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LA DEUXIÈME EXPÉDITION ANTARCTIQUE FRANÇAISE

, Les éloges que les savants français et étrangers avaient bien voulu prodiguer à la première expédition Antarctique française, la conviction profonde que j’avais, qui était basée sur l’opinion de ces savants et sur ma propre expérience, de l’immense travail scientifique, portant sur presque toutes les branches de la science qui restait et reste encore d’ailleurs à accomplir dans les régions encore totalement inconnues de l’Antarctique, me décidèrent là chercher à organiser une nouvelle expédition 1 .

La première expédition était revenue en juin 1905; à la fin de .1906 la mise en valeur de ses résultats et leur publication étant assurée, je soumis un nouveau programme à l’Académie des Sciences;

Cette haute assemblée nomma une commission composée de MM. Bouquet de laGrye, Mascart etPerrier, chargée de rédiger un rapport sur les résultats de la dernière expédition et sur l’utilité d’une nouvelle.

Le 4 février 1907, l’Académie des Sciences réunie en comité secret, a écouté le rapporteur M. Bouquet de la Grye et, « à la suite de la lecture de ce rapport extrêmement favorable et élogieux, l’Académie affirmant l’incontestable utilité scientifique et patriotique de cette expédition, qu’elle désire voir aboutir, lui a accordé son haut patronage et a nommé une commission spéciale, composée de MM. Bouquet de la Grye, Mascart, Gaudry, Bornet, Perrier, Guyou, Müntz, de Lapparent, Roux, Giard, Bouvier, Lacroix, chargée d’étudier et d’élaborer le si vaste programme scientifique de la Nouvelle Expédition Antarctique Française ».

Ayant ainsi adopté et fait sienne cètte Expédition, l’Académie n’a pas voulu se contenter de vœux platoniques et la commission précédemment nommée,

après s’être adjointe MM. Joubin et Mangin, alors professeurs au Muséum, a fait préparer avec soin et publier à ses frais une brochure intitulée : Instructions pour l’Expédition Antarctique organisée par le D r Jean Charcot *.

Ce manuel qui a créé une sensation toute naturelle dans les milieux scientifiques étrangers s’occupant d’explorations polaires où il fait désormais autorité, comprend les chapitres suivants :

Géographie et Physique générale (Géographie et Hydrographie, Météorologie et phyéique générale), par A. Bouquet de la Grye.

Minéralogie et Pétrographie, par A. Lacroix.

Géologie, par A. de Lapparent.

Paléontologie, par Albert Gaudry.

Botanique, par Mangin.

. Zoologie, par L. Joubin.

Recherches microbiologiques, par E. Roux.

Observations relatives à l’atmosphère et au sol, par A. Müntz.

Le Muséum et l’Institut océanographique se joignirent à l’Académie des Sciences pour patronner mon expédition et je finis par obtenir du gouvernement français une relativement forte subvention' à laquelle vinrent s’ajouter des subventions de la Société de Géographie, etc., quelques souscriptions particulières et ma contribution personnelle. Le Ministère de la Marine, le Bureau des Longitudes, S. A. S. le Prince de Monaco, l’Observatoire de Montsouris, le Muséum, l’Institut Pasteur, l’Institut Agronomique et quelques personnalités scientifiques enrichirent par des prêts et des dons notre arsenal scientifique, augmenté encore par des achats pris sur le budget de la Mission et qui devint ainsi un des plus complets emporté par une expédition polaire'.

Dès que l’état-major scientifique fut définitivement constitué, mes futurs collaborateurs purent pendant plusieurs mois se perfectionner dans les travaux qu’ils devaient poursuivre, en profitant de la large hospitalité qui leur fut offerte par le Prince de Monaco sur ses yachts, l’Observatoire de Montsouris, l’Observatoire de Paris, le Service météorologique et les laboratoires du Muséum.

Le Français ayant été vendu en Argentine pour payer quelques-unes des dettes de la première expédition et s’étant perdu, je cherchais vainement un

plans* en France, et de confier ce travail à M. Gautier, père, l’habile constructeur de Saint-Malo, qui avait déjà .si bien réussi la coque du Français. La machine cette fois robuste, puissante et économique, fut construite par une maison de Nantes sous la surveillance de M. Laubeuf, qui ne cessa de nous prodiguer ses conseils éclairés (Voir la description de Pourquoi pas?). Ma décision fut fort critiquée, car c’était la première fois qu’un navire polaire était mis en chantier dans notre pays. Je ne regrette pas de l’avoir prise et même

fonctions à bord indiquera la nature des diverses et nombreuses études que nous avons poursuivies pendant ce voyage.

