, les masses volcaniques des monts Dômes ; c'est dans les larges sillons, dirigés du N. au S., qui oéparentces chaînes, que se sont déposés les terrains d'eau douce de la Limagne d'Auvergne et de la haute vallée de la Loire.
M. Antoine Passy m'a fait connaître der-
nîèrement l'exiiteDce d'un relèTement Jusqu'à présent inaperçu de la craie chloritée, qui ramène au jour, à Vernon, dans la vallée de la Seine. Ce relèvement de la craie chloritée est dans le prolongement d'une série de relèvements de la craie qui se montrent dans les départements de TEure, de Seine-et-Oise et d'Eure«et-Loir, le long d'une ligne N.-S., passant par Vernon.
D'après la belle carte géologique du département de Seine-et-Oise, exécutée par M. de Sénarmont, ingénieur en chef des mines, les couches du terrain tertiaire inférieur passent sans s'interrompre sur cette ride saillante de la craie, mais le grès de Fontainebleau s'y arrête et ne parait pas l'avoir dépassée. Elle semble avoir formé la limite occidentale du bassin où le grès de Fontainebleau s'est déposé; d'où il résulterait que les accidents stratigraphiques N.-S., dont nous nous occupons, sont d'une date intermédiaire entre le dépi^t des gypses de Montmartre et celui du grès de Fontainebleau.
La vallée du Rhône qui, à partir de Lyon te dirige du N. au S., comme celle de la Loire et de l'Allier, a de même été comblée jusqu'à un certain niveau par un dépôt tertiaire dont les couches inférieures , très analogues à celles de l'Auvergne , sont éga-
lement d*eau douce , mais dont les couches supérieures sont marines. Ici la régularité des couches tertiaires a été Torlement altérée dans les révolutions liées aux soulèvements très récents des Alpes occidentales et de la chaîne principale des Alpes.
La même direction se retrouve dans quelques accidents stratigrapbiques et orographiques des montagnecs du Jura et de la Savoie, où le fond des vallées les plus profondes est comblé par Tétage tertiaire moyen; dans une partie de la crête des Alpes entre le Mont-Blanc et le mont Yiso , et dans le groupe des Iles de Corse et de Sardaigne, dont les cdles présentent des dép6ts tertiaires miocènes en couches horizontales.
On retrouve encore cette direction avec les mêmes indices d'ancienneté dans quelques accidents du sol de Tltalie et de U Grèce , et même dans la chaîne du Liban.
Le groupe des lies de Corse et de Sardaigne, orienté précisément du nord au sud, étant , parmi tous ceu\ qui viennent d*étre cités , celui où la direction qui nous occupe est le plus fortement et le plus nettement dessinée, on peut prendre pour grand cercle de comparaison de tout le Système l'un des méridiens de la Corse , par exemple , celui
du cap Corse situé à 7» 2' 40" à l'E. du méridien de Paris.
Une parallèle menée par Corintfae ( lat. 370 54' 15" N. , long. 20° 32' 45" E. de Paris), au méridien du cap Corse, se dirige au N. 8« 23' 27" E. Le Système des îles de Corse et de Sardaigne est représenté en Morée , d'après MM. Boblaye et Virlet (1) , par la cbatne de Santa-Meri, orientée, suivant eux , au N. Z° à 4<* E., orientation qui diffère de 4" 7 à 5« ^ de celle que le calcul nous indique. M. Viquesnel a cru reconnaître le même Système en Macédoine, dans une série de crêtes et de vallées telles que celles du Drin noir, dont la direction oscille entre le N. 7° E. et le N. 10° E. (2), moyenne N. 8** 30' E. C'est presque exactement la direction que le calcul nous indique pour Corinthe , et , à très peu près aussi , celle quMl donnerait peur la Macédoine.
M. Viquesnel pense qu'en Servie, la sortie du porphyre pétro-siliceux , quartzifère , et de certains trachytes , coïncide avec les soulèvements de cette époque.
(t) Boblaye tt YMet , Expédition srietitifitine dt Morée, t. II, 2* partie, p. 3^.
(2) Viquesnel, Journal d'un voyage dans la Turquie d'Europr (Mémoires de la Société géologique de France, 2* série, t. I, p. »99)-
J'ai moi-mAm^ signalé depuis longtemps, comme se rapportant au Système des Ues dâ Corse et de SardaignOy différents accidents stratigraphiquesetorograpbiquesde la Hongrie et du Bannat , qui sont placés , à peu de chose près, dans le prolongement de ceui que M. Yiquesnel a observés en Turquie.
« Les tracbytes de la Hongrie avaient commencé à paraître à la surface du sol avant le dépôt des dernières couches tertiaires, puisque, dans les conglomérats formés de leurs débris transportés dans les plaines de la partie S. - E. du groupe trachytique de Schemnitz , entre Palctjita et Prebeli, M. Beudant a signalé des coquilles marines de Tépoque tertiaire ( miocène ou pliocène?) (Voyage minércUogiqxàe et géoUh gique en Hongrie^ par M. Beudant, t. III t p. 439 et 510). » En d*autres points , les roches tracbytiques sont d'ailleurs recouvertes par des mollasses (miocènes).
n En considérant avec attention la carte géologique de la Hongrie et de la Transylvanie, par M. Beudant , on ne peut manquer d'être frappé des alignements k peu près nord-sud qui , à côté de directions parallèles à celles dont je m'occupe principalement dans ce mémoire ( Côte-d'Or, Pyrénées , Alpes occidentales , chaîne principale
des Alpes ) , se manifestent dans la disposition de plusieurs des groupes trachy tiques et des masses de roches métallirères dont ils sont accompagnés , aussi bien que dans la direction des gttes métallifères de Scbemnitz, Kremnitz, Szaszka, Oravieza, Dognaszka ( voyez les plans joints à Touvrage de M. Boue, intitulé : Geognostkhes gemalde von DetUschlandf 1829). A 30 lieues au sud de Szaszka commence , au milieu de la Servie, près de Kruschevacz , la chaîne des monts Caponi, qui se prolonge, parallèlement au méridien , entre la Macédoine et la Thessalie d'une part , et l'Albanie de Tautre , en bordant à Test les vallées du Drin noir et de TArta (1). » Les observations de M. Viquesnel tendent à conGrmer ce premier aperçu dans ce qu'il avait d'essentiel.
Une parallèle au méridien du cap Corse menée par Beyruth , port de Syrie situé au pied du Liban (lat. 33** 49' 45" N., long. 33** 5' 43" E), se dirige au N. 1 5M3' 37" E. Cette ligne , tracée avec soin sur une carte de Syrie , est très sensiblement parallèle à la direction générale de la côte, de Gaza k Alezandrette (Skanderun). Elle l'est aussi à peu près à la direction du golfe d'Akaba , à celle de la vallée du Jourdain , et à celle
(i) Annale» ^ scitnegs nntureUei , t. XVIII, p. 307, ita9«
des crêtes du Liban, et de quelques parties au moins, de ranti-Liban. Prolongée vers le nord à travers PÀsie Mineure et la mer Noire, celte même ligne est très sensiblement parallèle à la longue portion du cours du Volga , qui s'étend de Kasan à Sarepla et qui est presque dans le prolongement du cours du Jourdain. Elle est parallèle aussi à la direction de quelques accidents stratigraphiques de TOural méridional.
D'après les savants voyageurs M. Botta et M. Russegger, les calcaires du Liban appartiennent, du moins en partie, au terrain crétacé, et d'après la belle carte géologique de ta Syrie publiée par M. Hussegger (1), et les coupes qui l'accompagnent, des couches tertiaires à lignites, probablement contemporaines de celles de la Provence , de la Suisse et de la Toscane, s'étendent horizontalement au pied même de la chaîne.
