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RECHERCHES DE PATHOLOGIE ET DE CLINIQUE MÉDICALES

,1e résume- dans ce chapitre, quelques notions d’un ordre plus strictement clinique. — J’emprunte même un certain nombre de ces faits aux leçons de Pathogénie appliquée, c’est-à-dire de Chmqm expliquée, que j’ai professées au moment où j’ai suppléé le professeur Germain Sée dans la Chaire de Clinique médicale de l’Hôtel-Dieu. — Ce titre {Leçons de pathogénie appliquée, au lieu de la dénomination usuelle Leçons de clinique) indique clairement que mes efforts ont eu en vue l'explication des phénomènes enregistrés. Je no me suis pas borné, suivant l’usage, à décrire les symptômes et les lésions; j’ai cherché, à la lumière de la physiologie pathologique, à faire comprendre comment se développe tel ou tel processus, comment il est possible de le reproduire chez l’animal.

Il me semble que les découvertes de 1 expérimentation sont, en partie, destinées à permettre de telles explications, par suite à conduire à un diagnostic, à un pronostic, plus encore à une thérapeutique plus éclairée. 11 est inadmissible (à moins que la médecine ne soit le contraire de toute science) qu’on soit amené à comprendre plus dif^ilement les désordres pathologiques et surtout à s’opposer moins efficacement à leur évolution, parce qu’on tente de pénétrer le mécanisme de Ces désordres.

Pathologie de la grossesse. — La grossesse, plus encore la puerpéralité, mettent l’écommk à la merci des maladies ; le clinicien a grand intérêt à pénétrer les motifs de ce défaut de résistance, attendu que, mieux éclairé, il lutte plus logiquement. — Je me suis appliqué, comme je l’ai simplement indiqué à la page 14, à rechercher ces motifs, à substituer des faits et des explications positives, aux formules habituelles, telles que changements, dépréciations du terrain, formules

qui constatent sans dévoiler en quoi que ce soit le mécanisme des prédisposilions morbides de la période puerpérale(').

Chez la femme enceinte, la nutrition est ralentie (’). En soumettant des femelles pleines et non pleines à une alimentation uniforme, réduite à quelques centimètres cubes d’une solution minéralisée injectée sous la peau, on reconnaît que, chez les cobayes du premier groupe (pleines), Vurine, en général moins abondante, contient moins d’urée; le fer de la rate diminue{'); la graisse (fréquence de l’obésité post partum) , le sucre (*) sont consommés avec moins d’activité; l’oxygène et l’acide carbonique sont utilisés ou produits en plus faibles proportions ff).

En dehors des causes connues (émotions, pertes de sang, plaie placentaire, modifications anatomiques legeres du foie, du corps thyroïde, de la peau, des capsules surrénales), il existe donc une série de modifications statiques, anatomiques, chimiquesif), humorales, permettant de comprendre pourquoi, si souvent, Vhistoire pathologique d’une personne remonte à une grossesse. — Au cours de cette grossesse, les tissus sont, en effet, soumis aux influences d’une foule de principes morbifiques; les uns, tels opaeVhyperglycémie, la déminéralisation (chaux diminuée), Vauto-intoxication Ç) facilitent l’éclosion de l’infection; les autres, comme la diminution du fer, les lésions de la rate sont favorables aux anémies ; quelquesuns, à l’exemple du ralentissement des échanges (graisse, sucre mal consommes), conduisent à l’obésité, à la lithiase biliaire, au diabète; enfin l’accroissement de l’irritabilité du névraxe appelle les réactions nerveuses (‘), etc.

Pathologie des nouveau-nés. — Les fils de mères malades. — Hérédité. — L’étude des nourrissons issus de mères malades (tuberculose, syphilis, alcoolisme, infections, intoxications, etc.), offrent souvent, en dehors des stigmates spécifiques, des anomalies variées signalées page 14 : insuffisance

1. Hyperglycémie et déminéralisation, Acad. Sc., 27 mars 1899. — Mon service d'hépilal, en partie réservé à la pathologie médicale de la grossesse, m’a fourni d'utiles observations.

