Mémoire sur trois 'productions morbides non décrites
Les classifications des produits morbides, établies d’après la seule connaissance de leurs caractères extérieurs, font ranger dans les mêmes groupes des tissus d’une composition élémentaire très-différente. Il est impossible de rien préciser sur la structure et la texture d’un tissu normal ou morbide, avant de l’avoir très-soigneusement examiné dans toutes ses parties. C’est pour décrire trois productions morbides ne ressemblant en rien aux diverses espèces d’éléments déjd connus, que le professeur Charles Robin me donna l’idée de publier en commun le mémoire actuel, dont il avait exécuté les dessins. Les faits rapportés dans ce travail et d’autres analogues recueillis ultérieurement ont servi de base au Mémoire sur la production accidentelle d’un tissu a'yant la structure glandulaire dans lies parties du corps dépourvues de glandes. (Mémoire couronné par l’Académie des sciences en 1836. — Comptes rendus de l’Académie des sciences de Paris, t. XL, p. 136b, 1865.)
7. Mémoire sur une paralysie des membres supérieurs seuls; conservation de la sensibilité; induration de la moelle épinière, ramollissement dans l’espace compris entre les troisième et sixième vertèbres dorsales.
Lu il la Société méaicale des Mpitoux de Paris, séance do 8 août 1855.
Vnion médicale, 16 décembre 1855.
Butlelim de la Société médicale, des Mfilaux de Paris, l. II, p. 498.
J’ai agité dans ce travail deux ordres de questions ; les
premières se rattachent à l’anatomie et à la physiologie pathologiques, les secondes appartiennent à la pathologie et à la thérapeutique.
Il m’a paru que le ramollissement a déterminé la mort en occasionnant les troubles de la respiration. Quant à la paralysie des membres supérieurs seuls, elle a tenu chez le malade soumis à mon observation à l’induration cervicale de la moelle épinière.
La sensibilité était intacte ; la substance blanche était devenue diffluente; mais la substance grise, au contraire, avait sa consistance et la structure de ses éléments constitutifs était normale. On connaît les expériences de M. Brown- Séquard sur les sections ou la destruction des diverses parties de la moelle épinière avec conservation des autres parties. L’anatomie pathologique est venue confirmer les résultats obtenus par cet éminent physiologiste.
8. Hémorrhagie siégeant dans la protubérance annulaire; paralysie sans convulsions , résolution des membres ; mort deux heures après l’acddent.
Les cas d’hémorrhagie de la protubérance annulaire ne sont pas communs dans les divers ouvrages sur les maladies du système nerveux, et ce fait d’anatomie et de physiologie pathologique me paraît digne d’attention.
Un homme d’un embonpoint considérable avait, le matin de l’accident, pris un purgatif qui avait produit plusieurs évacuations. Le soir, il avait dîné et il avait bu une assez grande quantité d’absinthe. Quelque temps après, il tombe comme frappé de la foudre, sans mouvement, sans tremblement des membres, la respiration est très-bruyante, et à peine arrivé à l’hôpital, il succombe.
La protubérance annulaire était remplie de caillots san-
guins qui avaient dilaoéré la substance nerveuse ; la lésion n’atteignait ni les fibres transversales intérieures, ni l’étage supérieur ; le pédoncule cérébelleux moyen et le lobe, cérébelleux gauche renfermaient aussi du sang épanché. L’héniorrhagie occupait presque toute l’épaisseur de la protubérance; non-seulement les deux faisceaux innominés du bulbe avaient été lésés, mais aussi les deux faisceaux pyramidaux, ce qui explique la paralysie des deux côtés du corps observée pendant la vie.
9. Description et figure d’un anévrysme du tronc basilaire spontanément oblitéré.
Dans le Traité iCanaiomie pathologique générale et spéciale par IJ. Lebert, t; I. p. 574, CXCIX, pl. LXXII, lig. 4, 1857.
La malade sur laquelle j’ai observé cet anévrysme remarquable, publié dans le grand ouvrage de M. H. Lebert, était entrée à la Charité, dans le service du professeur Velpeau, pour une fracture du col du fémur gauche. Le bras du même côté du corps paraissait raide, les mouvements étaient difficiles. Il y avait dix ans environ que cette femme avait été frappée d’hémiplégie, au point de ne plus pouvoir remuer le bras et la jambe gauches, mais la paralysie avait diminué graduellement. L’intelligence était intacte, la parole facile.
La malade mourut d’une pleurésie. A l’autopsie, on constate une fracture non consolidée, et on trouve, comme cause de l’hémiplégie, le tronc basilaire transformé, à son extrémité antérieure, en un sac anévrysmal. L’anévrysme est régulièrement elliptique, dévié à droite du tronc artériel, d’une consistance dure; sa longueur est de 14 millimètres et demi, sa largeur de 9 millimètres. L’intérieur est rempli de fibrine coagulée, difficile à écraser, adhérant aux tuniques de l’artère dilatée. Une grande partie du tronc basilaire et les cérébrales postérieures sont oblitérées jusqu’au point où elles s’anastomosent avec les artères communiquantes.
La circulation cérébrale s’était rétablie au moyen des artères cérébrales postérieures largement anastomosées avec les communiquantes et avec les cérébelleuses supérieures.