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ÉTUDES SUR LA BETTERAVE A SUCRE

L’une des branches les plus importantes de notre agriculture, celle qui produit la betterave à sucre, a traversé de 1876 à i 885 une crise d’une gravité extrême.

Au cours de cette période décennale, on a vu la fabrication française du sucre de betterave, qui depuis le commencement de ce siècle s’était toujours tenue au premier rang, distancée par la fabrication allemande, et même par la fabrication autrichienne.

L’Allemagne, qui en 1874 produisait à peine Sooooo tonnes de sucre, avait élevé en 1 884 son chiffre de production à 111 5 000 tonnes ; l’Autriche dans le même temps avait élevé le sien de 222000 à 557000 tonnes; tandis que notre industrie sucrière, qui en 1 874 mettait sur le marché une masse, considérable pour l’époque, de 45 oooo tonnes, n’en produisait pas davantage en 1884, en produisait même un peu moins, puisque, pour cette année, son chiffre de production s’abaissait à 406000 tonnes. Du premier rang, elle était passée au troisième.

Ce n’est pas à un coup de fortune qu’était dû un changement de situation aussi fâcheux; depuis longtemps déjà, et depuis 1870 surtout, la culture de la betterave et la fabrication du sucre avaient été, de l’autre côté du Rhin, l’objet d’études incessantes et habiles; le procédé d’extraction du sucre, qui repose sur la diffusion du jus, avait remplacé le vieux procédé par râpage et par pression, et la betterave elle-même, par suite des améliorations dont sa culture avait été l’objet, était devenue assez riche pour que le rendement moyen en sucre s’élevât de 5,45 pour 100 en 18793 9,11 pour 100 en i 885 ; il est de 12 pour too aujourd’hui.

Alors qu’une révolution aussi considérable s’accomplissait près d’eux, nos cultivateurs et nos fabricants, confiants dans leurancienne supériorité, se contentaient des betteraves d’autrefois à 10 pour 100 de sucre et des

vieux procédés qui, péniblement, permettaient d’en extraire 5 à 6 pour loo.

La situation était d’une gravité extrême et beaucoup la considéraient comme telle, que la culture de la betterave, si précieuse pour nosassolements, semblait destinée à disparaître en France.

Cette opinion, heureusement, était loin d’être générale, et quelques-uns aussi pensaient que procédés culturaux et procédés industriels pouvaient, au prix de quelques efforts, recevoir les mêmes améliorations et fournir les mêmes résultats en France qu’en Allemagne.

J’ai été l’un des défenseurs de cette opinion, et par mon enseignement, par mes travaux personnels, je me suis efforcé d’apporter un concours utile à l’œuvre de régénération, qui aujourd’hui, heureusement, est un fait accompli.

Faire partager aux fabricants de sucre l’idée du progrès était chose relativement aisée; la conviction s’est faite rapidement dans leur esprit, et dans mon enseignement au Conservatoire des Arts et Métiers je me suis attaché, dès 1873, à déterminer, plus tard à consolider cette conviction. Aujourd’hui, toutes les usines françaises ont mis à la ferraille leur vieux matériel, toutes sont montées par la diffusion.

Mais c’était chose autrement difficile que de faire pénétrer dans l’esprit de nos agriculteurs une conviction analogue, au sujet de la nécessité d’améliorer les procédés jusqu’alors appliqués à la culture de la betterave.

Les Allemands, disait-on, obtiennent, il est vrai, des betteraves à i 4 et i 5 pour 100 de sucre, mais la terre française ne se prête pas à la production de semblables racines.

Quelques agriculteurs habiles avaient déjà expérimentalement démontré le contraire; mais c’est à des pratiques incompatibles avec les conditions normales de la culture qu’on attribuait leur succès.

Pour détruire ce préjugé, il était nécessaire de faire davantage et d’apporter à nos agriculteurs une de ces démonstrations scientifiques auxquelles la finesse de leur esprit leur fait souvent accorder plus de valeur qu’à de simples essais pratiques.

C’est sous l’empire de cette pensée que j’ai entrepris l’étude que j’ai poursuivie pendanteinq ans, doiitj’ai eu l’honneur de présenter les résultats en 1887 à l’Académie des Sciences sous le titre de Recherches sur le développement de la betterave à sucre, et dont le but essentiel était la découverte des procédés physiologiques suivant lesquels le sucre se forme et se répartit dans la plante, comme aussi la mise en lumière des conditions dans lesquelles.

celte production et cette répartition, atteignant leur maximum, conduisent aux rendements élevés et aux grandes richesses.

Aucun travail d’ensemble n’avait été, jusqu’ici, entrepris sur cette question. Certes, des recherches nombreuses avaient été faites en Allemagne et même en France dans le but d’améliorer la culture de la betterave à sucre, mais c’est le plus souvent à un point de vue pratique, plutôt que scientifique, que ces recherches avaient été entreprises.

C’est à un tout autre point de vue que j’ai cru devoir me placer, ainsi que le montrera l’exposé rapide des résultats principaux de mes recherches.

Production du sucre par tes feuilles.

La betterave peut être considérée comme le type des plantes a souche sucrée. En quatre mois de végétation, elle fabrique et emmagasine une quantité de sucre qui, pour les bonnes variétés et dans des conditions de culture satisfaisantes, s’élève souvent jusqu’à iSof par sujet; ce sucre d’ailleurs est tout entier à l’état de saccharose.

Cependant, et malgré l’importance de cette formation saccharine, le mécanisme d’où résultent la production et l’emmagasinage du saccharose était resté jusqu’à ces derniers temps inconnu.

Sans doute, et depuis longtemps, les physiologistes admettent que, suivant l’heureuse expression de BoussingauU(i865), la feuille est la première étape des principes 'sucrés qu’on trouve répartis dans les diverses parties de l’organisme végétal.

Mais c’est à la formation des matières sucrées en général que cette manière de voir a été appliquée jusqu’ici et non au phénomène spécial de la saccharogénie, c’est-à-dire de la formation du saccharose ou sucre cristallisable.

Ce phénomène est-il direct, ou bien est-il simplement consécutif à la formation de quelque produit d'où le saccharose dériverait ensuite; les expérimentateurs qui, jusqu’à ces derniers temps, s’étaient occupés de la production du sucre par la betterave n’avaient point résolu cette question.

J’ai cherché à la résoudre, en partant de cette idée préconçue qu’un phénomène aussi considérable que celui de la saccharogénie devait être direct et, comme tous les grands phénomènes de la vie végétale, placé immédiatement sous la dépendance do la lumière.

