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Notice sur les travaux d'anatomie et de physiologie

Recherches sur les fonctions du nerf spinal étudié spécialement dans ses rapports avec le pneumo-gastrique.

( Ce Mémoire, inséré dans le tome XI des Mémoires de l'Académie des sciences (savants étrangers), a obtenu le prix de physiologie expérimentale pour l’année 1845. — Membres de la Commission : MM. Flourens, Magendie, Milne Edwards, Serres, Duméril.)

Partie anatomique. — Le nerf spinal (accessoire de Willis) a été décrit comme un nerf isolé et distinct du pneumo-gastrique, par Willis, en 1661. Mais, depuis cet anatomiste, les descriptions avaient singulièrement varié 5 on avait compris, parmi les origines du spinal, des filaments que Willis rangeait dans le pneumo-gastrique, si bien que la divergence la plus grande existait entre les auteurs anciens et modernes sur l’interprétation qu’on devait donner aux connexions anatomiques qui existent entre le spinal et le pneumo-gastrique. En effet, Willis admet que le pneumo-gastrique fournit une anastomose au spinal, tandis que Scarpa et tous les modernes soutiennent, au contraire, que c’est le

spinal qui fournit au pneumo-gastrique un rameau considérable appelé branche anastomotique interne. Cette anastomose avait acquis une grande célébrité depuis les travaux de Gœres, de Scarpa, et surtout de Bischoff, parce que ces auteurs la considéraient comme apportant au pneumogastrique l’influence motrice du spinal, qui dès lors avait été regardé lui-mème comme l’origine exclusive de toute la faculté motrice du pneumo-gastrique. Bischoff formula cette doctrine en ces termes : Nervus Willisii accessorius (nerf spinal) est nervus motorius atque eamdem habet rationem ad nervum vagum qui sensibilitati solummodo prœest, quam antica radix nervi spinalis ad posticam. Cette proposition, qui est développée au point de vue anatomique et physiologique, est discutée dans la partie anatomique de mon Mémoire, très longuement, avec tout le soin qu’elle mérite.

Je démontre que cette comparaison, qui assimile les nerfs spinal et pneumo-gastrique aux deux racines d^une paire rachidienne, bien que très ingénieuse, n’est point exacte et repose au fond sur plusieurs erreurs anatomiques.

Je fais voir ensuite, non seulement par la comparaison des textes des auteurs, mais par des dissections très nombreuses faites sur l’homme et sur les animaux, que Scarpa, et après lui les auteurs modernes, ont délimité l’origine du spinal autrement que Willis, et que c’est de là que provient la divergence des descriptions. En effet, Willis ne comprend comme origines du spinal que les filets qui, naissant de la moelle épinière cervicale, remontent dans le crâne en se réunissant successivement pour constituer un tronc unique qui s’accolle au pneumo-gastrique, lui emprunte une anastomose dans le trou déchiré postérieur et sort pour se distribuer ensuite dans les muscles sterno-mastoïdien et trapèze.

Scarpa mentionne, comme Willis, cette branche externe du spinal, qui va se distribuer dans les muscles sterno-mastoïdien et trapèze; mais il en décrit une autre non indiquée par Willis, la branche anastomotique interne^ qui va se confondre avec le tronc du nerf pneumogastrique. Sur des pièces convenablement macérées, en décollant cette branche pour remonter vers son origine, j’ai vu qu’elle n’a pas de rap-

port avec la moelle épinière cervicale, et qu’elle provient de quelques filets émanés de la moelle allongée que Scarpa, contrairement à Willis, range dans les origines du spinal. Or, il reste évident que la description de Willis est néanmoins très exacte, car, n’ayant pas compris dans les origines du spinal les filets de la moelle allongée, il ne pouvait pas décrire la branche anastomotique interne qui en provient.

