TEMPÉRATURES BASSES CONSTANTES
Régulateur à chlorure de méthyle
(Académie des Sciences et Société de biologie, 1881.)
Cet appareil est destiné à donner des températures constantes, inférieures à la température am- iv» 15 biante. C’est une étuve à parois résistantes contenant du chlorure de méthyle liquéfié sous pression.
Pour avoir une température constante déterminée, j’adapte simplement à l’appareil une soupape de sûreté dont on peut faire varier la charge par un levier.
Si la soupape est sans charge, le chlorure de méthyle bout à — 23® à la pression de l’atmosphère.
En chargeant graduellement cette soupape, j’élève la température d’ébullition du chlorure de méthyle qui reste constante pour une même charge de la soupape.
' Sans charge. — La température de l’étuve = . — 23®
Pour 320 millimètres de mercure, elle égale . — i5®
• On fait varier la température par un simple déplacement du contrepoids le long du levier gradué en degrés. C’est un moyen préciéux dans bien des recherches. En remplaçant le chlorure de méthyle par l’acidc carbonique liquéfié on peut descendre à — 7 5®.
Régulateur à ammoniaque (fig. 17)
Je suis arrivé au même résultat en me servant, comme source de froid, de l’appareil Carre à am- ^0
moniaque liquéfié qui sert à fabriquer la glace, dans les laboratoires, en y ajoutant le dispositif suivant:
Cet appareil produit le froid dans le vase 2 par volatilisation de l’ammoniaque liquéfie qui vient se redissoudre dans l’eau du vase i. Ce froid est d’autant plus intense que la dissolution se fait plus vite, c’est-à-dire que l’eau du vase i est elle-même plus froide. Cela posé, pour régler la production du froid en 2, je chauffe l’eau du récipient i. Je^plonge en 2 un régulateur de température 3 à gaz d’éclairage qui amène le gaz au brûleur 4. Si la température s’abaisse trop en 2, le régulateur chaufle plus fort le vase i et ralentit, par suite, la dissolution du gaz ammoniac. L’inverse se produit si la température n’est pas assez basse. On obtient ainsi, facilement et à peu de frais, des températures constantes allant jusqu’à — 5o®.
‘ Régulateur à éther
Je produis le froid en évaporant l’éiher par le courant d’air provenant d’une trompe hydraulique.
La température est rendue constante par un régulateur d’écoulement qui règle le courant d’air et, par suite, l’évaporation de l’éther sulfurique..
Calorimètre par distillation
(Congrès de La Rochelle. — Société de physique, 1880. — Société de biologie, i5 janvier 1881.
Cette méthode, de même que ma première, maintient le calorimètre toujours à la température
Fig. Î7 et 18
ambiante. Elle est basée sur la chaleur latente de volatilisation des liquides en ■présence de leur vapeur saturée. La figure 18 représente schématiquement le principe de cette méthode.
Soit I le calorimètre dont l’espace annulaire est mis en communication avec un récipient en verre 2 gradué en centimètres cubes. Supposons l’espace annulaire rempli d’un liquide volatil (éther sulfurique, chlorure de méthyle ou d’éthyle, acide sulfureux, etc.), on a fermé le tout hermétiquement, après avoir chasse Vaîr, par ébullition, des réservoirs i et 2. Cette condition est essentielle, il faut que le liquide se trouve seulement en présence de sa propre vapeur saturée. Cela fait, on place le réservoir I dans un vase 3 contenant de l’air. Ce vase 3 est lui-même plongé dans le vase 4 contenant de l’eau en contact direct avec le tube 2. Les vases i et 2 étant toujours à la même température., aucune distillation ne peut avoir lieu de i vers 2, quelles que soient les variations de la température extérieure.
Il en sera tout autrement si on met une source de chaleur dans l’interieur du calorimètre i.
Fig. 19
Cette chaleur sera exclusivement employée à volatiliser le liquide de i et le faire distiller vers 2. Le liquide se distillera sans changement de température, et toute la chaleur produite sera employée à produire ce changement d’état. Connaissant la chaleur de volatilisation du liquide, on obtient la mesure de la chaleur produite en lisant simplement le volume du liquide passé en 2. Cet appareil, mesure, intégralement, un dégagement de chaleur quelque lent qu’il soit.
