‹ Notice sur les travaux de M. H. BouleyChapitre 5 sur 18 · MALADIES CONTAGIEUSES · texte numérisé non relu

MALADIES CONTAGIEUSES

A. Morve. — L’une des maladies de l’espèce chevaline qui ont été le plus spécialement l’objet de mes investigations est la morve , cette affection redoutable, non-seulement par les pertes qu’elle peut causer, mais encore et surtout par sa transmissibilité à l’espèce humaine : fait aujourd’hui incontesté et dont M. Rayer a eu le mérite de donner la démonstration définitive et irréfutable.

Au moment où je débutais dans la carrière de l’enseignement, la question de la contagion de la morve, sous la forme dite chronique, même de cheval à cheval, était fortement agitée parmi les vétérinaires; on peut dire que ceux qui soutenaient sur ce point des opinions

opposées faisaient valoir, respectivement, en faveur de leur manière de voir, des arguments et des faits qui paraissaient également probatifs.

Je crois avoir contribué, pour une large part, à résoudre cette difficulté et à mettre fin à des discussions stériles pour la science et dangereuses par leurs conséquences pratiques, en démontrant que la divergence des opinions sur les propriétés contagieuses de la morve dépendait de l’impossibilité matérielle où l’on était d’établir une délimitation réelle entre la morve aiguë , maladie essentiellement conta gieuse, de l’aveu de tous, et la morve dite chronique; et j’arrivai à cette conclusion que « la morve devait être considérée, comme une maladie contagieuse quelles que fussent les formes qu’elle affectait. » Cette conclusion fut généralement admise, au bénéfice de l’hygiène publique.

Mais la morve ne procède pas seulement de la contagion. Elle peut naître spontanément, dans l’organisme du cheval, sous l’influence de causes qu’il s’agissait de déterminer pour établir sa prophylaxie sur des bases solides.

L’observation clinique m’ayant démontré que la morve aiguë est souvent, chez le cheval, l’expression de l’infection purulente, consécutive aux opérations chirurgicales, j’ai cherché s’il ne serait pas possible, expérimentalement, de donner lieu à la manifestation de cette maladie, en déterminant une infection purulente artificielle par l’injection directe, .dans les veines d’un cheval sain, du pus recueilli sur un animal non morveux.

Des expériences faites dans cet ordre d’idées, de concert avec le regrettable M. Renault, vinrent confirmer les prévisions de la théorie, et ainsi fut donnée la démonstration expérimentale du développement possible de la morve, en dehors de l’intervention de la contagion (1840).

De toutes les conditions qui peuvent donner naissance à la morve, dite spontanée par opposition à celle qui procède de la contagion, la plus favorable, d’après l’observation et l’expérience, est l’épuisement du cheval par le travail et surtout par le travail accéléré.

En m’inspirant des données de la physiologie, je suis arrivé à établir la théorie des phénomènes dont l’organisme du cheval devient le siège

sous l’influence d’un travail excessif, et qui aboutissent, en résultat dernier, à la manifestation de la morve. Il résulte des expériences des physiologistes, que des phénomènes d’oxydation s’accomplissent manifestement dans les muscles et d’une manière plus marquée pendant la contraction ; que l’absorption d’oxygène, augmentée dans un muscle qui se contracte, a pour effet de transformer une partie de la fibrine de ce muscle en produit d’oxydation qui est versé dans le sang, pour être ^porté vers les voies d’excrétion. J’ai été conduit à conclure de mes études que le changement d’état du sang et les propriétés virulentes qu’il acquiert se rattachent à l’oxydation excessive des matières albuminoïdes. j

Cette théorie, basée sur des données physiologiques certaines, trouve sa conlirmation dans ce fait que c’est l’appareil lymphatique qui, dans l’affection farcino-morveuse, est le siège principal des phénomènes objectifs qui la caractérisent. Cette manifestation symptomatique constante résulte de ce que la lymphe, puisée dans l’appareil musculaire, contient une trop grande proportion des produits d’oxydation qui se sont formés en excès sous l’influence des contractions répétées de cet appareil?

