ÉTUDES SUR LES AUTO-INTOXICATIONS ET LES INTOXICATIONS
Auto-intoxications. — Les cellules de l’organisme fabriquent sans cesse des poisons variés; le plus souvent nous n’en souffrons pas, grâce à nos organes antitoxiques ou éliminateurs. Mais, dans une foule de circonstances, ces défenses peuvent fléchir et le mal éclate, conséquence non plus de l'intervention de la cellule bactérienne, mais de celle de notre propre cellule (urémie, insuffisance hépatique, etc.). — L’importance de cette doctrine des auto-intoxications n'a d’égale peut-être que celle des théories microbiennes : les progrès de chaque jour le prouvent. Tous les symptômes, toutes les lésions, que les bactéries engendrent directement ou par leurs produits, nos cellules sont capables par leurs sécrétions de les faire apparaître.
J’ai entrepris sur ces auto-intoxications une série de recherches exposées dans mes trois livres sur les Poisons de l’organisme (Poisons de l'urine-, Poisons du tube digestif; Poisons des trnus) ; quelques-unes cependant doivent être signalées à part, d’autant que toutes n’ont pas trouvé place dans ces trois volumes.
Toxicité des urines. — On sait les innombrables recherches entreprises, à la suite de M. Bouchard, sur les poisons urinaires; parmi eux il en est un, la potasse, dont je me suis appliqué à démontrer l’importance. — J’ai constaté que l’urine du lapin doit en grande partie son énorme toxicité aux sels de potasse (il suffit d’injecter 15 c.c. de ce liquide pour tuer 1 kilog.). —Si, en effet, on élimine cette potasse à l’aide de l’acide tartrique, la toxicité diminue de moitié, et, de plus, les convulsions, qui sont un des caractères de l’inioxicaiion potassique, s’atténuent notablement; en second lieu, si on remplace les choux, riches en potasse, par le lait qui en contient relativement peu, on aboutit au même résultat, tout en démontrant par surcroît l’origine alimentaire de ce poison {').
i. Toxicité des urines normales du lapin. Soc. Biol., t8 décembre 1886.
Toxicité urinaire de divers animaux. — Influence du jeûne et du régime lacté. — J’ai pu montrer que l’urine de plusieurs animaux (cobaye, chien, lapin, etc.) est toxique et que, par suite, à l’aide de ces urines, il est possible d’aborder l’étude de ces auto-intoxications. — Grâce au jeûne ou au tait, cette toxicité fléchit-, cette variation fournit un argument définitif en faveur du rôle de l’alimentation comme origine de certains poisons de l’urine (‘), renseignement qui a sa valeur quand il s’agit de choisir les aliments des sujets auto-intoxiqués.
Réalité de la toxicité urinaire et de l’auto-intoxication. — On a, dans ces derniers temps, soutenu que les accidents dits toxiques, consécutifs aux injections d’urine dans les veines, n’étaient que des désordres de nature mécanique, tenant en particulier au défaut d’isotonie des liquides introduits.
Comme les corrections proposées entraînent diverses causes d’erreur, j’ai injecté, par voie sous-cutanée, les urines de nourrissons malades ou fils de malades ; grâce à cette voie, on échappe à toute objection de l’ordre de celles qu’on a formulées. Or, en répétant souvent ces injections, on obtient à la longue des lésions que les urines des sujets sains ne déterminent que par exception : on est donc autorisé à conclure que, dans ces conditions, la toxicité urinaire est réelle.
Les poisons inclus dans ce liquide ne proviennent pas de l’extérieur, puisque ces nourrissons ne prennent que du lait, lait qu’absorbent aussi les enfants normaux dont les urines sont privées de ces corps nuisibles. D’autre part, s’ils dérivaient de la mère, ils diminueraient à partir de la naissance qui a rompu les liens directs, tandis qu’ils vont plutôt en croissant; leur origine cellulaire est par suite manifeste ; la réalité de l’auto-intoxication est donc absolument certaine. — Ces notions, tout en portant, suivant les cas, à activer l’élimination rénale, nous incitent à surveiller l’énergie des échanges, dont la lenteur facilite l’accroissement des poisons dont il s’agit (’).
Le pouvoir toxique de l’urine des nouveau-nés. - Variations; origines. — A volumes égaux, l’urine des nouveau-nés est moins toxique que celle de l’adulte ; je crois avoir décelé les raisons de cette particularité.
En premier lieu, chez les nourrissons, le régime lacté laisse dans l’intestin peu