Calorimètre balance
J’aî apporté à cette méthode une modification qui m’a permis de peser le liquide distillé par U
balance et d’employer l’eau comme liquide volatil. Cette modification est reproduite dans la figure 19.
Au fléau d’une balance sensible, je suspends un vase 2 plein d’eau distillée. Ce vase plonge dans un second, plus grand i, qui contient de l’eau portée à l’ébullition à sa partie inférieure. Quand l’eau du vase 2 est portée à ioo“, comme elle se trouve plongée dans de la vapeur saturée également à 100®, aucune évaporation ne peut se produire dans le vase 2 tant qu’on maintient l’ébullition continue en I, ce qui est facile, grâce au réfrigérant 3.
Mais, supposons qu’on place en 2 une source de chaleur intérieure, par exemple, une spirale métallique 4 traversée par un courant, tout change alors. La chaleur cédée par le courant, et elle seule, volatilise l’eau du vase 2, ce qui se traduit par une diminution de poids que la balance donne exactement. J’ai employé ce procédé pour mesurer le travail R P d’un courant électrique, ainsi que la valeur de R. La Commission internationale des unités électriques m’avait alloué un crédit de 3Ô00 francs pour procéder à ces expériences.
Calorimètre par rayonnement (Journal La Lumière Electrique, i885, 18 octobre)
Cet appareil a été surtout imaginé pour la calorimétrie humaine à laquelle s’applique difficile- iv» »« ment mes autres méthodes, à cause de la grandeur qu’il faut dontier au calorimètre.
En principe, l’appareil se compose (fig. 20) comme toujours, de deux cylindres concentriques, li" mitant 2 cavités t une intérieure 3, où se place l’homme, une annulaire i, hermétiquement close et
Fig. 20
pleine d'air. Cette cavité est en communication, par le tube 3, avec un [manomètre en U, figuré en 4 et rempli d’eau. Le calorimètre est suspendu au plafond par une poulie 6 et équilibré par un
poids 7. -J •• 1
Sa base repose sur un socle 8, muni d’une rainure circulaire qu’on emplit de liquide et qui isole
la cavité 2 de l’air extérieur par fermeture hydraulique. Pour pénétrer dans l’instrument, on le soulève au-dessus du sol et on le laisse retomber dans la rainure 8, une fois en place. Cette manœuvre ne présente aucune difficulté grâce à la suspension de l’instrument. Au-dessus du socle débouché un tuyau 9 qui passe à travers la cloison de la pièce. La ventilation a lieu par la cheminée 9 où brûle un bec de gaz à débit rendu constant par un petit régulateur Giroud. L’air extérieur arrive par le tube 10, situé en haut du calorimètre. La ventilation se faisant de haut en bas, la température est bien
uniforme daas l’intérieur du cylindre calorimétrique.
Supposons l’appareil relié à un manomètre en U, par le tube 3 ; si une source de chaleur est
placée en 2; elle échauffe l’air de i, et la température s’élève jusqu’à ce que la perte par rayonnement soit égale à la production. Cette augmentation de température se traduit à l’extérieur par l’élévation de la colonne d’eau du manomètre qui en donne la mesure. Ce calorimètre est un grand thermomètre périphérique, comme mon premier ; il est à air au lieu d’être à liquide. Si on employait un
Fig. 21 Sig. 22
manomètre simple il faudrait faire des corrections de température et de pression, suivant les variations du milieu ambiant.
Pour éliminer ces deux corrections, je relie la seconde branche du manomètre soit à un second calorimètre identique au premier, mais vide, soit à un grand vase 5 qui se trouve dans la même pièce. On a ainsi un vrai thermomètre différentiel, et le manomètre indique constamment Vexcès de temigérature du calorimètre sur le milieu ambiant, c’est-à-dire précisément la quantité à mesurer, d’après la loi de Newton. Je gradue l’instrument une fois pour toutes en introduisant, dans son intérieur, une source de chaleur d’intensité connue et constante (bec d’hydrogène, lampe à incandes-
Pig. 24
'cence, etc.). Je rends son pouvoir émissif constant, en le recouvrant d’un bon vernis cuit au four. S on veut sensibiliser l’instrument, il suffit d’incliner le manomètre.