Ces études sur la morve ont eu, je crois pouvoir le dire, une large part d’influence sur l’amélioration de l’hygiène publique.

Dès que les propriétés contagieuses de cette maladie ne furent plus contestées, comme elles l’étaient dans le premier tiers de ce siècle, lorsqu’au contraire tous les hommes de science et de pratique, parmi lesquels je compte un grand nombre de mes élèves, .les eurent reconnues, affirmées, et en eurent répandu la notion salutaire, on se mit en garde contre leurs dangers et l’on tâcha, par tous les moyens que l’hygiène enseigne, de prévenir leurs effets.

D’autre part, la seconde notion étiologique de la morve, dont je viens de parler, eut cette conséquence heureuse, dans les établissements bien gouvernés, de faire mieux proportionner la nourriture des chevaux à leur travail, et leur travail à leurs forces.

Et en définitive, tandis que, il y a trente ans, la proportion des chevaux morveux s élevait à 50 et 60 et même 70 pour 100, dans certains établissements., comme les postes des environs de Paris notam-

ment, aujourd’hui cette proportion est réduite à presque zéro. Ce résultat appartient aux efforts d’un grand nombre de coopérateurs, parmi lesquels je revendique une place et un rôle en rapport avec mes travaux sur cette matière et avec mon enseignement scientifique et clinique.

Outre les conditions étiologiques principales qui président au développement de la morve, j’ai mis en évidence un fait considérable au point de vue des mesures à prendre pour préserver l’homme des atteintes de cette cruelle maladie : à savoir sa gravité essentielle et absolue, malgré l’insignifiance apparente des symptômes qui la caractérisent. Or la morve, chez le cheval, étant compatible souvent, sous la formé dite chronique , avec la conservation des caractères généraux de la santé, et même avec la production de la force musculaire, il arrivait trop souvent qu’on croyait pouvoir utiliser cette force sans danger, et qu’ainsi les hommes préposés aux soins et à la conduite des chevaux morveux couraient d’autant plus de chances de contracter leur maladie qu’ils étaient moins en défiance contre la possibilité de ses atteintes.

Je crois être le premier qui ait rendu facile et certain le diagnostic de la morve sous les formes les plus insidieuses, en signalant la présence, sous le repli de l’aile interne du nez du cheval, d’ulcérations presque invisibles, tant elles sont étroites et superficielles, et en donnant à ces ulcérations leur haute signification diagnostique comme symptômes de lésions constantes et irrémédiables dans les cavités nasales et dans les poumons.

Enfin, je me suis attaché à établir le diagnostic différentiel entre la morve du cheval et d’autres maladies que l’on avait confondues avec elle, en raison de leur siège et de certaines analogies d’apparence, ce qui avait fait admettre l’idée fausse et dangereuse de la bénignité possible de la première.

Cette étude des caractères différentiels des affections qui s’expriment par des manifestations dans les cavités nasales et au pourtour de leurs orifices, m’a conduit à découvrir une maladie à forme éruptive, que j’ai distinguée de la morve, avec laquelle elle était confoudue, bien qu’elle en diffère essentiellement par son extrême bénignité.

Tel est l’ensemble de mes travaux sur la morve du cheval.

Je les ai publiés depuis 1839 dans le Recueil de médecine vétérinaire et j'ai exposé, avec tous les développements qu’elles comportent, les différentes idées que je viens de rappeler sommairement, dans la discussion à laquelle a donné lieu devant l’Académie de médecine un rapport que je lui ai communiqué sur une observation de M. le docteur Bourdon, relative à un cas de transmission de la morve du cheval à l’homme.

R . Horse-pox. — Je vais maintenant exposer comment j’ai été conduit à reconnaître que la maladie à forme éruptive dont j’ai parlé dans le paragraphe précédent, et pour laquelle j’ai proposé le nom de horse-pox , n’était autre chose qu’une éruption vaccinale analogue au s cow-pox par sa forme et identique par ses propriétés ; cette question est l’une des plus importantes auxquelles il m’ait été donné de collaborer.

