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Notice sur les travaux scientifiques

Je dois à M. le général Poncelet l’idée de donner à plusieurs de nies appareils le nom d'Anti-béliers hydrauliques pour les distinguer des béliers de Montgolfier, qui ne pouvaient fonctionner sans choc brusque, les béliers aspirateurs euxmêmes n’en étant point exempts.

Je me propose de rappeler, autant qu’il est possible de le faire en peu de mots, en quoi consistent les principes nouveaux d’hydraulique vérifiés par l’expérience, sur lesquels je désire le plus spécialement attirer l’attention. Je divise mes appareils en deux classes : les uns peuvent être appliqués d’une manière utile dans l’état où ils sont ; les autres ne sont peut-être que des appareils utiles pour démontrer des phénomènes de physique. Je ne suivrai point l’ordre des dates et ne citerai poiut les notes nombreuses insérées dans divers recueils, ne mentionnant ici que les principaux faits. Je rappellerai seulement que j’ai publié dans le Journal de Mathématiques de M. Liouville, des Mémoires formant un volume tiré à part, dont le résumé avec figures se trouve dans le Teclinologiste (année 1850). Depuis cette époque, j’ai présenté à l’Académie des Sciences divers Mémoires et Notes insérés par extraits dans les Comptes-Rendus, et j’ai fait à des Sociétés savantes, notamment à la Société philomatique de Paris, diverses communications mentionnées dans les Bulletins.

Chacun de mes appareils diffère peut-être plus du précédent, que le bélier hydraulique de Montgolfler ne diffère de celui de Witehurst, publié dans les Transactions philosophiques de la Société royale de Londres, en 1775, plus de vingt ans avant l’époque où Montgolfler avoue lui-même, dans son brevet d’invention, qu’il a pensé pour la première fois à cette machine. Quelques mots sur chacune de mes principales expériences ne seront pas sans utilité et serviront à les mieux distinguer.

Machine élévatoire à tube oscillant.

I. — Cel appareil, que j’ai exécuté, en -1850, à Saint-Germain en Lave, où M. Clapeyron le vit marcher, le 3 novembre de la même année, est celui pour lequel j’ai été honoré d’une médaille d’or par la Société centrale d’Agriculture de France, sur le rapport de M. Combes, en 1 852 (voir les Mémoires de cette Société, t •' semestre de 1852, pages 135 à 142), et sur le rapport de M. le général Morin, d’une médaille de première classe, à l’Exposition universelle de 1855, où il a fonctionné d’une manière suivie. Il a pour but d’élever de l’eau au moyen d’une chute, dans des circonstances où le bélier hydraulique n’était point appliqué. Le principe du bélier est un choc. Or, c’est précisément ce que j’évite en ne fermant jamais les sections transversales des tuyaux. C’est d’ailleurs en vertu d’une espèce particulière de succion à contre-courant, auquel les ingénieurs refusent généralement de croire quand ils ne l’ont pas vue (voir le paragraphe Vil), que fonctionne la seule pièce mobile indispensable. A l’extrémité d’aval d’un tuyau de conduite, un tube vertical, en se levant et se baissant de lui-même, permet à la force vive de s’emmagasiner dans un tuyau de conduite, et à l’eau de s’élever ensuite en vertu de celte force vive. En général, il n’y a de commun entre la plupart de mes appareils et ceux proposés avant moi, que l’emploi du mouvement acquis d’une colonne liquide; signalé déjà par Mariotte et Bernoulli. La Note lithographiée avec figure, communiquée à l’Exposition universelle, a été reproduite notamment dans le Musée Belge, en 1856, t. xxix, p. m, et dans divers recueils français, allemands, etc. (Voir aussi les Comptes- Rendus des séances de l’Académie des Sciences du 2 février 1852, et le journal l’Institut, novembre et décembre 1850, etc.).

Onsaitque, pour les chutes au-dessous d’ün mètre, les constructeurs né vou-

laient pas répondre de la marche régulière des béliers hydrauliques. Or, un essai de cet appareil ayant été fait avec des tuyaux en planches de 0 m ,60 de diamètre intérieur, la chute variant de 0",50 à 8 centimètres pour une hauteur de versement de 1“,50 au-dessus du bief d’aval, il ne reste plus de doute sur la possibilitèdêde faire construire par tous les charpentiers de village, ce qui est intéressant pour l'agriculture.

