Y. - OBSTÉTRIQUE OPÉRATOIRE
Réduction manuelle des présentations de la face
On admet généralement aujourd’hui qu’au début du travail, lorsque la présentation delà face a été reconnue, si l’engagement n’est pas assez prononcé pour empêcher la bascule du diamètre occipito-mentonnier, si l’enfant est volumineux, comme cela arrive le plus souvent, et si surtout le menton est en arrière, on devra tenter de transformer la présentation de la face en présentation du sommet. Hildebrand, Schatz, ont proposé différents manuels opératoires pour exécuter cette transformation. Les échecs et la difficulté de la méthode de Schatz m’ont amené à expérimenter de nouveau et à modifier le manuel opératoire employé jadis par Baudelocque et Madame Lachapelle et depuis longtemps délaissé. J’ai proposé d’introduire deux doigts ou la main
dans le vagin et de les appliquer sur la fontanelle antérieure généralement accessible, car elle se trouve au centre du bassin ou en est très rapprochée; l’autre main restée libre va, au travers des parois abdominales, à la recherche de l’occiput, et exerce sur cette région des pressions simultanées. Tandis que les doigts introduits dans le vagin pressent de bas en haut sur le frontal, les doigts appliqués sur l’occiput de poussent de haut en bas. J’ai pu ainsi, très facilement, dans un certain nombre de cas, transformer en présentations du sommet des présentations de la face.
Pin&rd. — Traité du palper abdominal. 2" édition, Paris, 1889.
Ceinture eutocique
Depuis le commencement du siècle, les rares accoucheurs qui savaient pratiquer la version par manœuvres externes ont successivement recommandé, pour maintenir le fœtus dans la situation qu’on lui avait fait prendre, le décubitus latéral ou dorsal, l’immobilité, la compression latérale, la rupture de la poche, et l’application d’un bandage de corps simple, d’une ceinture pourvue de coussinets, d’unè ceinture pourvue d’une double pelote, sans réussir k maintenir le fœtus en bonne présentation ; si bien que Schrœder pouvait dire, quelque temps avant la publication de mon Traité du palper : « Il ne faut pas espérer tirer grand avantage de la version céphalique pratiquée pendant la grossesse, car, précisément dans les cas où à la fin delà grossesse la tête ne se présente pas, la présentation de l’enfant offre d’habitude une grande variabilité et, par conséquent, la présentation céphalique que l’on a ainsi produite a peu de chances de se maintenir. » Après avoir longuement étudié, dans mes recherches sur le palper, l’accommodation du fœtus et en avoir reconnu les causes, j’ai cherché à donner à la paroi abdominale le ressort qui lui manquait et à la paroi utérine le soutien qui lui faisait défaut, dans les cas où l’accommodation ne se produit pas. J’ai fait construire dans ce but Une ceinture dite ceinture eutocique, à l’aide de laquelle est, à l’heure
actuelle, résolue, je pense, la question de la fixation du fœtus à la suite de la version par manœuvres externes. C’est ce que démontre, en particulier, ma pratique hospitalière résumée dans le Traité du palper et qui comprend cinquante-deux versions par manœuvres externes pratiquées pour des présentations de l’épaule et vingt-six pour des présenta-
. méthode pour transformer définitivement les présentations vicieuses en
présentation du sommet. — Ceinture eutocique.
Alph. Herrgott. — De la ceinture eutocique dans les présentations vicieuses.
A finales de gynécologie. 1880, t. XIII, p. 819.
Des contre-indications de la version dans la présentation de l'épaule
Dans ce travail, j’ai étudié successivement : les contre-indication^ temporaires ou permanentes de la version ; la conduite à tenir en présence de chacune de cés. contre-indications et surtout l’embryotomie, question d’une importance capitale, à laquelle sont consacrés les plus grands développements. Après avoir passé en revue 1 la version par manœuvres externes, la version céphalique et podalique par manœuvres internes, j’ai envisagé successivement comme contre-indications à la version dans la présentation de l’épaule : la non-dilatation de l’orifice, qu’elle résulte de la présentation elle-même ou d’une affection organique, cancer du col, tumeur fibreuse siégeant au niveau du col; l'engagement trop prononcé de la région fœtale; la rétraction de l’utérus accélérée et augmentée par des tentatives infructueuses de version, ou l’ingestion de médicaments ocytociques; les rétrécissements extrêmes du bassin. J’ai insisté particulièrement sur cette dernière catégorie de contre-indications. J’ai montré,en m’appuyant sur de nombreuses observations recueillies à la Clinique et à la Maternité, qu’il y a contre-indication à la version dans les bassins qui mesurent moins de 0 m. 07 si l’enfant est vivant, et indication, au contraire, toutes les fois que l’in-
troduction de la main est possible si l’enfant est mort. Au-dessous de O m. 05 la version est impossible, et il en est de même pour toute tumeur osseuse qui rétrécit le conduit utéro-vaginal.