Jenner avait admis que le cow-pox ou variole de la vache procédait d’une maladie du cheval; mais l’indication de cette maladie est si A ague dans ses écrits, que jusqu’à ces derniers temps on ignorait ce qu’elle pouvait être. En fixant le siège principal de cette affection du cheval dans la région des talons, Jenner contribua à induire en erreur les investigateurs qui vinrent après lui, qui s’obstinèrent, pendant près de soixante ans, à rattacher le cow-pox à ce que l’on appelle en Angleterre le grease et en France les eaux-aux-jambes , maladie chronique de la peau, essentiellement différente de celles qui ont un caractère éruptif.

De là tant de tentatives infructueuses d’inoculations depuis l’époque de Jenner.

La lumière commença à se faire sur cette question de l’origine équine de la vaccine, lorsque M. le professeur Lafosse, de l’École vétérinaire de Toulouse, communiqua à l’Académie de médecine, en 1860, un mémoire sur une maladie du cheval appelée par lui vaccinogène , dont l’inoculation à la vache avait donné lieu à la manifestation du cow-pox; mais, malgré ce travail important, des doutes restaient encore dans les esprits, et il ressortit de la discussion à

laquelle la communication cle M. Lafosse donna lieu dans l’Académie, que la solution de la question n’était pas encore donnée d’une manière satisfaisante.

C’est alors que j’entrepris la recherche de la maladie du cheval dont la vaccine devait procéder, d’après les affirmations de Jenner; et, après quelques tâtonuements et quelques fausses routes, je fus assez heureux pour la retrouver sous les différentes formes qu’elle peut revêtir et qui, par leur diversité même, ont été causes, depuis Jenner, de tant de divergences d’opinions sur l’origine de la vaccine.

La première forme sous laquelle elle m’est apparue en 1863 est celle d’une éruption sur la muqueuse de la bouche. « A la face interne des deux lèvres, à la face inférieure de la langue et sur le bord de sa partie libre, à la face interne des joues, sur la muqueuse gingivale, dans le fond du canal où ia langue est logée, notamment le long des canaux de Warthon et au niveau de leurs orifices, existait une multitude infinie de petites ampoules, de la grosseur moyenne d’un pois, les unes circulaires, les autres allongées, dont la teinte opaline rosée tranchait sur la couleur d’un rouge assez vif de la muqueuse qui leur servait de support; ces ampoules, ou vésicules, étaient lisses à leur surface, sans aucune dépression; elles avaient une apparence perlée et donnaient, sons les doigts, une sensation de tension rénitente; l’animal paraissait souffrir quand on les comprimait.

« L’épiderme soulevé qui constituait l’enveloppe de ces vésicules était déchiré dans quelques points et là on constatait l’existence de petites plaies lenticulaires dont les bords, formés par l’épithélium un peu gonflé, semblaient avoir été taillés comme avec un emporte-pièce; le fond de ces plaies, légèrement creusé en cupule, était d’un rouge vif foncé qui tranchait sur la nuance moins accusée de la muqueuse; leur fond était finement granuleux. »

Sur un autre cheval, « l’éruption de la bouche était accompagnée d’une éruption de la peau, caractérisée par de petites tumeurs lenticulaires, un peu aplaties à leur centre et renflées sur leur circonférence, donnant la sensation, quand on plissait la peau à l’endroit qu’elles occupaient, d’un petit noyau résistant. Leur surface était couverte par une croûte épidermique desséchée, adhérente sur quelques-unes, facile

à détacher sur d’autres ; l’enlèvement de cette croûte laissait à nu une plaie régulièrement circulaire, déprimée en cupule, d’une teinte rose, très-finement granuleuse, de laquelle ne tardait pas à suinter après cette desquamation artificielle, un liquide séreux très-limpide. A la circonférence de cette plaie, les bords épidermiques, légèrement gonflés, avaient une coloration grisâtre; et, là où manquait la matière colorante de la peau, comme sur les taches dites de ladre , par exemple, une aréole rouge diffuse entourait chaque tumeur ou pustule que je viens de décrire.