L’Administration des ponts et chaussées a fait un essai en grand de ce système, pour vider l’écluse du Rocreul, près Saint-Lé, sur la Vire canalisée,, en relevant une partie de l’eau au bief supérieur.. Uh rapport favorable rédigé par M. Méquet, inspecteur général des ponts et chaussées, déclaré que l’appareil, après une ou deux oscillations de mise en train, a bien marché, abandonnée lui-mème, vidant le sas de l’écluse jusqu’au niveau du bief inférieur ; et que la Commission regarde l’essai du Rocreul comme complètement concluant en ce qui concerne l'application pratique de la machine oscillante de M. de Caligny, a de petites chutes et à des élévations moyennes; elle a été singulièrement frappée de la simplicité de l’appareil et de ce qu’il présente d’ingénieux.

M. le Ministre des travaux publics a témoigné, par une dépêche, sa satisfaction de çe què les facilités qui m’ont.éfé données par l’Administration pour expérimenter en grand ce système, ont été suivies d’un heureux résultat.

Un essai de cet appareil, dans un jardin de Versailles, ayant été mis à la disposition du public pendant plusieurs années, et ayant été visité par beaucoup d’ingénieurs et de personnes compétentes qui ont bien voulu s’inscrire sur un registre, suffit pour montrer qu'il est parfaitement rustique, n’est pas sujet à des réparations fréquentes, même étant.construif.en mfncésfeuilles de zinc; que les herbes et les vases, .etc., le traversent sans l’engorger, d’autant plus qu’il peut être façilemenjjavé àvec.foute la force de chasse due àla hauteur de chute. M. Rumeau, alors ingénieur en chef, et M. tquçhelle! maire de Versailles, ont certifié l’utilité de cet essai et la facilité dé la mise en.train. M. Rumedu témoigne, qu’ayant visité plusieurs 'fols, et à * IHmprqvûte, cette machine , il l’a toujours vue fonctionner utilement ou prête à fonctionner de suite et avec régularité en ta mettant en train. On a fait constater sa marche de jour et de mit, qui sera certifiée au besoin par la Société des Sciences naturelles de Seme-et-Orse.

L’essai en grand du Rocreul montre que le niveau d’amont peut baisser sans

hauteur, on a jusqu’à présent perdu de l’eau par un trop-plein. Il faudrait un régulateur composé d’une sorte de flotteur pour éviter cet inconvénient, comme je l’ai expliqué dans mes Notes.

L’inconvénient de ce système consiste en ce qu’il, exige, dans les essais faits jusqu’à ce jour, une longueur de tuyau fixe assez grande par rapport à la chute, pour qu’on puisse compter sur un effet utile d’environ cinquante pour cent en eau élevée. Cependant, un tuyau court n’empêche pas la marche d’être régulière, et des expériences plus en grand que les précédentes, faites aux bassins de Chaillot, auxquelles plusieurs membres de l’Institut m’ont fait l’honneur d’assister, montrent que l'effet utile est encore assez satisfaisant pour, des longueurs de tuyau de 0”60 de diamètre, bien moindres par rapport à la chute que celles qui donnent de meilleurs effets, ün procès-verbal de ces expériences a été fait par M. Corot, alors inspecteur des machines du service municipal des eaux de Paris. Il a été visé par M. Dupuit, inspecteur général des ponts et chaussées ; et. M. Combes l’a certifié conforme aux faits observés en sa présence.

On sait d’ailleurs que l’effet utile en eau élevée d’une pompe conduite par une roue hydraulique n’est qu’une fraction de fraction, et qu’on ne compte pas sur un effet utile de cinquante pour cent, surtout quand il s’agit d’élever l’eau à de petites hauteurs pour lesquelles on n’avait pas de pompe convenable.

Moteur hydraulique à flotteur oscillant, et appareil pour les épuisements sans flotteur.

