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Notice sur les travaux scientifiques

Les travaux scientifiques dont je présente ici le compte rendu se rapportent surtout à des questions de chimie minérale. Élève de M! H. Sainte-Claire Deville, dans le laboratoire duquel j’ai travaillé pendant près de dix ans, j’ai été naturellement conduit à étudier les phénomènes de dissociation et j’ai consacré à ces recherches plusieurs mémoires ; j'ai successivement examiné la dissociation des acides sélénhydrique et tellurhydrique ; la volatilisation apparente du sélénium et du tellure ; les combinaisons que donnent avec les hydracides, les anhydrides sélénieux et tellureux; les hydrates d’acide indique; la décomposition des composés que l’anhydride carbonique forme avec l’aniline et quelques bases analogues.

Des idées préconçues m’ont fait aborder l’étude de la décomposition des sels par les liquides que je pensais devoir se rattacher aux phénomènes de dissociation, ainsi que les équilibrés chimiques dans les dissolutions. Cette idée générale m’a servi de guide pour la préparation de plus de cinquante mémoires qui contiennent l’examen de faits, choisis dans presque toutes les régions de la chimie et destinés à montrer que les lois qui régissent les équiUbres sont les mêmes quels que soient d’ailleurs les dissolvants employés. J’ai en effet étudié successivement les décompositions : 1“ par l’eau pure ; 2" par les dissolu-

lions salines ; 3" par des liquides tels que les alcools, les éthers, etc... ; V par des substances fondant à températures plus ou moins élevées et constituant des liquides incandescents. Les lois de ces phénomènes m’ont conduit à trouver l’explication de réactions quelquefois très complexes; à indiquer les circonstances dans lesquelles ont pu prendre naissance certains minéraux naturels, tels que l’apatite et la wagnérile ; à rendre compte du fait, si fréquemment constaté, que soit dans la nature, soit dans les laboratoires, les mêmes éléments se combinant au sein d’un même dissolvant peuvent produire des composés différents. Ces lois, une fois connues, m’ont permis de définir les conditions dans lesquelles il fallait se placer pour préparer, à l’état cristallisé. des composés qui n’avaient jamais été qu’entrevus.

J’ai obtenu, dans le cours de ces recherches, un très grand nombre de corps nouveaux, en prenant comme point de départ un fait mal connu, ou une expérience inexpliquée, reconnaissant qu’il s’agissait de substances décomposées par le liquide même au milieu desquels elles peuvent prendre naissance, et recherchant les conditions qui rendent cette décomposition impossible; tels sont les stannates, les borates, les vanadates, que j 'ai lait cristalliser tantôt par voie sèche, tantôt par voie humide ; les grandes familles des apatites et des wagnérites dont on ne connaissait que quelques membres. A ces questions se rattachent aussi, les azotates acides ; les chlorhydrates de chlorures; la formation et la destruction des combinaisons doubles que donnent les sulfures métalliques avec les sulfures alcalins; la cristallisation de certains oxydes comme ceux d’étain et de plomb; celle des sulfures d’antimoine, de mercure, etc., tantôt dans des liqueurs alcalines, tantôt dans des solutions acides ; la décomposition des aluminates alcalins, hase d’une préparation de l’alumine actuellement usitée dans l'industrie, etc.

La connaissance des phénomènes, relativement simples, caractérisés par l’établissement d’un équilibre bien défini à une température donnée, m’a permis d’aller plus loin et d’élucider ce qui se passe dans les cas plus complexes où une infinité d’équilibres reliés enti?e eux par une loi simple sont possibles à la même température ; telles sont les actions exercées sur le sulfate de plomb par l’acide chlorhydrique, les acides analogues, et les sels haloïdes alcalins ; les réactions qui ont lieu lorsqu’un des oxydes de plomb est mis en contact avec des solutions de chlorures, bromures ou iodures, etc., etc. ; je suis arrivé à rendre compte de tout un ensemble de réactions inverses capables de

se limiter l’une l'autre, s'accomplissant en présence de l’eau où de tout autre liquide, et je suis parvenu à analyser d’une manière complète toutes les circonstances que présentent certaines réactions très compliquées, telles que celles qui s’exercent quand on fait réagir l’oxyde de plomb sur un iodure alcalin au contact de l’acide carbonique de l’atmosphère.

Enfin, à côté des travaux de chimie pure, j’ai traité un certain nombre de questions de physico-chimie ou d’analyse chimique, et comme les recherches que je résume dans cette notice ont été commencées en 1868, leur ensemble embrasse une période de vingtsix ans de travail ininterrompu.

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