‹ Notice sur les titres et travaux scientifiquesChapitre 7 sur 47 · Recherches physiologiques sur la coagulation du sang · texte numérisé non relu

Recherches physiologiques sur la coagulation du sang

J’ai institué un grand nombre d’expériences sur la coagulation du sang. Presque toutes ont été exécutées dans le service et avec l’obligeant concours deM. le professeur Barrier, à Alfort.

Les principaux résultats que j’ai obtenus dans l’étude de cette question très complexe concernent les faits relatifs à la participation des éléments du sang dans l’acte de la coagulation et les effets du chauffage sur les liquides coagulables. Les premiers ont été déjà mentionnés (p. 46). Je formulerai donc simplement ici les conclusions relatives aux effets du chauffage, question intéressante que j’ai étudiée avec mon préparateur, M. Winter.

a. Le fibrinogène est une matière fibrillâire, très voisine delà fibrine. Elle paraît être en partie fournie par les hématoblastes.

En effet, la température de + 56“ qui précipite immédiatement le fibrinogène du plasma sanguin dans unsegmentveineux (L. Fredericq), altère immédiatement les hématoblastes qui font corps avec la matière précipitée. De plus, quand on fait l’analyse du fibrinogène et de la fibrine dans le plasma obtenu par décantation du sang de cheval à 0“, en choisissant la portion riche en hématoblastes et pauvre en globules blancs, on trouve beaucoup plus de fibrinogène et de fibrine dans le plasma impur non filtré, que dans le plasma filtré avec soin à basse température et, par suite, débarrassé en grande partie des hématoblastes.

b. La quantité de fibrine, fournie par un liquide ayant la propriété de se coaguler en présence du sérum, tel que celui de certains hydrocèles ou la sérosité abdominale, est indépendante de la proportion de sérum qu’on y ajoute.

Nous avons reconnu, en outre, que la température de -j- 66”, qui précipite le fibrinogène du plasma, détruit le pouvoir coagulateur du sérum du sang sans y produire aucune trace de précipitation. Cependant la poudre de sérum du sang parfaitement desséché dans le vide peut supporter une température supérieure à 100" sans perdre la propriété, après redissolution, de taire coaguler les liquides contenant du fibrinogène.

c. Les liquides capables de fournir de la fibrine ne paraissent pas contenir tous la même variété de fibrinogène.

On peut mettre dans une première catégorie les liquides spontanément coagulables, comme le plasma sanguin et la lymphe.

Ces liquides, chauffés èq- 56", abandonnent une quantité de fibrinogène supérieure à celle de la fibrine, et deviennent en même temps incoagulables.

Dans une seconde catégorie, on peut placer les sérosités hydro-phlegmasiques, egalement spontanément coagulables, mais se coagulant plus Icntemeni ; par exemple le liquide de la pleurésie aiguë.

HÉMATOLOGIE

Chauffé à + S6", ce liquide fournit une quantité de fibrinogène presque indosable et très inférieure à la quantité de fibrine qu’on en peut retirer. Cependant, après la précipitation de ces traces de fibrinogène, il perd la propriété de donner de la fibrine, soit spontanément, soit par addition de sérum du sang.

Enfin, dans un dernier groupe, on peut placer les liquides non spontanément coagulables, tels que le liquide de certains hydrocèles, celui de la cavité abdominale, dans lesquels l’addition de sérum du sang provoque un coagulum.

Chauffés il H- 56°, ces liquides ne subissent aucune modification apparente ; ils ne laissent déposer aucune trace de fibrinogène. Cependant ils ont perdu la propriété de se prendre en gelée fibrineuse quand on y ajoute du sérum du sang.

La température de 56" possède donc la propriété remarquable de modifier tous les liquides albuminoïdes concourant ii la coagulation fibrineuse ; elle altère toutes les matières fibrinogènes, même celles dont elle ne provoque pas la précipitation, et, sans amener de trouble apparent dans le sérum, elle en annihile le principe coaguUteur.

§ 111, — Anatomie et iuiysiologie pathologiques.

1. Injectioss intravasculaires. Propriétés spécifiques du sang et du sérum

En poursuivant mes recherches sur la coagulation du sang, j’ai vu que les diverses espèces d’injections intravasculaires modifient plus ou moins profondément le sang et constituent un procédé d’étude précieux, propre à mettre en lumière des faits importants.