II. — L’effet utile de ce système, que j’ai inventé en 1838, dépasse notablement soixante pour cent du travail dépensé ; il est jusqu’à présent plus considérable que celui du précédent, sans qu'il soit nécessaire d’avoir un aussi long tuyau fixe. Le mode de succion qui fait fonctionner le tube mobile a été mieux étudié dans les expériences faites en 1842 et 1843, où la vanne d’introduction et son flotteur annulaire ne font qu’une seule pièce automatique. Quand on supprime le flotteur cylindrique agissant en général en descendant sur la résistance à vaincre, on peut en faire une machine pour les épuisements, par l’addition d’une soupape laissant entrer l’eau à épuiser quand une colonne liquide oscil-

lante descend au-dessous d’elle. L’avantage spécial de ce système est de permettre de diminuer presque indéfiniment les résistances passives.

Il a été 1 objet de trois rapports favorables : le premier le 30 mars 1839, à la Société philomatique, par MM. Cagniard de Latour et Combes; le second, le 13 janvier 1840, à l’Institut, par MM. Cordier, Poncelet et Coriolis, avec recommandation à M. le Ministre des travaux publics; le troisième, le 7 octobre 1844, à l’Institut, par MM. Cordier, Poncelet et Lamé, sur une expérience en grand, faite aux bassins de Chaillot. Le dernier Mémoire avait été perdu au secrétariat ; il est refait presque en entier dans le tome xu, p..347, du douma! de Mathématiques. M. Coriolis, dans une des lettres citées par M. Lamé, rapporteur, dit qu’il regarde « ce système comme bien conçu suivant les règles de i> la dynamique, et avec une adresse d'invention dont son auteur avait déjà fait » preuve dans Une machine analogue. »

On savait utiliser les chutes d’eau au moyen d’un flotteur, mais par un mouvement très-lent, et avec plus de perte de force vive.

Dans cet appareil, une grande colonne liquide oscille dans un tuyau en forme de L, qui descend du niveau d’un réservoir et se recourbe horizontalement au fond d’un bief inférieur. L’eaü motrice y entre par intervalles et entretient les oscillations. Un flotteur annulaire automatique (au milieu duquel passe le flotteur cylindrique attelé à la résistance à vaincre, et qui est allernativement abandonné à son propre poids), introduit alternativement celte eau motrice qui sort ensuite par l’autre extrémité de l’appareil, avec très-peu de perte de force vive. Les sections transversales du tuyau ne sônt jamais fermées. L’appareil précité pourrait aussi servir à faire marcher un flotteur. Dans celui-ci, le tube mobile est en amont au lieu d’être en aval, et fonctionne en vertu d’un autre phéno-

Colorne'oscillante à double effet.

III. — Dans les appareils dont je viens de parler, une partie de l’eau revient en arrière à chaque période, et la force vive s’y emmagasine au moyen de l’écoulement direct de l'eau du bief d’amont au bief d’aval. Dans celui-ci, les oscillations sont combinées de'mahière que l’eau ne revient en arrière que dans des tubes verticaux, et ne s’arrête pendant un temps sensible à aucune époque dans les longues conduites sur lesquelles ces tubes sont posés. 11 en résulte que, dans les circonstances, d’ailleurs assez rares, ou l’on a de Leau à conduire assez loin, en même temps qu’à élever, le frottement des tuyaux ne doit pas être mis

en entier sur le compte de la machine. Le tuyau de conduite descend dans un puits, où descend aussi le tube vertical d’ascension ; il en résulte que ce tube, après l'oscillation ascendante, se vide, selon les expressions d’un rapport à l’Institut, sans perdre d’autre force vive que celle qu’exigent les frottements, c’està-dire en ne faisant descendre que très-peu le centre de gravité de la colonne fluide qui doit sortir, à cause de la manière dont se fait l’oscillation de vidange; A chaque période ascendante l’eau part du repos et monte du fond du puits au sommet du tuyau où elle doit être élevée. Ce qui reste après le versement supérieur oscille pendant la vidange au-dessous du niveau du bief d’aval, pour approfondir le point de départ de la colonne ascendante.