Cette critique, qui avait échappé à Bischoff ainsi qu’aux autres anatomistes, m’a conduit à reconnaître dans le nerf spinal deux portions anatomiquement distinctes par leurs origines, savoir : i°la branche interne qui naît de la moelle allongée ; 2° la branche externe qui provient de la moelle épinière cervicale. Les dissections de Spence, faites à un autre point de vue, viennent parfaitement à l’appui de cette distinction.

J’ai fait voir de plus que ces deux portions du nerf spinal sont souvent indépendantes l’une de l’autre dans leur développement relatif. Ainsi, chez le bœuf, le cheval, la branche externe est proportionnellement beaucoup plus développée que chez l’homme, tandis que chez les oiseaux cette branche externe disparaît entièrement, de telle sorte que chez ces animaux le nerf spinal est réduit à la branche interne, etc.

Enfin, j’examine et je discute avec soin la signification des autres anastomoses du pneumo-gastrique avec le glosso-pharyngien, le facial, l’hypoglosse, les paires cervicales et le grand sympathique.

Partie physiologique. — La proposition physiologique émise par Bischoff était très claire. Elle consistait à dire que la branche anastomotique interne du spinal était la racine motrice du nerf pneumogastrique, et la conséquence était qu’après la destruction du spinal toute la faculté motrice devait être anéantie dans le pneumo-gastrique. C’était là ce qu’il s’agissait de prouver. Bischoff, après plusieurs essais infructueux, parvint sur un chevreau à détruire les nerfs spinaux, et il observa que chez cet animal la voix s éteignit aussitôt. Il en conclut que cette aphonie était le signe d’une paralysie de tous les mouvements du pneumo-gastrique, et que conséquemment la théorie était confirmée par l’expérience. Personne, après Bischoff, n avait pu réaliser complètement la même expérience. Je la tentai à mon tour, et, après avoir sacrifié plusieurs animaux (chiens), je parvins à détruire les spinaux et

j’obtins les mêmes résultats que Bisclioff, c’est-à-dire Vaphonie. Mais ce résultat, limité au larynx, ne me paraissait pas autoriser les conclusions générales et absolues de Bisclioff; les animaux ne survivant que peu d’instants à l’opération , rien ne prouvait que l’œsophage, l’estomac, le cœur, le poumon, fussent paralysés comme l’était le larynx. Pour juger la question, il fallait absolument faire survivre longtemps les animaux, et examiner avec soin toutes les fonctions motrices des organes auxquels le pneumo-gastrique distribue ses rameaux. C’est en vue de ce but que j’imaginai un procédé nouveau d’extirpation des nerfs, qui permet d’arracher et de détruire sur des chats ou des lapins les nerfs spinaux sans ouvrir le crâne et sans compromettre la vie par le fait même de l’opération.

Or, les animaux dont ces nerfs sont ainsi extirpés survivent indéfiniment, et l’on n’observe chez eux que Vaphonie; tous les autres phénomènes de la digestion , de la circulation et de la respiration , qui sont sous l’influence motrice du pneumo-gastrique, ne sont point paralysés et continuent de s’exécuter normalement.

Ces expériences conduisent évidemment à d’autres conclusions que celles de Bischoff. Elles démontrent que l’ablation des nerfs spinaux n’agit que sur les fonctions du larynx et laisse intacts tous les autres organes qui reçoivent leurs mouvements involontaires du pneumogastrique (estomac, cœur, poumon, etc.). Et comme, d’autre part, je démontre que cette faculté motrice ne provient d’aucune anastomose du pneumo-gastrique, soit avec le facial,l’hypoglosse ou les paires cervicales, il faut bien reconnaître que ce nerf n’est point un nerf sensitif pur, mais qu’il est mixte, c’est-à-dire que dès son origine il est composé à la fois par des filets de sentiment et par des filets moteurs involontaires. De tout cela, il résulte finalement que le nerf spinal ne peut pas être considéré comme la racine antérieure du nerf pneumogastrique.