Mes investigations ont porté sur des liquides très divers ; eau distillée, solutions salines, sérosités de provenance variable, sang et sérum de la même espèce, sang et sérum étranger.

J’aurai l’occasion de revenir ailleurs sur les effets des injections

TRAVADX SCIENTIPIQDES

d’eau, des solutions salines, ainsi que sur les transfusions sanguines. .Te m’occuperai ici particulièrement des phénomènes déterminés par les injections de sérum et de sang étrangers, question complexe, mais digne de la plus sérieuse attention.

Le cas le plus simple est réalisé par l’injection de sérum. Je ne mentionnerai, toutefois, que les faits concernant les propriétés coagulatrices du sérum ; ce sont d’ailleurs les plus intéressants.

Lorsqu’on tait pénétrer dans le sang d’un animal, d’ailleurs sain, une certaine proportion de sérum, on peut, suivant les conditions dans lesquelles on se place, provoquer trois sortes de coagulation intravasculaire.

Dans un premier cas, l’opération aboutit seulement à la production de caillots par stase. C'est ce qui a lieu quand le sérum est emprunté à l’animal lui-même ou à un animal de la même espèce.

La coagulation par stase est la coagulation massive du sang arrêté dans un segment vasculaire, alors que le sang circulant conserve sa parfaite fluidité.

Dans une seconde catégorie de faits, l’injection de sérum détermine un autre genre de coagulation que j’ai désigné sous le nom de précipitation.

La c.oa.gü\a,i\onparprécipitati<m présente deux variétés ; Xa.grumeleuse et la massive.

Pour obtenir la première, il est nécessaire d’employer un sérum étranger, par éxemple, le sérum de bœuf ou le sérum de cheval quand on opère sur le chien.

La coagulation massive qui consiste dans la coagulation complète et en masse, non plus du sang stagnant, mais bien du sang circulant, s’observe dans les transfusions de sérum de chien au lapin.

Les lapins, ainsi transfusés, meurent rapidement par une sorte d’asphyxie résultant de la coagulation en masse du sang au niveau des cavités droites du cœur et des vaisseaux attenants.

Ces faits curieux établis, on devait rechercher la cause de l'action coagulatrice du sérum.

Le sérum du sang n’est pas simplement du plasma débarrassé de la fibrine.

Nous avons vu que, pendant l’acte de la coagulation, les éléments figurés du sang s’altèrent et livrent au plasma des substances probablement diverses.

Le sérum acquiert ainsi des propriétés particulières et il èst facile de s’assurer qu’il devient nocif pour les, éléments du sang. Lorsqu’on se sert de sérum de la même espèce, les éléments du sang sont peu modifiés. Us le sont cependant, et c’est à cette altération qu’on doit rapporter la coagulation du sang stagnant, déterminée par ce genre de transfusion.

Mais le sérum étranger est bien autrement actif. On peut voir in vitro, comme l’ont fait Creite et Landois, qu’il détruit plus ou moins activement les hématies. Les faits que j’ai observés montrent que le sérum étranger injecté dans les vaisseaux altère plus ou moins rapidement et profondément, non seulement les hématies, mais les autres éléments et particulièrement les hématoblastes. L’action coagulatrice des transfusions de sérum est d’autant plus intense que cette action destructive des éléments figurés est ellemême plus prononcée.

Ainsi, dans les expériences précédemment citées, la coagulation massive du sang circulant ne se produit que chez le lapin transfusé avec du sang ou du sérum de chien. Or, précisément le sérum de chien exerce une action destructive puissante sur les éléments du sang du lapin, action qui dépasse en intensité et en rapidité celle que provoquent les sérums de bœuf et de cheval sur les éléments du sang du

Quelles sont les substances du sérum auxquelles peuvent être attribuées ces effets remarquables ?

Il s’agit ici d’une question de chimie biologique complexe qui n’est pas de ma compétence.

J’ai cru pouvoir, cependant, émettre h cet égard quelques considérations tirées des effets du chauffage.

Nous avons vu dans le paragraphe précédent que le chauffage du sérum à 56-39" (il faut aller jusqu’à 59" pour le sérum de chien) laisse, en apparence, le sérum intact, tout en lui taisant perdre les propriétés coagulatrices qu’il exerce sur les sérosités renfermant du fibrinogène.