D'j.-B. Charcot, chef de l’Expédition, commandant le Pourquoipas? Géographie générale, observations, bactériologiques; M. Bongrain, enseigne de vaisseau, était chargé, des observations astronomiques, pendulaires et sismographiques ainsi que de l’hydrographie; M. Rouch, enseigne de vaisseau, de la météorologie, de l’électricité atmosphérique et de l’océanographie physique ; M. Godfroy, enseigne de vaisseau, de l’étude des marées, de l’hydrographie côtière et de la chimie de l’air; M. Gourdon qui avait fait partie de la première expédition, avait dans son département la géologie et la glaciologie, tandis que MM. Liouville et Gain s’étaient partagés la zoologie; M. Senouque s’occupait du.magnétisme terrestre, de l’actinométrie et de la photographie.

Le matériel spécial pour la navigation dans et sur la glace, les traîneaux, les vêtements, les vivres furent choisis avec le plus grand soin ’.

Cette fois nous partions dans des conditions satisfaisantes. On a pu toutefois s'étonner que tandis qu’en 1908 Sir Ernest Shackleton accomplissait son célèbre raid qui l’amena à 179 kilomètres du pôle, nous-mêmes à bord du Pourquoi pas? entamions dans le Sud-Ouest de l’Amérique du Sud une laborieuse campagne qui pour n’avoir pas acquis l’éclat de l’expédition anglaise, a cependant grâce au zèle et au travail de mes collaborateurs, obtenu des résultats que le monde savant a bien voulu considérer comme importants. J’expliquerai donc pourquoi j’ai choisi comme champ d’exploration, après l’avoir soumis à l’Académie des Sciences qui donna son approbation, cette réjpon inhospitalière, souvent ingrate et si éloignée du pôle même.

En longeant à l’Est de la Terre de Wilkes une ligne de côtes orientées vers le Sud, et qu’il appela terre Victoria, James Ross découvrit en 1841 une immense falaise de glace orientée à l’Est-Ouest connue depuis sous le nom de « Grande- Barrière ». En 1902, l’expédition de la Discavery, commandée par le célèbre capitaine Scott, après avoir longé la Grande-Barrière, découvrit la terre Edouard-VII qui la limite à l’Est, puis, revenant hiverner à la terre Victoria, s’avança sur la Barrière, dans un magnifique raid, jusqu’au 82° 17’ de Lat. S. — Il était tout naturel que Sir Ernest Shackleton revînt vers ces mêmes régions qui appartiennent, en quelque sorte, aux explorateurs anglais, et, il était tout naturel, puisqu’il avait. annoncé ses intentions à 'cet égard, que je m’abstinsse de me diriger vers cette même région, quelque séduisante qu’elle m’apparût. Forcément, deux" expéditions de nationalité étrangère, quelque excellentes qu’eussent été leurs intentions réciproques, se seraient laissé entraîner à lutter pour la conquête glorieuse de la plus haute latitude; si cette lutte est d’un grand intérêt sportif, elle eût certainement nui aux observations, peut-être même aux résultats définitifs. Je m’empresse d’ailleurs d’ajouter très sincèrement que je ne crois pas que nous serions parvenus au magnifique résultat de Sir Ernest Shackleton; par suite les sacrifices consentis par mon pays auraient été en" pure perte.

L’Antarctique est, d’ailleurs, assez vaste, pour permetre à de nombreuses expéditions d’y travailler en même temps avec fruit ; je résolus donc de retourner dans la région où, avec le Français, en 1903-1905, j’avais continué l’œuvre commencée par de Gerlache. Mon but était l’étude, à tous les points de . vue, d’une zone aussi étendue que possible, sans aucune préoccupation d’atteindre une haute latitude. D’ailleurs, c’est dans le secteur où nous allions opérer que les glaces avancent le plus au Nord, jusqu’au 61° de Lat. S. ; par suite je n’avais aucun espoir de me rapprocher du pôle. Mais, cette région comprise entre les iongitudes 60° et 140° O. se trouvait complètement libre et je désirais y conduire la nouvelle Expédition pour les raisons suivantes : 1» L’intérêt incontestable

par Bellingshausen, Evensen, de Gerlache et nous-mêmes et sur laquelle on ne possédait aucune notion, ne sachant même pas si elle se continuait ou non

avec la terre de Graham. L’ignorance totale de ce qui se trouvait à l’Ouest de celle-ci et l’importance qu'il y avait à rattacher la terre de Graham à là terre Edouard-VII.

2° La très riche moisson scientifique recueillie par l’Expédition du Français malgré ses faibles ressources et l’importance inappréciable à persister dans des études commencées et à les continuer, sans compter l’avantage considérable de s’attaquer à une région déjà effleurée par nous-mêmes et dont nous connaissions les difficultés et les points faibles.

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