THÉRAPEUTIQUE EXPÉRIMENTA
Tout en n’approuvant pas cette modification pour le moins inntile dans le manuel de la transfusion, il m’a paru intéressantde rechercher si le sang complet ou défibriné injecté dans le péritoine est résorbé
Je suis parvenu à donner une preuve directe et tout à fait évidente de cette résorption en nature, en injectant du sang de chien dans le péritoine du chevreau. Les globules rouges du sang de chien sont beaucoup plus volumineux que ceux du chevreau, de sorte qu’on les reconnaît à première vue lorsqu’ils ont pénétré dans les vaisseaux de cet animal. J’avais d’abord injecté du sang de chevreau dans le péritoine du chien sans obtenir de résultat. Cela tient à ce que les globules du chevreau s’altèrent immédiatement et se dissolvent dans le sang du chien. L’inverse n’a pas lieu, les globules du chien restant, au contraire, intacts pendant plusieurs heures dans le sang du chevreau. J’ai donc pu reconnaître facilement les globules du chien dans le sang général du chevreau et suivre la résorption du sang en nature après la transfusion péritonéale. La présence de globules rouges du chien dans le canal thoracique du chevreau pendant le cours de cette résorption m’a permis d’affirmer que le passage des éléments figurés du sang se taisait en partie par les lymphatiques. Mais le nombre des globules rouges de chien qu’on trouve dans le canal thoracique étant relativement peu considérable, il n’est pas impossible que les globules rouges, soumis dans l’abdomen à une forte pression, puissent également pénétrer directement dans les capillaires sanguins en traversant leur paroi de dehors en dedans.
me M. Barrie» (N" 2M). - De la mort par hémorragie (N» 206).
Mes études sur les transfusions m’ont tait voir que lorsqu’on saigne un chien è blanc, il arrive un moment où l’agonie est assez avancée pour qu’il soit impossible de faire revenir l’animal ù lui à l’aide d’une transfusion immédiate. Et, cependant, lorsque cette opération inter-
vient quelques secondes plus tôt, elle produit facilement un retour complet à la vie.
La quantité de sang perdu est ici hors de cause, car au moment où commence l’agonie la perte de sang est arrêtée, et, si elle ne l’est pas, on peut la supprimer sans modifier les résultats des expériences.
Voici exactement ce qu’on observe.
Le chien est à l’agonie ; bientôt ce sera irrémédiablement un cadavre. Vous examinez avec la plus grande attention le réflexe cornéen.
Si, au moment même où ce réflexe disparaît, on restitue au chien une certaine quantité de sang, en quelques instants toutes les grandes fonctions se rétablissent. La quantité de sang injecté est-elle suffisante, l’animal reprend des allures vives et un aspect normal; il se ressent à peine de la secousse.
L’opération intervient-elle quelques secondes (deux à cinq) plus tard, la transfusion ne produit plus qu’un simple remplissage des vaisseaux, l’agonie se poursuit, le retour à la vie n’est plus possible.
Evidemment, dans ce court espace de temps, un des organes essentiels à la vie a perdu la propriété d’être revivifié par l’apport du sang.
Quel est cet organe ; quelle est, dans la mort par hémorragie, la partie essentielle qui perd la première, d’une manière définitive, la propriété de recouvrer son activité fonctionnelle sous l’influence d’un nouvel afflux sanguin ?
Cette question de la survie des organes après privation de sang, c’est-à-dire après suspension des échanges, a déjà préoccupé divers physiologistes et en particulier Brown-Séquard. Elle m’a paru digne d’attirer de nouveau l’attention.
La transfusion faite par une veine périphérique amène sûrement le sang dans le cœur. Comme celui-ci n’y suscite pas de contractions efficaces, on pourrait en conclure que la mort a lieu parce que cet organe a perdu son excitabilité.
Mais dans la syncope nous observons un état dans lequel, en taisant cesser l’anémie de l’encéphale, nous réveillons le cœur, et nous devons nous demander si, dans la mort par hémorragie, l’impossibi-
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lité de ranimer le cœur n’a pas son point de départ dans l’état anémique des centres nerveux.
