Propositions de médecine
La première est une étude sur le râle crépitant. On admet généralement, d’après Laennec, que l’air, en traversant un liquide contenu
dans les vésicules pulmonaires, donne naissance à des bulles qui éclatent avec bruit, et de la sorte engendrent le râle crépitant. Cette explication est inadmissible, parce que rien ne prouve la présence d’un liquide dans les alvéoles au moment où l’on perçoit la crépitation, et parce que, même en supposant la présence dé ce liquide, on n’y peut comprendre la formation et la rupture de*bülles.
Me basant sur quelques expériences d’une vérification facile et sur l’étude des maladies dans le cours desquelles on trouve du râle crépitant, j’arrive à cette conclusion : que dans toutes, le mode de production de ce bruit est le même; toujours il est dû au décollement brusque des parois alvéolaires affaissées , les phénomènes qui président à sa genèse s’enchaînant de la manière suivante : -
1° Pendant l’expiration :
Expulsion de l’air, affaissement des alvéoles avec adhésion exacte de leurs parois ;
2” Pendant l’inspiration :
Afflux de l’air dans les voies respiratoires, redressement des vésicules et production d’un bruit par la séparation brusque des surfaces adbé-
Parmi les bruits intra-pulmonaires, le râle crépitant constitue un genre tout à fait à part, c’est un râle sec. Tous les autres, résultant du conflit de l’air avec les liquides si variés qui peuvent exister dans les voies aériennes, sontdes râles humides.
Lorsque j’ai présenté cette théorie du râle crépitant, elle était généralement ignorée en France, et je croyais en avoir la priorité. Mais en octobre 1812, le docteur E. A. Carr avait écrit, dans le American Journal of medical sciences, que la crépitation est due à la séparation brusque des parois des cellules qui adhèrent par le mucus ou l’exsudât visqueux qui se produit pendant la première période de l’inflammation. Adoptée par Flint, cette théorie a été reproduite, en 1851, en Allemagne par Wintrich.
Dans la seconde partie, je m’occupe du mode de formation des sudamina et je cherche à démontrer que cette éruption a lieu toutes
lés fois qu’à un trouble de la production de l'épiderme se joint un état congestif de la peau, analogue à celui qui provoque la sécrétion sudo-
Dans la troisième, j’établis par des observations l’existence des bruits vasculaires chez les enfants dans quelques pyrexies, et notamment dans la rougeole, la variole, la fièvre typhoïde.
23. Étude sur la sueur de sang et les hémorrhagies névropathiques.
Ayant eu l’occasion d’observer un fait de sueur de sang réunie à plusieurs autres hémorrhagies, chez une femme hystéro-épileptique, et frappé par les relations multipliées et intimes qui existaient entre les symptômes de la névrose et les phénomènes hémorrhagiques, j’ai comparé ce fait à ceux consignés dans les auteurs, et j’ai constaté qu’ils se ressemblaient de tout point, et que cependant la coïncidence qui ' m’avait si vivement frappé, n’était pas signalée.
J’ai montré que presque toujours la sueur de sang existe, concurremment avec d’autres hémorrhagies de même nature, chez des sujets d’une constitution délicate, irritable, chez les femmes surtout; que ces hémorrhagies, non-seulement sont associées à des perturbations nerveuses générales, mais encore sont fréquemment liées à des phénomènes douloureux spasmodiques ; qu’elles ont, avec ces phénomènes, la similitude la plus grande, lorsqu’on les compare au point du vue des causes qui les produisent, du siège qu’elles affectent, de la soudaineté de leur invasion et de leur disparition ; et, j’ajouterai, quand on considère l’innocuité qu’elles présentent par elles-mêmes. Semblables les unes aux autres, par leurs propres symptômes, et par les traits mêmes qui les assimilent aux symptômes nerveux, ces hémorrhagies, qu’on pourrait appeler névropathiques et qui forment une classe toute particulière d’affections, m’ont encore paru devoir être identifiées sous le rapport des organes par lesquels elles s’effectuent, et qui sont les glandes des téguments externe et interne.