D'après la carte, si souvent citée déjà , de MM. Murchison, de Yerneuil et Keyserling, l'es terrains crétacés de la Russie centrale sont interrompus par la vallée du Volga , dans l'intervalle ci-dessus indiqué, et bordent souvent de leurs falaises le cours du fleuve, à l'est duquel s'étendent à perte de Vue les terrains modernes des steppes de la
(i) J. Russrgg«>r, lieiten in Europa, Asien vBHd Afrika, t8{2.
mer Caspienne. Dans tout rintervalle de Kasan à la mer Rouge , les terrains tertiaires moyens et supérieurs couvrent çà et là d*assez grands espaces, mais en gisements discontinus. Les terrains tertiaires dePépoque éocène parisienne y sont fort rares , si même ils y existent. Il me paraît , d*après cela , trè^ admissible de supposer que la longue série d'accidents stratigraphiques que j'ai signalés de la mer Rouge à Kasan appartient, par son âge comme par sa direction, au Système des îles de Corse et de Sardaigne.
La direction du Système des lies de Corse et de Sardaigne est peu difféfente de celle du Système du nord de l'Angleterre. Une parallèle au méridien du cap Corse, menée par le point du Yoredale situé par 54** 15' de lat. N. , et par 4° 1 5' de long 0. de Paris, se dirige au N. 9° 12' 25" 0. Le grand cercle de comparaison du Système du nord de V Angleterre est orienté au même point vers le N. 5*»0. La différence est de 4* 12' 25":
Le Système des îles de Corse et de Sardaigne me parait avoir été suivi dans Tordre chronologique , comme le Système du nord de l'Angleterre par un Système dont la direction est presque exactement perpendiculaire à la sienne.
XVI. System de l*ile de Wight, du Tatia, DU Rilo-Dagh et de l*Hjemus.
II est assez curieux de remarquer que les directions du Système du Pilas et de la Côte-d'Or, du Système des Pyrénées et du Système des iles de Corse et de Sardaigne^ sont respectivement presque parallèles i celles du Système du Westmoreland et du Hundsriik , du Système des Ballons et des collines du Bocage, et du Système du nord de l'Angleterre. Les directions correspondantes ne diffèrent que d'un petit nombre de degrés, et les Systèmes correspondants des deux séries se sont succédé dans le même ordre ; ce qui conduit à ridée d^une sorte de récurrence périodique des mêmes directions de soulèvement ou de directions très voisines.
M. Conybeare, dans un article inséré dans le Philosophical Magazine and Journal o( science, 3* série, 2* cahier, août 1832, p. 118, place immédiatement après la période du dépôt de Targile de Londres Tépoque du redressement des couches de Tlle de Wight et du district de Weymouth ( Dorsetshire ) , dont il rapproche plusieurs autres lignes de dislocation, de même peu éloignées de la direction E.-O. , qui s'observent en Angleterre.
Rien ne prouve cependant que le redressement des couches de Targile de Londres, dans rtle de Wight, soit aussi ancien que M. Conybeare Ta supposé, car on ne voit nulle part les couches tertiaires subséquentes reposer sur les tranches de celles de Pargile de Londres ; les faits parlent même contre la supposition de M. Conybeare, les couches alternativement marines et fluviatiles d^Headen-HilI, présentant des traces de dérangement, soit dans leur disposition, soit dans leur hauteur absolue comparée à celle des couches correspondantes de la côte opposée du Hampsbire. Toutefois il ne serait pas impossible qu^ane partie des dislocations que M. Conybeare a rapprochées eussent été produites pendant la période tertiaire; quelles correspondissent, par exemple, à la ligne de démarcation qui eiiste entre le grès de Fontainebleau et le calcaire d^eau douce supérieur des environs de Paris, ou à celle qui s*observe entre ce dernier calcaire et les faluns de la Touraine. Or, s'il en était ainsi, la direction des dislocations de Plie de Wight étant sensiblement parallèle à celle dû Système des Pays-Bas et du sud du pays de Galles, on aurait un quatrième exemple du retour à de longs intervalles des mêmes directions de dislocation dans le même ordre.
Le Système des Alpes occidentales , comparé au Système du Rhin dont il partage la direction à quelques degrés près, ainsi que nous le verrons bientôt, pourrait Touroirun cinquième terme à la série de rapprochements qui indique cette singulière périodicité dans les directions des dislocations.
Je m^étais arrêté là, dans l'extrait de mes recherches, inséré en 1833 dans la traduction française du Manuel géologique de M. de la Bêche; mais les progrès récents de la science me permettent de fiier aujourd'hui rage et la direction du Système de montages dont je ne faisais qu'entrevoir Teiistence, lorsque j'écrivais ce premier/Lperçu.
Ce Système, ainsi qu'on va en voir les motifs, me paraît avoir pris naissance à la première des deux époques indiquées ci-dessus, c'est-à-dire entre la période du dépôt du grès de Fontainebleau et celle du dépôt des calcaires d'eau douce supérieurs des en-' virons de Paris.
Sa direction, comme je l'ai annoncé de prime abord , me parait s^éloigner peu de celle du Système des Pays-Bas.
Ce n'est pas dans la direction des accidents stratigraphiques de l'Ile de Wight, ni dans celle de la ligne d'élévation duDorsetshire, étudiée avec tant de soin par MM. Buckiand
et de la Bêche (1) que je chercberai rorientation du Système entier. Pai déjà dit cidessus, p. 327 et 328, que la direction de la grande ligne de dislocation de Ttie de Wight •t du Dorsetshire me parait n'être qu'une reproduction de la direction du Système des Pays-Bas; et il me parait d'autant plus naturel d'y voir une direction d'emprunt qu'elle répète , je ne dirai pas les fautes , mais les déviations de l'original souterrain sur lequel elle parait en quelque sorte décalquée. Toutefois l'ensemble rectiligne de la côte méridionale de la Grande-Bretagne, depuis le Pas-de-Calais jusqu'au Landsend , est un trait orographique tellement simple et tellement étendu, que s'il n'a pas exactement la direction du Système auquel il appartient par l'époque moderne à laquelle il s'est produit , on doit naturellement présumer qu'il ne s'en éloigne que fort peu. Voici par quelles considérations je crois être parvenu à fixer rigoureusement la direction propre de ce dernier.
J'ai remarqué ci-dessus, p. 327, que la perpendiculaire à la méridienne de Rothenburg, dont je me suis d'abord servi comme grand cercle de comparaison provisoire du
(i) Transactions de la Société géotOfique de Londres ,
a« série, t. IV.
Système des Pays-Bas, passe à peu près par Deal (Kent) et par Saint-Colomb-Minor (Cor- Douailles), et que sa direction représente, aussi exactement que possible, la direction générale de la côte méridionale de la Grande- Bretagne qui, étant formée en partie de craie et de dépôts tertiaires, ne peut avoir été façonnée qu*à une époque postérieure de beaucoup à la formation du Système des Pays-Bas. Diaprés ce que nous venons de dire, il s*agirait maintenant de découvrir sur la surface de TEurope un Système d'accidents stratigraphiqueset orographiques d'une date postérieure au dépôt des terrains tertiaires inférieurs et d'une direction peu dilTérente de celle du Système des Pays-Bas , mais en même temps assez étendu et assez proéniinent pour que sa direction ne puisse être taxée de direction d'emprunt.
Pour y parvenir, je suis vers Test la direction de la perpendiculaire a la méridienne de Rothenburg que j*ai déjà tracée ci-dessus, p. 295 et 296, à travers l'Europe presque entière, jusqu^au méridien deTaganrog. En construisant cette ligne sur la belle carte géologique de l'Europe centrale par M. de Dechen , Je vois qu'elle traverse la Pologne méridionale et que la partie de soo covrs qui se trouve entre Varsovie et Cracovie
ré^nd au maiiit montagneux du Taira^ ailué au sud daa Carpathes, dans le nord de la Hongrie, et est à peu près parallèle aux lignes les plus remarquables de ce massif, notamment À la direction générale des hautes vallées de la Czerni-Vag et de THernad.