La seconde partie comprend l’étude des moyens qui peuvent remplacer la version, et l’étude de la conduite à tenir quand le col n’est ni dilaté ni dilatable, ou la partie fœtale trop engagée. Dans le premier cas, si l’enfant est vivant, on a proposé de favoriser l’évolution spontanée; dans le second cas, l’embryotomie. On peut, comme l’avait proposé Peu, favoriser l’évolution spontanée. C’est là une entreprise audacieuse, et, à moins de cas exceptionnels, très dangereuse et tout à fait contraire aux règles de l’art. Lorsque le liquide amniotique étant écoulé, l’utérus est rétracté soit par suite d’un travail prolongé, soit par suite d’ingestion intempestive de médicaments ocytociques, il de-. vient, pour ainsi dire, superflu d’établir une subdivision se basant sur l’état de vie ou de mort de l’enfant. On ne comprend guère, en effet, comment l’enfant pourrait vivre dans ces conditions, la circulation placentaire étant tout à fait interceptée. Par conséquent, dès qu’après plusieurs tentatives de version, indispensables pour se rendre compte de l’état des parties, on aura constaté l’impossibilité de cheminer dans la cavité utérine, il ne restera plus qu'à avoir recours à l’embryotomie. Mais deux cas peuvent se présenter : ou la région fœtale est déjà engagée et, par conséquent, accessible aux instruments, alors on peut opérer immédiatement; ou l’engagement est peu prononcé et l’orifice peu dilaté, de sorte que la partie fœtale qui s’offre au niveau de l’Orifice est insuffisante. Dans ce dernier cas, je recommande de ne pas commencer l’opération qu’on ne pourrait achever et qui, de plus, serait très dangereuse pour la mère. Il faut employer l’opium, les anesthésiques et, par-dessus tout, les grands bains prolongés, mais jamais la saignée, et attendre qu’on puisse opérer.
La troisième partie est consacrée à l’étude de l’embryotomie.
Après un court aperçu historique, j’ai montré qu’en étudiant ou en analysant toutes les opérations pratiquées sur le fœtus, lorsqu’il se présente par l’épaule, on pouvait les grouper suivant trois grandes
méthodes : 1» l’éviscération ou exentération, précédée ou non de la brachiotomie, ayant pour but et pour résultat définitif la version forcée; 2° l’éviscération ou exentération sans brachiotomie; quelquefois la spondylotomie, ayant pour but et pour résultat définitif l’évolution forcée; et 3“ la section de la colonne vertébrale au niveau du tronc et du cou, ayant pour but l’extraction successive des deux parties du fœtus (rachitomie).
J’ai fait suivre la description de chaque manuel opératoire d’observations dans lesquelles l’auteur pratiqua lui-même l’opération en question. J’ai surtout insisté sur la dérotomie faite à l’aide des ciseaux de Dubois, et montré qu’au point de vue du manuel opératoire et des résultats, c’était, dans le cas particulier, l’opération de choix. J’ai attiré à ce propos l’attention sur la difficulté qu’on pourrait éprouver, dans certains cas, et principalement dans les dorso-antérieures, à pénétrer dans le sillon du cou à l’aide des doigts ou du crochet. Quand, par suite d’une très longue durée- du travail et des contractions utérines très énergiques, le fœtus est, en quelque sorte, plié en deux au niveau du cou, que la tête se fléchit latéralement, s incline fortement sur l’épaule, il faut aller chercher le sillon du cou, non pas entre la tête et l’épaule, mais bien plus haut, entre la tête et le thorax. Ce sillon céphalo-thoracique est dirigé obliquement en bas et du même côté que la tête, d’où la nécessité, pour faire pénétrer un crochet dans ce sillon, de lui imprimer un déplacement dans le même sens et non pas de l’abaisser directement dans le plan médian. .