Les calories rayonnées en un temps donné sont rigoureusement proportionnelles à la hauteur du manomètre.
Pour inscrire les indications du manomètre, j’avais d’abord employé le manomètre différentiel, inscripteur figuré (fig. 21).
Depuis, j’ai trouvé mieux. ... ^
. Pour les petits animaux,' j’employais le dispositif de la figure 22 qui se passe d’explication.
La figure 24 représente un double calorimètre tout en verre, à la fois compensateur et différentiel qui m’a servi pour les insectes et les fermentations.
La figure 23 représente mon dernier procédé d’instription (juillet i885). L’appareil se compose de 2 calorimètres semblables 8, 8', dont l’un sert de réservoir compensateur. L’appareil inscripteur (par changement de volume et non de pression) se compose de deux cloches gazométriques 2, 2', suspendues à chaque extrémité du fléau i, et en rapport, par les tubes 4, 4^, avec les cavités 9, 9' des réservoirs [calorimétriques. Ces cloches s’équilibrent par le même procédé que les branches du manomètre et le ' fléau i ne peut s’incliner que pour des échauffements différents du réservoir calorimétrique. Un levier 6, terminé par une plume, inscrit à l’encre les déplacements du fléau sur un cylindre d’horlogerie 7, faisant un tour en 24 heures, ou en une semaine, suivant le cas.
, Calorimètre thermo-électrique
(Journal de Robin, mars 1886, page i56)
Cet appareil repose sur le même principe que le précédent, c’est un thermomètre différentiel électrique.
11 se compose de deux soudures thermo-électriques conjuguées ; l'une d’elles (le calorimètre) est creuse et enveloppe l’animal, l'autre plonge dans l’air ambiant. L’animal rayonne à travers la soudure creuse qui l’entoure, l’échauffe, el le galvanomètre indique, par sa déviation, l’excès de température de cette soudure sur l’air ambiant. Un rayon lumineux projeté sur le miroir de l’instrument permet au plus nombreux auditoire, de suivre la marche de l’expérience sur une échelle divisée.
L’équilibre thermique est très rapidement obtenu dans ces conditions et on mesure avec une précision extrême, réchauffement de l’instrument qui est ici bien moindre qu’avec le calorimètre à air, ce qui constitue une circonstance favorable pour ne pas troubler la thermogénèse chez l’animal en expérience.
Cet appareil est excellent pour étudier la production de chaleur sur les tissus isolés de l’organisme et sur les animaux inférieurs. Il peut recevoir des dimensions microscopiques en conservant toute sa sensibilité. J’en ai fait de juste assez grands pour renfermer une larve ou un insecte.
Méthode pour mesurer instantanément les moindres variations de la thermogénèse animale
(Société de Biologie, 29 mai 1886)
L’animal est enfermé sous une cloche en verre traversée par un courant d’air qui doit être très régulier. On y arrive facilement en faisant l’appel par une trompe à eau munie du flacon régulateur. Le tube central laisse passer de l’air en excès, de sorte que, dans la cloche, l’aspiration se fait toujours sous la même dépression.
L’air qui a, traversé la cloche est échauffé par l’animal ; on mesure cet échauffement, en le faisant passer sur une des faces de la pile thermo-électrique, reliée au galvanomètre.
Il est évident, toutes choses égales d’ailleurs, que la différence de température de l’air, l’entrée et à la sortie de la cloche traduit les phases de la thermogénèse. On peut suivre, avec ce dispositif, et montrer instantanément à un nombreux auditoire, les oscillations de la production de chaleur qui échapperaient à tout autre instrument.
Ce dispositif est applicable à l’homme (fig. 25 bis).