Mes prévisions à ce sujet se sont réalisées et, des recherches que j’ai poursuivies pendant deux années consécutives, il est permis de conclure

aujourd'hui que, forme directement dans les limbes des feuilles, sous l’influence de la lumière solaire et proportionnellement à l’intensité de celle-ci, le saccharose est ensuite, et à travers les pétioles, exporté vers la souche où il s’emmagasine.

Pour établir cette proposition importante, je me suis, en i883 et 1884, attaché à établir, à des intervalles réguliers, la composition diurne et nocturne des feuilles de la betterave.

Dans un champ cultivé avec soin, mais dans des conditions normales cependant, un certain nombre de sujets (dix au moins), aussi semblables que possible, étaient choisis pour chaque essai; à chacun de ces sujets, on enlevait exactement à 4'' du soir la moitié du bouquet de feuilles dont il était surmonté, et ces feuilles étaient aussitôt soumises à l’analyse. Le lendemain h 4'' du matin, la seconde moitié du bouquet était coupée de même, et les feuilles, de môme aussi, soumises à l’analyse..

En opérant de cette façon de quinzaine en quinzaine pendant toute la campagne de i883, de deux en deux jours pendant trois semaines consécutives de la campagne de 1884, j’ai vu se dessiner avec netteté une loi qui chaque fois s’est vérifiée.

Quelle que fût la quantité de saccharose contenue dans les limbes des feuilles à 4'’ du soir, qu’elle s’élevât à près de i pour 100, comme cela est arrivé quelquefois, ou qu’elle ne dépassât paso,5, même 0,20 pour 100, peu importe : toujours la quantité constatée à la fin de la nuit, à 4'’ du matin, s’est montrée de beaucoup inférieure; le plus souvent la diminution a été de moitié, quelquefois elle a été plus considérable.

Des dilférents produits que la plante loge dans ses tissus, le saccharose d’ailleurs est le seul dont le pourcentage subisse dans ces conditions des

J’ai pu alors, des observations nombreuses que j’avais faites, conclure que le saccharose prend naissance directement, peut-être sans intermédiaire, sous l’influence de la lumière du soleil ; pendant le jour, les limbes eu forment une quantité d’autant plus grande que la lumière est plus intense; quelquefois la proportion en atteint i pour 100, et la production par bouquet de feuilles peut, par suite, s’élever, en un jour, à 2«‘'ou3sL Un double courant osmotique s’établit alors entre les sels que les radicelles ont enlevés au sol et le saccharose que les limbes viennent de produire, et de ce double courant résultent, à travers les pétioles, d’un côté la minéralisation de la feuille, d’un autre la saccharification de la souche; la nuit, la faculté saccharogénique des limbes s’arrête, le saccharose ne sc forme plus.

mais l’émigration de celui qui a pris naissance pendant le jour continue.

La découverte de ces faits présente, non seulement au point de vue scientifique, mais encore au point de vue de la pratique agricole, une importance qu’on ne saurait méconnaître. En nous apprenant que c’est du fonctionnement des limbes que dépendent directement la formation du saccharose et par suite son emmagasinage dans la souche, en nous permettant de constater à quel degré ce fonctionnement varie, suivant les races et même suivant les individus, ils indiquent à quel degré le cultivateur et le producteur de graines de betteraves doivent se préoccuper de la nature et de l’aptitude saccharogénique des organes aériens des sujets qu’ils destinent à la reproduction.

les recouvrir largement. Dans ces conditions, on les voit s’enrober toutes d’une gaine jaune dont la première couche adhère seule à la surface, dont les autres, d’épaisseur variable avec les quantités d’eau dont la racine était couverte, s’en détachent aisément.

Jetées sur un tamis métallique, les racines ainsi enrobées sont alors battuesjusqu’àcequedeleur surface le soufre adhérent refuse de se détacher: autour de chaque racine ou radicelle, le soufre forme alors un fourreau de de millimètre d’épaisseur environ, d’une régularité satisfaisante, formé toujours de deux ou trois utricules de soufre mesurant chacun dCj^àflj de millimètre, et empilés les uns sur les autres. Plongées ensuite dans l’eau additionnée de lo pour loo d’alcool, les racines ou radicelles abandonnent aisément le soufre dont, elles sont vêtues, soufre qu’il n’y a plus qu’à recueillir et à peser, après dessiccation, sur un filtre taré.

J’ai pu, en appliquant ce procédé, reconnaître qu’au dépôt de i*' de fleur de soufre correspondent des surfaces comprises entre J70“i et 225“i, de telle sorte qu’en adoptant le chiffre moyen de aoo'”! pour i»’ de soufre, il est possible d’obtenir la mesure superficielle des parties souterraines des plantes, avec une approximation de.^environ, soit en dessus, soit en dessous. C’est là, pour la plupart des recherches de physiologie végétale et d’agronomie, une exactitude généralement suffisante.

Je n’entreprendrai pas ici l’exposé des procédés techniques et scientifiques à l’aide desquels je suis parvenu à récolter d’abord et à étudier ensuite, sous le rapport de leur poids, de leur surface, de leur composition, les trois parties (feuilles, souche et radicelles) dont l’ensemble constitue une betterave à sucre.

Au mois de juillet 1887, j’ai eu l’honneur d’adresser individuellement à MM. les Membres de l’Académie des Sciences un Mémoire complet sur cette question. Mémoire auquel était jointe une collection de dix héliogravures, reproduisant, aujde la grandeur naturelle, la betterave en voie de développement aux époques principales de sa végétation. Il m’est donc, je crois, permis de ne point insister en détail sur les diverses parties de cette étude, et je me contenterai de rappeler d’une manière sommaire les résultats que

Mes recherches ont porté successivement sur la souche de la plante, c’est-à-dire nui lu produit rémunérateur de la culture, sur la betterave

même comme on dit en langage vulgaire, puis sur le pivot et les radicelles, c’est-à-dire sur le chevelu, enfin sur les feuilles (limbes et pétioles séparés).

1“ Étude de la souche. — Les faits que cette étude m’a permis de reconnaître sont nombreux et importants.

J’ai pu, notamment, établir qu’au cours du développement progressif de la betterave les matières autres que le sucre, tant solubles qu’insolubles, forment une proportion sensiblement constante, égale environ (du moins pour la variété cultivée on vue de ces essais) aux du poids de la plante : que cependant, suivant les conditions météorologiques. Suivant l’avancement en âge de la betterave, on voit des variations considérables se produire dans la composition de la souche, mais que c’est spécialement entre l’eau et le sucre que s’accomplit le jeu de ces variations;.