Frappé également des difficultés de maniement qu’offraient parfois les ciseaux de Dubois, j’en ai fait croiser les manches, ce qui a notablement facilité les manœuvres.
Palper mensurateur. —Indication de l’accouchement provoqué artificiel
Si nos traités classiques nous enseignent avec raison que la pelvimétrie digitale fournit, dans la pluralité des cas de rétrécissement dubassin,
des renseignements à peu près exacts sur les dimensions du diamètre que j’ai appelé diamètre promonto-pubien minimum ou diamètre utile, ils ne nous renseignent guère sur les procédés à employer pour reconnaître le volume delà tête fœtale pendant la grossesse. Et cependant, au point de vue pratique, s’il est important de connaître exactement l’étendue de la filière pelvienne, il ne le serait pas moins de connaître le volume du corps qui doit la traverser, c’est-à-dire de la tête fœtale. Malheureusement, comme éléments de cette dernière appréciation, nous ne pouvons nous appuyer que sur des ' données extrêmement vagues. On connaît, il est vrai, les moyennes des diamètres de la tête aux différentes époques de la grossesse, mais nul n’ignore combien ces moyennes, appliquées à tous les cas, s’éloignent de la vérité. De plus, en admettant que le volume de la tête fœtale soit sensiblement le même pour tous les fœtus, il resterait toujburs une inconnue à résoudre : l’âge exact de la grossesse. Pour parer à ces inconvénients qui ont frappé tous les accoucheurs,et quiles exposentà provoquer l’accouchement ou trop tôt ou trop tard, on a proposé déjà un assez grand nombre de moyens. C’est ainsi que certains auteurs préconisent les indications que l’on peut obtenir en observant la taille des parents et les dimensions de leur tête, leur âge, la race à laquelle ils appartiennent, ete. .11 faut avouer que cette crâniométrie est par trop indirecte, et ne donne à l’esprit que des soupçons relatifs au développement de la tête fœtale, ce qui est loin d’être suffisant. D’autres, et Matthews Duncan en particulier, conseillent de recourir à la crâniométrie intra-utérine Mais il faut reconnaître que les moyens conseillés par cet auteur pour arriver à ce résultat sont aussi peu efficaces que peu pratiques. J’ai essayé moi-même, un grand nombre de fois, de mesurer la tête à travers la paroi abdominale et la paroi utérine à l’aide d’un compas d’épaisseur, et je dois reconnaître que les dimensions constatées au moment de la naissance et comparées à celles obtenues' pendant la grossesse, quelques jours avant l’accouchement, étaient souvent loin d’être semblables. Aussi ai-je abandonné ce procédé, excepté pour des cas particuliers (hydrocéphalie), et i’ai recours, depuis bientôt trois ans, au
palper mensurateur. Dès que, chez une femme enceinte, dans le cours du septième mois, je trouve la tête non engagée, je ramène cette der- . nière, si elle n’y est pas déjà, au-dessus de l’aire du détroit supérieur; je l’abaisse, je fais en sorte que la présentation soit franchement longitudinale, pour que la tête soit parfaitement d’aplomb au-dessus de l’excavation. Je la saisis alors avec les deux mains du front à l’occiput, en lui imprimant quelques mouvements de latéralité, afin de la faire toucher par le plus grand nombre de points possible à l’ouverture pelvienne.
Cela fait, je la fixe en portant ma main au niveau du cou et en pressant de haut en bas. Puis, avec l’autre main, je vais à la recherche de l’arc antérieur du bassin, du bord de la symphyse pubienne, et, à ce niveau, je tente, en déprimant la paroi abdominale, d’insinuer mes doigts entre la symphyse et la tête, tout en continuant à presser avec l’autre main de haut en bas. Il arrive assez souvent que la main qui agit sur la tête au niveau de la symphyse, la fait légèrement tourner sur son grand axe, la redresse et la met perpendiculaire au plan du détroit supérieur, en faisant disparaître l’inclinaison sur le pariétal antérieur, inclinaison qui est la règle quand le ventre n’est pas en besace. Ce redressement de la tête ne peut que rendre l’évaluation de la tête plus exacte. Je me rends alors aisément compte de l’engagement facile, possible ou impossible de la tête dans l’excavation.