Je m attache ensuite spécialement à déterminer les usages des nerfs spinaux relativement aux fonctions du larynx , et je montre que cet organe, constituant un appareil double destiné à la fois à la respiration et à la phonation, est influencé par deux ordres de nerfs distincts,

savoir le pneumo-gastrique, qui préside aux mouvemenls respiratoires involontaires , et le spinal, qui préside aux mouvements vocaux volontaires. Chez l’homme et la plupart des mammifères, ces deux ordres de nerfs se trouvent mélangés et unis dans les nerfs laryngés. Mais l’anatomie comparée montre que cette fusion du spinal et du pneumo-gastrique n’est qu’accidentelle. Chez le chimpanzé, par exemple, elle n’a pas lieu, et la branche interne du spinal chez cet animal va se rendre directement au larynx.

En résumé, le pneumo-gastrique est un nerf mixte qui tient sous sa dépendance trois grandes fonctions dont les mouvements sont involontaires: la digestion, la circulation, la respiration. Cependant, parmi ces fonctions, la respiration participe à la vie volontaire ou de relation par l’appareil vocal, qui est placé sur son trajet.

C’est seulement pour cette fonction que le nerf spinal, essentiellement moteur volontaire, se trouve sur-ajoulé à l’influence du pneumogastrique. Pendant le sommeil, le larynx ne sert qu’à la respiration et ne fonctionne que sous l’influence du pneumo-gastrique. A l’état de veille, lors de l’acte de la phonation, l’influence du spinal intervient pour agir sur le larynx. Mais si les spinaux ont été préalablement détruits, l’animal ne peut plus agir sur son appareil vocal; il reste aphone, et son larynx, comme son estomac ou son cœur, continue toujours à fonctionner pour la vie organique et cesse de pouvoir désormais servir pour la vie de relation.

Recherches anatomiques et physiologiques sur la corde du tympan.

(Annales médico-psychologiques, mai 1843.)

Partie anatomique. — Comme conséquence des dissections nombreuses que j’ai faites sur l’homme et sur les animaux, j’avance dans ce mémoire :

1® Que la corde du tympan est un rameau émané du facial, allant se réunir avec le nerf lingual de la cinquième paire ;

2® Que la corde du tympan n’existe que chez les mammifères, et que^ lorsque chez les oiseaux et les reptiles cette anastomose nerveuse disparaît, le nerf lingual proprement dit, et par suite la faculté gustative s’effacent aussi ;

3“ Que le nerf lingual et la corde du tympan sont dans des rapports invariables. Constamment ces deux nerfs se réunissent peu après l’origine du nerf lingual.

ll° Que les rapports du ganglion sous-maxillaire et de la corde du tympan , sont au contraire excessivement variables chez les animaux.

Partie physiologique. J’ai démontré, par des expériences directes, que la destruction de la corde du tympan sur des chiens amène une diminution dans la faculté gustative, limitée à la moitié de la langue qui correspond au côté où la corde du tympan a été coupée.

Cette modification sensoriale n’est point une abolition complète de la gustation, mais un simple affaiblissement de cette faculté, qui a perdu son instantanéité et présente alors une grande lenteur dans sa manifestation. Elle est toujours indépendante delà sensibilité tactile de la membrane muqueuse linguale, qui ne subit elle-même aucune diminution.

Cherchant ensuite à déterminer comment l’influence motrice de la corde du tympan peut modifier la gustation, je démontre que c’est non pas en agissant sur l’excrétion salivaire du canal de Wharton, ainsi que cela avait été soutenu par certains physiologistes, mais bien en agissant d’une manière spéciale sur le tissu papillaire lingual, qui constitue l’intermédiaire entre le corps sapide et le nerf sensorial chargé de l’apprécier.