Il a paru à Berlin, il y a quelques années, chez Simon Schropp, une Carte géologique de la chaîne du Tatra ei des ioulèvemetUs parai* îèleSf dont Tauteur, en s'enveloppent du voile de Tanonyme, n*a pu empêcher qu'on ne devinât assez sûrement son nom, en vertu du vieil adage ex ungue leonem.
En examinant attentivement cette carte et en la comparant aux autres caries de ces contrées, on voit qu'il existe, dans le N. de la Hongrie, plusieurs Systèmes bien distincts de lignes stratigraphiques ayant des directions très diverses ; notamment une ligne sensiblement parallèle au Système du mont Fiso qui part des environs de Cisoviec , et qui n'affecte que les couches antérieures aa terrain nummulitique méditerraDéen , le Système des lignes pyrénéennes des Car* pathes, celui des lignes presque N.-S. dont j'ai déjà parlé ci-dessus, et qui se dessinent particulièrement aux environs de Rremmitz, dans les méridiens de Mikolasz , de Poborela» de Dobavysa, de Podbradzie, de
Folkmar, et mieui encore dans le groupe du Tatra et dans ses prolongements au N. et aa S. ; mais le mieux dessiné de tous, est celui des soulèvements parallèles du Tutra indiqué sur le titre même de la carte qui me sert de guide.
L^une des lignes les plus nettes dnSystème du Tatra est formée par les couches redressées du terrain nummulilique méditerranéen ; par conséquent Pépoque du soulèvement de ce Système tombe dans les périodes tertiaires. Tout annonce qu'il est antérieur au dépôt des couches tertiaires miocènes ou pliocènes du centre de la Hongrie ; mais le dessin même de la carte conduit à supposer qu'il est postérieur au Système N. -S. du Tatra {Système des iles de Corse et de Sardaigné) . Leslignesd'élévationétantd'ailleurs presque parallèles à la direction générale des hautes vallées de la Czerni-Vag et de THernad, et, par conséquent, à la perpendiculaire à la méridienne de Rothenburg, on voit que, de toutes manières, elles répondent à ce que nous cherchons.
Les lignes stratigraphiques , très peu divergentes, que la main du mettre a tracées dans le massif de Tatra, se dirigent moyennement à rO. 4" 50' N. Je prendrai, en conséquence, pour grand cercla de comparaison
du Système du Tatra^ un grand cercle passant par le mont Lomnica, cime culminante du Tatra (8,012 pieds de Paris=2,602'" audessus de la mer.; lat. 49" il' N., long. 17* 52' 40" E. de Paris), et orienté en ce point à ro. 4^ 50' N. En me servant de ce grand cercle de comparaison^ j'examinerai rapidement le rôle que joue le Système du Tatra , dans l'Europe continentale d'abord , et ensuite dans l'Angleterre méridio- Dale.
Je commence par la Turquie, et je remarque que M. Viquesnel a signalé, comme particulier à la Turquie, un Système qu'il a désigné sous le nom de Système du Mo- Dagh et de l'Hœmus , et dont il observe que l'orientation 0. 7"* N. est parallèle, à 1 degré près, à celle du Système du Hainaut {Système des Pays-Bas), et offre un nouvel exemple de la récurréhce à des époques très difTérentes de directions analogues. C'est bien encore là le Système que nous cherchons. D'après M. Viquesnel, ce soulèvement a fait surgir la crête dentelée du Rilo-Dagh. le mont Kognavo, les montagnes d'Egri-Palanka, dont les escarpements dominent d'un côté la plaine de Moustapha, etc. ; de l'autre, la cavité de Gbioustendil, etc. Nous lui attribuons encorei ajoute M. Viquetnel, la chaîne
de rHsmos qai, d*apr4s M. Bouô» court 0. quelques degrés N. (i).
Les roches éruptives du Système sont»
d'après M. Viquesnel^des trachytes ampbibolifères dont les débris entrent dans la composition des couches de la mollasse. L'âge du soulèvement qui affecte les couches crétacées est probablement plus récent que le Système achaïque {Système des Pyrénées)^ et se trouve fîié, d'après M. Viquesnel, entre la fin de la période secondaire et le dépôt de rétage tertiaire moyen. D'après ces données, M. Viquesnel considère le Système du RUo' Dagh et de VHœmus comme immédiatement antérieur au Système des Ues de Corse et de Sardaigne. On peut observer, toutefois, qu'il n'est pas prouvé que ce Système a été anté* rieur à la totalité de l'étage tertiaire moyen, mais seulement à l'étage des mollasses, et que, par conséquent, on peut le supposer postérieur au grès de Fontainebleau, dont le dépôt est postérieur lui-même à la formation du Système des iles de Corse et de Sardaigne.
D'après la carte de M. Viquesnel, dont le réseau géographique a été tracé avec beaucaup de soin par M. le colonel Lapie, le point
(i) A. Vjqupsnel , Journal <f»R voyag* dans ta Turquie d'Eun^ {Mémobvs de Ut Société géologique da Framee , a* térie, 1. 1, p. ^aA|.
culminaDt duRilo-Dagh est situé à peu près par 42" r 30" de lat. N., et par 21» 13' de long. E. de Paris. Uoe parallèle au grand cercle de comparaison du Système d%k Tatra^ menée par ce point, court à VO. V 25' N. Elle fait un angle de 25 minijkies avec Torien talion indiquée par M. Viquesnel.
Cet habile géologue a indiqué l'orientation en degrés seulement, et il est certain qu'en pareille matière l'emploi des minutes est une sorte de luxe, lorsqu'elles ne sont pas données par la moyenne d'un grand nombre de relèvements. Ainsi la coïncidence ne pouvait être plus exacte, et cette coïncidence est d'autant plus remarquable que, d'après les dates mêmes des publications, il serait impossible de supposer que M. Yi-r quesnel et le savant auteur de la carte du Tatra n'aient par déterminé leurs orientations d'une manière absolument indépendante.
En résumé , il me paratt évident que le Système du Tatra et le Système du Rilo-Dagh et de VHœmus sont un seul et même Système que je nommerai dans la suite Système du Tatra, du Rilo-Dagh et de VHœmus.
On devra probablement rapporter au Système du Rilo-Dagh et de VHœmus, ainsi que l'a indiqué M. Yiquesnel, plusieurs des
lignes de dislocation de la Grèce méridionale, que MM. Boblaye et Virlet ont classées avec doute dans leur Système argolique, et dont ils ont dit : « Les grandes fractures de » la cdle de TAchaïe et de la Mégaride ap- » pariiendraient-elies à une époque anté- » rieure (à celle de la chaîne principale des » Alpes)? Les résultats que nous avons pu » constater sont le soulèvement des pou- » dingues jusqu'à la hauteur de 1,800 » mètres sur tout le versant achaïque dans » la direction E.-O., et la position horizon- » taie du terrain subapenniu au pied des » plus grands escarpements de ce même » Système (1). » ^
La direction générale de Ttle de Candie est très sensiblement parallèle à celle du Système du RiloDagh et de l'Hœmus.
En poursuivant la direction du Rilo-Dagh vers rO. jusqu^aux rivages de TAdriatique, on arrive à la partie méridionale des côtes de la Dalmatie, et Ton voit les tles.de Meleda, de Corzola, de Lissa et de Lésina se détacher de celles qui s'étendent au N.-O., pour dessiner avec une netteté remarquable rorientation du Système du Rilo-Dagh et de l'Hœmus.
(i) Bciblayt; vt Virlet , Expédition scientifique di Morvr. t. H, jLf- partir, p. 33.
La direction de ce groupe dMIes, prolongée à travers Tltalie, passerait très près de l'île d*EIbe, dans une direction à peu près E.-O., c^est-à-dire parallèlement à son axe longitudinal. Il est probable qu'on pourra y rattacher Torigine de l'un des accidents stratigraphiques post pyrénéens , qui se sont superposés pour former la charpente compliquée de cette lie célèbre à tant de titres divers. Je regrette de ne pouvoir compléter cette re> cherche pour le moment. La direction de IMle d*Elbe, prolongée à PO., coupe Plie de Corse à rentrée du golfe de Saint-Florent , détachant ainsi du reste de Ttle la crête étroite dirigée N. -S., qui se termine au cap Corse. Les îles det Giglio et de Monte-Cristo s'alignent de TE. à PO., parallèlement à Paie de Ptle d'Elbe. Entre les deux lignes se trouve 175o/a Pianosa , formée de couches de mollasse miocène dont son nom même indique Phorizontalité.
