‹ Notice sur les travaux scientifiquesChapitre 2 sur 3 · RECHERCHES THÉORIQUES · texte numérisé non relu

RECHERCHES THÉORIQUES

Études sur les dislocations du globe.

En 1884 commençait la publication d’un Ouvrage qui, dès son apparition, fit une sensation considérable, 1 ’Anilitz der Erde de M. Suess. Le savant professeur de Vienne y posait en principe que les soulèvements ne sont que des phénomènes accessoires et subordonnés, tandis que la règle des dislocations de l’écorce terrestre serait l 'effondrement en masse de compartiments entiers, glissant, sous le seul effort de la pesanteur, le long de cassures préexistantes.

M. de Lapparent, dans une controverse qui a fait quelque bruit ('), s'est résolument attaqué à cette doctrine. Il l’a fait d’abord en se maintenant sur le terrain de l’observation, s’attachant à prouver que tous les • effondrements linéaires observes occupaient l’axe de plis anticlinaux et, par conséquent, résultaient de la chute d’une clef de voûte ; puis montrant que, dans le bassin de Paris, à travers un nombre considérable de périodes géologiques successives, le niveau de la mer, bien indiqué par de minces dépôts de rivage, avait gardé une fixité presque absolue, incompatible avec les énormes chutes verticales admises en d’autres contrées par M. Suess.

Ensuite, abordant la question théorique du refroidissement et de la contraction de l’écorce, M. de Lapparent a montré (*) que notre globe pouvait difficilement perdre plus d’un demi-degré par million d’années, et que la Contraction résultante était tout à fait insuffisante pour répondre aux exigences de la doctrine des effondrements. Il a fait voir ensuite quelle erreur on commettait en cherchant à apprécier la diminution du rayon terrestre d’après l’état de plissement de certaines régions, comme si ces

plaines limoneuses du bassin de Paris. A cette époque, les uns, à la suite : d’Élie de Beaumont, admettaient que le limon avait été déposé lors d’un grand cataclysme diluvien, antérieur au.creusement des vallées; d’autres en faisaient une boue glaciaire; quelques-uns tenaient, avec Belgrand, pour une alluvion de débordement de grands fleuves; enfin plusieurs acceptaient la théorie éolienne de M. de Richthofen, donnant la prépondérance au transport des poussières par le vent.

M. de Lapparent avait toujours répugné à ces explications, dont chacune lui semblait se heurter à d’insurmontables objections de fait. Frappé de la couleur et de l’état d’oxydation du limon, il s’était rallié de bonne heure à l’idée que ce produit ne pouvait être qu’une boue de ruissellement, déposée à l’air libre par les eaux pluviales, Mais, si l’on réfléchissait aux immenses surfaces plates que recouvre parfois le limon, une difficulté grave se posait. D’où fallait-il faire dériver les matières meubles ainsi étalées par les pluies? Sur quelles pentes avaient-elles pu couler?

En explorant les plaines du Valois, M. de Lapparent fut frappé de voir que le limon était toujours sensiblement plus sableux, soit sur les plateaux de calcaire grossier, au voisinage des mamelons de sable de Beauchamp, soits.ur les plaines de calcaire lacustre, à proximité des collines de sables oligocènes. La même relation lui parut évidente en Picardie, auprès des gisements de sables de l’argile plastique, au nord de Saint-Quentin. Ge fut pour lui un trait de lumière. Il eut alors l’idée de rechercher comment se distribuaient géographiquement les dépôts de limon, et il vit que tous jalonnaient, pour ainsi dire, la place autrefois occupée par des dépôts tertiaires, presque partout enlevés par une érosion, poursuivie depuis l’assèchement du lac de la Beauce, et qui avait généralement pénétré jusqu’à la craie. En particulier, il reconnut que l’épaisseur du limon atteignait son maximum juste sur le passage de l’ancien bras de mer qui reliait le bassin tertiaire de Paris à celu. de la Belgique ('), et où l’on sait que les sédiments affectaient, d une façon toute spéciale, la forme de sables argileux à grain fin, éminemment propres à une transformation progressive en boue jaunâtre.

G est ainsi que s’établit chez M. de Lapparent la conviction que le limon représentait le résidu des formations meubles détruites par une longue érosion ; ce résidu avait dû demeurer sur place, à toutes les époques et spécialement lors de la stagnation des eaux pluviales quaternaires, sur les parties plates comme d ans les remous. Et parce que beaucoup de roches

( 1 ) Bulletin de la Société géologique de France , sé

peuvent aussi, par altération, donner un produit boueux semblable, on s’explique que des paquets de loess puissent être observés dans des conditions géologiques très diverses, par exemple au pied des affleurements de micaschistes pourris du Plateau Central, comme sur la tête des calcaires sableux du lias ardennais.

Cette manière de voir qui (sans exclure absolument, mais alors à titre exceptionnel, la première origine éolienne de certains dépôts de loess) fait la part principale au ruissellement pluvial, a été pleinement adoptée par quelques-uns des géologues qui se sont récemment occupés avec le plus de suite des formations quaternaires (■).

Genèse des roches éruptives.

M. de Lapparent, persuadé, à l’exemple d’Élie de Beaumont et de laplupart des géologues français, que certains agents chimiques, dits minéralisateurs, avaient dû jouer un rôle important dans la cristallisation des roches éruptives,Vsst attaché à recueillir des preuves en faveur de cette conception. 11 a cru ( ! ) en trouver une d’assez grande valeur dans le fait, que toutes les roches éruptives modernes du type acide, c’est-à-dire riches en silice et pour cela plus difficiles à fondre, se montrent accompagnées d’émanations sôlfatariennes, c’est-à-dire île gaz et de vapeurs d’une incontestable activité chimique.

Par opposition avec ceux qui veulent voir, dans les roches éruptives, le produit d’une fusion ultérieure d’anciens sédiments, il a fait valoir (*) que toutes les réactions actuelles qui se passent dans les profondeurs de l’écorce terrestre s’opèrent visiblement dans un milieu réducteur; et comme les roches acides, telles que les granités, ont leurs éléments portés à un haut degré d’oxydation, cet état doit être considéré comme primordial et dû à la composition même du magma superficiel qui les a engendrées.

Page 1