Que, sous l’influence des pluies, le sucre déjà formé ne disparait pas de la souche, comme on l’admet généralement, pour servir à la formation de feuilles nouvelles; que ce sucre subsiste, au contraire, mais que, la souche augmentant alors de poids par hydratation, sans emmagasiner de nouvelles quantités de matière sucrée, la richesse apparente seule s’en trouve affaiblie;

Que, dans l’accroissement de la souche, il convient de distinguer trois périodes successives et non point deux, comme on le fait d’habitude ; l’une allant depuis la levée jusqu’au i5 juillet, pendant laquelle le végétal se constitue et s’accroît suivant une progression rapide; la deuxième, du i5 juillet au là août, pendantlaquelle l’accroissement, d’une constance remarquable, correspond à un emmagasinement, par la souche, de i«‘' de sucre environ par jour; une troisième enfin, ou période automnale, qui peut quelquefois, en l’absence des gelées, se prolonger tard en saison, pendant laquelle le gain en sucre est plus considérable encore et peut, dans des circonstances lavorables, s’élever jusqu’à 2'' par jour.

Des faits ainsi établis résultent pour la culture des conséquences intéressantes : comme, par exemple, l’avantage que présentent les arrachages tardifs, arrachages qui, adoptés dès i886 par plusieurs cultivateurs, leur ont permis d’obtenir des rendements plus grands en poids et en richesse.

2» Étude du pimt et des radicelles. - C’est pour la première fois que cette étude était tentée; elle devait avoir, au point de vue de la saccharogénie, une importance particulière.

Dans ces dernières années, on avait vu, en effet, quelques savants sc demander si les parties souterraines, si les radicelles notamment ne

devaient pas être considérées comme les agents producteurs, pour tout ou pour partie, de la matière sucrée emmagasinée dans la souche.

L'examen que j’ai fait, au cours de mes recherches, de ces parties souterraines, établit nettement que cette opinion n’est pas fondée.

En premier lieu, en effet, j’ai démontré que, si le pivot et les radicelles prennent, à travers le sol, un développement superficiel considérable, un développement tel qu’en fin de campagne, au mois d’octobre, on le trouve presque égal au développement superficiel des feuilles, on ne voit, à ce grand développement, correspondre, en réalité, qu’un poids très faible, un poids qui, pendant la plus grande partie de la végétation, ne représente que i5 pour 100 du poids total de la plante.

En second lieu, l’analyse du pivot et des radicelles réunis m’a permis d’établir que, à quelque époque de son développement que l’on analyse la betterave, on trouve ses parties souterraines toujours pauvres en matières sucrées, en renfermant au maximum i,4 pour loo, habituellement o,6

De telle sorte que, dans ce chevelu si peu pesant et si pauvre, il est impossible, en vérité, de reconnaître un atelier de fabrication du sucre assez développé ou assez actif pour approvisionner un magasin aussi vaste et aussi riche que la souche de la betterave.

3° Etude des feuilles. — Cet atelier de fabrication, c’est dans la feuille qu’on le trouve; je crois l’avoir précédemment démontré (').

Son importance est d’ailleurs considérable; l’étude de la souche m’a permis d’établir que, peudant la plus grande partie de la végétation de la betterave, celle-ci, sous conditions normales, s’enrichit de i^'' de sucre chaque jour. L’étude des parties aériennes m’a permis d’établir de même que, ce gramme de sucre, les feuilles peuvent chaque jour le fournir à la souche.

L’équation de la formation du sucre par la betterave résulte de ces deux démonstrations.

En dehors de cette conclusion capitale, il est d’autres faits encore que l’étude des feuilles m’a permis de reconnaître.

C’est ainsi que, de cette étude, il résulte que le bouquet de la betterave, formé généralement de 4o pour loo de limbes et de fiopour loo de pétioles, va grandissant d’abord avec rapidité, passant ensuite par une période sta-

tionnaii’o et reprenant enfin une activité nouvelle au moment où la saison se termine; mais, de cette étude, il résulte aussi que la période stationnaire qui vient d’être indiquée n’est qu’un phénomène artificiel dû à la chute des feuilles qui se fanent.

Ce bouquet, d’autre part, et c’est là un résultat imprévu, l’expérience nous le montre sensiblement indépendant des variations d’humidité du sol qui, au contraire, influent considérablement sur la souche.

Enfin, au tissu végétal dont ces feuilles sont faites, l’analyse permet de reconnaître à tout moment une teneur sensiblement constante en matières organiques autres que te sucre, aussi bien qu’en matières minérales; seule la proportion de matière sucrée s’y montre variable suivant l’intensité de la lumière reçue.

Conclusions. — Lorsque, groupant toutes les données fournies par la longue étude que je viens de résumer, on cherche à en tirer les enseignements principaux, on est conduit aux conclusions suivantes ;

L’observation attentive des accroissements personnels à chacune des parties de la plante montre l’appareil foliacé, prédominant pendant les deux premiers mois de la végétation (juin et juillet); c’est à se constituer que la plante travaille alors; la souche est encore à l’état rudimentaire; l’appareil radiculaire, au contraire, très développé, représente lo pour loo du poids total.

Pendant les deux derniers mois,de la saison (août et septembre), c’est dans des conditions tout autres que la végétation se poursuit. L’appareil aérien et l’appareil radiculaire augmentent, a la vérité, mais dans des proportions si faibles que souvent on est amené à considérer le premier comme stationnaire; la souebe, au contraire, augmente rapidementen poids, et, en fin de campagne, elle représente lesf environ du poids de la plante entière.

Pour chacune des trois parties de la betterave, cet accroissement est régulier et proportionnel au temps.

Inégal quant h l’intensité pour chacune d’elles, faible pour le bouquet et les radicelles, considérable, au contraire, pour la souche, cet accroissement conserve sa régularité vis-à-vis de la plupart des produits dont ces parties sont composées : ligneux, matières minérales, matières organiques solubles, c’est-à-dire en cours d’élaboration.

Mais, à cette régularité, il est des exceptions importantes, et c’est surtout de ces exceptions que dérive l’allure spéciale que prend, avec le temps, la végétation de la betterave.

C’est ainsi que le chevelu augmentant rapidement en tissu vasculaire, en ligneux par conséquent, acquiert chaque jour une solidité plus grande, qui lui permet de mieux résister à la pression du terrain.

C’est ainsi que, dans les limhes des feuilles, on voit la proportion de saccharose varier du simple au double, suivant l’intensité de la lumière solaire; qu’on voit, du fait de ces variations mêmes, la souche s’enrichir plus ou moins vite.