J’apprécie, quand la tête est arrêtée au niveau de la symphyse, prise qu’elle est entre l’arc antérieur du bassin et l’angle sacro-vertébral, si elle déborde la symphyse et de combien elle la déborde. On trouve, en procédant ainsi, des indications nettes de l’intervention immédiate ou prochaine. On n’est pas seulement renseigné sur le moment où l’on doit interrompre la grossesse ; on possède encore des éléments d’appréciation précieux, concernant les tentatives, d’extraction quand celle-ci est nécessaire. Dans bien des cas où le toucher mensurateur démontre que le bassin est rétréci et quelquefois notablement, on peut laisser la grossesse aller jusqu’à terme lorsque le palper mensurateur, pratiqué presque quotidiemment, démontre qu’il n’y a pas disproportion entre
les dimensions de la tête et celles du bassin. Par contre, on provoquera l’accouchement alors que le promontoire est à peine accessible, lorsque le palper démontre que le fœtus est volumineux et que la tête ■ne s’engageant pas, menace de déborder la symphyse. J’ai indiqué dans mon Traité du palper les conditions dans lesquelles on devait se placer pour éviter l’erreur résultant : 1° De la réplétion de la vessie et du rectum; 2» de l’insertion du placenta sur le segment inférieur de l’utérus, cause fréquente de non-accommodation pelvienne.
Pinard. — Traité du palper abdominal, 2« édition, p. 202.
Champetier de Ribes. — De l’accouchement provoqué, observations v, vr, vu, vm, ix, x, xi, xiii, xiv, xv, xvi, in-8. Paris, 1889, G. Steinheil.
De l'application du forceps au détroit supérieur rétréci
Si, depuis longtemps, on admettait que l’application idéale du forceps au détroit supérieur était l’application régulière sur les régions pariétales, tous les accoucheurs, depuis Deleurye, professaient, contrairement aux idées de Smellie et de Baudelocque, que c’était là une prise impossible, en raison des rapports des bosses pariétales avec le promontoire et la symphyse pubienne.
Le forceps était donc appliqué sur les côtés du bassin, une cuiller directement à gauche, l’autre directement à droite, ce qui revenait à prendre la tête du front à l’occiput, prise très irrégulière, très peu solide et ayant, outre l’inconvénient d’entraîner la tête en l’immobilisant, celui de tendre à réduire inutilement le diamètre occipitofrontal, en augmentant le bi-pariétal qu’il eût été bon de diminuer.
Plus près de nous on avait, d’après les conseils de Ramsbotham et de Simpson, substitué à cette application de forceps dite directe ( la prise dite oblique, oblique par rapport à la tête et par rapport au bassin, application moins mauvaise que la fronto-occipitale, mais très mieneure encore à la bi-pariétale.
Ayant observé à maintes reprises, au cours de mon clinicat, les résultats déplorables de ces méthodes, tant pour l’enfant que pour la mère,
j’ai, depuis 1883, entrepris de démontrer qu’il était possible, dans tous les cas où l’emploi du forceps est indiqué, de faire, sur la tête, au niveau ou au-dessus du détroit supérieur, l’application idéale, c’est-àdire de placer les cuillers sut les régions pariétales, l’une directement devant le promontoire, l’autre directement derrière le pubis. Outre les avantages dès longtemps reconnus par Baudelocque, cette façon de procédër a encore celui de commencer, à l’aide de la cuiller antérieure agissant comme levier, la bascule de la tête. Enfin, grâce aux modifications apportées au forceps par M. Tarnier (traction rendue indépendante de la préhension, forceps guidé par la tête), la tête saisie par les oreilles reste absolument libre dans ses mouvements de flexion et d’extension, comme l’indiquent les oscillations externes visibles des branches de préhension, mobile sur son axe transversal et sur place, pouvant enfin se déplacer en masse, c’est-à-dire se porter pendant l’extraction d’un côté ou de l’autre du bassin.
Depuis 1883, tant dans mon service de Lariboisière qu’à la Clinique de la Faculté, j’ai poursuivi ces recherches cliniques, et démontré, par ma pratique personnelle, la possibilité de ce procédé que mes élèves ont maintes fois répété sous ma direction. Je crois avoir ainsi solidement établi que les craintes jadis formulées par Smellie et Baudelocque à ce sujet n’étaient nullement fondées.