Je n’ai encore pu trouver, comme pour les appareils précités, un régulateur (1) aussi simple qu’une seule vanne cylindrique automatique; quoiqu’on puisse, au moyen d’une seule pièce mobile, faire fonctionner deux .colonnes liquides oscillantes dans deux tuyaux d’ascension disposés sur un seul tuyau de conduite. (Voir, dans le journal l’ Institut, le procès-verbal de la séance de laSociété philomatique de Paris, du 20 novembre 1858.) Je conseille donc, jusqu'à présent, de se servir de ce principe, pour élever de l’eau, surtout dans le cas où les tuyaux de conduite auraient une très-grande longueur par rapport à la chute motrice, comme on l’aurait fait pour élever de l’eau du bassin Racine à la place du Panthéon, sans la réussite du puits de. Grenelle. Dans ces cas, l’inertie des longues colonnes liquides simplifie beaucoup la question.

M. Dupuit, inspecteur général des ponts et chaussées, a cité cet appareil dans un de ses ouvrages publié en 1854.1) a surtout remarqué une combinaison singulière d’oscillations accumulées, et augmentant d’amplitude successivement, comme les termes d’une progression arithmétique, sauf les résistances passives, sans que le centre de gravité descende ; ce qui permet d’amorcer l’appareil avec facilité, comme je l’avais montré dans une expérience en grand au Jardin des Plantes. Deux rapports favorables ont été faits à l’Institut sur cette machine, l’un par MM. Savart, Poncelet, Séguicr, Savarv et Coriolis,le 20août 1838; l’autre par MM. Poncelet, Coriolis, Gambeyet Séguier, le 30 décembre 1839. M. Coriolis a publié dans le Journal de mathématiques, t. ni, où se trouvent plusieurs de mes Notes, un Mémoire où, comme le remarque M. Liouville, p. 437, il déduit de l’analyse des résultats semblables à ceux que j’avais obtenus à l’aide

(1) Parmi les régulateurs que j'ai essayés, pour cette' machiné, je rappellerai les tiroirs à pressiom équilibrées par la circulation du fluide dans des retraites ménagées autour de l’axe et dont le principea été appliqué depuis aux locomotives, ainsi qu'on le voit dans le Bulletin de’la Société d’encouragement pour industrie nationale, année 1858, plus de vingt ans après que je l’avais présenté à 1 Institut. Ce fait me parait une confirmation de plus de l’utilité de mes idées.

de considérations purement géométriques. M. Coriolis dit d’ailleurs, p. 6 de son rapport, que j’étais parvenu à des nombres peu différents par d’ingénieuses considérations géométriques.

J’avais déjà construit en 1834 des modèles fonctionnants de ce système à Valognes, dans une province reculée où j’avais fait moi-même mon éducation scientifique. Voilà par quelle raison je n’ai appliqué l’analyse que plus tard. C’est celui de mes appareils dont le principe a été le plus remarqué par la Commission du prix Montyon, quand elle m’a fait l'honneur de me décerner le prix de mécanique, pour un Mémoire dont l’Académie avait déjà voté l’insertion dans le recueil des Savants étrangers. 11 n’y a aucun arrêt sensible dans ce système, quand il y a deux tubes d’ascension, l’ascension finissant pour l’un quand elle commence pour l’autre.

Sous une des formes que j’ai exécutées, une longue colonne liquide fait alternativement fonction de soupape par son inertie. Je montrai cette expérience à M. Le Verrier en 1834. La même année, je communiquai mes idées à divers ingénieurs des ponts et chaussées et des constructions navales, ainsi qu’à des officiers de la marine. Personne d’ailleurs ne me conteste la priorité de ce système.

On démontre qu’il pourrait résoudre un problème singulier, mais sans utilité pratique. Les coefficients des frottements de l’eau sont beaucoup moindres, dans certains cas, pour le mouvement oscillatoire que pour le mouvement uniforme. De sorte que cet appareil, quand même on n’aurait pas d’eau à élever, pourrait servir à dénaturer les frottements, afin de conduire plus d’eau que par un mouvement uniforme.

Ce système est un de ceux qui, par sa forme, son principe, son mode d’écoulement et ses propriétés, se distinguent le mieux du bélier.