Ces considérations de pathologie générale nous ont conduit à des déductions pratiques, au point de vue du diagnostic, du pronostic et du traitement de certaines, hémorrhagies, telles que l'hémoptysie, l’hématémèse, l’hématurie, dont on cherche trop souvent l’origine dans des lésions irrémédiables, et que d’autres fois on attaque par des méthodes profondément débilitantes sous prétexte de pléthore, alors qu’on a affaire à des sujets essentiellement nerveux et partant presque toujours anémiques.
L’examen des signes de la mort réelle donnés par les auteurs m’ayant montré que, dans un grand nombre de cas, il est'très-difficile, sinon complètement impossible, de les constater ou d’en tirer parti, j’aborde l’étude de celui proposé par M. Bouchut. L’absence des battements du cœur, constatée pendant une ou deux minutes suivant cet auteur, pendant cinq minutes suivant la commission de l’Institut, serait un signe immédiat et certain de la mort.-
Cette opinion repose sur l’expérimentation et l’observation clinique. Les expériences faites par M. Bouchut sur les animaux ne me semblent pas suffisamment rigoureuses, et je leur oppose celles de Brown-Séquard, Weber, Budge, Claude Bernard, qui conduisent à des conclusions opposées. Puis je rapporte des faits cliniques prouvant que, dans de certaines limites non précisées, mais toujours beaucoup plus étendues que celles sus- indiquées, la vie est compatible avec l’absence des bruits du cœur. D’où je conclus que si ces derniers, même trèsfaibles, sont une preuve de la vie, leur disparition n’autorise pas à affirmer la mort.
Assimilant la mort apparente à la syncope telle que 1 ont comprise Piecolhuomini, Charles Lepois, Cullen, Bichat et la plupart des auteurs modernes, je la définis cet état de F organisme vivant dans lequel toutes
les fonctions paraissent abolies temporairement, ou du moins ne se manifestent par aucun signe appréciable.
A propos de l’étiologie, je rappelle que te mot syncope n’étant usité que depuis Galien, celui d’asphyxie était, avant lui, employé pour désigner le même état, et que la distinction entre les deux termes n’a été nettement faite que depuis Bichat. De fait, elle est plus apparente que réelle, car l’asphyxie se complique bien souvent d’un état syncopal. C’est ainsi, par exemple, que la mort apparente des nouveau-nés est toujours une syncope : primitive dans un certain nombre de cas, consécutive dans d’autres, -à une asphyxie'.
Dans l’asphyxie blanche, la syncope se produit au début du processus asphyxique; dans la bleue, elle survient à une époque avancée.
L’étude de la léthargie me conduit à parler de la mort apparente de certains animaux inférieurs, tels que les rotifères, et aussi de la résistance que la vie latente oppose aux causes de destruction dans les graines de certains végétaux.
La mort apparente étant un état de l’organisme essentiellement négatif, il est impossible de le reconnaître immédiatement; son diagnostic est toujours rétrospectif.
25. Études sur un bruit de souffle cardiaque symptomatique de lasystolie.
Ce travail a pour base sept observations d’asystolie confirmée. Pendant la vie on avait constaté un souffle cardiaque du premier temps à la base; à l’autopsie on ne trouva qu’une dilatation considérable du ventricule droit avec un élargissement de l’orifice correspondant tel, qu’il ne pouvait y avoir de doute sur l’insuffisance de la valvule. J’en conclus que ce trouble fonctionnel de la tricuspide 1 était la cause du souffle : interprétation confirmée par les différentes qualités de ce bruit anormal et par le pouls veineux constaté sur les jugulaires externes.
Je fais voir ensuite que les affections organiques du poumon ont une influence capitale sur la genèse de l’asystolie, surtout chez les sujets âgés; que l’embarras de la circulation, dont l’organe respiratoire est alors le siège, détermine la stagnation du sang dans le cœur droit, d’où sa dilatation et l’insuffisance consécutive de la tncuspide, suivant le mécanisme indiqué par les docteurs Adams et King. .
Je recherche, dans ces cas, quelle est l’origine du pouls veineux et comment on peut le faire servir au diagnostic. En terminant ces considérations, je fais ressortir l’importance, jusqu’ici trop négligée, du cœur droit, dans la pathologie cardiaque.