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IV. Éléments à grosses granulations

J’ai étudié en détail les modifications que certaines conditions physiologiques impriment à la constitution anatomique du sang, et j’ai fait le dénombrement des divers éléments du sang chez une cinquantaine d’animaux d’espèces différentes.

Parmi ces recherches, je citerai particulièrement celles qui concernent les caractères spéciaux que présente le sang du npuveau-né humain pendant les premiers jours de la vie; les effets, sur la constitution du sang, de la digestion, du régime, de l’abstinence, de l’inanition; ceux que produisent la menstruation, la grossesse, la lactation, les suites de couches.

8. Rapports des éléments du sang, et en particulier des hémateMastcs, avec le processus de coagulation

Les hématoblastes paraissent être constitués, comme les globules rouges, par un stroma retenant une ou plusieurs matières.

L’une d’elles s’extravase dès que le sang n’est plus dans des conditions tout à fait normales. Cette substance est hyaline et extrêmement visqueuse, et c’est pour cette raison que les hématoblastes qui se rencontrent s’agglutinent, en même temps qu’ils adhèrent à tous les corps étrangers. Quand les amas sont volumineux, ils sont composés de deux parties distinctes, une centrale, comprenant les corps des hématoblastes déformés, pressés les uns contre les autres, et une périphérique, translucide, d’autant plus abondante que l’amas est plus volumineux.

HÉMATOLOGIE

Dans le sang issu du corps, les altérations des hématoblastes vont en s’accentuant ; une partie de la matière translucide semble se dissoudre dans le plasma, tandis que la partie centrale corpusculaire continue à se modifier et peut-être aussi à abandonner une portion des substances primitivement retenues dans les stromas. Bientôt le sang se coagule et des amas modifiés partent des filaments de fibrine.

On peut ensuite laver le caillotet le colorer par un procédé que j’ai indiqué et voir que les débris d’bématoblastes, résistants au lavage, font définitivement corps avec le réticulum fibrineux (fig. 4).

J’ai suivi pas à pas ces faits, au microscope, dans le sang de divers animaux vivipares et ovipares.

11 est donc certain que les hématoblastes se détruisent en partie pendant la coagulation, en livrant au plasma des matières qui semblent intervenir dans l’acte de la coagulation.

Les autres éléments du sang ne restent pas étrangers à cet acte ; mais les hématoblastes sont les seuls qui se modifient aussi profondément et fassent corps avec le réticulum fibrineux.

La lymphe pure, dépourvue de globules rouges et d’hématoblastes, se coagule. Par conséquent les globules blancs de la lymphe suffisent pour rendre un plasma coagulable.

On admet, depuis les recherches d’A. Schmidt, qu’ils fournissent le ferment de la fibrine. Mais il n’est pas nécessaire pour cela qu’ils se détruisent, au moins en partie, ainsi que l’a avancé cet observateur.

Il est certain que, dans ses études sur le sang, A. Schmidt a dû prendre pour des débris de globules blancs les amas d’hématoblastes.

Les globules rouges paraissent subir également des modifications pendant le processus de la coagulation. J'ai cité plusieurs faits qui semblent le démontrer. L’un d’eux est intéressant à rappeler, parce qu’il tend à établir un rapprochement entre les propriétés des globüles rouges et des hématoblastes.

On sait que les globules rouges, tout en étant beaucoup moins visqueux que les hématoblastes, adhèrent facilement entre eux et aux corps qu’ils rencontrent. Leur viscosité est telle que, lorsqu’ils nagent

librement dans le plasma, ils se mettent à plat l’un contre l’autre, do manière à constituer de petites colonnes plus ou moins régulières qui ont été comparées arec raison è des piles de monnaie. Lorsqu’on cherche è séparer les hématies ainsi juxtaposées, on voit les éléments s’étirer et retenus entre eux par de petits fils avant de se dessouder. Or, dès que le sang est coagulé, la viscosité dont il est question disparaît presque entièrement et les globules empilés se dessoudent et s’éparpillent avec une grande facilité, sous l’influence d’une légère secousse imprimée à la lamelle.

Il résulte de ces diverses particularités que la fibrine du sang complet est une hbrine douée de propriétés particulières. Normalement, elle est spontanément rétractile et c’est pour cette raison que le sang coagulé abandonné à lui-même fournit une certaine proportion de sérum. J’ai démontré que le plasma sanguin débarrassé par filtration à 0” aussi complètement que possible des hématoblastes, fournit un caillot non rétractile et que les portions les plus rétractiles du plasma non filtrées sont celles qui sont les plus riches en hémato-

Çes faits, tout en complétant nos connaissances sur la fibrine du sang, m’ont servi à interpréter certains faits pathologiques que j’aurai à signaler.