Étuve ét température constante sans gaz ni régulateur (Société de Biologie, 22 avril 1882)
Cet appareil, imaginé pour des recherches faites à la campagne, donne des températures absolument fixés avec une source de chaleur quelconque (veilleuse, lampe, bougie, etc.).
Il est basé sua l’ébullition des liquides volatiles à basse température, comme l’éther sulfurique
qui bout à 3 5% 5 et dont on relève le point d’ébullition au degré voulu, par des mélanges en proportions convenables d’éther et de chloroforme ou d’éther et d’alcool.
Il se compose d’une étuve dont la double paroi contient le liquide volatil chauffé à l’ébullition par une lampe. La vapeur, se rend à un serpentin renfermé dans un vase parcouru par un courant d’eau froide. La vapeur condensée retombe constamment dans le vase et la température reste fixe, on le comprend, quelle que soit l’ardeur du foyer.
Régulateur de température pour le chauffage par le gaz, la vapeur sous pression, l’eau bouillante
ou les comdustibles liquides
(Voir Notice de Wiesnegg, du ii juin 1877)
X* Cet appareil, entièrement métallique, se compose d’un réservoir i, de forme variable, contenant
un liquide dilatable, hermétiquement clos (fig^ 25).
Les variations de volume agissent sur une membrane métallique 2, de baromètre anéroïde, qui
î; Fig. 26 et 25 bis
règle le passage du combustible (gazeux ou liquide) arrivant au régulateur par le tube 4, et se rendant au foyer par le tube 5.
Cet instrument est réglé d’avance, pour toutes, par le constructeur, pour une température déterminée. Les premiers installés, en 1876, au laboratoire de M. Pasteur, fonctionnent encore régulièrement.
Faits observés sur les animaux, à l’aide du calorimètre enregistreur
Toutes les observations qui suivent sont consignées dans des tracés graphiques fournis par le calorimètre, sans aucune retouche. Elles forment un volumineux registre que Je tiens a la disposition des personnes qne ces questions pourraient intéresser. Je n’ai pas fait clicher ces tracés dont le nombre aurait entraîné des dépenses considérables. Ces courbes donnent ^les calories developpees par l’animal en expérience, en fonction du temps. Presque toutes ont ete obtenues à l’aide de mon premier calorimètre représenté figure 4 de la présente notice.
1* Influence du poids et de la taille sur la thermogénèse animale
(Travaux du laboratoire de Marey, 1878-79, et Société de Biologie, 1880 et 1884)
Avant mes expériences, on considérait la production de chaleur comme variable suivant les espèces animales, et, pour une même espèce, on s’accordait à admettre que les petits animaux, à égale
température centrale, doivent produire relativement plus de chaleur que les gros. Cependant on n’avait aucune donnée certaine, la calorimétrie, seule, pouvant fournir, à cet égard, des mesures précises. Mes expériences m’ont démontré que pour un même poids d’animal, la chaleur produite est simplement fonction de la surface.
2° Influence de l’espèce animale . . > .
(Travaux du laboratoire de Marey, 1878-79
On n’avait, avant ce travail, aucune idée certaine sur la production de chaleur correspondant à x» un même poids d’animaux êêespèces différentes.
La mesure de la température centrale peut à peine donner une présomption en faveur de l’activité de la thermogénèse. Les oiseaux qui ont, dans le cloaque, une température voisine de 42” centigrades ne sont peut être pas plus producteurs de chaleur que les mammifères, dont la chaleur centrale est moindre d’environ 4®.
La haute température des oiseaux peut tenir à la moindre conductibilité de leur plumage, qui
Fig. 26. — Les temps sont comptés sur l’axe des abscisses, à raison de 6 centimètres â l’heure; chaque expérience a durée i h. 40 minutes. Les calories se comptant sur l’axe des ordonnées, à raison de i millimètre par calorie. — P, courbe calorigraphique de la poule; L, du lapin ; G, du chat; G', du chien; G", des Gobayes.
conrtitue 'pour eux une protection contre les causes de refroidissement plus parfaite que le poil de certains animaux.