Plus au N., la même direction se dessine beaucoup plus en grand dans une partie considérable des Alpes et du Jura.
Afin de pouvoir ta reconnaître d^abord dans les Alpes orientales, je mène par Yillach, en Carynthie (lat. 46* 36' 50" N., long. 11** 30' 31" 0. de Paris), une parallèle au grand cercle de comparaison du Système
du Taira^ du Mo-Dagh et de VHmmus^ %n\ est orienté, au mont Lomnica, à l'O. 4'' 50'N. Je trouve qu'à Yillach , cette parallèle €•( orientée à TO. 0o9' S., ou, en d'autres termes, a très peu près de TE. à PO.
Cette direction n'est certainement pas celle des accidents orographiques et stratigraphiques les plus largement dessinés des Alpes orientales. Ces accidents de premier ordre sont d'une part les lignes pyrénéennes des Alpes Juliennes dirigées vers r£.-S.-E., et de l'autre la grande bande calcaife septentrionale qui s'avance à i'E. , quelques degrés N. vers Yien-Neustadt. Mais entre ces deux directions divergentes il existe une direction intermédiaire que M. Léopold de Buch a signalée depuis longtemps , direction qui, sans être aussi nettement dessinée que les deux autres, pourrait être regardée comme la plus fondamentale. C'est la direction de l'axe de roches primitives qui s^avance du Brenner vers Graetz, et qui comprend les cimes les plus élevées de ces contrées, le gros Glockner, le Wenediger, etc. Cette direction court presque exactement de l'O. à I'E. ; par conséquent, elle est sensiblement parallèle à celle du Système du Taira , du Mo-Dagh et de VHoemuSf et l'on pourrait même être tenté
ât la considérer comme étant en Enrôlée le type principal de ce système.
Cette même direction se retrouve dans une foule d'accidents orographiques et de lignes remarquables des Alpes autrichienties, bavaroises, suisses et italiennes. Je ne puis en citer ici que quelques exemples.
On peut remarquer d*abord que la ligne E.-O. menée par Yillach même représente très bien la direction générale de la vallée ée la Drave, de Yillacb à Marbnrg, et qu^elle est très sensiblement parallèle à la vallée de Pusterthal , de Brunecken à Lienz, à la haute vallée de TAdige, de Glurns à Meran , à la haute vallée de la Salza , à une partie de la vallée de Tlnn aux environs d'Innspruck , au passage de TArlberg et i une partie de la vallée de Klosterle qui en descend; on la retrouve même dans la partie inférieure de la Valteline, au-dessous de Tirano, dans une partie de la vallée d'Aoste , dans quelques parties du Valais, etc., etc.
Cette direction s'observe également dians «ne partie des crêtes qui bordent ou qui avoisinent les grandes vallées dont fe viens de parler. C'est la direction d^ne série éê crêtes qui, commençant au Bâcher, près do
Marburg , s'étend par le Terglou juiqu'au delà duTagUaraento. C'est une des directions qui se dessinent le plus nettement dans les 4nontagnes dolomitiques si justement célèbres qui dominent les vallées de Passa et de Saint-Cassian (Marmolade, Sasso Yernale, montagnes du Seisser-Alp, etc.)* C'est celle suivant laquelle se raccordent les masses énormes qui bordent au nord la haute vallée de TAdige, entre le passage de Brenner et celui de Heiden. C'est la direction des accidents stratigraphiques et des crêtes principales du massif calcaire qui domine Innspruck vers le nord ( Solstein , Speckkor, etc.).
Je dois abréger cette liste dont il me serait facile de couvrir des pages entières. J'ajouterai seulement que Torigine de ces accidents orographiques est évidemment postérieure à toute la série des couches alpines jusqu'au terrain nummulitique méditerranéen, avec le flysh inclusivement, mais antérieure à toute la série des mollasses miocènes.
Je passe au Jura, où le Système du Tatra^ du JUlo 'Dagh et de l'Hœmus se dessine très nettement dans la chatne du Loroont, qui aous conduira à jeter encore un coup d'œil «nr les Alpes de la Suisse.
La chaîne du Lomont et Pensemble des chaînes qui lui sont parallèles dans le Jura septentrional, entre Regensperg et Baumeles-Dames d*une part, Delemont et Ferette de l'autre, ont une direction très sensiblement parallèle à une ligne tirée de Regensperg à Courtavant, sur la route de Porrentruy à Bàle, ou à une ligne parallèle à la première, tirée d'Auenstein, près d'Arau, à Baume-les- Dames (Doubs).
La direction commune de ces deux lignes court à très peu de chose près de TE. 5° N. à ro. b^ S. de la projection de Cassini; le centre de l'espace que je viens d'indiquer dans la partie septentrionale du Jura se trouve à peu près , à Porrentruy, par 47° 22/ N. et par 4'' 45' de lat. Ë. de Paris. Une parallèle au grand cercle de compa^ raison du Système du Taira , du Rilo-Dagh et deVHœmuSf menée par Porrentruy, court eu ce point à PO. 5" 12' S. du monde. Les lignes horizontales de la projection de Cassini étant orientées à Porrentruy à l'O. 3» 29' 34" N. du monde, il en résulte que la parallèle au Système du Tatra^ du Rilo-Dagh et de VHœmus, menée par Porrentruy, se dirige à l'O. 8° 40' S. de Cassini, et qu'elle fait avec la direction de la chaîne du Lojnont un angle de 3° 40'. Cette différence
est infôrieufiB à la divergence des lignes d(rnt il faut preodre séparément la moyeDiie pour avoir la direction soit du Tatra » soit du Lomont , et elle n>8t guère plus grande que celle qui existe à Porrentruj, entre Torientation astronomique et rorientation de Cassini. Elle disparaîtrait presque si Ton faisait abstraction de cette dernière. Elle ne devra pas toujours être négligée, et elle jouera le rôle qui lui appartient lorsqu''oii appliquera les méthodes indiquées au commencement de cet article à la fixation définitive du grand cercle de comparaison du Système du Tatra^ du Mo-Dagh et de VHamus; mais je crois que pour le moment on peut en faire abstraction.
Le Lomont et les chaînons qui lui sont sensiblement parallèles sont évidemment antérieurs au dépôt du terrain d*eau douce de couleurs bariolées (miocène, mollasse d'eau douce inférieure) qui remplit le bassin de Delemont. Les traces de dérangement' que présente ce dépôt miocène et la hauteur à laquelle il se trouve porté s'expliquent naturellement par les accidents stratigraphiques d'une date postérieure ( Alpes occidentales , chaîne principale des AJpea) qui sont venus croiser le Lomoni dans le nord du massif du Jura.
Ce fait assujetii Tàge reUiCif du Lomost et des soulèvements parallèles à ne pas étft plus moderne que les premières couchée du terrain des mollasses miocènes ; condition un peu plus précise que celles trouvées pour le Tatra et le Riio-Dagh , auquel le Lomont est sensiblement parallèle, parce que les mollasses de la Suisse sont plus épaisses et mieux connues que celles de la Hongrie et de la Turquie.
Les crêtes du Lomont ne traversent en aucun point les mollasses de la Suisse; elles en sont enveloppées , et leurs dislocations propres n'y pénètrent pas , du moins en général. Mais au-delà de la grande vallée subalpine et subjurassique, dont les mollasses et le nagelfluhe ont rempli le fond , un retrouve la direction du Lomont, c'està-dire ta direction du Système du TcUray du RilO'Dagh et de VHœmus, dans plusieurs accidents stratigraphiques remarquables du versant nord des Alpes ; notamment au midi du lac Léman , dans le massif des dents d'Oche et des rochers de Meillerie; au midi de Berne, dans le massif du Stockhorn, entre les bainsduGurnigel, Gruyère et Erlenbacb ; au midi de Lucerne, dans le flanc nord du mont Pilate ; et au midi du lac de Zurich « dans la ligne qui sépare les mollasses du
terrain nutnmulitiqae épicrétacé et du flysh (C^ delà Carte géologique de la France), entre le lac d'Egeri et Vesen.