Machines à compression d’air du Mont-Cenis.

IV. — Le principe de l’appareil précédent est employé avec succès depuis plus d’une année à comprimer de l’air au Mont-Cenis. Cette compression se fait, pour chaque appareil, dans un seul tuyau vertical, où le liquide monte alternativement, et d’où il sort ensuite au bief d’aval par une oscillation qui descend au-dessous du niveau de l’eau de ce bief. En décembre 1858, j’ai donné à la Société philomatique de Paris, et à l’Académie des Sciences de Turin, des explications publiées dans les Bulletins, sur la manière dont l’air se comporte relativement à cette oscillation. La force vive de la colonne liquide comprimante est engendrée précisément comme dans l’appareil précédent, et l’inertie de

l’eau aide aussi à faire fonctionner les orifices en temps utile. A chaque période, le liquide ascensionnel, au.moment où.il part du repos; entre dans la branche verticale où l’air est comprimé, pour être refoulé dans un récipient; C’était d’abord comme machines à élever de l’eau que j’avais présenté ces systèmes. Je les ai aussi, présentés depuis comme machines soufflantes et comme machines à comprimer de l’air. Si, dans mes résumés, je ne me suis pas plus étendu à cet égard, c’est parce qu’ils avaient spécialement pour objet mes expériences, comme,jft l’ai expressément déclaré dans ces résumés, où sont omises beaucoup d’idé.es pour lesquelles j’avais pris date depuis .longtemps, et de la manière la plus formelle.

Je suis le premier à reconnaître que, pour la compression de l’air, MM. les ingénieurs italiens, en appliquant mes principes d’une manière hardie, ont le méyjte,d’avoir fait des. expériences. Il paraît d’ailleurs.qu’ils n’ont pas de prétention à l’invention ou. à la priorité, prétendant seulement avoir perfectionné ces machines. Ils ont même la loyauté de citer toujours le premier celui d’entre eux qui avait environ quinze ans quand j’ai eu l’honneur d’avoir le prix de mécanique de l’Institut de France.

Lorsque, le 31 juillet 1844, S. M. Charles Albert, roi de Sardaigne, me fit l’honneur de, me décerner une grande médaille d’or pour tous mes écrits sur l’hydraulique , selon deux lettres de M. Solar de la Marguerite, son ministre des affaires étrangères, j’avais déjà montré, par une communication faite à la Société philomatique le 22 juin, et sur laquelle une note a été, publiée par le journal VInstitut du 3 juillet 1844, n° 549, p. 228, comment mes appareils à colonnes liquides oscillantes pouvaient être transformés en machines à compression d’air. Si Montgolfier savait qu’on pouvait comprimer de l’air avec le bélier hydraulique, je suis le premier qui ai montré comment on pouvait le faire au moyen du mouvement acquis des colonnes liquides en supprimant les chocs, et qui ai signalé l’application des vannes cylindriques ou soupapes de Cornwall à la compression de l’air par de grandes colonnes liquides en mouvement.

J’ignore si \1M les constructeurs italiens ont fait quelques perfectionnements es: sentiels. J’ai cru devoir faire dés observations critiques (Voir lés Comptes-Rendus des séances de l’Académie des Sciences des 28 janvier 1861, p. 144, et l"juillet 1861, p. 23) Quelle que puisse être la justesse de ces observations, les résultats obtenus sont d'ailleurs assez satisfaisants, d’après ce qu'annoncent les journaux et diverses correspondances, pour être considérés comme une.belle confirmation de mes idées, dont quelques détails seulement pourraient avoir été mieux compris, selon moi.