En s’inspirant de ces recherches, Daremberg a constaté que ce même chauffage fait perdre au sérum ses propriétés gtobulicides. Or, précisément, le sérum, ainsi chauffé, perd également, d'après mes expériences, les propriétés qu’il manifeste lorsqu’on l’introduit dans le sang d’un animal vivant.

Ces faits circonscrivent la question. 11 ne reste plus qu’à déterminer quelles sont les matières dont les propriétés sont modifiées par le chauffage à 56-59°. J’emploie le pluriel, car les expériences précédemment rapportées établissent que le chauffage à 56-59° peut agir sur plusieurs matières différentes.

On peut éliminer de ce groupe le principe coagulateur auquel on a donné le nom de ferment de la fibrine, bien qu’il soit détruit par le chauffage à 56-59°.

On ne s’expliquerait pas pourquoi, pour un même animal, les effets des injections de sérum varient suivant la provenance de ce sérum, si ces effets dépendaient du ferment de la fibrine, On ne comprendrait pas, par exemple, pourquoi on peut injecter impunément, chez le lapin, une forte proportion de sérum de lapin, qui contient du ferment de la fibrine, tandis qu’une faible quantité de sérum de chien entraîne la mort.

Il faut de toute nécessité que le sérum renferme, à côté du ferment de la fibrine, une ou plusieurs autres substances très actives, variables d'une espèce à une autre, et en quelque sorte spécifiques, et que cette matière ou ces matières soient susceptibles de se modifier par le chauffage à 56-39°.

Le sang et le sérum possèdent donc des propriétés spécifiques, c’està-dire dépendant de l’espèce.

Dans l’étude de cette question, la notion d’espèce est capitale, et il

HÉMATOLOGIE.

serait fâcheux de lui voir substituer, comme on le fait dans tous les écrits sur la matière, celle de toxicité.

Les effets produits par les sérums me semblent avoir acquis un intérêt considérable grâce aux remarquables découvertes récemment faites touchant les actions thérapeutiques de ces liquides, ces actions paraissant découler des propriétés spécifiques que le sang acquiert dans certaines conditions déterminées.

— Nous pouvons aborder maintenant l’examen rapide des effets plus complexes encore que suscitent les Iramfmiom de sang étranger.

Quand on tait .pénétrer dans l’organisme d’un animal du sang emprunté â une espèce étrangère, on provoque des troubles multiples, mais d’une grande variabilité suivant les espèces animales sur lesquelles porte l’opération.

Cette variabilité d’effets dépend de facteurs que je me suis efforcé de dégager.

Le plus important réside dans les modifications anatomiques subies par les éléments des deux sangs mis en présence, et la complexité des phénomènes tient a ce que l’action est réciproque.

Les éléments du sang de l’animal transfusé sont attaqués par le sang de l’animal transfuseur, tandis que les éléments du sang étranger sont eux-mêmes plus ou moins profondément altérés par le sang de l’animal transfusé. On comprend qu’â cet égard les combinaisons les plus

Mais pour faire l’analyse des phénomènes, on peut choisir les espèces animales de telle sorte que l’expérience soit simplifiée en raison de la prédominance marquée d’une de ces actions. 11 suffit parfois de faire une expérience double, en renversant les rôles des deux animaux

Si l’on se sert, par exemple, du chien et du chevreau, on voit, in vitro, et dans l’organisme, que le sang du chien détruit avec une grande rapidité les hématies du chevreau, tandis que le sang de chevreau ne détruit que lentement les globules rouges du chien. En taisant, par conséquent, une injection de sang de chevreau au chien, puis une

TRAVAUX SCtENTIFIQDES

injection de sang de chien au chevreau, on aura dans le premier cas les effets produits par la destruction du sang transfusé, dans le second, ceux que déterminent l’altération des éléments du sang de l’animal ayant reçu le sang étranger.

Dans le premier cas, surtout lorsqu’on emploie du sang défibriné, l’hémoglobinhémie par destruction globulaire est le phénomène prédominant. Dans le second, on obtient principalement des concrétions sanguines par précipitation, soit grumeleuse, soit massive.

Le tableau suivant résume les faits les plus importants.

Ces expériences donnent l’explication des dangers déjà anciennement reconnus des transfusions de sang étranger et contribuent, avec les précédentes sur le sérum, à étendre nos connaissances sur le mode de production de certains phénomènes pathologiques : l’hémoglobinurie, les concrétions sanguines intravasculaires.

Page 1