Telssontjles caractères de l’éruption pustuleuse du cheval à laquelle j’ai donné le nom de horse-pox , pour rappeler ses analogies avec le cow-pox ou maladie éruptive de la vache, qui est la source du vaccin.

Au moment où j’étais à sa recherche et où il m’était donné de la retrouver, j'ai été assez heureux pour la rencontrer sous des formes très-diversifiées sur une série de sujets. J’ai vu coïncider son éruption caractéristique avec la maladie de la peau des membres qu’on appelle le javart.

J’ai vu celte éruption si confluente qu’elle simulait, à s’y méprendre, les eaux-aux-jambes.

Je l’ai vue se compliquer d’angioleucites et d’abcès sur le trajet des lymphatiques qui auraient pu les faire confondre avec le farcin.

Dans de certains cas, l’éruption caractéristique était circonscrite très* étroitement à la région du pli des paturons.

Dans un autre, elle avait son siège exclusif dans la bouche,

Dans d’autres, elle occupait l’extrémité de la iôte et se prolongeait jusque dans les cavités nasales, de manière à avoir quelques analogies avec une éruption morvo-farcineuse. De telle sorte qu’il m’a été donné de voir défiler, pour ainsi dire, et dans un temps très-court, toutes les variétés de formes, que peut revêtir la maladie du cheval, qui est une des sources du vaccin de l’homme, si ce n’est sa source unique.

Ainsi j’ai vu successivement :

1° La variété d’éruptions localisées dans la partie déclive d’un ou de plusieurs membres que Jenner a vue sans doute, qu’il a désignée sous le nom de sore-heels , et que ceux auprès desquels il se renseiguait confondaient avec le qreasc ;

2° Le javart inoculable, dont parle Saceo, ou autrement dit la coïncidence avec 1 une des variétés de javart , d’une éruption de pustules vaccinales concentrées autour de la région où le javart avait son siège;

3° Les eaux-aux-jambes inoculables des expérimentateurs, c’est-àdire une maladie inflammatoire des jambes du cheval, ayant toutes les apparences de celle qu’on appelle les eaux-aux-jambes, par la forme de l’engorgement, l’abondance du fluide séreux que laissait suinter la peau enflammée, la multitude de petites tumeurs confluentes représentées par les pustules de l’éruption, mais n ayant avec les eaux que cette analogie tout extérieure et toute superficielle, et en différant essentiellement et par sa nature et par sa forme même, lorsque, sans se laisser décevoir par les apparences, on allait au-delà pour se rendre compte de l’état réel des choses.

4° Cette maladie d’un poulain, dont parle Jenner dans son livre, laquelle était caractérisée par un engorgement chaud et douloureux d’un membre postérieur, sans suintement humoral en surface, comme dans le grease , et qui, par un bouton, fournit une matière dont l’inoculation produisit le cow-pox.

5° La maladie de Toulouse, avec tous les caractères qui lui sont assignés dans le mémoire du professeur Lafosse.

Il semble qu’aucun des faits passes ne devait manquer à cette sorte .de revue qu’il m’a été donné de pouvoir faire; on eût dit que tous obéissaient à une sorte d’évocation magique et devaient venir dans un même temps et dans le même lieu se réunir en un faisceau compacte pour me faire voir, dans le même moment, tout ce que les observateurs disséminés dans l’espace et dans le temps, depuis quatre-vingts ans, ont vu et inscrit dans les annales de la science.

Ainsi Jenner a signalé, dans son livre, tous les accidents qui peuvent résulter pour l’homme de ses rapports de contact avec les chevaux affectés de la maladie qui est susceptible de faire naître le cow-pox ; il parle d’ulcères survenus sur les mains, des lymphangites consécutives et d’un état fébrile général assez grave.

Ces accidents, je les ai vus se produire avec tous leurs caractères les plus accusés sur un élève qui, dflessé à un doigt, soignait un

cheval affecté de la maladie éruptive dont l'inoculation donne lieu au développement du cow-pox.