Le manuel opératoire auquel j’ai recours a été décrit tout au long dans la thèse d’un de mes internes, M. le Dr Lepage, qui a relevé lesrésultats de ma pratique. Sur vingt-neuf cas de rétrécissements du bassin, vingt et une fois le forceps régulièrement appliqué sur les régions pariéto-malaires a triomphé de l’obstacle. Toutes les mères ont guéri; dix-huit enfants sont sortis vivants de la Maternité du neuvième au vingtième jour.
détroit supérieur. Thèse, ci. Gazette hebdomadaire.
Le Basiotribe Tarnier.
Dans ce mémoire, après avoir montré les imperfections du céphalotribe malgré les nombreuses modifications qu’il avait subies depuis Baudelocque neveu, j’ai exposé les recherches expérimentales faites par moi à la Maternité et à la Clinique d’accouchement de la Faculté, dans le but d’étudier le basiotribe présenté à l’Académie de médecine, en décembre 1883, par M. Tarnier. Je les ai rapprochées des expériences faites par le Dr Truzzi, et j’ai exposé également les résultats fournis en clinique par cet instrument, que j’ai été le premier à employer sur la femme vivante à la Maternité de Lariboisière, le 17 janvier 1884. M’appuyant sur ces documents, j’ai montré que la qualité principale du basiotribe, ce qui constitue sa supériorité incontestable et absolue sur le céphalotribe, c’est son pouvoir de fixer la tête et de l’empêcher de fuir l’action destructive de l’instrument. Certainement l’inégalité des branches est une très heureuse conception, mais la prise de la tête entre le perforateur et la branche gauche est la caractéristique dominante de l’instrument. Que l’on ait affaire à une présentation de la face ou du sommet, quelle que soit la position et sa variété, le broiement de la tète est aussi facile que certain.
J’ai démontré la différence d’action exercée sur la tête, suivant que l’occiput ou le menton se trouvait à droite ou à gauche du bassin. Dans les 01 G, le petit broiement a pour effet de fléchir légèrement la tête. C’est le contraire qui a lieu dans les 01 D. Dans les M I G, le petit broiement produit une légère flexion, et ilaugmente la déflexion dans les MI D. Ce léger mouvement de flexion ou d’extension se produit par le même mode d’action de l’instrument. La portion de la tête comprise entre le perforateur et la 'petite branche tend à s’échapper . dès qu’on cherche à produire le rapprochement.
Mais cette fuite reste à l’état de tentative, pour ainsi dire, car la tête est bientôt arrêtée par l’extrémité recourbée de la branche gauche et,
dans certains cas, par la présence de l’olive du perforateur qui fait saillie à l’intérieur du crâne et prend un point d’appui à la périphérie de l’orifice de perforation. Intéressants à constater, ces mouvements de flexion et d’extension n’ont qu’une importance secondaire au point de vue du résultat final, car ce n’est pas comme pour le crânioclaste : il importe peu que la base se place de champ ou non; elle n’échappera pas au broiement exercé par la branche droite. Cette dernière, en effet, accomplit toujours son trajet en remplissant son rôle destructif, quelle que soit la résistance qu’elle rencontre sur son chemin.
Mais en avant et en arrière de la portion de la tête comprise entre les branches, certaines parties échappent plus ou moins à l’action de l’instrument. Quand la perforation, en raison de l’inclinaison de la tête ou du rétrécissement très prononcé du bassin,n’a pas été pratiquée au centre de la sphère céphalique, il arrive qu’une portion plus ou moins considérable de la voûte et de la base reste intacte après un premier broiement.
J’ai montré comment on pourrait saisir la tête à peu près régulièrement entre les branches de l’instrument, de façon que les parties débordant les branches soient égales des deux côtés. Mais en supposant que la prise régulière ne puisse se produire dans tous les cas, et qu’un premier broiement n’ait pas assez aplati la tête pour lui permettre de s’engager facilement dans l’excavation, il faudra procéder à un second broiement plus facile encore que le premier. C’est la conduite que j’ai suivie avec un plein .succès soit dans mes expériences, soit en agissant sur la femme vivante, et toujours ce second broiement m’a suffi, la tête ayant été dans tous les cas réduite à l’état de disque parfait. La crainte de produire des esquilles par des broiements répétés ne doit pas arrêter.
J’ai pratiqué en effet, sur la même tête, et à dessein, trois ou quatre broiements, et je n’ai jamais vu se produire d’esquilles.