— Pour résoudre la partie du problème concernant les effets de l’anémie des centres encéphaliques, j’ai entrepris avec M. Barrier, actuellement directeur de l’École d’Altort, une série de recherches sur les effets des transfusions dans la tête de chiens décapités (201).
Ces expériences ont démontré qu’après la décollation, on peut entretenir la viedans les centres encéphaliques, et ranimer ces centres lorsqu’on entretient dans la tête une circulation active, soit immédiatement après la détroncation, soit au plus tard dix secondes après. C’est en nous servant du cheval que nous avons réussi le mieux à injecter de sang complet nos têtes isolées de chien.
Les centres encéphaliques paraissent donc perdre assez rapidement dans l’anémie totale la propriété d’être revivifiés parle rétablissement d’une circulation active.
Les résultats que nous avons obtenus, M. Barrier et moi, ne manquent pas d’intérêt. Mais ils n’apportent pas la solution de la question que soulèvent mes expériences sur la transfusion.
— J’ai poursuivi cette étude h l’aide de procédés différents (206). 11 serait trop long d’entrer à cet égard dans le détail des expériences. Celles-ci ont consisté en saignées faites sur des chiens dans des conditions telles qu’il était facile de produire à un moment donné, par un passage de l’animal de la position verticale à la position horizontale et de celle-ci à la position tête en bas, une sorte d’auto-transfusion des centres nerveux. J’ai fait aussi la ligature des quatre artères se rendant è la tête chez le lapin (sans détroncation), c’est-à-dire des expériences analogues à celles bien connues de Brown-Séquard.
Les conclusions générales de ce mémoire sont les suivantes :
Dans le cas où les saignées ne sont pas immédiatement mortelles, et où l’on s’aide, dans l’analyse des phénomènes, de la production des syncopes de position, suivies d’auto-transfusion, l’indépendance entre la paralysie de la tète çf celle du cœur apparaît assez claire-
Mais la question est surtout tranchée, et de la manière la plus nette, par les expériences sur la ligature des quatre artères se rendant dans la tête chez le lapin. Ces expériences montrent que le cœur continu à travailler très régulièrement quand toutes ses connexions avec les centres nerveux sont paralysées, pourvu qu’on lui assure l’apport de sang oxygéné. 11 n’a même pas besoin, pour accomplir ce travail régulier, du moins pendant un certain temps, de l’intervention des centres vaso-moteurs supérieurs.
Dans la mort par hémorragie, la paralysie du cœur est donc la conséquence de l’anémie des ganglions intracardiaques, et l’échec des transfusions tardives est le résultat d’un épuisement paralytique complet de ces centres.
Le temps nécessaire ît la perte de la propriété des centres cardiaques de pouvoir être ranimés par l’apport du sang oxygéné parait extrêmement court. Ce fait important est nettement établi parles expériences dans lesquelles les transfusions échouent lorsque l’arrêt de tout travail utile du cœur a duré environ une minute.
Les centres nerveux intracardiaques paraissent plus vulnérables que les centres encéphaliques eux-mêmes ; ils supportent moins bien qu’eux la privation de leur excitant physiologique.
On démontre encore ce tait en répétant l’expérience de Brown-Séquard, c’est-à-dire en rendant la tête complètement inerte par suite de la compression des quatre artères et en la ranimant au bout de quelques minutes, en permettant au sang de l’irriguer de nouveau.
Tant que les centres intracardiaques ont conservé la propriété de se réveiller sous l’influence de l’apport de sang oxygéné, la survie est possible. Pour être utile, il faut que la transfusion post-hémorragique soit pratiquée dans ces conditions. Lorsqu’elle échoue, on doit attribuer cet insuccès à la paralysie définitive des centres intracardiaques.
— La détermination exacte de l’enchaînement des phénomènes agoniques dans la mort par hémorragie peut s’appliquer à la théorie de la syncope.
