‹ Notice sur les titres et travaux scientifiquesChapitre 41 sur 47 · THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

THÉRAPEUTIQUE

tique et critique des principaux travaux qui ont été faits sur la pharmacodynamique du fer, en même temps qu’un résumé de recherches personnelles s’appuyant sur un grand nombre d’observations cliniques dont quelques-unes ont été utilisées par M. Moriez dans sa thèse de concours (1880).

Il résulte de ces recherches cliniques que le fer est le médicament en quelque sorte spécihque de l’anémie et en particulier de l’anémie spontanée ou chlorose.

Dans cette derniere maladie, le déficit du fer dans le sang s’élève communément à 2s',50 ou même à 3 grammes, quantité considérable que les malades retrouvent d’autant moins facilement dans les aliments qu’elles ont le plus souvent des troubles digestifs. D’où la nécessité d’introduire dans l’organisme du fer en nature pour reconstituer l'hémoglobine et rendre normale l’évolution des hématies.

Il faut donner la préférence aux protosels de fer, facilement attaqués par l’acide chlorhydrique du suc gastrique, et même, dans certains cas, faciliter cette action par l’administration de limonade chlorhydrique après les repas.

En suivant la réparation sanguine des malades en traitement, à l’aide des procédés précédemment signalés, j’ai constaté que le fer excite d’abord la production des hématies, que, plus tard, il fait accroître la proportion d’hémoglobine contenue dans ces éléments altérés et facilite ainsi la reconstitution anatomique du sang.

La propriété des ferrugineux bien choisis d’augmenter la charge des hématies en hémoglobine est tellement prononcée qu’elle s’exerce même dans le cas d’anémie grave, lorsque l’organisme ne peut plus former une quantité suffisante d’hématies. En effet, dans ces conditions, lors même que le nombre des globules rouges n’augmente pas ou diminue, le fer détermine encore une élévation notable dans la proportion de matière colorante contenue dans les hématies considérées individuellement.

— Je ne me suis pas borné à montrer que le fer est le médicament

par excellence de l’anémie, j’ai cherché à établir que l’action du fer est due à l’assimilation de ce principe et que nul autre médicament ne peut le remplacer.

La nécessité de la fixation du fer dans l’organisme a été démontrée dans le travail fait en commun avec le professeur Regnauld (147) sur le ferrocyanure de potassium.

Ce médicament, dans lequel le fer est combiné avec un radical organique, le cyanogène, traverse l’économie sans laisser aucune trace de son passage et sans contribuer à la réparation hématique.

C’est la confirmation indirecte des résultats obtenus à l’aide des ferrugineux actifs.

Pour compléter ces recherches, j’ai tait l’étude comparative des effets produits chez les chlorotiques par les principaux médicaments regardés comme capables de favoriser la reconstitution du sang. J’ai d’abord mis à l’essai le manganèse, recommandé par Trousseau, qui l’associait au ter dans les cas en apparence rebelles à la médication martiale pure. A cet effet, je me suis servi du protochlorure de manganèse parfaitement pur, administré aux mêmes doses que les sels solubles de ter. Au bout de plusieurs mois de traitement, l’état des malades n’était pas sensiblement modifié. Le manganèse ne peut donc pas être considéré comme un succédané du fer.

J’ai entrepris des essais analogues avec l’arsenic administré, soit par la bouche sous diverses formes, soit en injections sous-cutanées. Cette fois encore les résultats pharmacothérapiques ont été nuis.

11 en est fait mention dans une thèse faite sous ma direction par M. Delpeuch [De taction de tarsenk sur le sang^ Paris, 1880). M. Delpeuch a trouvé que, lorsque la dose d’arsenic n’atteint pas au moins 0«',01 par 24 heures, les modifications du sang sont insensibles. A dose plus élevée, et non toujours bien supportée, le nombre des globules diminue notablement, mais le pouvoir colorant du sang reste à peu près le même, les globules devenant un peu plus riches en hémoglobine.