Le massif du Gurnigel et du Stotkhorn, est situé à environ 1 5' à TE. du méridien de Porrentruy ; une parallèle au Système du Taira, menée par son centre , se dirigerait à peu près à VO. 5** S. du monde. Or, si par le Schwefelberg-Bad , on trace, sur la carte des Alpes suisses occidentales par M. Studer, une ligne dirigée à PO. 5° S. , on verra qu'elle est parallèle à la direction générale de la vallée de la Kalte-Sense , à celle de la crête de TArnisch ; et en faisant abstraction de quelques accidents parallèles au Système de la chatne principale des Alpes , on concevra qu'elle représente assez bien la direction qui devait caractériser le petit groupe du Gurnigel , lorsque le dépôt des mollasses miocènes est venu entourer sa base.
Ainsi qu'on peut le voir sur la carte géologique de la France, toutes les lignes que je viens de citer en Suisse, orientées entre rO. et TE. 10" S. de la projection de Gassini , et par conséquent très peu éloignées de la direction du Système du Tatra , du RilO'Dagh et de l'Hoemus, se distinguent très nettement de celles qui appartiennent au
Syslérne do la chatne principale des Alpes. Celles-ci sont représentées dans le Jura par une ligne tirée de Salins à Baden , et au pied nord des Alpes par la grande faille, si longtemps problématique , qui court de Fltznau à Naefels, et qui reporte le terrain nummulitique méditerranéen sur le nagelfluhe du Bighi. Bien différentes de ces dernières, les lignes qui appartiennent au Système du Taira , du Rilo-Dagh et de l'HaS' mus s'arrêtent généralement à la rencontre du terrain de mollasse et de nageifluhe; elles sont donc évidemment plus anciennes.
On peut suivre ces lignes dans les Alpes autrichiennes et bavaroises où elles vont st rattacher à celles que j'ai déjà signalées dans le Vorarlberg, le Tyrol et la Carynthie.
Le Système du Tatra , du Rilo-Dagh et de VHœmus joue donc, comme le Système des Pyrénées et plusieurs autres des Systèmes dont nous nous sommes déjà occupé, un rôle important dans la structure des Alpes. Peut-être exisle-l-il aussi, en Piémont et en Provence ( ligne de Savone à Orange, orientée à TO. 7" S. de Cassini), dans les Corbières (Aude) et dans quelques parties du versant N. des Pyrénées (Rimont, Bagnères-de-Bigorre , Pic du Midi , ligne de Peyrehorade à Bayonne , qui Mt près-
que le prolongement exact de la ligne de Savone à Orange, Chalosse), ainsi qne dans le prolongement de cette chaîne vers les Âsturies. Peut-être doit-on rapporter à ce Système certaines lignes de direction orientées un peu au S. de TO. que M. Bochet, ingénieur des mines, a signalées, dans un mémoire inédit sur la structure des Pyrénées. Il est toutefois évident que le Système du Tatra, de même que le Systems des tles de Corse et de Sardaigne, ne -doit jouer, dans toute la Gascogne, qu'un rôle extrêmement limité, puisque les couches de Pétage éocène parisien et celles de Pétage miocène y sont assez sensiblement concordantes pour qu'il soit souvent difflcite de tracer leur limite commune.
Le prolongement occidental de quelques unes des lignes du Système du Taira que j'ai signalées en Suisse passe très près des tertres balsatiques de Drevin , au nord du Creusot (Saône-et-Loire) , et les alignements è peu près E.-O. que M. Rozet a signalés dans les masses basaltiques, disséminées sur la surface de l'Auvergne, pourraient peutêtre aussi être attribués à l'existence de fentes parallèles au Système du Tatrat dont la formation a précédé les éruptions basai* tiques de cette contrée. Mais je me hâte
de revenir à la partie méridionale de T Angleterre.
Une parallèle au grand cercle de comparaison du Système du Tatra^ du RUo-Dagh et de VHasmus^ menée par le point où la perpendiculaire à la méridienne de Rottaenburg, coupe le méridien d'East-Cowes (lat. 50** 55' 20" N., long. 3» 36' 30" O. de Paris ), se dirige à VO. iV 23' S. du monde. Elle forme, avec la direction en ce point de la perpendiculaire à la méridienne de Rothenborg indiquée ci-dessus, p. 296, un angle de lo 12' 33". Cet angle est à peu près né* gligeable ; par conséquent on peut dire que la parallèle au Système du Tatra représente la direction générale de la côte méridionale de TAngleterre presque aussi bien que la perpendiculaire à la méridienne de Rothenburg. L'angle formé par les directions du Système des Pays-Bas et du Système du Tatra est si peu considérable, qu'il est très difficile de décider si une ligne géologique donnée appartient à Tun plutôt qu'à Tautre. Par conséquent, le Système du T€Ura offre bien réellement, comme nous Tavions soupçonné dès Ta bord , un nouvel exemple de la récurrence des mêmes directions à diverses époques, et même un exemple plus net qu'aucun de ceux déjà cités.
Par la même raison , il devient difficile de décider définitivement si la ligne de dislocation de rt!e de Wight et du Dorsetshire appartient, comme direction d'emprunt, au Système des Pays-Bas , ou si elle appartient purement et simplement, par sa direction comme par son âge, au Système du Tatra; mais cette question cesse en même temps d'avoir aucune importance : elle s'évanouit pour ainsi dire. Le Système des Pays-Bas* été en quelque sorte reproduit en masse à l'époque beaucoup plus moderne de l'apparition du Système du Taira, et chacun de ses accidents a pu être reproduit ou continué , même dans ses détails et ses déviations.
Mais le Système du Tatra n'est peutêtre pas le seul dont l'apparition ait rouvert et amplifié les dislocations du Système des Pays-Bas, Quoique le Système des Pyrénées forme avec le Systems des Pays-Bas un angle de plus de 26*", il ne serait pas impossible qu'il eût produit un effet semblable ; nous avons déjà admis ci-dessus que le Système de la Côte d'Or a produit un elTet analogue sur les accidents préexistants du Système du Rhin avec la direction desquels il forme un angle d'environ 30".
On pourrait admettre d'après cela que dans les lignes d'élévation de la région
wealdienne, que M. Hopkins, ainsi que je rai déjà remarqué, a figurées sur sa carte du S.-E. de PAngleterre (1) par des lignes bri^ sées plutôt que par des lignes courbes , les parties dirigées à VO., ou à TO. quelques dégrés S., sont des déviations de la direetien pyrénéenne , suivant la direction pro» pre ou suivant des directions accidentelles du Système des Pays-Bas, Mais toutes les lignes d'élévation 0. un peu S. de M. Hopkins ne sont pas dans ce cas. Toutes ne sont pas de Tftge du Système des Pyrénées. Quelques unes sont, comme la grande ligne de dislocation de IMle de Wiglh et duDorsetsliire, de l'âge du Système du Tatrat et elles se rapprochent beaucoup en même temps de la direction propre à ce système.
Je m'attacherai principalement à l'une d'elles pour laquelle cette conclusion me parait surtout évidente.