D’autres observations m’ont permis de préciser encore le rôle des hématoblastes dans la coagulation du sang. Elles seront mieux à leur place dans le chapitre consacré h la formation des concrétions sanguines intravasculaires.

6. De la résoTatien du sang par les hématoblastes (N» 134,138,136,131, 139, 143, 148, 140, 181, 188,186, 166, lia, 214, 288).

Cette question a déjà été traitée dans l’introduction.

Je crois utile d’y revenir en groupant méthodiquement, en trois ordres, les preuves sur lesquelles je m’appuie.

a. Une première catégorie de preuves est fournie par ce fait qu’on

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peut observer dans le sang des formes intermédiaires entre les hématoblastes et les globules rouges complètement développés.

Ces formes sont rares et peu frappantes dans le sang normal. Elles deviennent très nettes dans deux circonstances inverses : dans les réparations sanguines; dans lesarrêts de formation des globules rouges.

Dans tous les cas, sans exception, où le sang est en voie de réparation active, on y aperçoit des hématoblastes de grande taille, de très petits globules rouges, auxquels j’ai donné le nom de globules nains et des éléments qui possèdent des caractères intermédiaires entre les hématoblastes et les globules rouges. Ces éléments participent encore à la formation des amas, mais ils sont plus fixes, s’altèrent peu pendant le processus de coagulation et renferment déjà une quantité appréciable d’hémoglobine.

Ces faits sont d’observation plus facile chez la grenouille et chez les

11 suffît pour les produire de taire subir aux animaux de petites pertes de sang. Celles-ci donnent des résultats d’autant plus démonstratifs qu’elles sont incapables de susciter une excitation, même légère, des organes dits hématopoiétiques.

On voit aussi dans le sang des formes intermédiaires lorsque la réparation sanguine est entravée dans son évolution.

Ainsi, par exemple, dans certaines anémies, les altérations du sang paraissent dues à une usure ou à une destruction plus rapide des globules rouges. Les hématoblastes sont abondants et tendent à se transformer en hématies ; mais comme celles-ci sont détruites avant d’être arrivées à l’état partait ou peu de temps après l’avoir atteint, le sang renferme un

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grand nombre d’éléments en voie de transformation. C’est ce qu’on

observe notamment dans l’anémie chlorotique (fig. 15).

J’ai pu reproduire expérimentalement les altérations du sang chlorotique en pratiquant aüx chiens des saignées abondantes, assez rapprochées pour empêcher les hématies de se reformer complètement entre chaque opération. On voit alors apparaître dans le sang un nombre considérable de petits globules et d’éléments intermédiaires (fig. 6,p. 18).

b. Un second ordre de preuves est fourni par les résultats de la numération des éléments du sang et l’étude des modifications qualitatives de ces éléments dans les réparations sanguines.

Mes recherches ont porté sur les réparations du sang qui suivent les hémorragies, les transfusions, les maladies aiguës.

J’ai étudié les faits concernant les hémorragies chez l’homme, chez le chien, chez la grenouillé et chez les oiseaux.

Les cas cliniques observés chez l’homme sont assez divers.

Quand il s’agit d’une hémorragie iinique, la perte de sang est suivie d’une période de dilution sanguine d’une durée variable, d’autant plus longue que la perte est plus abondante. Pendant cette première phase, le nombre des globules rouges et celui des hématoblastes diminue, puis il se fait une poussée d’hématoblastes et bientôt le nombre des globules rouges commence à augmenter.

11 en est de même quand la perte sanguine est prolongée et en quelque sorte chronique. Lorsqu’elle a duré plusieurs jours sans interruption, le nombre des hématoblastes diihinue et reste dans le voisinage d’un certain minimum, puis immédiatement après l’arrêt définitif de l’hémorragie, il augmente, mais d’une manière moins rapide que lors de perte unique (fig. 5).: ■

Lorsqu’il s’agit de pertes multiples, mais séparées les unes des autres par des intervalles de quelques jours, il se produit après chaque perte une poussée d’hématoblastes et de petits globules rouges, mais cet effort de réparation est interrompu par chaque nouvelle perte.

Les expériences que j’ai instituées sur des chiens m’ont donné des résultats semblables (fig. 16).;

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U est plus difficile sur les grenouilles et sur les oiseaux de taire i étude détaillée des petites et des grandes pertes de sang, plus moins multipliées.

Dans toute la série des vertébrés, la marche de cette rénovation est toujours la même.

Elle commence par une accumulation souvent considérable d’hématoblastes qui est suivie bientôt d’une augmentation dans le nombre des globules rouges.