2. Modifications provoquées daus l'organisme par la gestation. Soc. Biol., 3 juin 1899.

3. Démonstration des variations du fer dans la grossesse. Joum. de Phys, et de Path. yen., juillet 1899. — Voir page 63 de celte Notice.

4. Glycosurie des femmes enceinles, thèse de Brocard faite sous ma direction, 1898.

6. Voir thèse de Lassudrie, 1901 ; Pathogénie de l’éclampsie, thèse faite dans mon laboratoire.

6. le glycogène hépatique dans la grossesse. Acad. Sc., 5 mars et Soc. Biol., 17 mars 1900.

7. Voir Notice (chap. Vlll, page 51, auto-intoxications) Palhogénie générale de l'éclampsie.

8. Pysiologie pathologique de la,grossesse. Acad. Sc., 8 mai 1899; Joum. de Phys, et de Pathol, génér., mai 1899 ; Thèse lassudrie, 1901.

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du poids, de la croissance, de la température, du volume des urines, fréquence des entérites, des broncho-pneumonies ('), etc. — Je me suis efforcé de rechercher les causes de ces anomalies (’).

On a accusé, à titre de facteur initial, \infection-, or, tout en reconnaissant son importance, j’ai montré son inconstance, la diversité, la banalité des germes isolés, le début des troubles qui souvent remontent à la vie intra-utérine, à une époque où les tissus sont aseptiques. — On a incriminé des lésima viscérales, alors qu’il n’existe pas une seule (même l’atrophie de la muqueuse digestive) de ces lésions qui parfois ne fasse défaut; du reste, une lésion suppose une cause et ne peut être un point de départ.

En présence de Vinsuffisanee des théories infectieuse ou ancUomo-palhologique, j’ai poursuivi des recherches dans une autre direction.

les nourrissons de femmes malades en général absorbent moins do lait, laissent s’éliminer pim d'azote par les fèces (Az. des fèces, parkilog = 00 à HO milligr. au lieu de 27 à 48); leur urine est moins abondante; est plus faible; ils brûlent donc moins de combustible et le brûlent moins bien : de la des infériorités dans la température et la thermogénèse (’). D’autre part, chez eux, Vmité de poids correspond à une surface plus grande que chez les sujets provenant do mères normales (6 à 8 au lieu de 5 à 6 déc. g.); c’est là une nouvelle cause d’hypothermie, puisque la chaleur s’échappe plus vite. Pourtant, les exigences absolues de la physiologie obligent les cellules de ces enfants tarés à fabriquer, en un temps donné, une quantité de calorique au moins égale à celle qu’engendre un organisme normal; or, ce calorique disparaît plus rapidement et ces cellules disposent de matériaux moins abondants, plus imparfaitement élaborés; elles sont par suite condamnées à un surmenage fatal, dont les inévitables conséquences sont la diminulion de l’alcalinité humorale et l’accroissmenl de la loxidlé des plasmas : c’est, en effet, ce qu’on observe.

Ainsi la chimie, la calorimétrie révèlent l’infériorité des tissus; il en est de

„ ..- ‘l® l'organisme. — Inllucnce des maladies

Soc. Bal., 2f) octobre 1895 et 10 avril 1897.

tahves des fils de femmes infectées ou intoxiquées. Travaux de mon labo- 3S jeunes sujets normaux et anormaux. Thèse de Bonniot, 1900, faite dans

même de l’hùtologie pathologique{'), du fonctionnement spécial des organes(')-, Yextrait des capsules surrénales est impuissant à relever suffisamment la pression et celui du corps thyroïde à faire maigrir; du reste, les viscères de ces petits êtres débiles manquent souvent de leurs principes essentiels ; l’iode thyroïdien peut faire défaut f). On arrive ainsi à reconnaître que les désordres observés tiennent aux tares anatomiques, physiologiques et chimiques des cellules.