Parmi toutes les lignes d'élévation de la région wealdienne que M. Hopkins a figurées sur sa carte déjà citée, celle qui se prête le moins bien à son Système général d'explication , est la ligne [anticHnale dans une partie au moins de sa longueur (p. 22)] qui, passant au pied du Hogsback, s'étend de Farnbam à Seal. Cette ligne d'élévation
i) Traiisact. of the geol. Soc. of Londoii, a« série, t. VII,
IMTësenle une courbure légère, mais oppoiéê à celles des ligne» correspondantes du diagramme théorique de la page 40 du mémoire deM. Hopkios. Je la remplace non par une ligne d'une courbure contraire , mais par une simple ligne droite tirée de Tune À Tautre de ses deux eitrémités ( ce qui est lui faire subir une modiGcation moUié momdre), et je remarque que cette ligne de Farnham à Seal , prolongée vers Test , va traverser le relèvement de la craie qui forme nie de Thanet à Textrémité méridionale de l'embouchure de la Tamise, entre Ramsgate et Margate. Gela me confirme d'abord dans la pensée que M. Hopkinsa eu parfaitement raison de ne pas figurer sur sa carte la ligne anticlinale de Seal comme tournant vers TE. S.-E. ,au pied des North-Downs, et me prouve que cette ligne poursuit son cours dans une direction à peu près rectiligne à TE. N.-E. , en dehors de la région vrealdienne proprement dite. Dans une direction opposée. Je vois que M. de la Bêche a tracé sur les feuilles 19 , 20 et 21 de la carte géologique de Tordonnance, entre Froome, Mère, Milverton et la haie de Bridgewater, au midi des Mendips - Hills , plusieurs failles dirigées à rO. ou à rO. un peu S. de la carte de Tordonnance, qui affectent toutes les cou-
ches triask|iMS , oolithiques et crétaeées qui se reDContreni sur leur passage.
A Wanstrow, eiiste une faille dirigée À rO. 12** 7 S. de la carie de rordonnance. Son prolongement passe un peu «a sud de Glastonbury-tor. Le c6té nord est abaissé.
A rO.-N.-O. de Tauntou , un peu au nord de Wiveliscombe et de Milverton, une faille dirigée à 10. 5"* S. de la carte de l'ordonnance coupe le nouveau grès rouge {Geological Survey, feuille 21).
A Mère existe une faille dirigée à peu près à rO. 13^ S. de la carte de Tordonnance {GeologiccU Survey , feuille 19), qui élève rargile de Kiromeridge , située au sud , au niveau de la craie située au nord.
La faille de Mère me paraît être la plus favorablement placée pour représenter ap« pcoximativemenl le prolongement O.-S.-O.
de la ligne d'élévation de Seal à Farnbam. En effet, si je tire sur la carte de M. Grée- Dough une ligne de Mère à Margate , je vois que cette ligne passe juste à Farnbam , qu'elle suit exactement le pied septentrional de la crête du Hogs-Back en laissant au Bord les coteaux tertiaires d'Epsom , et qu'elle finit par raser dans toute leur longueur les falaises d'argile de Londres et de eraie de Chute- Cliff et de Margate, dont elle
éttsine eiactement la direcUan jusqu'au Foreness, qui termine au sud l'embouchure de la Tamise. Près de celte ligne, à une pe* tite distance au nord, les sources minérales de Jessop-Well et d'Epsom, au sud celle de Whitstable, attestent qu'elle marque la direction de dislocations assez anciennes. Je crois , en somme totale , qu'elle représente la direction de la ligne d'élévation dont une partie a été dessinée par M. Hopkins , de Farnham à Seal, mieux que ne pourrait le faire une rectification quelconque de la 11- |[ne légèrement sinueuse qu'il a tracée.
Cette ligne de Margate à Mère, et à Taunton, est accompagnée au sud et au nord d'autres accidents stratigraphiques parallèles déjà indiqués, ainsi que je l'ai rappelé cidessus, par M. Conybeare, et dessinés, ou <cités en partie par M. Hopkins.
Au nord surtout, on doit remarquer la li- %ne anticlinale exactement parallèle à cdie •de Mère à Margate, qui s'étend de Steeple- Ashton a Shalbourne, en relevant avec la craie les lambeaux d'argile de Londres, du Kareat-Betwin et de rinkpen-Beacon.
Entre les deux s'étend, de Shalbourne à Bassingstoke, une ligne de collines crayeuses dessinées d'une manière proéminente sur la -belle carte de M. Greenough, ligne sur U-
quelle sont venues éclore quelques unes des vallées d^élévation de M. Buckland (mémoire déjà cité). La ligne de Shalbourne à Basingstoke n'est autre chose que la prolongation de Taie pyrénéen des Wealds, qui est croisé par les lignes anticlinales de Seal et de Steeple- Ashton, et qui a été accidenté, postérieurement à son origine première, par fa formation des vallées d'élévation. L'aie pyrénéen des Wealds est antérieur au dépôt de Targile plastique et de Targile de Londres ; les lignes anticlinales de Seal ( Hogs- Back) et de Steeple- Ash ton lui sont postérieures , de même que les vallées d'élévation. Un coup d'œil jeté sur la belle carte de M. Greenough , qui offre un si excellent tableau de la structure géologique et orographique de PAngleterre ,' montre , plus clairement qu'aucune description ne pourrait le faire, comment deux systèmes d'âges différents et de directions différentes se croisent sans se confondre, tout en se soudant et s'anastomosant , pour ainsi dire, à leurs points de rencontre. C'est ce qui arrive aussi pour les lignes d'élévation du Jura français et suisse , dont on a souvent dit qu'elles s'infléchissent , parce qu'on n'a pas cherché ou qu'on n'a pas su trouver leurs prolongations rectilignes; et je rappellerai
à cette occasion ce que M. Seipion Gras a ti bien dit des montagnes du départeonent de la Drôme , « que , dans un groupe de montagnes , quelque compliqué qu^il soit , les chaînes qui ne sont pas parallèles se croisent sans seoonfoodre, et qu'il peut résulter de ces croisements que des sommités soient alignées , quoique les directions de leurs couches ne soient pas les mêmes (1). »
Le groupe de lignes stratigrapbiques dont nous nous occuvK>ns joue dans le midi de TAngleterre un rôle capital. La ligne de dislocation de Ttle de Wight est en rapport, comme je Tai déjà fait observer, avec la diree* tion, rectiligne dans son ensemble, de la côte méridionale de TAngleterre , du Pasde-Calais au Landsend. La ligne d'élévation de Seal avec son cortège de lignes parallèles correspond à Télranglement si remarquable que présente TAngleterre entre Terobouchure de la Tamise et celle de la Saverne.
Mais les lignes que nous considérons ne sont pas seulement des lignes britanniques; ces lignes sont au nombredesplus remarquables dans la charpente de l'Europe entière. Pour le constater je reviens à leur direction.
La ligne de Margate à Farnham , à Mère < et à Taunton , coupe le méridien de Greao-
(i) s. Gr*^ Statistique miner, du dép. de la Drame, p. rf.
wîch sous un angle de 82® et i 11'; au midi de cet observatoire célèbre» c'est-à-dire par 51* 15' 10" de lat. N. Elle se dirige en ce point de TE. S** N. à l'O. 8*" S. du monde.
Une parallèle au grand cercle de comparaison du Système du Tatra , menée par ce point d*intersection , qui tombe sur la carte de M. Greenough , un peu au nord de Bo* lley-Hill, court à TE. 10* 27' N. Elle forme avec la ligne de Mère à Margate un angle de 2** 27'. Cet angle surpasse un peu celui que nous avons trouvé à Tlle de Wight, entre la parallèle au Système du Tatra et la direction générale de la côte méridionale de TAngleterre ; il est un peu plus petit que celui que nous avons trouvé dans le Jura-, entre la parallèle au Système du Tatra et la direction du Lomont ; mais ce qui doit être surtout remarqué » c'est que les trois différences sont comptées dans le même sens, d^où il résulte que les trois directions de Lomont, de la côte méridionale de TAngleterre, et de la ligne de Margate à Farnham et à Mère, approchent encore plus d'être parallèles entre elles qu'elles n'approchent de rêtre au grand cercle de comparaison du Système du Tatra, tel que nous Pavons adopté provtsotr0tn49n<.