Les nouveaux globules formés sont d’abord petits, peu riches en hémoglobine, d’où résulte une diminution dans la richesse globulaire. C’est là encore un fait constant et important.

— Mes expériences sur les transfusions ont montré que ces opérations sont loin de ressembler, comme on l’a cru, à une greffe san-

■ Les éléments du sang transfusé sont détruits dans l’organisme, assez rapidement quand l’opération est faite avec du sang défibriné, plus lentement lorsqu’on emploie du sang complet. Mais, en même temps, le processus de régénération du sang est excité.

Or, de même qu’après les saignées, l’apparition des nouvelles hématies est précédée et préparée par une forte poussée d’hématoblastes.

— On observe des faits analogues ù la fin des maladies aiguës dont l’évolution s’accompagne, ainsi que je l’ai montré, d’une destruction plus ou moins active d’hématies.

Dans ce cas encore la réparation du sang s’annonce par une production considérable d’hématoblastes.

J’ai donné à ce phénomène remarquable le nom de crue hématique parce qu’il apparaît d’une manière régulière au moment de la défervescence thermique dans les maladies aiguës se terminant par la guérison (fig. 7, p. 15).

Il existe deux formes principales de crise hématique, correspondant aux deux formes principales de la crise thermique : une crise à évolution rapide, lorsque la défervesceuce est brusque (crisis); une crise traînante et h poussées successives, dans les maladies dont la défervescence se fait par lysis.

La crise hématique ayant une marche très régulière lorsqu’elle appartient à la première de ces formes, j’ai pu indiquer d’une manière

HÉMATOLOGIE

très précise les principaux caractères qu’elle offre à considérer dans les maladies à défervescence brusque.

Elle débute, dans ces cas, vers la fin de la maladie, au moment où la température fléchit et atteint presque toujours très exactement son fastighm le jour où la température redevient physiologique, c’est-ùdire dès que la défervescence est complète.

Toutes les réparations sanguines obéissent donc aux mêmes lois générales et ne sont que l’exagération ou mieux la suractivité d’un processus normal.

Les hématoblastes produits en trop grande quantité à la fois pour pouvoir se transformer au fur et à mesure en hématies s’accumulent passagèrement dans le sang. On voit alors un grand nombre d’hématoblastes de grande taille, plus résistants que les hématoblastes ordinaires et en quelque sorte intermédiaires ; puis le nombre des globules rouges nains augmente et, pendant un temps assez long, les nouveaux éléments formés, n’étant pas tous complètement développés, la moyenne des dimensions globulaires est diminuée, ce qui rend le pouvoir colorant du sang inférieur à ce qu’il devrait être proportionnellement au nombre des globules rouges.

La rénovation du sang par les hématoblastes s’effectue donc chez les animaux supérieurs de la même manière que chez ceux dont les globules rouges sont nucléés.

C’est là un tait de physiologie générale se retrouvant dans toute la classe des vertébrés.

c. Une troisième catégorie de preuves est tirée des faits pathologiques concernant les anémies chroniques.

Dans l’anémie curable par excellence, la chlorose, les hématoblastes ne paraissent pas altérés ; ils sont abondants et de grande faille, plus nombreux que dans le sang normal, comme s’ils éprouvaient une certaine difficulté à se transformer en globules rouges.

Au contraire, dans l’anémie grave entre toutes, désignée sous le nom de pernicieuse progressive, le nombre des hématoblastes est très abaissé et la maladie est d’autant mieux caractérisée qu’il est plus faible.

Après avoir reconnu l’origine hématoblastique des globules rouges, il restait à examiner s’il n’y a pas d’autres processus d’hématopoièse et à rechercher l’origine des hématoblastes.

Pour résoudre ces diverses questions, j’ai tout d’abord repris l’étude du sang de Vembryon. Ce sangest plus complexe que celui de l’adulte. Chez les mammaliens il renferme des globules rouges nucléés de taille variable, quelques-uns géants, des globules rouges ordinaires, des hématoblastes dont le nombre est proportionnel à ces derniers et quelques globules blancs.

Au fur et à mesure que l’embryon se développe, la proportion des globules rouges, excavés, sans noyau, augmente, colle des globules i noyau diminue ; les globules géants deviennent de plus en plus rares et on n’en trouve presque plus lorsqu’on approche du terme de la gestation.

Au début, chez les très jeunes embryons, beaucoup de globules rouges nucléés sont en voie de scission ; plus tard ces dernières formes tendent ii disparaître.