Rien n’a donc manqué pour que la lumière se fit; elle est faite. Et cette lumière, en se reflétant sur le passé, en pénètre tous les recoins et en dissipe toutes les obscurités.

On sait aujourd’hui ce que c’est que le grease , le sore-heels, dont parle Jenner, et qui a si fortement intrigué tous les expérimentateurs qui sont venus après lui.

On sait ce qu’a vu Sacco.

On sait ce qu’ont vu les expérimentateurs qui, à différentes époques, ont pu déterminer le cow-pox par l’inoculation de ce qu’ils croyaient être les eaux-aux-jambes du cheval

Dans tous les cas, c’est une même et unique maladie à quoi les observateurs ont eu affaire; c’est la maladie que j’ai cru devoir désigner sous le nom de horse-pox , dont les caractères sont très-nets et très-déterminés, mais qui a été méconnue dans le passé, à cause de sa ressemblance sous quelques-unes de ses formes avec l’affection spéciale que l’on appelle les eaux-aux-jambes , à cause de sa coïncidence possible avec les différentes formes de javart; à cause enfin des complica tiens de lymphangites et d’abcès consécutifs qui peuvent modifier ses apparences et la faire confondre avec des accidents farcineux.

On sait, aujourd’hui, d’une manière certaine, à quelle source, si cela devenait nécessaire, on peut aller puiser le vaccin animal.

G. Péripneumonie contagieuse du gros bétail. — Cette maladie est un des plus redoutables fléaux de l’agriculture. Je l’ai étudiée au point de vue de sa nature et des mesures de différents ordres qu’il est possible d’appliquer pour diminuer les ravages qu’elle cause.

En 1850, j’ai été appelé à faire partie d’une commission qui fui chargée, sous la présidence de l’illustre Magendie, de faire des études Expérimentales sur cette maladie, conformément à une décision adoptée par l’assemblée législative. Cette commission m’a fait l’honneur de me nommer son rapporteur, et j’ai publié les résultats de ses expériences dans un mémoire approuvé par elle, où se trouve donnée la démonstration certaine des propriétés contagieuses de la péripneumo-

nie épizootique, propriétés qui étaient mises en Joute par un grand nombre à l’époque où la commission fut instituée.

Ces expériences tendent aussi à prouver que l’inoculation, préconisée par le docteur Willems, de Hasselt, serait un moyen préservatif efficace de la péripneumonie.

Depuis 1850, j’ai publié plusieurs mémoires Où je crois avoir fait connaître les vraies conditions de développement de cette maladie, dans laquelle la lésion pulmonaire n’est qu’un phénomène de localisation identique à celui qui se manifeste dans toutes les maladies dites éruptives.

Cette manière de voir m’a conduit à l’interprétation des faits consécutifs à l’inoculation, qui constitue, d’après les expériences que j’ai poursuivies, un moyen efficace de préservation de la péripneumonie.

Je crois, toutefois, que, sans généraliser l’emploi de ce moyen, auquel répugnent un grand nombre de propriétaires, il serait possible de préserver l’agriculture française d'une grande partie des pertes que lui cause ce fléau, rien que par l’exécution intelligente des mesures que prescrivent nos lois sanitaires.

Depuis que j’ai été promu à mes fonctions actuelles, ]e marche vers ce but avec persévérance, et j’ai la conviction qu’il me sera donné un jour de l’atteindre, car il est possible, quand on le veut, de limiter ou d’entraver complètement la propagation des maladies des animaux dont la contagion est le moyen exclusif ou même seulement principal d’expansion.

D. Rage. — La rage a été l’objet constant de mes préoccupations et de mes études pendant toute la durée de mon enseignement.

Cette maladie, si redoutable pour l’espèce humaine, étant jusqu’ici tout à fait incurable, j’ai pensé qu’il fallait surtout s’attacher à mettre les populations à l’abri de ses atteintes, et que le mieux à faire pour obtenir ce résultat était de leur faire connaître les symptômes caractéristiques de la période prodromatique de cette maladie, période assez longue pendant laquelle l’animal, au lieu d’être dangereux par ses attaques, l’est plutôt par ses caresses.