Dans un deuxième mémoire sur ce même sujet : De raltération du goût dans la paralysie du nerf facial (^Archives générales de médecine, janvier 18/|:5), je confirme les résultats des expériences sur les animaux par des observations faites sur l’homme, et je montre que cette diminution de la gustation doit être placée au nombre des symptômes réguliers de la paralysie du facial ; seulement, elle peut manquer quelquefois, lorsque la cause paralysante ne siège pas assez haut dans le trajet spiroïde pour léser simultanément le rameau tymparrique.

De Vinfluence de la section des nerfs pneumo-gastriques sur la déglutition.

(Comptes rendus de la Société de biologie; 1850. )

On admet généralement qu après la section des nerfs pneumogastriques dans la région moyenne du cou , les aliments arrivent dans l’estomac en cheminant, dans l’œsophage paralysé, par leur propre poids et par les contractions du pharynx. Cela est vrai trente-six ou quarante-huit heures après la section des nerfs de la huitième paire,* mais,immédiatement après l’opération, l’arrivée des aliments dans l’estomac est rendue complètement impossible par une contraction spasmodique de la partie inférieure de l'œsophage qui ne s’éteint que peu à peu et persiste quelquefois pendant plusieurs jours. Je me suis assuré que ce phénomène a lieu chez les chiens, les lapins et les chevaux.

De Vinfluence des nerfs de la huitième paire sur les phénomènes chimiques de la digestion stomacale.

(Comptes rendus de l’Académie des sciences, 20 mai 18^A.)

Depuis longtemps on savait que la section des nerfs pneumo-gastriques (huitième paire) arrêtait plus ou moins complètement les phénomènes digestifs. Mais aucun expérimentateur n’avait constaté directement les changemenis fonctionnels qui surviennent dans l’estomac au moment môme de la cessation de l’influence des nerfs pneumo-gastriques. C’est pour faire cette observation que je me suis placé dans des conditions expérimenlales toutes nouvelles. J’ai opéré sur un chien adulte une très large fistule stomacale, permettant de voir la membrane muqueuse dans une certaine étendue. Cinq semaines après, la fistule

étant très bien organisée et l’animal bien portant, je fis la section des nerfs pneumo-gastriques dans la région moyenne du cou, et je pus comparer ainsi sur le môme animal l’état de l’estomac avant et après la section des nerfs de la huitième paire.

1° Je constatai au moment même de la section des nerfs que la membrane muqueuse de l’estomac, qui était turgide et vermeille, se décolora, s’affaissa et devint insensible. Au même instant, la sécrétion acide du suc gastrique s’arrêta et fut remplacée par la formation d’un liquide muqueux, filant, à réaction neutre ou légèrement alcaline.

2“ Dès lors la digestion fut complètement suspendue.

3° J’observai de plus que les aliments introduits dans l’estomac après la section des nerfs vagues pouvaient, sous l’influence de la chaleur et de l’humidité, donner lieu à des phénomènes de décomposition spontanée. Le sucre, le pain ou d’autres matières amylacées donnèrent lieu bientôt à la fermentation lactique. Cette observation est d’autant plus importante à signaler, que la réaction acide qui se produit alors pourrait être prise à tort pour une nouvelle sécrétion de suc gastrique , tandis que c’est simplement le résultat d’un phénomène chimique qui s’opère là comme il se produirait en dehors de l’animal.

De Vinfluence des nerfs pneumo-gastriques sur les contractions du cœur,

( Comptes rendus de la Société de biologie ; 1849. )

Quand on place le cardiomètre de M. Magendie sur l’artère carotide d’un cheval, on constate que la pression totale du système artériel soutient une colonne mercurielle de 130 à 140 millimètres, à laquelle vient s’ajouter une augmentation de 15 à 20 millimètres pour chaque contraction du cœur. Si, à ce moment, on résèque les deux nerfs pneumogastriques dans la région moyenne du cou, on constate que la pression totale du système artériel augmente, tandis que l’oscillation due à la

contraction du cœur diminue et n’esl plus alors que de 5 à 6 millimètres. En même temps, le nombre des pulsations devient beaucoup plus considérable. Chez le chien, on constate les mêmes phénomènes j seulement, a 1 état normal, les contractions du cœur chez cet animal sont très irrégulières. Aussitôt après la section des nerfs pneumo-gastriques, les pulsations, devenues plus nombreuses et plus faibles, offrent une très grande régularité dans leur succession.