L’Académie des Sciences de Turin (volumes de' 1858 et 1859) et l’Académie des Sciences de Bruxelles m’ont fait l’honneur de publier des mémoires sur ce sujet; et un savant belge, M. de Cuyper, a bien voulu réclamer, dans un mémoire Contenant divers extraits de; mes écrits, et publié dans sa Revue universelle (cahiers de mars et avril 1859)1 mes droits de priorité. J’ai publié dans divers 1 rèCueate 1 , biehavant MM. les ingénieurs 1 italiensj'qùi ne le'conteslent pas, diverses notes sür ce sujet rappelées dans les mémoires dont il s’agit.

i! Jé m’en rapporte d’àilléürSj qüantà ce qu’on en pense en Italie^ à ce que l’un dés Signataires dés relations techniques sur le percement des Alpes, M. Sella; ihgéniéùr des mines, membre de l’Académie des Sciences de Turin, ministre dës nridrtbe's; én'a'dit à M. de Senarmoût qui veut bien m’autoriser à le citer. J'ajouterai donc seulement ici qüé les machines à compression d’air du Mont- Cenis fournissent, selon 1 moi, un moyen fàeilè d’étudier très en grand la question de l’équivalent mécanique de là chaleur, comme je l’ai montré dans une lettre publiée dans les Comptes-RénâuS des séances de l’Academie des Sciences, 11 mars 1861, p, 462, surtout dans un mémoire qui a été l’objet d’un rapport favorable à l’Académie dés Sciences; de Belgique, et qui a été publié par cette Académie dans ses Bulletins, 2' série, t. xi, n° 6. J’ai lieu dé croiré que : lès’ faits observés à Saint-Piêrre-d’Arena, dans les premières expériehcéÜ;t s’accordent avec dès résultats ! obtenus par M. Joule. MM. les ingénieurs du Mont-Cenis ne les avaient pas discutés' sous ce point de vue, non plus, qüë les savants rapporteurs.

Appareil à double 'effetpour les écluses de navigation.

1 V. — Cet appàreil a pour but dé vider dti‘ sas d’écluse en relévant une partie de l’eau au bief supérieur, comme par l'appareil décrit au commencement de cette Noté; 1 'et de'plus de remplir l’écluse eh tirant'unè'pârtié'de l’eau du bief niférieur ÙM moyen d’un seul et même appareil alternativement' élévâtoirè et aspirateur, sans ipue les sections transversales du tuyau de conduite ' soient jamais fermées. Dès 'expériences fàites 'sür üh modèlé'en petit dé cè Système, ën : présence de feu M. Fcvre, inspectéür'géttéral d'e's’jibhts èt chaussées, et de MM. Belâriger èt'Frikiot, 1 ingénieuts'èh'fehef, ont établi qü'ort épargnait les trois Cinquièmes de l’èclùséë. M. Belanger a fait un rapport favorable au conseil général des ponts et chaussées.qui’,'selon les expressions d’une 1 dépêche de M. le Ministtiédès'fravaüx publics, a recOnmiqué cet appareil est d’une conception ingénieuse èt’basée Sur Une théorie saine: ‘

Je rappelle d’ailleurs moi-même que Monlgolfier a proposé des béliers à double effet, pour utiliser avec un même appareil les marées qui permettent d’avoir de» pressions alternativement prépondérantes à l'extrémité d’un seul et même tuyau horizontal. Ce n’est pas le principe du double effet sur lequel j’insiste, mais le principe du double effet sans choc.

Sur le rapport fait au conseil général des ponts et chaussées par MM. les inspecteurs généraux Bommart, Le Breton et Mary, rapporteur, j’ai été autorisé à faire, aux frais de l’Etat, une expérience en grand sur ce système,, le tuyau,de conduite à double effet ayant un mètre de diamètre intérieur. La première partie du système, l’appareil élévatoire, ést construit à peu de chose- près. ,Ojj a pu constater que la mise en train par un seul homme ne présentait aucune difficulté, et qu’on avait pris beaucoup plus de précautions que cela n’était nécessaire, aucune percussion n’ayant endommagé l’appareil, qui est en tôle, Les expériences qui vont être reprises ont été interrompues par des difficultés résultant momentanément du service des eaux, etc, (Voir le paragraphe XIV.)

Moteur hydraulique à piston oscillant, sans soupape ni tube mobile.

VI. — Ce système,.susceptible d’une construction très-rustique, offre■ l’avantage de pouvoir donner des périodes très-rapides et dont la durée peut, être rér. glée à volonté dans des limites assez étendues, ce que ne pouvait faire le flotteur oscillant avec un tuyau fixe de longueur donnée. Ainsi, on a fait varier le nombre des périodes de douze à vingt-deux par minute.