Pour faire des expériences rigoureusement comparatives, il fallait mettre dans le calorimètre des animaux de poids égal, mais d’espèces diffrentes. C’est ce que j’ai fait en opérant sur cinq espèces différentes d’animaux : chien, poule, cobaye, lapin, chat.
Le tableau suivant donne les poids et les températures rectales de ces cinq animaux.
Espèces
Poids
Température rectale
Chiens
2,700 kil.
Poule
Cobayes
Lapin
Chat
n’a pas été prise
Les courbes calorigraphiques recueillies sur ces espèces d’animaux sont représentées dans la figure 26.
On voit que la poule a produit moins de chaleur que les autres animaux ; son poids, il est vrai, était plus faible, mais, en tenant compte de cette infériorité, on peut conclure que la production de chaleur n’est pas plus grande pour elle que pour le lapin. La haute température du cloaque doit donc s’expliquer par la conservation plus parfaite de la chaleur produite, grâce à l’abri que constitue le plumage.
En comparant la production de chaleur des cobayes à celle des lapins qui représentaient sensiblement le même poids, on voit que les cobayes font, à poids égal, au moins deux fois autant de chaleur que les lapins,
3* Influence du tégument externe
rv» Cette influence résulte simplicitement de l’expérience ci-dessus qui montre que la plume protège
mieux que le poil, puisque, à surface égale de déperdition, la poule a perdu moins que le lapin, bien qu’elle eût une température de 4 degrés plus élevée. J'ai constaté le même fait en coupant le poil à des lapins, ou en les enduisant d’huile comme on le verra plus bas.
4’ Influence de la température du milieu ambiant
(Société de biologie, 1884)
ÎV” »0 11 faut, pour apprécier cette influence, que la température du milieu où est l’animal reste évidem¬
ment constante. Ma méthode calorimétrique seule donne ce résultat.
La production est, en général, proportionnelle à l’abaissement de la température extérieure, entre 0° et 1 5”, mais cette proportionalité n’est pas rigoureuse. Aux basses températures, l’animal produit proportionnellement moins, bien que sa température centrale reste la mène. Cela prouve que sa surface de déperdition physiologique n’est pas constante comme sa surface physique. Par conséquent, la connaissance de la surface géométrique d’un animal n’est pas sufiisante pour qu’on en puisse déduire sa perte par rayonnement. Il faut tenir compte aussi de l’état de la circulation périphérique. L’animal lutte donc contre le froid de deux façons :
En diminuant sa circulation périphérique ;
2° En augmentant par son système nerveux l’intensité des combustions organiques.
Au-dessus de 20 degrés, il n’en est pas ainsi, Vanimal n’est plus maître de la production qui augmente avec la température du milieu ambiant. Pour lutter contre l’élévation de température, il n’a plus qu’un moyen : augmenter la perte par dilatation vasculaire périphérique et par évaporation.
Le calorimètre montre pour ce fait intéressant que nous sommes beaucoup mieux armés pour lutter contre le froid que contre la chaleur.
5° Influence de la pression barométrique
; (Biologie, 1884 et cours du collège de France, 1886)
îto Je n’ai pas pu étudier l’influence de l’augmentation de pression; n’étant pas outillé pour cela.
J’ai dû, en conséquence, remplacer la pression en faisant respirer à l’animal de l’oxygène pur.
Constamment, j’ai observé une diminution marquée dans la thermogénèse, surtout au début de l’expérience.
En passant d’une pression de 760 millimètres à 5oo millimètres, je n’avais pas constaté de résultats bien marqués sur le cobaye et le lapin ; mais en reprenant ces expériences dans mon cours de l’hiver 1886, et en poussant la dépression jusqu’à 200 millimètres, j’ai vu la diminution de pression coïncider avec une diminution très notable dans la production de chaleur.
Le fait est intéressant au point de vue des habitants des hauts plateaux et de l’aérothéraphie.
6° Influence de la composition galeuse du milieu
(Société de biologie, 1884)
31 Lai constaté que l’asphyxie brusque ou l’asphyxie par l’acide carbonique pur augmente beaucoup
la production de chaleur. Lorsque, au contraire, on fait respirer à l’animal une atmosphère ne contient que 5 à 10 0/0 d’acide carbonique, la production de chaleur est notablement diminuée.