Anatomie d’un veau bicéphale {avec M. Rayer).

{Comptes rendus de la Société de biologie ; 1849. )

Il s’agit d’un veau bicéphale né à terme, bien vivant, et n’offrant, du » reste, aucun autre vice de conformation.

Les deux têtes, unies latéralement et postérieurement aux oreilles , sont libres en avant et divergent à angle aigu ; elles présentent un développement bien différent. La tête droite, du volume à peu près d’une tête de veau ordinaire, est bien conformée et complète, tandis que la tête gauche, plus petite que sa voisine sur laquelle elle semble greffée, manque totalement de mâchoire inférieure. Elle n’a pas de pharynx ni de cavité buccale proprement dite. Il existe seulement un petit appendice charnu fixé au palais, qui est un vestige de langue. A part cette différence, chaque tête a deux yeux, deux naseaux et deux oreilles.

L’anatomie de cette tête double a été faite avec soin, surtout au point de vue du système nerveux.

11 y a deux cerveaux et deux cervelets bien distincts et bien conformés. Les moelles allongées restent encore distinctes dans leur partie supérieure; car on voit de chaque côté un caîamus seriptorius. Ce n’est qu’à leur partie inférieure que ces deux moelles allongées se confondent en une seule, très peu au-dessus du trou occipital.

Les première, deuxième, troisième, quatrième, cinquième, sixième et septième paires de nerfs cérébraux existent doubles pour chacune

des têtes, et naissent comme à l’ordinaire des centres nerveux. Ces différentes paires de nerfs présentent un développement sensiblement égal pour les deux têtes, excepté la cinquième paire de la tête gauche, qui est plus petite et incomplètement développée. En effet, elle se trouve réduite aux branches ophlhalmique et maxillaire supérieure. La branche maxillaire inférieure est complètement absente, et cela se comprend, puisqu’il n’y a ni mâchoire inférieure, ni langue. Le trou ovale manque également.

Au niveau de la huitième paire de nerfs crâniens, la fusion commence. En effet, les deux huitièmes paires qui correspondent au point de jonction des deux moelles allongées sont représentées par quelques filets épars et en partie atrophiés. Les deux huitièmes paires, qui naissent au contraire du côté libre des deux moelles allongées, sont très bien développées, et il y a cette bizarrerie que le pharynx et le larynx, qui sont uniques, reçoivent cependant leurs nerfs de deux moelles allongées distinctes. Au-dessous de l’origine de la huitième paire, la fusion des deux moelles est entière, et tous les nerfs sont disposés comme à l’ordinaire.

Sur le tournoiement qui suit la lésion des pédoncules cérébelleux moyens,

( Société philomatique. — Journal VInstitut , 3 février \ 849. )

En 1825, M. Magendie trouva que la lésion d’un pédoncule cérébelleux moyen détermine immédiatement chez les animaux des mouvements violents de rotation suivant Taxe du tronc, en môme temps qu’on observe une distorsion singulière dans la direction des yeux. En 1828, M. Flourens publia ses expériences qui s’accordent avec celles de M. Magendie sur ce point, que la rotation a lieu du côté correspondant à la lésion. Si, par exemple , on a blessé le pédoncule cérébelleux du côté droit, ces auteurs annoncent que l’animal tournera de gauche à droite. Parmi les physiologistes qui ont répété ces expériences, il en

est qui ont contredit formellement ces résultats, en soutenant que les animaux tournaient du côté opposé à la section du pédoncule cérébelleux.