Dès que la formation des organes dits hématopoiétiques (foie, rate, moelle des os,, ganglions) se dessine, on constate que ces organes produisent des cellules rouges nucléées par un mécanisme qui a été bien décrit par Foa et Salvioli, puis par un de mes élèves, le D' Luzet, dans sa thèse. On sait que cette fonction hématopoiétique va en diminuant pendant la dernière phase du développement fœtal et cesse il peu près complètement au moment de la naissance. D’ailleurs le foie, la rate et les ganglions subissent à cette époque des modifications structurales qui expliquent pourquoi leur participation à la formation du sang est temporaire. La moelle des os conserve, au contraire, des caractères fœtaux qui persistent dans certaines parties jusque dans l’âge adulte.

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E. Neumann, puis Bizzozero y ont décrit des éléments nucléés, colorés plus ou moins fortement par de l’hémoglobine. Ces éléments perdraient leur noyau avant de pénétrer dans le sang général et deviendraient des globules rouges légitimes. A l’état normal la moelle des os serait donc chargée de la reconstitution du sang. Lorsqu’à la suite de pertes de sang la rénovation sanguine devient plus active, d’autres organes hématopoiétiques, et en particulier la rate, prendraient part, d’après Bizzozero, à la formation des globules rouges.

Cette théorie, acceptée par presque tous les auteurs, s’appuie, d’une part, sur tes modifications qui surviendraient dans la moelle des os et dans la rate chez les animaux saignés et, d’autre part, sur l’apparition de globules rouges nucléés dans le sang de certains malades, ainsi que dans le sang des animaux fortement saignés. Il était important de la vérifier. Les recherches que j’ai entreprises sur les mammifères peuvent se résumer dans les propositions suivantes :

Il existe dans la moelle rouge des os et parfois aussi dans la rate, des éléments colorés, tout à fait semblables aux globules rouges nucléés du sang de l’embryon et, dans quelques cas pathologiques, on peut voir un certain nombre de ces éléments dans le sang général.

L’influence des saignées sur le nombre et la multiplication de ces éléments dans la moelle des os est difficile à déterminer, l’état du tissu médullaire étant très variable chez les animaux suivant des circonstances multiples.

Cependant, à la suite de saignées abondantes, particulièrement chez le cobaye, on voit apparaître des éléments en scission dans la moelle

Dans ces conditions, on rencontre assez souvent chez cet animal et chez le jeune chien quelques globules rouges à noyau dans le sang des veines sortant des os et particulièrement dans celui des veines rachidiennes.

Ces pertes de sang paraissent aussi pouvoir augmenter la proportion des cellules nucléées et colorées de la pulpe splénique.

L’examen de la moelle des os et de la rate chez certains animaux

TRAVACX SQENTIFIQUES

préalablement saignés, tout en ne fournissant pas de résultats d’une netteté frappante, parait donc plutôt favorable que contraire à la théorie de la rénovation du sang par l’intermédiaire de ces organes.

Mais il n’en est pas de même de l’étude du sang. Dans la théorie en discussion, ies globules rouges perdraient leur noyau avant de pénétrer dans le sang général. Pourquoi n’en est-il pas de même pendant la vie é»tra-utérine ? D’ailleurs on voit quelques-uns de ces éléments dans certains cas pathologiques circuler, sans avoir perdu leur noyau, dans le sang général.

Si ces éléments étaient des facteurs actifs de la réparation sanguine, leur apparition dans ie sang devrait être de bon augure. On observe précisément le contraire.

Chez les animaux saignés et particulièrement chez le chien aduite, on ne parvient à taire apparaître quelques rares globules rouges à noyau dans le sang général qu’à la condition de pratiquer plusieurs saignées espacées, très abondantes, faisant tomber le chien dans une anémie intense.

A l’état pathologique chez l’homme, on ne rencontre des globules rouges à noyau que dans des cas d’anémie grave, au moment où le sang, loin de se réparer, s’appauvrit de jour en jour.

Au contraire, dès que l’état morbide s’améliore, les globules rouges à noyau disparaissent et le nombre des globules rouges ordinaires augmente grâce à une active formation d’hématoblastes.

J’ajoute â ces considérations que dans ies réparations sanguines étudiées avec soin chez l’homme dans les circonstances les plus diverses et chez le chien après les pertes de sang, on ne voit jamais apparaître, même au moment où ie nombre des globuies rouges s’accroît le plus rapidement, de globules rouges à noyau.

La moelle des os n’est donc pas chez les mammifères le siège de la véritable rénovation sanguine.