C’est ainsi, enfin, que, dans la masse de cette souche, on voit encore les proportions d’eau et de sucre varier suivant les conditions météorologiques, sans que le sucre déjà emmagasiné abandonne les tissus dans lesquels il était logé, de telle sorte que, dans cette souche de betterave, dont le poids égale les f du poids de la plante totale, qui, pour l’agriculteur, représente la rémunération de ses travaux, on ne doit voir, en réalité, qu’une trame végétale de composition constante, au sein de laquelle vient se loger un jus, qui, en outre d’une petite quantité de matières azotées, minérales, etc., est formé spécialement d’eau et de sucre, jus dans lequel enfin l’expérience montre la masse d’eau augmentant vis-à-vis du sucre préexistant, sous l’influence de la pluie, et la proportion de sucre augmentant, au contraire, sous l’influence de la lumière solaire, et proportionnellement à l’intensité de

Au moment où les recherches dont je viens de résumer les résultats étaient publiées (i883 à 1887); on voyait, de tous côtés, les efforts se multiplier dans l’espoir d’arracher notre culture de betteraves et notre industrie sucrière au danger qui les menaçait.

Quelques cultivateurs et fabricants français visitaient l’Allemagne et de leur visite rapportaient une confiance absolue dans les procédés qui y étaient pratiqués; une législation salutaire (juillet 1884) modifiait les conditions de la perception de l’impôt sur le sucre, tout concourait en un mot à déterminer la transformation complète d’une situation malheureuse.

Mes recherches apportaient à ces efforts réunis une démonstration scientifique que la pratique réclamait. Aujourd’hui, le but est atteint; nos champs sont couverts de betteraves riches à 14 et 15 pour 100 de sucre ; le rendement de nos usines s’élève, comme en Allemagne, à ii et 12 pour loo; quatre années ont suffi pour opérer cette merveilleuse transformation. Et l’industrie sucrière française, si elle n’a pas encore repris le premier rang, n’en a pas moins presque doublé sa production; celle-ci, qui en 1884 n’était que de 40Ü000 tonnes, atteignait, en effet, en 1890 le chifl’re de y-joooo tonnes.

Sur le développement des Nématodes de la betterave en 1885, 1886 et 1887, leurs modes de propagation, et sur un procédé permettant d’en arrêter la marche.

Jusqu’en 1884, la culture de la betterave en France n’avait reçu aucune atteinte du fléau qui, depuis vingt ans déjà, exerce sur cette même culture, en Saxe, de véritables ravagea; ce fléau c’est le développement, sur les radicelles de la plante, d’une variété d’Helminlhes, connus vulgairement sous le nom de Nématodes de la beUerme{HeleroderaSchachlii), qui, se multipliant à l’infini, envahissent rapidement des champs entiers et causent bientôt, par le trouble qu’ils apportent au développement des racines sur lesquelles ils sont fixés, la ruine d’une culture entière.

En Saxe notamment, nombre de fermes ont dû, en face de l’invasion de leurs ehamps, abandonner la culture de la betterave; les dégâts causés par les Nématodes rendaient cette culture impossible.

Au mois d’août 1884 j’ai signalé leur apparition en France; je les ai, pour la première fois, rencontrés sur ma culture, à la ferme de la Faisanderie à Joinville-le-Pont, puis à Gonesse, à Mortières, ete.

J’ai aussitôt cherché à éclairer les agriculteurs de notre pays sur la gravité du danger qui les menaçait, et en même temps j’ai entrepris des recherches dans le but de combattre ce nouvel ennemi de notre agriculture.

Pendant les campagnes qui se sont succédé depuis, je me suis attaché à suivre le développement des Nématodes à travers nos champs de betteraves, à mesurer l’étendue du mal qu’ils nous peuvent faire, à rechercher quels sont leurs modes de propagation et à combiner enfin un procédé qui permît d’en arrêter la marche, sinon quand elle est dans son plein, du moins à ses débuts.

Depuis 1884 les Nématodes ont continué de se répandre dans nos cultures, mais la marche en a été lente.

En i 885 et 1886, j’ai constaté leurs dégâts dans plus de vingt localités différentes de l’Oise, de Seine-et-Oise, de l’Aisne et du Nord; en 1887, je les ai retrouvés jusqu’en Auvergne.

Chaque année j’ai observé soigneusement les caractères offerts par les cultures attaquées et j’ai aussitôt fait connaître ces caractères.

L’importance des dégâts causés par les Nématodes devait naturellement m’engager à rechercher les voies par lesquelles ces parasites se propagent.

En dehors de celles que les observateurs saxons ont déjà signalées (emploi des boues laissées par le lavage de betteraves nématodéeS, usage

d’instruments agricoles ayant fonctionné dans des champs infestés, etc.), j’ai, de mon côté, découvert un mode de propagation inattendu sur lequel on ne saurait trop appeler l’attention des cultivateurs; ce mode de propagation consiste dans l’emploi de fumiers provenant d’animaux dans l’alimentation desquels interviennent des pulpes do betteraves attaquées par les Nématodes.

I-es Nematodes meres, en effet, traversent impunément les intestins de ces animaux, notamment du mouton, et se retrouvent, prêtes à pondre, dans leurs déjections.

Arrêter d’une manière absolue la marche des Nématodes a été jusqu’ici impossible; j’ai été assez heureux cependant pour découvrir un procédé qui, trop dispendieux pour être appliqué à de grandes surfaces cultivées, présente une efficacité complète lorsqu’il s’agit d’attaquer seulement, au milieu des champs, les petites surfaces sur lesquelles le dépérissement de la betterave annonce si nettement l’apparition du parasite.

Ce procédé repose sur l’emploi du sulfure de carbone à dose massive; il est de tout point comparable à celui qu’en Suisse la loi impose aux viticulteurs pour la destruction des taches phylloxérées.

Pour obtenir un succès complet, j’ai dû porter la dose de sulfure de carbone à injecter dans le sol jusqu’à par are.

Des essais méthodiques exécutés à Joinville-le-Pont d’abord, puis sur d’autres cultures, ont démontré que dans ces conditions la destruction des Nématodes était complète.

Un exemple suffira à établir l’efficacité du procédé. Sur une culture complètement envahie, j’ai, pour éviter tout retour du parasite, isolé à l’aide d’une nappe de plomb, descendant à 2'" de profondeur, un carré de Go” que j’ai traité à mort par le sulfure de carbone, tandis qu’à côté et sur un carré semblable aucun obstacle n’etait mis au développement des Nématodes. Les rendements, rapportés à l’hectare, ont été ;

Ces résultats et d’autres que jepourrais citer sont absolument concluants, ils montrent avec quelle facilité nos cultivateurs de betterave peuvent lutter contre l’invasion de leurs champs; il leur suffit, pour cola, de surveiller ceux-ci attentivement et de traiter à mort, par le sulfure de carbone, les taches nématodées aussitôt qu’ils en auront constaté la pro-

C’est ce qu’ont fait, et ce que font, aujourd’hui encore, d’après mes conseils et avec succès, plusieurs agriculteurs, sur les champs desquels la présence des Nématodes s’était manifestée par la formation de taches déjà assez étendues.