7" Influence de l'abstinence
(Société de biologie, i88i)
L’abstinence agit d’une façon absolument différente chez les mammifères et chez les oiseaux. Au bout de 12 heures d’abstinence, la production a notablement diminué chez une poule et des pigeons ; après. 36 heures la production chez la poule était tombée à moitié. Chez un chien, la production, après 36 heures, avait seulement diminué 4’un cinquième ; chez quatre cobayes, la production était encore la même au bout de 48 heures. Ceite observation coïncide bien avec ce fait connu que les oiseaux ont besoin de manger plus souvent que les mammifères.
8* Influence de la digestion
(Société de biologie, 1880 et 1884)
Chez les animaux que j’ai expérimentés (chiens, lapins, pigeons, cobayes, poules), la production de chaleur a augmenté notablement pendant les deux premières heures environ qui suivent le repas, cette augmentation a été même de plus de moitié sur un chien à jeun depuis 24 heures.
9“ Influence de la lumière
(Biologie, 1880)
J’ai nettement constaté, mais chez les oiseaux seulement jusqu’à présent, une diminution dans la production de chaleur, sous l’influence de l’obscurité complète. Peut-être cela tient-il seulement à ce que ces animaux cessent tout mouvement dans l’obscurité, ce qui n’a pas lieu, en général," pour les mammifères.
10* Influence des enduits et vernis appliqués sur la peau
(Biologie, 1881 et 1884)
Les animaux à fourrure (lapins, cobayes) qu’on recouvre d’huile, de glycérine ou de dextrine présentent un notable abaissement de la température centrale au thermomètre, ce qui avait fait dire que chez eux la production de chaleur diminuait sous cette influence.
Le calorimètre m’a montré précisément le contraire. Cet abaissement de la température coïncide au contraire, avec une production exagérée, ainsi sur un lapin qui produisait 18 calories à l’heure, à l’état normal, en dégageait 35 après avoir été frottée d’huile d’olive, un autre'qui dégageait 10 calories, en a dégagé 28 après avoir été frotté d’huile de lin. Ces diverses expériences m’ont montré que les enduits, et surtout l’huile de lin, augmentait considérablement le rayonnement d’un animal. Dans ces conditions, on peut dire que les animaux meurent de froid parce que la production de calorique est insuffisante à compenser la déperdition. Ces faits pourraient expliquer pourquoi certaines populations (nègres) exposées à de hautes températures, ont toujours une sécrétion huileuse de la peau et pourquoi l’application d’une couche d’huile sur une brûlure superficielle, calme la douleur comme une application de froid. Cet exemple est typique également pour montrer combien le thermomètre est capable de nous induire en erreur sur les variations de la thermogénèse.
11* Influence de l’incubation et du développement
■ : (Académie des Sciences, juillet 1881, et biologie, 18 juin 1881)
Le calorimètre m'a montré, d’une manière directe, que l’œuf de poule en incubation ne se comporte pas comme un corps inerte. Pendant toute la première semaine environ, il absorbe beaucoup de chaleur pour en dégager, au contraire, à la façon d’un être vivant vers la fin de l’incubation, avant l’éclosion du poussin.
12“ Variation du pouvoir émissif de la peau humaine
(Biologie, i88i)
Par la calorîmétrîe locale, j’ai montré, qu’à surface égale, il n’est pas deux points de la peau qui rayonnent des quantités égales de chaleur. De plus, le rayonnement d’une même surface change d’un moment à l’autre. C’est la preuve éclatante de l’indépendance absolue des circulations locales.
Donc, 'toute méthode qui voudrait évaluer la production de chaleur par la mesure des surfaces de déperdition, comme on le lait en physique pour les corps bruts, ferait fausse route. Une même surface, dont l’excès de température sur le milieu ambiant, reste constant, perd par moitié de temps une même quantité de chalecr. C’est un fait évident quand on considère une surface inanimée quelconque.