11 restait encore à rechercher si les chlorotiques ne pouvaient pas

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emprunter le fer dont elles ont besoin à l’alimentation, et si le traitement ferrugineux n’agit pas chez elles, comme certains auteurs l’ont admis, en stimulant l’appétit et en relevant les forces digestives.

Pour élucider ce point important, j’ai eu recours à l’hydrothérapie d’une part, de l’autre aux inhalations d’oxygène. Mes observations sur les effets de l’hydrothérapie montrent qu’à l’aide de l’eau froide on peut facilement et assez rapidement obtenir une amélioration sensible dans les cas peu graves. L’appétit renaît, les forces reviennent, la peau se colore légèrement, le nombre des globules rouges augmente. Mais au bout de pou de temps (quinze jours à trois semaines), le bénéfice acquis ne s’accentue pas ; les globules nouvellement formés restent imparfaitement développés, en un mot la lésion du sang persiste, et cela même dans les cas où le traitement est poursuivi pendant deux, trois ou quatre mois.

Les inhalations d’oxygène m’ont donné des résultats très analogues. Elles stimulent le mouvement nutritif, sans modifier la lésion du sang.

Les hématies sont produites en plus grand nombre, mais restent tout aussi altérées ; parfois même elles contiennent d’autant moins d’hémoglobine qu’elles sont plus abondantes.

Après avoir constaté ces laits ch ez les chlorotiques soumises les unes au manganèse, les autres à l’arsenic, d’autres encore à l’hydrothérapie, j’ai prescrit chez toutes un traitement ferrugineux, et dans tous les cas j’ai obtenu promptement, soit une guérison définitive, soit tout au moins une guérison temporaire. Plusieurs fois j’ai pu suivre mes malades pendant plusieurs années, et la conclusion générale à laquelle je suis arrivé peut se formuler ainsi :

Le fer exerce, grâce à son rôle dans la constitution du globule sanguin, une action spéciale qu’aucun médicament, qu’aucune pratique thérapeutique ne peuvent suppléer. Cette action se traduit, dans un sang où les hématies sont déviées de leur évolution normale, par un retour plus ou moins rapide au type physiologique.

9, Effets physiologiques des iuhalations d’Oïygène (N“ füf, i57,168),

Les inhalations d’oxygène faites à la dose d’au moins 30 litres par jour excitentle mouvement nutritif. Elles augmentent l’appétit, élèvent très légèrement la température, accélèrent la circulation et accroissent le poids du corps, quand le sujet sur lequel on expérimente n’est pas soumis à un régime d’entretien uniforme.

Sur le sang, l’oxygène exerce une action très nette ; il excite la formation des hématoblastes et des globules rouges et élève de 3 à 10 p. 100 le contenu de ces éléments en hémoglobine. Mais ces effets sont très passagers : dès que les inhalations sont suspendues, le sang reprend rapidement sa constitution anatomique primitive.

Les inhalations d’oxygène provoquent encore, quand on dépasse une certaine dose, une légère ivresse et des fourmillements dans les extrémités (voir thèse du D’ Aune, 1880).

§ 11, — Thérapeutique appliquée

I. Des médicaUons. Des agents physiques et naturels (N" 200, 220, 226, 236, 2M).

Mes leçons de thérapeutique sur lesmédications échappent èl’analyse. J’ai indiqué dans l’introduction la manière dont elles ont été conçues etèplusieurs reprises, dans la partie analytique, j’ai cité quelques-unes des questions qui y sont traitées.

2. Traitement du choléra par les injections intraveineuses. Injections salines hypodermiques (N"‘ 190, 191, 236, 288).

Pendant le collapsus asphyxique du choléra, le sang est épaissi et surchargé d’acide carbonique, ce qui diminue considérablement sa transpirabilité, c’est-è-dire sa vitesse d’écoulement par les capillaires. Pour remédier à cet état, divers médecins onteu recours, à l’exemple de Th. Latta, aux injections veineuses, intravasculaires ; mais cette méthode a été jugée en général défavorable ou au moins inutile.