ÉTUDES Sun LE Iit,É ET LES PUODUITS DE SA MOUTURE.

Comptes rendus de l’Académie dos Sciences, t. XCIX, p. i6, juillet 1884.

C’est, au point de vue de l’économie rurale, une question complexe que celle de la production du blé.

On y voit, en effet, d’un côté l’agriculteur s’efforçant d’obtenir, à l’hectare, le plus haut rendement possible en grains et en paille, d’un autre le meunier n’attachant à ce rendement aucun prix et se préoccupant exclusivement des quantités de farine panifiable que ses appareils de mouture lui permettront de tirer de ces grains.

Ces deux aspects de la question ont été, jusqu’ici, l’objet d’une attention inégale. Transformée par les procédés que la Science moderne a mis à sa disposition, la culture du blé est arrivée aujourd’hui à un haut degré de perfection sous le rapport du rendement en poids; mais, sous le rapport des qualités que la récolte doit posséder pour recevoir du meunier un bon accueil, elle ne savait, il y a quelques années, que bien peu de chose encore.

Jusqu’à 1884, en effet, toutes les études sur la composition dublé avaient porté sur les grains entiers. L’histologie de la graine était bien connue, il est vrai, grâce aux travaux de M. Trécul (1807), mais jamais, jusqu’alors, on ne s’était attaché à disséquer les grains avant que d’en étudier la composition et d’en rechercher la valeur alimentaire.

C’était là, cependant, un travail indispensable; dans le grain, le meunier, avec raison, estime à des prix tout différents, d’un côté l’enveloppe qui lui donnera le son, d’un autre l’amande qui lui donnera la farine, tandis que,le cultivateur n’accorde aux proportions relatives de l’une et de l’autre partie aucune attention.

L’étude des grains de blé pris dans leurs diverses parties constituantes pouvait seule permettre de concilier les intérêts, en apparence opposés, du

cultivateur et du meunier, en leur indiquant comme but commun la production de récoltes abondantes en poids et recommandables en même temps par leur rendement à la mouture.

A cette étude d’ailleurs, et en dehors de l’intérêt scientifique qu’elle présente, les circonstances donnaient, il y a quelques années, un intérêt pratique et tout d’actualité.

Des événements commerciaux d’une gravité extrême étaient venus troubler l’industrie de la meunerie et le commerce des farines. Sur le marché des grandes villes et notamment sur le marché de Paris on avait vu tout d’un coup, à cette époque, se présenter en abondance des farines étrangères, des farines hongroises surtout, d'une qualité et d’une pureté inconnues jusque-là, farines qu’aussitôt la boulangerie de luxe avait adoptées de préférence aux farines françaises. En même temps et par un effet contraire, les farines qui faisaient notre renommée à l'étranger cessaient d’y être recherchées dans la mesure d’autrefois. Et les choses venaient à ce point que, en moins de dix ans(i875 à 1884), nos exportations de farine tombaient de nSooooo quintaux à ySoooo, alors que, d’autre part, l’importation des farines étrangères s’élevait de 4’’000 à plus de Sooooo quintaux.

C’est que, en effet, attachés à leurs vieux procédés de mouture, nos meuniers avaient laissé, sans y prêter attention, se développer en Autriche, en Allemagne, des procédés tout nouveaux, permettant d’obtenir avec plus de précision qu’autrefois la séparation des parties utiles et inutiles que le grain apporte aux appareils de broyage.

Pour rendre à l’industrie française de la meunerie sa prospérité, pour assurer à notre agriculture les débouchés que l’importation étrangère lui enlevait, un seul moyen se présentait alors : ce moyen c’était la transformation complète de l’outillage de nos moulins.

A cette transformation cependant, les meuniers français se montraient rebelles: aux principes même sur lesquels repose la mouture par engins métalliques, ils n’accordaient aucune créance: les éclairer devenait une nécessité absolue.

C’est à leur fournir les lumières qui seules pouvaient les déterminer à entrer dans la voie du progrès que tendaient les recherches dont j’ai eu l’honneur de soumettre à l’Académie des Sciences les résultats développés, le 7 juillet 1884. Ces recherches avaient duré dix ans: je les avais entreprises en 1874, à mon retour d’Autriche, et dès 1878 j’en avais fait connaître

les prémisses à mes élèves de l’Institut national agronomique; j’en indiquerai, rapidement, les grandes lignes.

C’était, il y a quelques années à peine, une question non résolue encore que celle de savoir s’il convient de faire concourir à l’alimentation humaine la masse entière du grain de froment, ou si de eette masse, au contraire, il convient d’éliminer certaines parties. L’importance de cette question est capitale, cependant, au point de vue de l’alimentation rationnelle de l’homme.

Dans le grain des céréales en général, et dans le grain du blé, en particulier, se rencontrent, en effet, trois parties principales : l’enveloppe, le germe et l’amande farineuse. Ces trois parties, l’étude histologique de ce grain les a, depuis longtemps, caractérisées; mais sur leur composition particulière, sur leur valeur alimentaire, on ne savait rien, ou du moins on ne savait que bien peu de chose au moment où j’ai entrepris mes recherches.

Pour combler cette lacune, mon premier soin devait être de déterminer pour les variétés de blé les plus usitées les proportions relatives d’envtloppe, de germe et d’amande concourant à la constitution du grain.

L’isolement de ces trois parties était, en réalité, d’une difficulté singulière. J’ai pu le réaliser cependant, à l’aide de tours de main dont la description exigerait de trop longs développements et qui, appliqués à des blés très différents, m’ont permis d’établir que le grain de froment est, en moyenne, composé de :

C’est à l’étude de l’enveloppe que je me suis attaché surtout; le poids proportionnel en est, en effet, considérable, et c’est chose certaine que, si cette enveloppe possédait des qualitésnutritives sérieuses, son introduction dans le compost alimentaire devrait être considérée comme un bienfait; malheureusement, c’est à une conclusion toute contraire que mes recherches m’ont conduit.

.W. Trécul, à qui nous devons de bien connaître l’histologie de l’enveloppe du grain de froment, nous a appris à y reconnaître six membranes superposées, dont trois, résultant du développement de l’ovaire, constituent le péricarpe, dont les trois autres, appartenant à la graine et résultant du

développement de l’ovule, sont le testa, l’endoplèvre et la membrane interne du tégument séminal.