Quoi qu'il en soit , cette différence de
2" 27' me paraît assez petite pour pouvoir être négligée dans le tâtonnement actuel. Afin que ce tâtonnement repose sur une base uniforn)^, je substitue à la ligne de Mère à Margale une parallèle au grand cercle de comparaison du Système du Tatra , menée par le point d'intersection de cette même ligne avec le méridien de Greenwich(lat. 51" 15'10"N. long 2" 20' 24" 0. de Paris), et je prolonge la parallèle vers Test, comme un arc de grand cercle.
La résolution d'un simple triangle rectangle montre que cet arc du grand cercle coupe perpendiculairement, par 52" 0' 4" de lat. N. , le méridien situé à 10*» 57' 54'' à TE. de celui de Paris. Le point d'intersection tombe à 29' 35' au sud et à 5' 36" à Touest de Berlin.
Notre ligne prolongée est très facile à construire, d'après ces données, sur la belle carte géologique de l'Europe ( entrale par M. de Decben. On voit alors qu'elle passe un peu au nord des collines de sables tertiaires de Berg-op-Zoom et de Gertruydenberg, si analogues à celles de Bagshot- Heath. Plus à l'est, elle traverse les collines crétacées des environs i >e Munster parallèlement à la bande presque rectiligne de terrain crétacé qui , au nord de Dortmund, se
termine a peu près à la ligne. Urée de Vesel à Paderborn. Plus k Test encore, notre ligne traverse la vallée d'élévation au fond de laquelle surgissent les célèbres eaux minérales dePyrmont, ce qui établit une sorte de lien stratigraphique, peut-être assez inatten du, entre ces eaux et celles d'Epsom, et entre la vallée de Pyrmont elle-même et les vallées d'élévation du midi de TAngleterre.
En suivant, plus à Test encore, le cours de cette même ligne, on la voit passer au pied nord du Hartz , traverser TEIbe un peu au sud de Magdebourg, puis s'étendre dans la plaine erratique immense de la Prusse et de la Pologne, dont elle côtoie à peu de distance la limite méridionale. Les protubérances de roches solides inférieures deviennent des raretés au nord de cette ligne ; mais ce qui est )>ien digne de remarque , r'est que leur influence se faisant probablement sentir à travers le manteau erratique qui les dérobe à la vue , la direction de notre ligne se retrouve d'une manière frappante dans celles de plusieurs grandes portions de rivières : la Sprée et la Havel , près de Berlin ; l'Elbe entre Wittemberg et Dessau; rOder, dans une partie de son cours , entre Glogau et Frankfort; laWarte et la Bzura,dans leurs principaux tronçons; le Bugetia Vistule, de
Brzesk-Liiewsk À Polk. Le cours de toutes ces portions de rivières est parallèle k notre ligne, comme le cours de la Tamise ellemême dans sa partie inférieure.
Prolongé plus à Test encore , le même arc de grand cercle coupe le méridien de Kiev ( 28« 13.21" à l'O. de Paris ) par 50<* 42' 47" de lat. N. , c'est-à-dire à 15' 44" au nord de cette capitale de l'Ukraine, et sous un angle de 76<* 29' 10", en se dirigeant à VE. AT 30' 50" S. Construite sur la belle carte géologique de la Russie , publiée par MM. Murchison , de Verneuil et Keyserling , cette ligne passe un peu au sud de la rivière Narine , à laquelle elle est parallèle. Elle est parallèle aussi , à peu de chose, près , à la direction générale des rivières Pripet et Sem qu*el1e laisse au nord, et k celle de Douetz, qu*elle laisse un peu au sud. Elle laisse au nord les célèbres marais de Pinsk, dont les eaux, incertaines de leurs cours, se partagent entre la mer Baltique et la mer Noire, et elle traverse le Dnieper près du point où , après avoir reçu une grande partie des eaui du midi de la Pologne et de la Russie, il 8*engouffre dans les gorges pittoresques qui le conduisent à la mer Noire. Notre ligne marque donc k peu près le bord septen-
trional de cette longue protubérance d^une faible saillie, mais d'une influence bien marquée sur les directions des rivières, qui forme, en quelque sorte, le seuil de la Russie méridionale.
On voit ainsi que notre ligne forme la limite septentrionale , non seulement de TAngleterre méridionale , mais de l'Europe méridionale tout entière. Elle laisse au nord les comtés d'Essex, de Suffolk, de Norfblk, le bassin peu profond de la mer du Nord , les plaines du Hanovre et Timmense étendue des plaines baltiques, sérmates et russes.
Cette même ligne passe à environ vingtcinq lieues vers le nord des cataractes dn Dnieper. L'intervalle est un peu plus grand que celui qui la sépare en Angleterre de la ligne de dislocation de Ttle de Wight, dont la direction prolongée jusqu'en Ukraine passerait par conséquent un peu au nord , mais à une assez petite distance de ces cataractes célèbres.
Une telle réunion de circonstances montre, si je ne me trompe, que le groupe de lignes stratigraphiques du midi de PAnglelerre, dans lequel j'avais entrevu originairement, ainsi que je l'ai rappelé en commençant, un premier rudiment du système dont nous nous
occupons ) forme eu effet un des traits les plus remarquables de ce système, que je propose de nommer en conséquence Systètm de Vile de Wight , du Taira , du Mo- Dagh et de VHœmus.
Li'âge relatif de ce système me parait être intermédiaire entre l'époque du grès de Fontainebleau et celle des mollasses d'eau douce inférieures de l'étage miocène, qui correspondent au calcaire d'eau douce supérieur et aux meulières supérieures du bassin de Paris. Il est d'abord évident, d'après les faits que j'ai brièvement rappelés ci-dessus , que ce système est postérieur à toutes les couches de l'étage tertiaire inférieur qui existent dans le midi de l'Angleterre, etToo peut assez naturellement eu conclure qu'il est PQstérieur à tout l'étage tertiaire inférieur^
Dç puis, le Rilo-rDagh jusqu'au Lomont, les. rides produites par ce même système ont servi d'assiqtte à tout le terrain des mollasse$ miocènes qui se son.t moulées sur leurs contours avec une exactitude. remarquajQiIe, ce qui. porte naturellement à penser. qu'il leur est antérieur^ Je crois même. qu'il leur estjinmédiatement antérieur, car le grès de Fonlainebleaunemontrepascetted.ispQsitioD toute spéciale à se modeler sur 4es contours q[ue ce systè0)e a déterminés. Il est vrai que
jusqu'à présent le grès de Fontainebleau n'est bien positiTement connu que dans le bassin de Paris; mais ce fait négatif vient luimême à Tappui de la remarque précédente. Dans le bassin de Paris les grès et sables de Fontainebleau ne montrent aucune tendance à se rapprocher des rides de notre système, tandis que fe grand dépôt d'argiles bariolées, de sable granitique et de silex qui forme la base du sol des plaines de la haute* Normandie , et qui se rattache aux meulières supérieures des environs de Paris, s'étend jusqu'au haut des falaises du pays de Caux, et s'approche par conséquent aussi près que possible de la ligne saillante des câtes méridionales de TAngleterre, qu'il ne parait pas avoir dépassée^et qui a probablement formé sa limite originaire. L'influence de cette ligne sur le dépôt de toutes les assises supérieures de grand étage miocène est tellement marquée, que depuis l'île de Wight jusqu'à l'Ukraine on n'en trouve plus au nord que des lambeaux peu étendus, tels que le crag inférieur duSufTolk , tandis qu'au sud elles couvrent de très vastes espaces.
L'influence du Système du Taira sur toutes les assises supérieures de l'étage miocène n'est pas moins marquée que celle du
système des Pyrénées sur Véiage éœène parisien.
