‹ Notice sur les titres et travaux scientifiquesChapitre 7 sur 10 · VI. — INFECTION PUERPÉRALE ET MATERNITÉS · texte numérisé non relu

VI. — INFECTION PUERPÉRALE ET MATERNITÉS

Dans une communication faite à la Société de médecine publique et d’hygiène professionnelle, le 28 avril 1880, j’ai, après avoir retracé dans un historique rapide les travaux publiés depuis le commencement du siècle sur l’hygiène hospitalière des maternités, fait connaître les résultats obtenus à la Maternité par mon maître, M. Tarnier, dans le pavillon qui porte son nom, et dont j’ai donné la description.

Ces résultats me paraissaient montrer le danger qu’il y avait à réunir les femmes en couches et je concluais, en rappelant des faits observés par M. Siredey dans le service d’accouchements de l’hôpital Lariboisière : « L’isolement, mais l’isolement complet, parfait et dans un milieu sain, me paraît être le moyen le plus puissant pour faire disparaître les infections puerpérales. Aussi toute maternité devrait-elle aujourd’hui remplir ces deux conditions, en apparence paradoxales, mais qui existent dans le modèle de M. Tarnier : réunir les femmes en couches en les isolant. »

Deux ans plus tard, au mois de novembre 1882, j’étais chargé par l’Administration de l’Assistance publique du service d’accouchements de l’hôpital Lariboisière, construit sur un type absolument différent du pavillon Tarnier. Ce service était, en effet, composé d’une grande salle commune de vingt-huit lits et complètement dépourvu de chambres d’isolement pour les malades suspectes. Jusqu’en 1885, j’ai dû me borner à tirer le meilleur parti possible de cette installation dont j’atténuai progressivement les inconvénients; et, grâce à la substitution, comme antiseptique, du bi-iodure à l’acide phéniqueàl °/„, j’ai pu arriver âabaisserla mortalité par septicémie de 1,38 pour cent à 1,13 pour cent.

En 1885, j’obtins de l’administration de l’Assistance publique quatre chambres d’isolement pour les femmes suspectes. D’autre part, ayant

constaté que ce qui grévait surtout ma statistique au point de vue de la septicémie, c’étaient les femmes contaminées en ville par des mains ou des instruments malpropres, chez lesquelles les injections intra-utérines intermittentes étaient impuissantes à enrayer la septicémie, j’ai eu recours dans ces cas à l’irrigation continue antiseptique, et j’ai, dans un mémoire écrit en collaboration avec un de mes inlemes, M. Vanner, indiqué le manuel opératoire de cette irrigation, et donné les résultats obtenus à l’aide de ce traitement. Sous l’influence de ces deux modifications, j’ai vu la mortalité par septicémie tomber successivement à : 0,79 en 1885 0,65 en 1886 0, d en 1887

Si, dans cette mortalité par septicémie, je distingue les cas d’infection contractés dans le service, j’ai la progression décroissante sui-

0,80 en 1883 0,48 en 1884 0,13 en 1885 0,16 en 1886 0, » en 1887

■ D’autre part, tandis qu’en 1884 37,5 pour cent seulement des femmes accouchées dans le service présentaient des suites de couches physiologiques, j’ai vu la proportion monter à 62 pour cent en 1885; à 75,5 pour cent en 1886; à 76 pour cent en 1887, et à 82 pour cent eu 1888.

M’appuyant sur ces résultats obtenus dans une salle commune d’hôpital général, j’ai, avec la collaboration de MM. Lafollye, architectes, élaboré un projet de Maternité, dont les plans ont figuré à l’exposition d’hygiène en 1886, et établi sur le type de mon service hospitalier comme unité.

L’administration de l’Assistance publique a adopté en partie ces plans pour la construction de la Maternité de Saint-Antoine. S’appuyant sur notre conclusion qu’on pouvait, en plaçant les parturientes

dans .un milieu convenablement approprié, les réunir sans danger pour ; elles, elle a diminué dans de grandes proportions le service externe chez les sages-femmes agréées, et rassemblé un nombre beaucoup plus considérable de femmes dans le service interné de Lariboisière agrandi et porté de vingt-huit lits à cinquante, ce qui a permis d’augmenter le nombre des accouchements faits à l’hôpital (1262 en 1888, au lieu de 754 en 1887). Or, malgré l’encombrement qui en est résulté, la mortalité et la morbidité sont tombées encore au-dessous de ce qu’elles étaient en 1886, ainsi que le démontrent les chiffres publiés récemment dans une communication faite à la Société de médecine publique et d’hygiène professionnelle.

Il est inutile d’insister sur l’importance de ces résultats au point de vue du fonctionnement du service et des économies réalisées.

Pinard. — La Nouvelle Maternité et le pavillon Tarnier. Bulletin de la Société de médecine publique et d’hygiène professionnelle. 28 avril 1880, t. III, p. 143 et Annales de gynécologie.

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