Pour reconnaître si, dans son ensemble ou dans quelques-unes de ses parties, oette enveloppe possède des qualités nutritives, j’en ai d’abord fixé la composition et j’ai démontré ainsi que, contenant 18,75 pour 100 de matières azotées, l’enveloppe est en réalité plus riche, sous ce rapport, que les meilleures farines qui, généralement, n’en renferment pas plus de 12,5o. C’est là un fait inattendu et qu’on était loin de soupçonner.

J’ai recherché ensuite si ces 18,70 de matière azotée étaient également répartis dans les six membranes de l’enveloppe ou localisés dans quelquesunes d’entre elles; cette recherche a été faite de trois façons : d’abord par l’analyse qualitative sous le microscope, ensuite par l’analyse immédiate de l’enveloppe entière, en dernier lieu par l’analyse séparée des divers téguments; j’ai ainsi reconnu que les matières azotées de l’enveloppe se trouvent, pour la plus grande partie, pour plus des trois quarts, localisées dans le tégument séminal.

L’étude analytique, dont je viens de rappeler rapidement les résultats, m’a conduit à reconnaître que, du péricarpe et du testa, il n’y avait pas lieu de se préoccuper au point de vue alimentaire, mais qu’il convenait, au contraire, d’accorder à l’endoplèvre et à la membrane interne du tégument séminal la plus grande attention. Introduits, en effet, dans le compost alimentaire, ces deux téguments lui apporteraient une quantité de matières azotées qui s’élèverait à 2 pour 100 du poids du grain, qui serait égale par conséquent au sixième de la quantité de matières azotées que contiennent les farines les meilleures.

La composition de l’enveloppe étant ainsi établie, la localisation de la matière azotée reconnue, la question se posait de savoir si cette matière azotée est, comme le gluten, assimilable par l’homme ou si, au contraire, elle se présente, comme la corne, en un état tel que nos organes ne la puissent digérer.

Pour établir ce fait capital, laissant de côté quelques essais insuffisants tentés autrefois par Poggiale, plus récemment par M. Rathay, professeur à l’Université de KIosterneuburg, j’ai pensé qu’il était nécessaire de recourir à une expérience directe et quantitative de digestion, par l’homme, de l’enveloppe du grain de froment. En pleine santé, m’astreignant à l’usage d’aliments liquides ou en poudre fine, mais substantiels, après avoir pris, ainsi que je l’indique dans mon Mémoire, toutes les précautions pour éloigner les causes d’erreur, j’ai ingéré un poids de S'LfigS d’enveloppes entières.

préalablement lavées, séchées, et formant un volume de 76“ environ. Pendant cinq jours, à la suite de cette ingestion, les matières excrétées ont été soigneusement tamisées, et j’ai recueilli un poids d'enveloppes entières et inaltérées égal à Soumises à l’analyse, ces enveloppes contenaient

encore la presque totalité de l’azote que l’analyse y avait fait reconnaître avant l’expérience; par contre, la plus grande partie des matières minérales qui y étaient contenues étaient entrées en dissolution.

De telle sorte que de la combinaison de ce ré.sultat et des différents nombres fournis par mes recherches, il est résulté que, au point de vue de sa digestibilité, l’enveloppe du grain de froment peut être considérée comme formée de :

Ce qui revient à dire, en somme, que l’enveloppe du grain de froment, en traversant l’appareil digestif de l’homme, ne saurait lui apporter comme produits utiles qu’une quantité de matières azotées et de matières minérales représentant chacune 4 à 5 millièmes du poids du grain.

C’est là, en vérité, un gain bien modeste; ce gain même on ne saurait l’obtenir gratuitement; parmi les substances, en effet, que l’enveloppe abandonne à l’eau figure ce ferment que Mège-Mouriès a découvert en i 854 , qu’il a nommé céréaline et qui, agissant à la fois sur l’amidon et le gluten, rend la pâte du pain grasse, lourde et bise. C’est donc à le repousser qu’il convient de s’arrêter, et c’est à l’exclusion de l’enveloppe du grain de froment, par conséquent, qu’il convient de conclure.

C’est à une conclusion identique que m’a conduit l’étude du germe. Sans doute dans ce germe, dont l’étude n’avait jamais été faite jusqu’alors, j’ai pu reconnaître la présence de plus de l\o pour 100 de matière azotée, de 12, 5 o de matière grasse, de près de 5 pour 100 de matières minérales; mais, d’un côté, parmi les matières azotées solubles que le germe contient, j’ai retrouvé en grande quantité la céréaline qui fait le pain bis; d’un autre, à l’huile enfermée dans les cellules du germe, j’ai reconnu la propriété de rancir avec une grande rapidité,aussitôt que ces cellules ont été déchirées

par les engins employés à la mouture. A chaque avantage que le germe apporte, on voit donc correspondre un inconvénient grave.

Des longues recherches que je venais de poursuivre, ce devenait, alors, chose aisée que de tirer des conclusions pratiques.

Des trois parties qui forment la masse du grain do hlé, deux, l’enveloppe et le germe, ne sont pas digestibles par J’homme; leur présence, en outre, diminue la qualité du pain. C’est donc d’amande seule que ce pain doit être fait, et c’est à éliminer la totalité de l’enveloppe et du germe que doivent tendre les procédés de la mouture moderne.

La netteté et la simplicité de ces conclusions ont fait sur l’esprit des meuniers français une impression profonde. A l’incrédulité qu’ils avaient jusqu’alors manifestée vis-à-vis des procédés nouveaux, a succédé, à partir de ce moment, une large confiance, ün grand mouvement d’opinion s’est produit et la transformation des moulins de notre pays a commencé; aujourd’hui, et six années ont suffi à amener ce résultat, tous les grands moulins de France ont abandonné la meule pour lui substituer les engins métalliques, et déjà la transformation des milliers de petits moulins que l’on compte sur notre territoire est entreprise par nos constructeurs.

Sur la nature et la qualité des farines de blé fournies par des moutures comparatives

Comptes rendus de l'Académie des Sciences, l. XCIX, p. 38o, a5 aodt 1884. - liapport présenté à M, io Ministre de l'Agriculture par la Chambre syndicale dos grains et farines.

Les conclusions que je viens de rappeler ne devaient pas tarder à recevoir une consécration pratique singulièrement importante.

Ainsi que je l’ai rappelé précédemment, les conditions du marché des farines s’étaient, de 1875 à 1884, profondément modifiées en France; nos exportations avaient diminué des deux tiers, tandis que l’importation des farines étrangères avait décuplé.

Dans les grands centres de consommation, à Paris notamment, le goût s’était prononcé d’une manière décidée en faveur de celles-ci, et notamment en faveur des farines obtenues à l'aide des moulins hongrois ou moulins à

Préoccupée île cet état de choses fâcheux, désireuse de savoir si, comme le proclamaient nombre de personnes, il le fallait attribuer à l’infériorité de l’outillage français, la Chambre syndicale des grains et farines de Paris institua, en i 883 , un concours auquel elle convia les constructeurs d’appareils et les inventeurs de procédés nouveaux.