Sir Roderîck Murchison remarque , dans son dernier mémoire déjà cité plus haut , qu^au pied des Alpes la grande solution de continuité dans la sériedes couches sédimentaires modernes, le grand hiatus, suivant sa propre expression (228 et 308), se trouve en- . tre les couches à Tucoïdes (macigno, flysh) et ^ 'les mollasses miocènes. Le hiatus est en effet très grand, car il correspond à tout l'intervalle de temps qui s'est écoulé entre la for^ mation du Système des Pyrénées et celle du Système du Tatra, il est supérieur en étendue, mais assez analogue à celui qui existe entre le calcaire carbonifère et le terrain permien qui, dans les plaines de la Russie, sont superposés Tun à Tautre en stratification presque concordante, et ne peuvent être distingués d'une manière certaine que par des différences paléontologiques. Ces différences sont à peu près du même ordre qoe celles qui permettent de distinguer le terrain miocène du terrain nummulitique méditerranéen, auquel il est superposé partilèlement dans les provinces vénitiennes, au pied des crêtes pyrénéennes des Alpes Juliennes. L'existence bien avérée de pareilles lacunes (hiatus , si Ton trouve le mot
plus élégant) m'a fait suspecter un moment la continuité que j'avais remarquée en Savoie entre les couches crétacées et les couches nummulitiques. Les faits constatés par sir Roderick Murchison tendent à prouver que j'avais fait trop bon marché de mes propres observations à cet égard ; mais ils n'infirment pas l'existence de la lacune (ou hiatfAs) que j'ai signalée aux environs de Paris enti-e la la craie et l'argile plastique, lacune qui n'est que très imparfaitement remplie par le calcaire pisolithique.
Lorsqu'on borne ses observa lions à un seul pays, une répugnance involontaire, une sorte à'horreur du vide éloigne l'idée de longues lacunes chronologiques entre des couches qui s'appliquent l'une sur l'autre, et dont la su* périeure a souvent emprunté quelques uns de ses éléments et même sa couleur à celle qui la supporte; mais quand on vient à embrassser un horizon plus étendu, on voit que cette répugnance n'est qu'un préjugé local, et l'on arrive à concevoir que lorsque toutes les lacunes du même genre auront été reconnues et comblées , la série zoologique de la paléontologie prendra une continuité et une régularité bien différentes de la forme saccadée qu'on lui a attribuée pendant longtemps, et pour le maintien de la-
quelle TexisteDce des Systèmes de montagnes ne fournit aucun argument solide.
Un fait remarquable à noter encore relativement au Système du Tatra , c'est que sa direction , qui est parallèle à celle de Tensemble du massif du Caucase, joue un r^Ie important au. pied méridional de TUral. Uoe parallèle au grand cercle de comparaison de ce système, menée par Uralsk sur la rivière Ural (lat.. 51M1' 23" N., long. 49o 2' i2'' E. de Paris) , se dirige à TE. 27« 35' S. Construite sur la belle carte géologique de la Russie d'Europe, publiée par MM. Murchison , de Yerneuil et Reyserling , carte qui m'a déjà fourni tant de rapprochements curieux, cette ligne coupe TUral au Pic figuré au sud du mont Airuk, et elle représente aussi exactement que possible la direction générale de la bande de terrain crétacé que les savants auteurs ont figurée au sud d'Orenburg, et qui forme la limite nord de la grande steppe des Kirghis , dont le sol est généralement formé par des terrains tertiaires récents.
Cette steppe immense, considérée dans ses traits les plus généraux, présente vers le N.-O., près de Yolsk, une terminaison presque rectangulaire due à la rencontre à peu près orthogonale de la ligne que Je
viens de fiter avec les falaiffs de le rive droite du Volga , (|iii appartienneiil, par leur dhreciion , au Système dos Uet de Corse et de Sardaigne,
Le cause de celle reclanf^utarité est la même que celte qui fait que la direclton de rtle d*Elbe est perpendiculaire à celle de la créle ëiroile du cap Corse. C'est que les deux systèmes des Ues de Corse et de Sar^ daigne et du Tatra sont orientés suivant des directions à peu près perpendiculaires entre elles.
Il est racile de calculer, en effet , que le grand cercle de comparaison du Système du Tûîra f orienté au mont Lomnica , à TO. 4" 50' N., coupe le méridien du cap Corse au milieu de rAllemagne, au S.-O. de Wurlaburg , sous un angle de 86* 37' 07". Il ne ^*en faut donc que de 3° 22' 53", qu'il ne lui soit perpendiculaire.
Si i*avais pris pour grand cercle de cons' paraiten du Système du Tatra un grand cercle orienté au mont I^mnica vers TO. 8* 14' 25" N., la perpendicularité aurait été rigoureusement exacte. Dans cette hypothèse, la différence trouvée pour la direction de Lomont aurait été complètement insignifiante (15' 35"). Celles relatives à la c6te méridlonAle de ta Qrande-BreUgne ei i ta « 44
UgtM de Mer« k Ifargite «iirakot été tfèi ^•lites «umI (2' tr et bl'U m^'i» dani ml HM inverie de celui dans lequel éUtenl comptées les diiïérences que nom avans troavéea préeMemaMni. Les protoutemeois ée oei lignes vers TUttraine auraie»! cadré, d'une maoièfe peut^re plus frapiiaste eiicoffa t avec les grandes lignée de cette centrée*
De son cAtd « le grand vvele de eompnrei- 9on du StfHèma doi Un de Cane ei de 5«rdaigne aura probablement à subir ulté* Heurement quelque modiftcaUon. H ne parait très vraisemblable que loraque les dent grands cercles de cenparaieon sennt rigeureasement détemindi« ils seront eiactefneitt perpendiculaires entre eux. Mêk cette détermination rigoureuse exigera maintenant d'assex loogncs recherefaes et des calculs fastidîeut»
G*eit surtout par leur peUUue que les încertitodes qui aflTeetent meore les direc* tions du SffUème des Uesdê Cotse $i de Sar* daègneei du Syslème du Taira ne paraissent mériteir TattenUen de cnni ^ aemient tentés de croire que les SyHhmt de mon' tagnee n'eiiileftt qve dans queiqiiee inu^i* nailoni prévenues.
iM leocMtfee entmises Mifneto donni
Imu la prolongation , Jusqu^au Caucase et k rOral, des lignes de dislocation du midi de TAngleterre, me paraissent mériter aussi l'attention des personnes qui penseraient que la tendaqce générale des lignes d'élévation est de sMnflécbir suivant des courbes continues (comme Ta si ingénieusement expliqué M. le professeur Hopkins , et comme il en existe sans doute quelques exemples 1ocaoi)» plutôt que de prolonger leur cours en ligne droite, ou de dévier brusquement suivant des lignes de fracture préexistantes.
J'ajouterai en terminant que les motifs qui me font considérer le Système du Taira comme plus récent que le Système des Ues de Corse et de Sardaigne laissent encore à mes yeui quelque chose à désirer. Je suis convaincu que le second est plus récent que le premier, et que le grès de Fontainebleau s'est déposé entre les époques de leurs formations respectives ; mais le peu d'extension de ce grès rend peut-être la démonstration trop peu concluante : elle n'établit pas encore suffisamment que l'ordre d'apparition des deux Systèmes n'ait pas été inverse de celui que j*ai indiqué, ni même qu'ils n'aient pas été contemporains l'un de l'autre. Je ferai au reste remarquer, sous ce dernier rapport , que deux Systèmes dont les direc-
tîons sont perpendiculaires entre elles ont entre eui par -cela même une relation de direction très simple, et que s'ils étaient reconnus contemporains (ainsi que M. Hopkins en a parfaitement fait comprendre It possibilité pour des phénomènes opérés sur une petite échelle), le principe des directions en recevrait une atteinte beaucoup moins grande que si Ton parvenait à établir la contemporanéité de deux Systèmes dont les relations de direction seraient moins directes. Mais comme il doit y avoir eu deui révolutions considérables sur la surface de rEurope , Tune immédiatement avant, Tautre immédiatement après le dép^t du grès de Fontainebleau, il y a , je crois, bien peu de chances pour que les deux Systèmes dont je viens de parler soient reconnus contemporains. Quant a la question de savoir quel est celui des deux Systèmes qui est le plus ancien , des observations nouvelles achèveront probablement de la résoudre dans un avenir peu éloigné.