THÉRAPEOIIQÜE APPLIQUÉE.

Après avoir fait des expériences sur les animaux avec un liquide nouveau, ayant la propriété de conserver intacts les éléments du sang et qui, introduit dans la circulation, diminue ou enraye la transsudation intestinale h cause de sa richesse en sulfate de soude, je n’ai pas craint d’essayer sur une large échelle les injections intraveineuses à haute dose comme traitement du collapsus algide.

La méthode a été appliquée à 90 malades, tous gravement atteints, et la plupart dans un état désespéré. Malgré les très mauvaises conditions dans lesquelles se trouvaient ces malades dans le service spécial de l’hôpital Saint-Antoine, j’ai obtenu 27 guérisons, soit 30 p. 100 de guérisons (pour les transfusés seuls).

A cette occasion, je me suis efforcé de poser les indications des injections intraveineuses et à en décrire les effets immédiats et éloignés.

Les effets immédiats sont frappants. Voici la description que j’en ai donnée (191) ;

Lorsque les malades sont dans le collapsus complet, sans pouls, sans voix, les paupières à demi fermées sur des yeux atones et commençant à se dessécher, on croirait assister à une véritable résurrection, Après la pénétration danslâ veine d’une certaine quantité de liquide, l’œil s’ouvre, s’humecte de larmes et reprend l’expression de la vie. Le malade regarde encore d’un air indifférent ce qui se passe autour de lui, il semble sortir d’un rêve, il entend et la connaissance lui revient. Bientôt la coloration cyanique du visage s’efface, le pouls redevient sensible, le malade retrouve une voix forte et bien timbrée pour déclarer qu’il se sent mieux et pour demander à boire. En quelques minutes, on a transformé un être insensible et cadavérisé en un individu encore plein de forces. L’espérance du médecin renaît et cette preuve éclatante de la puissance de son art l’encourage à la lutte....

Je signalerai encore, entre autres faits intéressants, l’abaissement, dans quelques cas, de la température rectale, et la signification pronostique de cette grave particularité ; la possibilité de distinguer, par l’état du sang, le collapsus proprement dit de la réaction asphyxique,

Je crois avoir démontré que l’injection intraveineuse est, chez les cholériques, d’une exécution facile ; qu’elle est exempte de dangers et qu’elle constitue le traitement le plus actif et le plus rationnel de l’attaque de collapsus.

Encouragés par mon exemple, divers médecins n’ont pas craint de mettre en œuvre la même pratique. Je citerai entre autres M. le D'Rouvier (de Toulon), M. le D'Rioardo Pérez Valdès (de Madrid), MM. Gaillard et Lesage. .

—Depuis quelques années, la pratique des injections intraveineuses est entrée dans une nouvelle phase. ' .

L’étude en a été reprise expérimentalement par MM. Dastre etLoye, et un certain nombre de chirurgiens ont pensé pouvoir en obtenir des effets de désinfection générale de l’organisme.

J’avais déjà essayé antérieurement ces injections dans des maladies infectieuses, sans en tirer grand avantage. Il ne me semble pas que les tentatives récemment faites dans ce sens aient été plus heureuses.

Mais les injections salines sont restées dans la pratique chirurgicale comme procédé remarquable de remontement des forces, et elles sont couramment utilisées, en cas de grandes opérations, pour prévenir ou pour dissiper l’état de collapsus désigné sous le nom de choc opé-

Divers praticiens ont fait voir que pour atteindre ce but, il n’est pas , nécessaire d’employer la voie veineuse : il suffit de taire l’injection dans le tissu cellulaire sous-cutané.

Je fais usage de ces injections hypodermiques depuis une dizaine d’années et les considère comme un des procédés les plus remarquables de la médication sthénique.

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