— Dans le cours de ces recherches, il m’a été impossible de trouver dans les organes hématopoiétiques, soit de l’embryon et du fœtus, soit de l’adulte, des éléments concourant â la formation des héma-

HÉMATOLOGIE

toblastes ou des globules rouges non nucléés. Le seul tait d’évolution concernant ces derniers éléments est celui qui a été signalé par M. Ranvier dans l’épiploon des mammifères nouveau-nés (lapin, chat).. On sait qu’il a reconnu, dans les éléments qu’il désigne sous le nom de cellules i'aso-/'(nwa/!0(îs, des globules rouges non nucléés, dans la partie protoplasmique qui doit devenir plus tard le canal vasculaire. J’ai pu constater, particulièrement chez le chat nouveau-né, qu’à côté des globules rouges nettement développés, existent un certain nombre de corpuscules présentant les mêmes caractères que les hématoblastes du sang général (fig. 17).

— Ces faits relatifs à la formation des hématies sont-ils les mêmes chez les ovipares qui conservent pendant toute leur existence des globules rouges nucléés ?

Les partisans de l’origine médullaire n’ont pas eu besoin de faire intervenir, chez ces animaux, la disparition du noyau. 11 leur a suffi d’admettre un simple change- l'il ment dans la forme extérieure de l’élément ' issu de la moelle.

Ainsi, J. Denys, en 1887, croit avoir établi que la division cinétique des érythroblastes de la moelle des os, ehez le pigeon saigné, donne naissance immédiatement à ri des globules rouges passant dans la circulation.

Plus récemment, E. Neumann a soutenu que les globules rouges prennent naissance chez la grenouille dans la moelle des os. Mais en même temps, il a reconnu l’exactitude de ma description des hémato-

blastes de la grenouille et vu tous les intermédiaires entre ces éléments et les hématies adultes, complètement développées.

D’après cette théorie, la moelle des os formerait donc chez la grenouille des hématoblastes. Il y aurait discordance entre l’hématopoièse chez les ovipares et chez les vivipares.

Nous allons voir qu’il n’en est rien.

Les éléments hémoglohinifères de la moelle des os sont tout aussi distincts chez les ovipares que chez les vivipares des hématoblastes et des hématies du sang. Chez les uns, comme chez les autres, ils ne passent dans le sang qu’à la suite de saignées abondantes.

M. le D'Luzet, dans un travail expérimental, exécuté dans mon laboratoire, a constaté chez le pigeon saigné l’apparition de quelques érythrocytes, provenant de la moelle des os et il a parfaitement indiqué les caractères qui permettent de les distinguer des hematoblastes et des hématies.

J’ai observé les mêmes faits sur des grenouilles auxquelles j’ai fait subir, à quinze jours d’intervalle entre chaque, deux fortes hémorragies par section successive de la jambe et de la cuisse.

Les rares érythrocytes qui pénètrent dans le sang, dans ces condi-

lions, se distinguent parfaitement des éléments ordinaires du sang, notamment par les caractères du noyau. Tandis que la chromatine du noyau

des hématoblastes et des jeunes hématies est disposée en branches de corail, celle du noyau des érythrocytes a l’apparence d un gros filament enroulé ou pelotonné (flg. 18).

D’autre part, les érythrocytes sont assez souvent en voie de division par mitose, aussi bien dans le sang que dans la moelle osseuse, tandis qu’on ne voit pas de processus semblable dans, les élé¬

ments proprement dits du sang.

J'ajoute que les éléments provenant de la moelle des os chez la grenouille ressemblent plus aux globules rouges à noyau des mammi-

HÉMATOLOGIE

fères qu’aux hématies de la grenouille. On peut en conclure que les éléments d’origine médullaire présentent une identité remarquable dans toute la série des yertébrés.

La rénovation sanguine est donc soumise aux mêmes lois générales chez tous ces animaux. On voit qu’elle a lieu par deux processus distincts : l’un hêmoblaslique, remarquable par son activité et représentant le mode normal ; l’autre médullaire, d’une importance restreinte et ne pouvant être suscité qu’à, l’aide de saignées abondantes et multiples.

Enfin, pour bien montrer le rôle effacé de la moelle des os, je rappellerai que certains vertébrés en sont dépourvus, bien que la constitution générale du sang soit la même chez tous ces animaux.

— Les organes hématopoiétiques ne donnant pas naissance aux hématoblastes, qûelques histologistes ont admis que ceux-ci se multiplient dans le sang lui-même. Cette opinion a été soutenue surtout par Mondino. Comme il m’a été impossible, même chez les ovipares où ces observations sont plus faciles que chez les mammifères, de voir des hématoblastes ou des hématies en voie de scission pendant le cours des régénérations du sang, cette question ne me paraît pas encore tranchée.

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