Huit concurrents, les uns marchant aux cylindres, les autres employant des meules métalliques, des broyeurs, des granulateurs, des meules en pierre modifiées, répondirent à cetappel; à cbacun d’eux la Cbambre syndicale remit une même quantité de blés identiques qui, dans le moulin de chacun d’eux également, fut moulue et travaillée sous la surveillance d’une Commission dont je faisais partie.

A la demande de la Cbambre syndicale enfin, M. le Ministre de l’Agriculture me fit l’honneur de me charger du soin d’examiner et d’analyser les nombreux échantillons prélevés dans chaque moulin et à la suite des opérations principales de chaque moulure.

Sur un millier d’échantillons ainsi recueillis, cent cinquante environ ont été reconnus comme particulièrement intéressants pour la solution du problème posé, et ces cent cinquante échantillons ont été, dans mon laboratoire, aussitôt que possible après la fin de la mouture, soumis ii l’analyse chimique et à l’examen microscopique.

En complétant les procédés d’analyse ordinairement employés, en m’attachant surtout à isoler des produits de mouture les débris de l’enveloppe et du germe mélangés à la farine réelle, j’ai pu, au cours de cet examen, constater des faits importants.

C’est ainsi que j’ai reconnu en premier lieu que, contrairement à un préjugé qui a cours encore aujourd’hui, la farine obtenue d’un même blé et à un même rendement possède toujours la même composition centésimale, la même richesse en matières azotées notamment, quel que soit l’appareil

Ce résultat, qu’on était en droit de prévoir, est, du reste, facile à expliquer; entre la composition de l’amande, en effet, et la composition de l’enveloppe, les différences sous le rapport de la richesse en matières azotées sont trop petites pour que, même étant donnée la présence de 7A5 ou d’enveloppes dans la farine, les données de l’analyse en puissent être alfectées d’une façon sérieuse.

Mais, d’autre part, l’examen microscopique des résidus obtenus en éliminant des farines le gluten par malaxage, l’amidon par la sacclnirification, etc., m’a per.mis de reconnaitre qu’entre les produits fournis par les

différents procédés de mouture existaient, sous le rapport de leur teneur en débris d’enveloppe et de germe, des différences considérables.

Dans les farines provenant de l’écrasement du blé entre cylindres métalliques, c’est à peine si j’ai trouvé quelques-uns de ces débris; dans les farines provenant des meules métalliques, j’en ai trouvé une quantité notable; dans les farines provenant de meules en pierre et de quelques autres engins encore, je les ai rencontrés en abond.ance.

Et comme, des recherches que j’ai faites sur la composition et l’influence des diverses parties du grain de blé, il résulte, d’une part, que l’enveloppe n’est pas alimentaire, d’une autre, que les débris de l’enveloppe et du germe jouent, au cours de la panification, un rôle fâcheux, j’ai pu,, d’avance, indiquer quelles seraient, parmi les farines examinées, celles qui fourniraient les pains les plus beaux, celles qui, au contraire, ne fourniraient que des pains inférieurs.

Ces indications se sont vérifiées. Des essais de panification exécutés sous la direction d’une Commission spéciale ont permis de classer, sans hésitation, d’après la qualité des pains obtenus, les diverses farines concurrentes, et l’ordre suivant lequel ces farines ont été ainsi classées s’est trouvé absolument identique à l’ordre dans lequel je les avais classées d’après leur plus ou moins grande teneur en débris d’enveloppe et de germe.

Les résultats pratiques fournis par cette ctude. en corroborant ceux qu’avait déjà fournis l’examen scientifique que je venais de faire de la question, ont bientôt achevé de convaincre nos meuniers de la nécessité de modifier à l’absolu les procédés séculaires dont ils faisaient usage.

Si bien, que grâce à ces recherches, grâce à l’énergie avec laquelle nos industriels sont entrés dans la voie que mes travaux leur indiquaient, on a vu, en quelques années, la qualité du pain s’améliorer, la meunerie française remonter peu à peu le courant de décadence qui l’entraînait, notre agi icultuie enfin retrouver un débouché qu’elle commençait à perdre.

L’art de fabriquer du pain de bonne qualité est placé sous la dépendance absolue d’un phénomène remarquable ; le phénomène de la levée.

Si le pain est compact et mal levé, la digestion en est difficile et la con-

cruellement sentir, surtout chez les vignerons, dont les maigres produits devaient tous aller à la vente sans qu’il leur fût permis d’en conserver la plus petite quantité pour leur consommation.

Pour combler le déficit, on eut alors l’idée de recourir à la méthode de Petiot, et de demander au sucre fabriqué l'alcool nécessaire à la production d’une boisson alcoolique.

Parmi les divers procédés à l’aide desquels une boisson de cette sorte pouvait être obtenue, le plus simple à coup sûr est celui qui consiste à reprendre soit dans la cuve, soit sous le pressoir, le marc de la vendange, à le recouvrir d’eau sucrée et à abandonner le mélange à la vinification.

Depuis longtemps on prépare de ces vins en France, et on les désigne sous les noms de vins de deuxième cuvée, vins de sucre, vins d’eau sucrée, etc.

En l'état actuel de nos vignobles, en face des désastres causés par le phylloxéra, la production des vins de cette sorte ne saurait qu’être encouragée, à la condition, bien entendu, que sur le marcbé ils se présentent avec leur pbysionomie et leur composition normales.

Cette pbysionomie et cette composition cependant, noiis ne les connaissions pas, il y a dix ans.

J’ai pensé rendre service à la viticulture en comblant cette lacune et je me suis proposé d’établir les caractères, la composition, la valeur de ces boissons en comparaison avec les qualités des vins de vendange ordinaires.

Pour donner à ces recliercbes la précision qu’exigeait l’importance de la question, j’ai voulu préparer moi-même les vins que je me proposais d’étudier; j'ai fait venir du Bordelais, de la Bourgogne, de l’Hérault, du Cher, de l’Isère, des marcs noyés encore dans le vin de la première cuvée; j'ai recueilli ces vins et j’ai eu ainsi entre les mains les types d’origine certaine auxquels je devais plus tard comparer les vins fournis par la fermentation

Puis les marcs ont été délayés dans de l’eau sucrée, contenant 1808'de sucre par litre, correspondant par conséquent à la production de 10° d’al-

Fermentés dans de bonnes conditions, ces vins ont été décuvés avec soin, soutirés deux ou trois mois après leur préparation et enfin analysés comparativement avec les vins de la première cuvée.