Dans une dernière partie, j’ai décrit avec détails le manuel opératoire de la basiotripsie, et j’ai insisté en particulier sur le placement de la branche gauche. Lorsque le rétrécsisement n’est pas considérable et
que la perforation a été pratiquée non loin de la suture sagittale, on peut la placer directement sur le côté du bassin, parce qu’elle ne sera ainsi ni trop en avant ni trop en arrière de la tête. Au contraire, avec un rétrécissement considérable, une tête volumineuse, il vaut mieux laisser la branche en arrière, 5 en rapport avec la symphyse sacroiliaque. Dans ce cas, en effet,la tête projetée en avant par l’angle sacrovertébral. déborde la symphyse, et toute branche placée directement , sur le, côté du bassin correspondra à la partie postérieure de cette tête. Lorsqu’on éprouve .quelque-difficulté à placer la cuiller droite à l’extrémité du diamètre occupé par la cuiller gauche, il faut mobiliser la tête et la faire tourner à l’aide de la branche gauche pour rendre l’articulation possible. Pour pratiquer le second broiement on désarticule les deux branches que l’on retire successivement, mais on laisse en place le perforateur; puis on introduit la branche gauche directement à gauche, la branche droite directement à droite et’on opère comme précédemment. De cette façon, ainsi qu’en témoignent deux de nies observations, la tête est broyée suivant deux diamètres perpendiculaires et complètement aplatie.
Pinard. - Le basiotribe Tarnier, in-8, avec 11 figures et 3 planches en chrome lithographie. Paris, G. Steinheil, 1886.
H. Varnier. — Céphalotribe et Basiotribe. Gazette hebdomadaire, mars 1889.
De l'opération césarienne
En 1879, j’ai publié, dans les Annales de Gynécologie, un mémoire destiné à vulgariser en France les résultats obtenus par Porro dans l’opération césarienne suivie de l’amputation utéro-ovarique. J’ai rassemblé dans ce but trente-huit observations. Dès cette époque, et malgré les résultats de beaucoup supérieurs fournis par les nouveaux procédés d’opération césarienne, j’arrivais à cette conclusion que tant qu’un sacrifice serait nécessaire, il ne fallait pas hésiter à sacrifier l’enfant de préférence à la mère, et préférer l’embryotomie à l’amputation utéro-ovarique. Depuis lors l’opération de Porro a été abandonnée comme méthode
générale d’opération césarienne, et les travaux de Sanger, vulgarisés en France par mon élève M. Potocki, ont diminué dans des proportions plus considérables encore la mortalité de l’opération césarienne. Pendant qu’en Allemagne, en Angleterre et en Amérique s’accusait un mouvement tendant à substituer définitivement l’opération césarienne à l’embryotomie dans les rétrécissements même non extrêmes du bassin, les heureuses modifications apportées par mon maître, M. Tarnier, à la céphalotripsie nous permettaient de réduire à zéro la mortalité maternelle dans l’embryotomie. Ayant pratiqué quinze fois la basiotripsie dans les conditions où Sanger a recours à l’opération césarienne (enfant à terme et vivant, mère bien portante), j’ai vu quinze fois des suites de couches physiologiques. Rassemblant toutes les opérations pratiquées dans les mêmes conditions que les miennes par M. Tarnier ou mes collègues des hôpitaux, j’ai pu. arriver à un total de quarante-neuf cas donnant quarante-neuf succès, et j’ai formulé les conclusions suivantes :
Jusqu’à ce que l’opération césarienne qui, si perfectionnée qu’elle ait été par Sanger, donne encore une mortalité de 7,6 pourcent, donnede pareils résultats, nous devons la considérer comme une opération de nécessité à laquelle on ne doit recourir que dans les rétrécissements les plus extrêmes; au-dessus de 4 centimètres, limite fixée par M. Tarnier, il faut s’en tenir à la basiotripsie qui, pratiquée dans les règles et avec l’antisepsie la plus rigoureuse, n’expose la femme à aucun des accidents que lui font courir les laparotomies les mieux conduites : choc, hémorragies, etc. ■
Pinard. — De l’opération césarienne suivie de l’amputation utéro-ovarique.
Annales de gynécologie, 1879, in-8. Lauwereyns, 1880.
Pinard. — Basiotripsie. Parallèle entre celte opération et la laparotomie. Leçon professée le7 juin 1887 à la Clinique d’accouchements. In Union médicale,