C’est sous l’inspiration de cette idée que j’ai communiqué à l’Acadé-

mie de médecine, à l’occasion d’un travail de M. le docteur Boudin, un mémoire sur la rage qui a eu l’honneur de la reproduction dans tous les journaux de Paris et des départements, et que j’ai retrouvé traduit en Bavière, pour être distribué aux enfants des écoles primaires et appris par cœur comme un catéchisme.

Le succès si complet de cette publication est une preuve, ce me semble, de la justesse de l'idée qu elle réalise, et je demeure convaincu que, relativement à la rage, à la morve, au charbon, etc., la meilleure des prophylaxies est dans la connaissance des dangers encourus. Cette connaissance acquise, l'intérêt personnel devient pour chacun la meilleure des sauvegardes.

Que d’hommes, par exemple, ont échappé à la morve, depuis les travaux de M. Rayer, par ce seul fait qu’ayant de cette maladie une terreur salutaire, ils ont évité de s’exposer à ses dangers !

E. Peste bovine. — Je compléterai cet exposé sommaire de quelquesuns de mes travaux sur les maladies contagieuses, en rappelant à l’Académie la part qu’il m’a été donné de prendre à l’institution des mesures si bien entendues par l’application desquelles l’administration de l’agriculture est parvenue à sauver notre pays des ravages de la peste bovine.

J’ose dire que cette part a été considérable, car j’ai été le premier à éclairer l’administration sur le caractère, encore ignoré en France et méconnu par le plus grand nombre en Angleterre, de l’épizootie meurtrière qui sévissait, en 18 üd, sur les animaux de l’espèce bovine de ce pays, oii M. le ministre de l’agriculture m’avait donné la mission de me rendre.

Dès le lendemain de mon arrivée, il me fut possible, en effet, de reconnaître la peste des steppes, ou le typhus contagieux des bêtes à cornes , à ses symptômes et à ses lésions si caractéristiques, et de mettre, par une dépêche télégraphique, l’Administration de l’agriculture en garde contre les dangers dont notre population bovine était menacée.

Cette première question résolue, la règle de conduite qu’il fallait suivre se trouvait toute tracée ; et tandis qu’en Angleterre, après trois mois de ravages de l’épizootie^ on en était encore à discuter, dans de

nombreux meetings et dans tous les journaux, sur l’origine de cette maladie et sur ce qu il y avait à faire pour empêcher sa propagation, nous, nous inspirant de données scientifiques certaines, nous prenions d’urgence toutes les mesures sanitaires que réclamaient les circonstances et nous parvenions à préserver notre pays des désastres dont l’Angleterre a tant pâti, ainsi que la Hollande; désastres qui se mesurent, pour ces deux pays seulement, par la perte de près de 500,000 têtes de bétail.

Le secret de notre réussite si complète a été de savoir ce qu’il y avait à faire dans les occurrences où nous nous trouvions ; de savoir le faire et de le faire à temps en allant droit au but, sans autre préoccupation que celle de l’intérêt général qu’il fallait sauvegarder.

J’ai mis à profit le temps de mon séjour en Angleterre pour faire, sur les propriétés contagieuses de la peste bovine, des recherches qu’il n’eût pas été prudent d’entreprendre en France.

11 résulte de ces recherches expérimentales, faites au Collège vétérinaire d’Édimbourg, avec le concours de M. Chauveau, que M. le Ministre de l’agriculture avait bien voulu m’associer, sur ma demande :

1° Que le typhus contagieux, ou peste bovine, est transmissible aux grands ruminants par l’inoculation des larmes , du sang et des matières fécales ;

2° Qu’il existe autour des bêtes malades une atmosphère contagieuse de vingt mètres au moins de rayon ;

3° Que les moutons sont bien moins susceptibles que les grands ruminants de contracter la peste, car nous n’avons pu la leur transmettre pendant le temps que nos expériences ont duré, ni par l’inoculation, ni par la cohabitation, alors que, par des épreuves comparatives, faites sur des veaux, dans les mêmes conditions et sous les mêmes agents, nous parvenions, à coup sûr, à communiquer la maladie à ces derniers.