J’ai ainsi reconnu qu’à ces vins, auxquels, à mon avis, il convient, pour éviter toute confusion, de donner le nom de vins de marc, appartient, en général, une composition régulièrement dépendante de la composition des vins ordinaires de même origine ; qu’à cette composition on voit les matières

dissoutes, le tartre, le tannin, la matière colorante même intervenir imur des proportions toujours comprises entre 5 o et 75 pour 100 des proportions pour lesquelles ces matières interviennent it la composition des vins ordi-

J’ai pu établir enfin que les vins obtenus par la fermentation du sucre en présence des marcs de vendange ont une composition assez régulière pour qu’on puisse, en les comparant surtout aux vins de vendange de même origine, les considérer comme un produit commercial défini; que la composition de ces vins leur assigne des qualités alimentaires et hygiéniques équivalentes aux deux tiers, à la moitié dans les cas les plus défavorables, des qualités des vins ordinaires; que cette composition,est telle enfin que, préparés avec soin k la richesse de 9 à lo pour 100 d’alcool, ces vins de marc constituent une boisson éminemment utile et recommandable.

Les résultats que j’ai ainsi fait connaître ont déterminé nombre de viticulteurs à faire entrer la préparation des vins de marc dans leur pratique normale. Aujourd’hui, par exemple, c’est une coutume, dans beaucoup de crus du Bordelais que de réserver à la vente les vins de première cuvée et de fournir aux vignerons les vins fournis par l’addition de l’eau sucrée sur le marc.

.Des quantités considérables de sucre sont aujourd’hui, en [France, eonsacrées k la préparation de ces vins.

Parmi les éléments utiles qui interviennent k la composition des vins, il faut compter les matières astringentes et particulièrement le tannin.

Cependant, l’évaluation du taux de ces matières astringentes présente de telles difficultés que rarement on peut avoir confiance aux résultats que cette évaluation fournit.

Des procédés nombreux ont été proposés, il est vrai, pour en effectuer le dosage, mais tous (la plupart des chimistes sont d’accord sur ce point) présentent de grandes incertitudes.

J’ai cherché, en utilisant la propriété bien connue que les matières astringentes de toutes sortes possèdent de se fixer sur les membranes animales, k combiner un procédé qui off'rît, k ce propos, une garantie sérieuse.

pesée, en laissant celles-ci séjourner vingt-quatre heures dans le vin, les lavant soigneusement et les séchant enfin à 100°, de déterminer par la différence des poids la quantité de matières astringentes et colorantes que le vin leur a abandonnées.

Des expériences répétées sur un grand nombre de vins m’ont permis de reconnaître à ce procédé une grande simplicité d’exécution, en même temps qu’une précision supérieure à celle des procédés proposés jusqu’ici pour atteindre le même but.

Plusieurs expérimentateurs l’ont aujourd’hui adopté pour leurs études

TRANSFORMATION EN ENGRAIS DES CADAVRES D'ANIMAUX MORTS A LA FERME. - DESTRUCTION DES GERMES CONTAGIEUX.

Comptes rendus de l’Académie des Sciences, t. XCVII, p. 74, 9 juillet i883.

Bulletin de la Société nationale d’Agriculture, juillet i883.

Les cadavres des animaux morts de maladies contagieuses et notamment du charbon sont devenus aujourd’hui pour l’agriculture la source d’embarras sérieux et d’inquiétudes justifiées. Depuis, en effet, queM. Pasteur nous a appris combien est grande la vitalité des spores de la bactéridie charbonneuse, depuis qu’il nous a montré les lombrics ramenant incessamment

des profondeurs du sol ces spores prêts à se développer, il a fallu renoncer au procédé si simple de l’enfouissement que jusqu’alors on avait considéré comme elTicace.

Divers procédés ont été conseillés alors pour détruire ces cadavres, ou tout au moins pour les rendre inoffensifs : la combustion, la cuisson avec de l’eau, etc.; aucun de ces procédés, cependant, n’a paru exempt d’inccr-

C’est alors que je me suis attaché à rechercher un procédé qui, n’admettant aucune transaction, d’une part assurât nécessairement la destruction des germes de maladie, d’une autre permit de retirer des cadavres des animaux un parti, modeste il est vrai, mais digne d’attention cependant.

Ce procédé, je l’ai trouvé dans l’emploi de l’acide sulfurique.

■l’ai reconnu par l’expérience que, à la température ordinaire et sans recourir à aucune manipulation compliquée, on peut dissoudre dans l’acide sulfurique moyennement concentre les cadavres des animaux avec une facilité que l’on ne soupçonnait pas; immergé, par exemple, dans l’acide sulfurique à (io”, le cadavre d’un mouton disparait complètement en quarante-huit heures; la chair, les os, la laine même, tout est entré en dissolution. L’action dissolvante de l’acide sulfurique est, d’ailleurs, loin d’être épuisée encore, et de nouveaux cadavres d’animaux peuvent, jusqu’à ce que la densité de l’acide se soit abaissée à /|0°, venir s’y dissoudre à la suite

La dissolution des cadavres d’animaux au moyen de l’acide sulfurique froid est donc une opération des plus faciles. Cette dissolution, ainsi qu’on pouvait le prévoir, a pour conséquence la destruction totale des germes de bactéridie charbonneuse, ainsi que l’a reconnu M. Roux dans le laboratoire de M. Pasteur.

Ce fait acquis, j’ai pu combiner des dispositions simples, aisément réalisables à la ferme et applicables non seulement à la destruction des cadavres des animaux morts de maladies contagieuses, mais encore à la dissolution et à la transformation, en engrais, des cadavres des animaux morts de maladies ordinaires ou abattus à la suite d’accidents.

C’est à la ferme de la Faisanderie, à-Joinville-le-Pont, que ce procédé a été d abord mis en pratique; et pour en faire apprécier la valeur pratique, je me contenterai de rappeler que, dans une première application, une cuve de 32 o'‘« d’acide sulfurique à6o» a suffi pour dissoudre les cadavres de neuf moutons pesant, au total, 214^5.

Transformer en engrais le sirop azoto-phosphaté fourni par cette dissolution était d’ailleurs chose facile. Mis en contact avec des phosphates naturels moulus, il a fourni des superphosphates azotés dont la production est trop simple pour que je m’y arrête.

Ce procédé de destruction des cadavres des animaux morts à la ferme, soit de maladies contagieuses, soit de maladies ordinaires, est aujourd’hui passé dans la pratique agricole et l’on compte, en France, un certain nombre d’ateliers dans lesquels il est appliqué non seulement aux animaux morts sur l’exploitation, mais encore h ceux dont les cadavres leur sont apportés par les propriétaires des exploitations voisines.

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