J’ai eu pour but de démontrer, dans mon travail, que ces résultats ne s’excluent point, car j’ai pu à volonté, en blessant le même pédoncule cérébelleux, faire tourner l’animal sujet de l’expérience, tantôt du même côté, tantôt du côté opposé à la lésion. Tout dépend du point où le pédoncule se trouve blessé. J’ai reconnu que toutes les fois que le pédoncule cérébelleux est atteint dans la partie située en arrière de l’origine du nerf de la cinquième paire, l’animal tourne du même côté, tandis que la lésion du pédoncule en avant tie l’origine du même nerf entraîne le tournoiement du côté opposé.

Je pense'avoir élucidé la question, en ce sens que j’ai précisé les conditions expérimentales pour la production de phénomènes qu’on avait considérés comme incompatibles et contradictoires; mais indépendamment de ce résultat, mes expériences me semblent renfermer un fait nouveau, important. Elles apprennent en effet’qu’il existe vers le voisinage de l’origine du nerf trijumeau une sorte d^entrecroisement fonctionnel dont les conditions anatomiques ne seraient point encore déterminées.

Recherches sur les causes qui augmentent ou diminuent Vintensité de la sensibilité récurrente.

(Comptes rendus de l’Académie des sciences, tome XXV, page lOû. )

En 1839, M. Magendie découvrit, dans les racines rachidiennes antérieures , une sensibilité toute spéciale semblant provenir de la périphérie du corps, et à laquelle il donna le nom de sensibilité en retour ou de sensibilité récurrente, pour la distinguer de la sensibilité des racines rachidiennes postérieures, qui émane directement de la moelle épinière. En analysant les phénomènes, M. Magendie a montré que cette sensibilité récurrente est transmise à la racine rachidienne antérieure

par la racine rachidienne postérieure correspondante, si bien qu’on constate une sorte de circuit de sensibilité entre les deux racines nerveuses. J’ai de mon côté mis ce fait en évidence par un autre procédé, qui consiste à soumettre les animaux à l’éthérisation. On voit, à mesure que l’anesthésie se manifeste, les organes nerveux devenir insensibles dans l’ordre suivant : 1“ la racine antérieure ; 2° la peau ; 3° la racine postérieure; 4“ le faisceau postérieur de la moelle épinière. Puis, quand on cesse l’éthérisation pour laisser l’animal revenir à son état normal, on voit la sensibilité reparaître dans les organes nerveux d’une manière inverse, c'est-à-dire : 1“ dans la moelle ; 2° dans la racine postérieure ; 3® dans la peau; 4" dans la racine antérieure. Enfin, quand on épuise l’animal par des pertes de sang considérables ou par le procédé opératoire qu’on emploie, on voit également la sensibilité s’éteindre, d’abord dans la racine antérieure, puis dans la racine postérieure, de telle sorte que dans ces cas on pourra trouver les racines postérieures seules douées de sensibilité. J’ai surtout insisté, dans mon Mémoire, sur les conditions expérimentales dans lesquelles il faut se placer pour trouver toujours la sensibilité récurrente. Cette expérience, que J’ai eu l’honneur de répéter devant des savants éminents, MM. Flourens, Rayer, Serres, de Humboldt, etc., est aujourd’hui un fait acquis à la science.

De la sensibilité récurrente du nerf spinal.

( Mémoires de la Société de biologie ; 1850. )

En étudiant la sensibilité récurrente du nerf spinal, j’ai eu pour but de rechercher d’où elle provenait, et de déterminer par conséquent quel était le nerf qui jouait le rôle d’une racine postérieure à l’égard du spinal. En effet, le caractère d’une racine antérieure rachidienne est de posséder la sensibilité récurrente, et j’ai démontré dans ce mémoire que dès son origine l’accessoire de Willis est doué de cette propriété. Le caractère d’une racine rachidienne postérieure est au contraire de fournir la- sensibilité récurrente seulement à la racine antérieure correspondante. Or, on comprendra dès lors que le nerf qui donnera la sensibi-