De telles constatations expliquent par surcroit la part de vérité contenue dans les théories infectieuses. — Les détériorations du foie, du pancréas, de l’intestin îont fléchir les défenses, surtout celles qui résultent de l’intervention des sécrétions glandulaires; d’un autre côté, le refroidissement, la fatigue des tissus agissent à titre d’agents dépresseurs généraux : on conçoit, dès lors, facilement le développement de l’infection. De même les cellules refroidies, surmenées, sont aptes à subir sans résistance l’action des microbes ou des poisons ; les seconds ne manquent pas plus que les premiers {‘).

Toutes CCS recherches concourent à mettre en évidence des anomalies cellulaires au point de vue, de la structure, du fonctionnement ou des sécrétions. — L’origine première de ces anomalies tient à ce que les cellules do la génération, si la maladie existe à l’heure de la conception, sont, comme les autres appareils, plus ou moins altérées par cette maladie; elles ne peuvent par conséquent donner naissance qu’à des éléments anormaux, puisque ces éléments sont les parties d’un tout lésé. Si, au contraire, le mal est surienu au cours de la grossesse, les poisons morbifiques, traversant le placenta, sont allés détériorer les tissus délicats du fœtus. — En dernière analyse, les affections de ces rejetons de parents malades dérivent des infériorités cellulaires de leursp-opres tissus, infériorités développées sous 1 influence des processus morbides habituellement de nature toxique existant chez les générateurs (*).

1. Lésions histologiques des viscères chez les rejetons non tuberculeux de femmes tubercu-

2. Modifications organiques développées cliez des nouveau-nés sous l'inlluonce des maladies de la mère. Soc. Biol., 15 juillet 1899.

giques. Âead. Sc., 2 avril 1900.

4. Réalité de la toxicité urinaire. Auto-intoxication. Pathologie cellulaire. Acad. Sc., 18 juin 1900. Journ. de Phys, et de Pathol, génér.

Sc., 8 janvier 1900.

Tares dites héréditaires expérimentales. - L’expérimentation, patiemment poursuivie pendant,plusieurs années, conduit à cette même donnée(‘). - De 1890 à 1894, j’ai soumis des lapins mâles et femelles à des injections de toxines variées, (toxines pyocyanique diphtérique, tuberculeuse, etc.). Malheureusement, les résultats les plus habituels ne sont autres que la stérilité, la mortimtalité, l’avortement {’). Si cependant on multiplie les essais, on obtient des anomalies de divers ordres^), des atrophies des extrémités (sortes de pied-bots), des cloisonnements du vagin, des iirégularités des pavillons auriculaires, etc., moins exceptionnellement du nanisme, (véritable tératologie expérimentale), des, déformations rappelant celles du rachitisme En résumé, Vexpérimentalion, à la condition d’agir longtemps et sur un bon nombre d’animaux (60 à 80 durant 5 ou 4 ans), permet de réaliser tous les cas qu’on rencontre en clinique. En même temps, ces résultats, en dévoilant les origines si obscures d’une foule de tares anatomiques, élargissent le cadre de nos conceptions; la syphilis n’est plus seule à intervenir et son action cessant d’être mÿsténeiise, toujours spécifique, se réduit parfois à une cause de débilité cellulaire. « Un « peu de hardiesse dans l’hypothèse et une constante et persévérante attention « dans la recherche des effets lointains d’une expérience ont fixé la science sur les .points les pha graves et les plus discutés du développement des monstruosités comme « conséquence des maladies infectieuses des parents, faits que la clinique nous avait ■< révélés, mais qu’elle était incapable de nous expliquer. Ainsi M. Charriii a « donné à sa découverte les plus larges développements("). »

Foie. — Angiocholite : reproduction expérimentale. — Des ïoî'es biliaires d’un adulte atteint d ictère, j ai retiré le bacille du colon, qui cultivé, inoculé, a repro-

d. Iniluence do l’infocliou sur les produits de la génération. Soc. Biol, 5 déc. 1891

2. Influences héréditaires expérimentales. Acad. Sc., 6 nov. 189S.

5. Difformités congénitales expérimentales. Acad Se 4 nov 1896

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