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On voit, en effet, que le fait le plus redoutable dans cet accident est l’arrêt du cœur, et l’on comprend tout l’intérêt qu’il peut y avoir à entretenir la respiration dans les syncopes graves.
La clinique a d’ailleurs démontré depuis longtemps que la syncope mortelle ne s’observe guère que dans les maladies du cœur, et, en m’appuyant sur l’anatomie pathologique, j’ai été conduit à rattacher également à des lésions du cœur la syncope mortelle qui survient dans le cours de la fièvre typhoïde et qui, jusque-là, avait paru faire exception àlaloi générale(p. 182).
transforment l’hémoglobine en méthémoglobine (N« 184,198,199, 214).
On sait que le nom de méthémoglobine a été donné à une combinaison de l’hémoglobine avec l’oxygène, moins oxygénée que 1 oxyhémoglobine, mais stable. Elle ne peut plus perdre, en effet, son oxygène dans le vide et est incapable d’en gagner quand on l’agite à l’air. Elle est donc impropre à l’hématose, et, quand le sang en renferme une grande proportion, il en résulte un genre particulier d’asphyxie.
Les substances qui déterminent la transformation de l’hémoglobine en méthémoglobine sont très nombreuses, et parmi elles on compte plusieurs médicaments importants.
On ne connaissait guère, en France, les effets produits par ces substances lorsque j’en ai abordé l’étude. A l’étranger, où l’on s’était occupé de cette question, on s’était contenté de signaler certains corps comme capables d’altérer l’hémoglobine. On n’avait pas fait cette remarque importante que ces substances n’agissent pas toutes de la même manière sur le sang et que, par suite, elles n’entraînent pas toutes les mêmes dangers.
A l’aide de nombreuses expériences faites in vitro et sur les animaux, j’ai été conduit à les. diviser en deux classes principales, suivant qu’elles détruisent ou, au contraire, laissent intacts les globules
La base principale de cette classification repose sur ce tait, annoncé en 1884 dans une première note, à savoir, que l’hémoglobine globulaire, c’est-à-dire combinée avec le stroma globulaire, n’a pas les mêmes propriétés que l’bémoglobine épanchée dans le plasma après destruction des hématies. La première a le pouvoir de réduire la méthémoglobine pour refaire de l’hémoglobine pouvant s’oxygéner de nouveau, tandis que la méthémoglobine dissoute reste définitivement dans cet état jusqu’à sa destruction et, cela, aussi bien dans l’organisme qu’in vitro. 11 y a donc, en quelque sorte, deux variétés de méthémoglobinisation.
C’est à cause de cette différence fondamentale entre l’hémoglobine globulaire et l’hémoglobine dissoute qu’un certain nombre de médicaments, entre autres le nitrite d’amyle employé en inhalations et la kairine, sont beaucoup moins dangereux qu’on ne pourrait le craindre. Ils transforment l’hémoglobine in situ, dans le globule lui-même, sans altérer sa constitution anatomique, et quand on en suspend l’usage, le sang redevient normal en peu de temps.
— J’ai complété l’étude générale des corps méthémoglobinisants par celle de quelques-uns des plus intéressants au point de vue pratique : le nitrite d’amyle, le nitrite de sodium, la kairine, le ferricyanure de sodium, les chlorates.
Dans le cours de ces expériences, dont les détails ne peuvent être rapportés, j’ai remarqué que les substances méthémoglobinisantes produisent des effets variables suivant les espèces animales et parfois suivant les individus. Il est, par suite, difficile d’en préciser le degré de toxicité et on peut expliquer ainsi pourquoi on a vu parfois survenir chez l’homme des accidents graves, par exemple avec les chlorates, à la suite de l’administration de doses habituellement bien supportées.
8. Étude de la médication ferrugineuse (Noi 130,14"!, 151 ,1S6,157, él4),
Ces diverses publications contiennent une étude complète de l’action physiologique et thérapeutique du fer. On y trouve un exposé didac^