lité récurrente au spinal devra être regardé comme sa racine postérieure, puisqu'on constate que cette propriété physiologique lie en quelque sorte deux à deux les racines rachidiennes entre elles, pour constituer ce qu’on appelle une paire nerveuse. J’ai voulu, avec ce critérium nouveau, revenir sur celte ancienne question de savoir si le pneumo-gastrique doit être considéré comme la racine postérieure du spinal, ou, autrement dit, j’ai recherché si, en coupant le nerf pneumo-gastrique, on fait disparaître la sensibilité récurrente du spinal, delà même manière qu’on éteint cette propriété dans une racine rachidienne antérieure en coupant la racine postérieure qui lui correspond. Les expériences m’ont appris qu’il n’en est rien , et que par conséquent le pneumo-gastrique et le spinal ne constituent pas à eux deux une paire rachidienne, ainsi que je l’avais déjà prouvé ailleurs par d’autres arguments décisifs, mais peut-être moins directs que celui qui se déduit de l’origine de la sensibilité récurrente.

Le nerf spinal, si exceptionnel par ses origines multipliées à la moelle épinière, présente également une anomalie remarquable sous le rapport de sa sensibilité récurrente. Au lieu de tenir cette propriété d’un seul nerf, il l’emprunte, ainsi que mes expériences le font voir, aux racines postérieures des trois ou quatre premières paires cervicales chez le chien; de sorte qu’à ce point de vue, le nerf accessoire de Willis doit être considéré comme une racine antérieure multiple, surajoutée aux trois ou quatre premières paires rachidiennes cervicales.

Des conditions qui favorisent le développement de la sensibilité récurrente et de la sensibilité sans conscience {mouvements réflexes,) (Société philomatique. — Journal VInstitut^ 3 juillet 1847. )

Cette note a pour but d’établir que chez quelques animaux (chiens, chats), les phénomènes de sensibilité sans conscience (mouvements réflexes) et de sensibilité récurrente se développent ou s’éteignent sous l’influence de conditions qui sont absolument les mêmes pour les deux ordres de phénomènes nerveux.

De Vinfluence de la paralysie de la troisième paire sur les mouvements de la pupille,

( Comptes rendus de la Société de biologie ; 1850. )

Après la destruction du nerf moteur oculaire commun (troisième paire), la pupille reste élargie et immobile; de sorte qu’on admet que c’est ce nerf qui généralement anime les mouvements de l’iris. Cependant cette paralysie de la pupille, qui est alors réelle pour les rayons lumineux, peut cesser sous d’autres influences. Ainsi, par un procédé qui m’est propre, et que je décris dans mon mémoire, j’ai coupé la troisième paire dans le crâne sur des lapins. Aussitôt après, la pupille devient dilatée et immobile en même temps qu’il se produit un strabisme externe. Mais si immédiatement après, ou le lendemain de l’opération, on applique de la belladone sur cet œil dont l’iris semble paralysé, on voit cependant la pupille se dilater encore. Les mouvements de constriction y sont de même encore possibles sous l influence de la douleur ; car si on pince un rameau de la cinquième paire, ou si on coupe ce nerf dans le crâne, on voit aussitôt la pupille se contracter énergiquement, absolument comme si le nerf de la troisième paire n’avait pas été coupé.

Cas d'atrophie partielle de la moelle épinière avec perte du mouvement volontaire et conservation de la sensibilité dans les membres postérieurs f chez un agneau {avec M. Davaine).

(Comptes rendus de la Société de biologie, p. 120 ; 1849. )

Pendant la vie, la paralysie du mouvement volontaire était complète dans les membres postérieurs qui restaient raides et dans l’extension. Néanmoins, ces membres avaient conservé partout leur sensibilité, et

quand on pinçait la peau qui les recouvrait, on déterminait des mouvements réflexes très évidents.