Des faits pratiques tendant à faire admettre que les hommes ou les moutons pouvaient devenir les agents du transport à distance des miasmes de la peste bovine, par l intermédiaire de leurs vêtements ou de leurs toisons, nous avons voulu vérifier expérimentalement ce qu’il pouvait y avoir de fondé dans cette opinion, mais nos expériences.

que le temps ne nous a pas permis, du reste, de faire assez nombreuses, n’ont pas donné, sur ce point, des résultats confirmatifs.

Ce n’est pas seulement en Angleterre que j’ai été appelé à étudier la peste bovine, aux différents points de vue de son origine, de sa marche, des ravages qu’elle cause et surtout des mesures sanitaires par lesquelles on peut s’opposer à son invasion et à sa propagation; j’ai rempli des missions semblables, pendant ces deux dernières années, en Belgique, en Hollande, dans le Luxembourg, en Bavière, en Prusse, dans les duchés saxons, et toutes les investigations auxquelles je me suis livré m’ont conduit à la vérification de ces deux grands faits, bases de toutes les mesures prophylactiques, en matière de typhus contagieux, à savoir, d’une part : que le typhus contagieux, originaire des steppes de l’Europe orientale, ne se développe jamais spontanément dans l’Europe occidentale, où il ne peut être introduit que par la voie de la contagion; et, d’autre part, que dans tous les pays de cette dernière partie de l’Europe on est toujours maître d’arrêter les ravages du typhus si l’on sait étouffer, par des sacrifices faits à propos, les foyers de contagion partout où ils tendent à s’allumer.

Un dernier fait ressort des observations que j’ai recueillies dans tous les pays où je me suis rendu, fait d’une importance considérable au point de vue de l’hygiène de l’homme : c’est que la peste bovine n’est pas susceptible de se transmettre à notre espèce. Aucun fait de contagion ne s’est produit dans la multitude d’ouvriers employés au dépeçage des centaines de milliers d’animaux qui sont morts du typhus dans ces dernières années.

J’ai fait connaître, avec tous les développements quelles comportent, toutes les propositions que je viens de résumer, soit dans mes rapports officiels, dont quelques-uns ont reçu la publicité du Moniteur , soit dans le Recueil de médecine vétérinaire , soit enfin dans les communications faites à l’Académie de médecine, au retour de mes missions; j ai ainsi tenu le public au courant des événements, afin que nulle part nous ne fussions pris au dépourvu et que tous ceux qui devaient être appelés au sauvetage du pays fussent prêts à agir.

J’ai été appelé à assister l’Administration de l’agriculture-de mes conseils toutes les fois qu’il s’est agi d’édicter les mesures sanitaires

que comportaient les circonstances et de rédiger les instructions propres à éclairer sur 1 importance et la nécessité de ces mesures, les administrations locales et les populations.

Enfin, en ma qualité d inspecteur général des Écoles vétérinaires, je me suis rendu partout en France où le danger était signalé, pour voir s’il était réel et instituer toutes les mesures propres à le conjurer.

En terminant, je crois devoir rappeler que je travaille depuis 1856, en collaboration avec mon collègue M. Reynal, à un ouvrage, le Nouveau Dictionnaire pratique de médecine , de chirurgie et d'hygiène vétérinaires, où j’ai fait paraître une série d’articles qui ont trait notamment à la pathologie médicale et chirurgicale, à la ferrure, à l’anatomie et à la physiologie des animaux domestiques. Ces articles, que je crois pouvoir appeler des monographies , sont le résumé de mon enseignement depuis trente années et contiennent tout ce que l’observation, comme l’expérimentation, a pu m’apprendre dans cette longue période.

TITRES DE M. H. BOELEY.

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