TRAVAUX DIDACTIQUES
Revue de Géologie.
A peine sorti de l’École des Mines, M. de Lapparent se voyait choisi par Delesse pour succéder à M. Laugel dans la rédaction de la Revue de Géologie , insérée chaque année dans les Annales des Mines. Ce recueil avait été fondé en 1862, dans le but d’initier régulièrement les ingénieurs aux progrès de la science, surtout à l'étranger, non par une suite d’extraits se succédant sans ordre, mais par une sorte d’inventaire méthodique des conquêtes accomplies dans chacun des chapitres de la Géologie. Delesse avait apporté, dans l’accomplissement de cette tâche, avec sa compétence et sa conscience habituelles, un remarquable esprit de coordination, auquel il n’eut pas de peine à associer son jeune collaborateur. De x865 à 1880, celui-ci, plus spécialement chargé de la partie stratigraphique, seconda de son mieux le fondateur de la Revue, coopérant ainsi pour sa moitié, sans autre avantage que la satisfaction du service rendu, à la publication de treize volumes, chacun de 25o à 3oo pages. En 1880, la maladie de l’un des auteurs et le changement survenu dans la situation officielle de l’autre déterminèrent la suppression de la Revue. Du moins l’utilité en avait été hautement appréciée de tous les hommes compétents et le collaborateur de Delesse, en même temps qu’il s’y accoutumait à consulter couramment les publications allemandes et anglaises, y recueillait un grand nombre d’informations qui devaient plus tard lui être d’un grand secours pour son enseignement.
Traité de Géologie.
Le Traité de Géologie a été publié, par fascicules successifs, en 1881 et 1882, alors que l’auteur en était à sa sixième année de professorat. A la fin de 1882, l’ouvrage était complet et formait un volume in-8° de près de treize
cents pages, oit toutes les questions que soulève la Géologie étaient abordées avec plus de détails et en même temps dans un esprit plus marqué de généralisation qu’on ne l’avait encore fait dans aucun manuel français ou anglais. L’auteur avait apporté un soin tout particulier au choix de la méthode d’exposition, cherchant à unir la plus grande clarté possible avec l’enchaînement logique des faits et des déductions. En outre, pourplus de sûreté, il avait exécuté lui-même un grand nombre de dessins.
L’accueil fait à ce livre, qui comblait dans la littérature scientifique de notre pays une lacune vivement sentie, fut tel qu’au mois de juillet 1885 une seconde édition était devenue nécessaire.. L’auteur s’y était préparé d’ailleurs dès le premier moment. Sachant mieux que personne tout ce qu’il avait dû laisser d’im perfections dans une oeuvre qui touchait à tant de choses et remuait une aussi grande masse de connaissances diverses, il avait accumulé, au fur et à mesure de l’apparition des fascicules, les additions et les rectifications. Avec le temps, d’ailleurs, une vue plus nette des questions de Stratigraphie lui permettait de donner, en quelque sorte, plus d’air aux Chapitres correspondants, en substituant lé plus possible des résumés qu’on pourrait appeler paléo-historiques à de sèches énumérations de coupes de détail. De cette façon la seconde édition, enrichie de plus de deux cents pages et revue jusque dans les moindres traits, avait presque le droit de passer pour un ouvrage nouveau.
A l’heure qu’il est, environ sept mille exemplaires du Traité de Géologie sont en circulation dans le monde. Plus de la moitié a pris le chemin de l’étranger. En Belgique, en Russie, en Italie, en Espagne, dans l’Amérique centrale et méridionale, etc., l’Ouvrage a réussi à conquérir de lui-même, et sans aucun appui, la place des manuels allemands qui, jusqu’alors, avaient été en possession à peu près exclusive de l’enseignement supérieur.
Sous son apparence didactique, le Traité renferme un assez bon nombre de travaux personnelsà l’auteur..Tel est, parexemple, le Chapitre relatifaux lois du relief terrestre. M. de Lapparent, en rédigeant ce Chapitre, avait été frappé de voir que les chiffres habituellement acceptés pour exprimer la valeur du relief étaient toujours empruntés à d’anciennes observations de Humboldt, fixant à 3o5 m l’altitude moyenne des continents; à peine si l’on commençait à parler d’une évaluation récente de M. Krümmel, qui portait cette altitude à .
Pour s’éclairer, l’auteur du Traité ne recula pas devant un calcul direct, fondé sur l’utilisation de toutes les cartes hypsométriques déjà publiées et sur l’estimation, faite par un procédé assez sûr bien que rapide, delà surface
ment gelé à une certaine profondeur. Il a étendu à la terre rouge des cavernes cette ingénieuse explication, qui rend compte, mieux qu’une autre, et de la rubéfaction de ce qu’on a nommé le diluvium rouge, et de la patine qu’y ont prise les éclats de silex, et de leur lente pénétration à la base de ce limon, qui semble raviner irrégulièrement les couches sous-jacentes.