J’ai constaté qu’il en était autrement pour la peau humaine (biologie, 29 novembre 1884). Pour cela, j’ai mesuré à la fois la température locale de la peau de l’avant-bras et la chaleur rayonnée par un cercle de 5 centimètres de diamètre de cette peau. Or, ^température superficielle égalé, j’ai obtenu des nombres variant du simple au double. Ce fait ne pouvait s’expliquer qu’en admettant que la secrétion cutanée modifie le pouvoir émissif de la peau. J’ai vérifié cette hypothèse en mesurant ce pouvoir au moyen da la pile Melloni et du galvanomètre. Le pouvoir émissif varie du simple au donble en enduisant la peau d’un corps gras. Une conséquence importante à tirer de ce fait, c’est qu’on ne peut pas affirmer qu’il y ait hypergénèse thermique alors même que la thermogénèse montrerait une hyperthermie à la fois centrale et superficielle, car cette double augmentation peut néanmoins s’accompagner d’une perte moindre (et, par conséquent d’une production moindre), si le pouvoir émissif de la peau a subi un changement en sens inverse. Cette expérience montre, une fois de plus, combien la thermométrie est infidèle pour constater les variations de la production de la chaleur animale, le thermomètre nous renseigne exclusivement sur sa répartition.
13“ Influence de la fièvre
J’ai provoqué un état fébrile, expérimentalement, chez des animaux, en 1881, en injectant dans une patte de l’ammoniaque liquide ou 'des liquides virulents (culture charbonneuse) extrêmement actifs et que je devais à l’obligeance de M. Pasteur. Malgré une élévation très notable de la température centrale, j’ai constaté, par le calorimètre, que Isi production de chaleur avait à peine varié. Les théories de la fièvre (variations exclusivement dans la répartition de la chaleur) dûes à Traube et à Marey, sembleraient donc recevoir une confirmation du fait de ces expériences négatives. Les faits cliniques observés récemment par MM. Albert Robin el Hénocque dans la fièvre typhoïde, montrent que les oxydations sont diminuées dans cette maladie et plaident dans le même sens. Un de mes élèves fait en ce moment des observations chez les typhiques, au moyen du calorimètre.
14* Influence du froid et des irritations cutanées (Biologie i88x et 1884)
L’influence momentanée et de très courte durée du froid (immersion dans l’eau glacée, pulvérisation d’éther, de chlorure de méthyle) sur la surface cutanée, amène une diminution passagère de la thermogénèse, mais, après 5 ou 10 minutes, la production augmente énormément chez le lapin et chez le chien.
On obtient le même effet en irritant un point, même asse^ limité, de la peau par un procédé ’ quelconque (douche de sable chaud, fustigation, etc.) Il est très probable que l’hydrothéraphie agit chez l’homme, par ce mécanisme réflexe.
iv.e , • ~
15° Coefficient de partage thermique (Biologie 1884)
La chaleur cédée au calorimètre par l’animal, provient de deux sources différentes, savoir ; la peau et le poumon. La peau perd par rayonnement, contact direct et évaporation, le poumon seulement par contact et évaporation.
J’ai appelé coefficient de partage thermique, le rapport entre ces deux quantités. J’ai trouvé pour l’homme la valeur suivante : sur 100 calories perdues, 20 à 25 seulement sont le fait du poumon.
16° Influence des anesthésiques (chloroforme, ether)
(Société de Biologie)
J’ai montré, à l’aide de l’appareil de la figure 25 bis, que les moindres traces de vapeurs anesthé- iv siques (éther, chloroforme) dans l’air respiré par un animal, suffisaient pour amener un abaissement rapide dans la production de la chaleur.
17° Causes d’erreur de la calorimétrie par rayonnement, moyens pour les éviter.
Critique expérimentale
(Société de biologie, 27 décembre 1884)
Dans cette note, j’ai fait, avec beaucoup de -soin, la critique expérimentale de ma méthode de l'i* calorimétrie par rayonnement.
Fig. 26 bia
La figure 26 bis réprésente l’appareil 'décrit figure i3, au chauffage des tubes scellés
employés par les chimistes. (Académie des Sciences, 10 janvier 1888).
Section. Il