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HISTOIRE NATURELLE GÉNÉRALE

96. Préface d'une réforme des espèces, fondée sur le principe de la variabilité restreinte des types organiques, en rapport avec leur faculté <f adaptation aux milieux.

(Société botanique de France, 1862.)

M’élevant contre la tendance générale à une multiplication indéfinie des espèces, qui complique inutilement la science et tourne à la confusion, j’établis que le seul moyen de l’arrêter est de lui opposer la barrière infranchissable d’une saine notion de l’espèce. Après avoir défini cette dernière, quant à la forme : l’ensemble des êtres qui, sous des conditions extérieures identiques, se ressemblent presque exactement aux diverses périodes respectives de leur évolution collective ou individuelle, je la considère dans son essence : un type organique transmissible héréditairement d’une manière indéfinie, sans altération profonde et irréversible, du moins pendant la période géologique actuelle. Rapprochant ensuite ces deux définitions l’une de l’autre, et les prenant pour point de départ de ma critique, je montre qu’il ne suffit pas pour être autorisé à créer une espèce nouvelle, de prouver qu’elle diffère par la forme de celles qui l’avoisinent ; qu’il faut, de plus, avoir démontré que ces caractères différentiels tiennent à l’essence même de la plante, en d’autres termes, qu’ils ne sont pas le résultat d’influences accidentelles, mais au contraire permanents. J’établis, en effet, que tout être vivant possède jusqu’à un certain degré, au delà duquel son développement, est impossible, la faculté de résister, en s’y adaptant, aux influences extérieures, contraires, auxquelles il peut être soumis. Cette faculté d’adaptation suppose une sorte d'élasticité organique, variable selon les espèces, et d’où dépend l’acclimatement. Mais des modifications morphologiques se produisant presque nécessairement dans des conditions extérieures nouvelles et très-différentes, on n’acclimate pas définitivement des espèces dans leur type originel, mais on donne naissance à des races. En effet, les caractères nouveaux ou les modifications qui résultent de cette adaptation ne sont jamais que transitoires, et il suffit de soustraire le végétal à ces influences extérieures, de le rétablir dans ces conditions anciennes pour lui restituer sa forme première. Distinguant alors avec soin ces caractères transitoires (nanisme, géantisme, par exemple) de ceux qui sont inhérents à la plante, et pour ainsi dire inaccessibles aux modificateurs, je montre que ces

derniers caractères seuls doivent être admis comme signes différentiels des espèces, parce que seuls ils constituent une base solide de classification. Je subordonne ainsi, dans la définition de l’espèce, la notion déformé à celle d’essence. Insistant ensuite sur la nécessité de séparer nettement ces deux ordres de caractères, je fais appel, non-seulement à l’observation qui serait insuffisante, mais encore à l’expérimentation, dont les résultats tendent déjà, et tendront de plus en plus, à restreindre le nombre des espèces en diminuant celui des signes essentiels ou spécifiques. J’ai de plus prouvé, contre la doctrine de la monogenèse , que la variabilité est restreinte et non indéfinie, ce qui revient à dire que l’espèce est une entité réelle et non pas seulement un groupe systématique, moins compréhensif que le genre ou la classe, mais tout aussi indéterminé que ces derniers.

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