L’auteur attache une importance spéciale à la façon dont il a présenté la théorie des gtles métallifères. Habitué à considérer la Note sur les émanations volcaniques et métallifères d’Élie de Beaumont comme l’un des plus beaux travaux qui soient jamais sortis de la plume d’un géologue, il n’a pas hésité, malgré les théories allemandes sur la sécrétion latérale, à reconnaître, dans chaque filon, une formation solfatarienne, consécutive d’une éruption déterminée, et influencée dans son résultat, à la fois par la nature des roches encaissantes et par la lutte des émissions thermales avec les eaux douces ou salées de la surface. La connaissance qu’il a eue de diverses collections remarquables de minerais d’or, jointe à une expérience personnelle fondée sur la visite de mines métalliques, l’a conduit à formuler le premier cette conclusion, que les gîtes d’or natif peuvent être considérés comme le chapeau de fer des filons de pyrite aurifère, l’or s’étant précipité à l’état métallique dans des conditions oii d’autres métaux auraient pris la forme d’oxydes, de chlorures ou de phosphates.
La discussion des phénomènes orogéniques représente aussi un travail considérable, et où l’auteur ne s’est nullement borné au rôle de compilateur ou de simple critique, pas plus d’ailleurs qu'il ne l’avait fait dans l’examen des théories relatives au volcanisme.
Dans le cours de son œuvre, M. de Lapparent a saisi les occasions qui se présentaient, de populariser un certain nombre de conceptions encore peu répandues, à l’égard desquelles sa conviction s’était formée de bonne heure, telles que : la doctrine de la condensation progressive du Soleil, émise par le D' Blandet; la théorie de la formation de la houille par transport, si bien établie par M. Fayol, et dont'l’auteur du Traité a fait.voir que l’application aux grands bassins du Nord, loin de soulever, des difficultés spéciales, expliquaitau contraire plusieurs circonstances propres à ces bassins; enfin les vues de M. J. Murray, en opposition avec celles de Darwin, sur la formation des récifs coralliens.
Il croit pouvoir ajouter que la première Partie du Traité, consacrée aux phénomènes actuels, aurait presque le droit, par les développements qu elle a reçus, de passer pour un cours à peu près complet de Géophysique. On lui permettra de signaler, entre autres aperçus relatifs à la distribution des
Minéralogie l’élevait au poste de premier vice-président, pour le porter l’année suivante à la présidence. L’œuvre avait eu la chance de paraître juste au moment où le progrès des études optiques venait de remettre en question le système cristallin de la plupart des espèces, rendant ainsi surannés presque tous les ouvrages de Minéralogie déjà publiés. Le Coure fut donc adopté, aussi bien à l’étranger qu’en France, par un grand nombre d’établissements d’enseignement supérieur, et une seconde édition devint nécessaire en 1889. Mieux encore que pour la Géologie, ç’a été l’occasion d’une refonte complète. La partie optique a reçu de nouveaux développements et l’auteur, utilisant les beaux Mémoires que, dans l’intervalle, M. Mallard avait publiés à diverses reprises, a pu présenter, sur les groupements cristallins, l’isomorphisme et le polymorphisme, un essai succinct de synthèse, susceptible de se résumer dans deux curieuses propositions : d’abord que la nature, par une sorte de tolérance systématique, admet des matériaux légèrement dissemblables à la constitution d’un même édifice minéral; ensuite que, par des combinaisons d’individus de même espèce, qui réalisent la conquête d’une symétrie supérieure à celle de chacun d’eux, elle semble s’ingénier à placer les minéraux dans les conditions les plus propres à garantir leur résistance aux agents extérieurs de destruction. De la sorte, les lois des groupements cristallins pourraient être considérées comme une simple conséquence du principe de la moindre action.
Le Traité de Géologie et le Cours de Minéralogie ont valu à l’auteur, en i885, la première application du prix Delesse, décerné par l’Académie des Sciences sur le rapport de M. Daubrée. Par la diffusion qu’ont reçue ces deux ouvrages, M. de Lapparent n’a pas eu seulement la satisfaction d’étendre sensiblement le rayon de l’influence scientifique française. De nombreux témoignages l’autorisent encore à penser qu’il ne s’est pas employé en vain à la propagation de ces conceptions générales, sans lesquelles la science risque d’être un simple catalogue de faits, dépourvus de liens mutuels. Ouvrir des horizons, éveiller des idées, dût-on ne pas rencontrer du premier coup les formules les plus exactes, tel estle but que 1 auteurde ces deux livres a constamment poursuivi. La mise en évidence de 1 ordre dans la nature a été sa préoccupation dominante, qui se traduit assez visiblement quand, au début du Traité, la Géologie est définie « la connaissance de l’ordre suivant lequel les matériaux du globe terrestre Ont été disposés dans le temps et dans l’espace ».
En outre, pour faciliter l’accès de ces notions à ceux qui ne seraient pas encore en mesure d’en aborder l’étude détaillée, M. de Lapparent les a
point la connaissance de la Géologie était indispensable à 1 i formes extérieures du sol. Préparé, par ses travaux sur 1 suivre dans le détail cette intéressante relation, qui l’avai préoccupé dans ses nombreuses courses sur le terrain, i
tous exposés sous vitrines et étiquetés de la main du professeur, dans un ordre particulièrement méthodique, accentué par de nombreuses indications écrites, qui en font l’équivalent d’un véritable cours pour les yeux.
Les principaux fossiles de cette collection ont été dessinés, à l’intention des candidats à la licence, par M. P. Fritel, dans un Album de fossiles caractéristiques, dont M. de Lapparent a dirigé la publication en 1887 et 1888, et qui comprend quarante-deux planches, représentant près de douze cents espèces.