L animal ayant été sacrifié', nous trouvâmes à son autopsie la moelle épinière considérablement atrophiée dans la région lombaire. Les racines rachidiennes qui naissaient au niveau de la partie atrophiée avaient disparu à peu près complètement, tandis que les racines postérieures correspondantes n’avaient pas sensiblement diminué de volume. Les faisceaux antérieurs et postérieurs de la moelle paraissaient cependant atrophiés au même degré.

Sur rabsence de la racine postérieure de la première paire cervicale [nerf sous-occipital) chez les singes,

(Comptes rendus de la Société de biologie; 1850. )

J’ai constaté, dans une première dissection sur un singe cynocéphale (grand papion), l’absence complète, des deux côtés, de la racine postérieure de la première paire cervicale; de sorte que cette paire de nerfs rachidiens se trouve chez cet animal réduite à sa racine antérieure, et conséquemment dépourvue de ganglion. Sur une autre espèce de singes, j’ai retrouvé la même disposition. Il était intéressant, dès lors, pour la physiologie, de rechercher les modifications que cette première paire cervicale avait subie dans sa distribution par suite de l’absence de sa racine postérieure ou sensitive. J’ai vu que la branche de ce nerf qui se rend dans les muscles obliques et droits postérieurs de la tête avait son développement ordinaire, tandis que sa branche antérieure, qui chez l’homme va s’anastomoser avec le pneumo-gaslrique et les autres nerfs du cou , avait à peu près complètement disparu. Cette disparition de la branche anastomotique antérieure, coïncidant chez les singes avec 1 absence de la racine postérieure, est un fait important, parce qu’il démontre que ce n’est point une anastomose motrice que le pneumo-gastrique emprunte à la première paire, et confirme l’opinion sur la nature mixte du nerf de la huitième paire.

Du mode d'action de la strychnine sur le système nerveux.

(Société philomatique. — Journal VInstitut, 26 juin 1847. )

Je démontre expérimentalement que la strychnine, qui a pour effet de provoquer des désordres de mouvements (convulsions), exerce primitivement son influence sur les nerfs de sensibilité, et que cette substance agit en exagérant l’action motrice réflexe de la moelle épinière,

De Vinfluence du système nerveux sur la composition des urines.

(Comptes rendus de l’Académie des sciences, tome XXVIII, page 393.)

Dans cette note, j’annonce à l’Académie mes premières expériences ayant pour but de faire apparaître le sucre dans les urines par la piqûre de la moelle allongée. Le procédé expérimental que je mettais alors en usage produisait une mutilation considérable et des désordres de sensibilité et de mouvements (convulsions) qui compromettaient la vie de l’animal. Souvent j’ai vu dans ces circonstances l’apparence des urines changer complètement. Si elles étaient troubles et alcalines avant l’expérience, elles devenaient bientôt après claires, acides et sucrées. D’autres fois elles contenaient des quantités notables d’albumine. Aujourd’hui je produis une lésion beaucoup plus limitée, et la matière sucrée se manifeste dans l’urine sans que cette sécrétion soit modifiée dans sa réaction. Seulement, la quantité des urines augmente en général, et ordinairement les phosphates disparaissent presque complètement de cette sécrétion pendant tout le temps que le sucre s’y rencontre.

J’ajouterai encore que les animaux présentent souvent en même ^emps un léger abaissement de température et une très grande irrita-

bilité. Ces modifications variées qu’on produit dans la composition des urines sous le rapport du sucre , des phosphates, de l’albumine et de la réaction acide, dépendent sans aucun doute de l’état complexe de la lésion qu’on détermine dans ces divers cas. On pressent dès lors qu’on pourrait peut-être faire apparaître ces modifications isolément si on limitait la lésion au point du système nerveux qui leur correspond exactement.

J’ai remarqué également que chez les lapins, les urines devenaient acides après la résection des nerfs pneumo-gastriques; sans doute parce qu’alors la digestion étant arrêtée, les animaux présentent des urines acides, comme quand ils sont soumis à l’abstinence.

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