CHLORURE DE PLOMB
Quand on étudie la solubilité du chlorure de plomb dans l’acide chlorhydrique, ce chlorure semble se comporter d’une façon particulière. Sa solubilité dans l’eau va d’abord en diminuant quand on ajoute des quantités croissantes d’acide, puis, la proportion de celui-ci continuant de s’élever, la variation de solubilité du chlorure change de sens.
J’ai trouvé l’explication du phénomène en examinant comment le bromure etl’iodure de plomb se comportent en présence de leur acide, et j’ai fait voir que pour ces trois corps, il existe une combinaison du sel avec son acide, combinaison décomposable par l’eau pure, mais qu’une liqueur suffisamment riche en acide dissout sans la décomposer. Quand on ajoute l’acide à une dissolution aqueuse du sel, il a pour effet de diminuer sa solubilité tout d’abord, mais, bientôt, la quantité
(l’acide augmentant, la production d’un sel acide devient possible ; la liqueur renferme alors une quantité de ce composé qui augmente avec sa richesse en acide, si bien que la proportion de sel de plomb dissous augmente alors avec rapidité.
Lorsqu’on fait passer un courant de chlore dans une solution froide et saturée de chlorure de plomh, on observe qu’à mesure que le chlore se dissout du chlorure se dépose, mais en même temps la liqueur acquiert des propriétés nouvelles ; ainsi quand on l’étend d’eau, elle devient acide et dépose du bioxyde de plomb hydraté. 11 se produit ici un phénomène tout semblable à celui que M. Berthelot à étudié en examinant l’action de l’acide chlorhydrique sur les oxydes de manganèse ; le chlorure de plomb dissous est très faiblement décomposé par l’eau en donnant de l’oxyde hydraté que le chlore peroxyde et de l’acide chlorhydrique, et comme celui-ci tend à redissoudre le peroxyde, il s’établit entre les deux réactions inverses un équilibre que l’on détruit par l’addition d’eau, ce qui détermine un dépôt do peroxyde hydraté.
Si l’on dirige le courant de chlore dans une liqueur renfermant de l’acide chlorhydrique et du chlorure de plomh en excès, on voit ce dernier se dissoudre peu à peu, en même temps que la liqueur se colore, devenant d’ahord jaune, puis orangé et d’autant plus rouge qu’elle renferme davantage d’acicle chlorhydrique. J’ai montré qu’il se forme dans ces circonstances une combinaison d’acide chlorhydrique et de perchlorure de plomb analogue au chlorhydrate perchloruré de manganèse découvert par M. Berthelot et jouissant de propriétés très analogues : la chaleur le détruit en donnant du chlorure de plomh et dégageant du chlore ; l’eau le décompose en acide chlorhydrique et peroxyde de plomb; l’acide chlorhydrique, qui favorise sa formation, peut le décomposer à son tour : en effet la proportion de chlorhydrate de perchlorure de plomb va en croissant dans une liqueur qui s’enrichit peu à peu en acide chlorhydrique tant que celui-ci demeure sous la forme d’hydrate stable, mais dès que la concentration dépasse H Cl-|-6,3 H* O (mviron, limite à partir de laquelle les hydrates dissociables d’acide chlorhydrique peuvent se former, l’état d’équilibre se modifie, le chlorhydrate de perchlorure se décompose à mesure que la quantité (Vhydrate dissociable augmente, c’est-à-dire en même temps que la liqueur se concentre davantage.
J ai conclu de l’ensemble de ccs faits, qu’il existe dans les liqueurs qui renferment du chlore, de l’acide chlorhydrique et du chlorure de
plomb, un chlorhydrate de perchlorure ; qu’à une température déterminée ce composé est détruit par la liqueur même, mais que la dissociation, d’abord très considérable diminue i\ mesure qu’on ajoute de l’acide chlorhydrique à la liqueur; elle passe par un minimum au moment où commencent à se former les hydrates dissociables d’acide chlorhydrique, puis elle reprend une intensité de plus en plus grande quand la proportion d’acide chlorhydrique augmente davantage.