MM. Cagniayd de Latour, Belanger, Personet Thomas ont vu fonctionner ce système chez M. Bourdon, ingénieur mécanicien, lorsque la Faculté des sciences de Besançon en a fait construire un modèle sur la bienveillante indication de M. Régnault.,

Une de ses propriétés caractéristiques consiste à utiliser le mouvement acquis, d’une colonne liquide, de manière,.à, vaincre les résistances accidentelles,qui: arrêteraient le piston d’une machine à colonne d’eau, et de manière A pouvoir, marcher,malgré une baisse, considérable du niveau du bief , d’amont. Un piston, Leteslu, est attaché à l’une des extrémités d'un balancier, à l’autre extrémité duquel est suspendu un flotteur plongeant dans l’eau à l’époque où le piston n’est pas engagé dans la partie verticale d’un tuyau en forme de L, disposé d’aiileuys comme le tuyau du flotteur oscillant, Une force de succion assez faible, suffit alors pour faire entrer le piston dans cette espèce de corps de pompe en vertu de phénomènes précités. Alors le flotteur sort de l’eau, et il est cependant soulevé à cause

de 1 aspiration puissante résultant du mouvement acquis de la colonne inférieure, jusqu’à ce que, ce mouvement étant éteint, le flotteur retombe en relevant le piston, et ainsi de suite indéfiniment^ La marche de l’appareil est. trèsrégulière, il n’y a point de soupape comme dans le bélier aspirateur.

J’ai modifié le principe de diverses manières. Un des appareils de mon invention, reposant sur ce principe, est employé depuis plus de sept ans, à vider le puisard Où se rendent les eaux du Palais de l’Elvsée, àparis. Un bélier hydraulique dé Montgolfier aurait fait un bruit incommode. Il a été construit en mon absence, sur la demande de .M. Chaulàv, architecte, premier inspecteur de ce Palais! Il n’a pas eessé de remplir les conditions pour lesquelle* il a été construit, mais le robinet d’alimentation est tellement soumis aux prises d'eau variables des bornes-fontaines, qu’on n’a pas encore fait d’expériences régulières sur reflet utile. Le £9' juin .1861, M. Ghaulay m’a fait l’honneur de m’écrire relativement à cette machine que « jusqu’à présent elle a toujours bien fonctionné, iln ! ya eu qué des nettoyages à faire faire èt quelques réparations de cuirs.» Le 4 janvier dernier, M. Lacroix, architecte en chef de ce Palais, m’a fait l’honneur dem’écrire : «Je certifie que la machine de votre invention qui existeau Palais de » l’Elysée marche indifféremment le jour etla nuit. Il estarrivé plusieurs foisà » la suite de grandes pluies qu’on a dû laisser marcher l’appareil pendant vingt- » quatre heures sans discontinuer. » iSfoif

Avant qu’on eût exécuté ces systèmes, j’en avais décrit les principes dans un Mémoire publiédans le Journal de Mathématiques de M. Liouville, t. xii, p. 73. (Voir aussi dans le journal Y Institut, annéel8-44, les extraits des procès-verbaux des séances de la Société philomatique de Paris.)

Appareils à faire des épuisements, sans pièce mobile,'au moyen des liquides en mouvement et notamment des vagues de la mer.

VII. —La Société géologique de Londres a signalé un phénomène curieux qui a beaucoup embarrassé les savants, mais qui. pourrait bien être une expérience toute faite en faveur du système que, je propose : un cours d’eaù assez fort pour faire marcher plusieurs moulins, se jette dans la terre au-dessous du niveau dé la mer, dans une des îles Ioniennes.

Je me Suis aperçu qu’en rendant fixesdoutes les pièces dp l’appareil mentionné, paragraphe I-’, le tube vertical restant soulevé, cela suffisait pour en faire une machine propre aux épuisements, à cause de la ; manière dont se comporte un genre de succion très-puissant, susceptible d’agir sur un cours d’éau souterrain

au moyen de tuyaux de communication. Mais il n’est pas même-indispensable de faire une construction semblable. Il suffit de supposer convenablement relevés ou recourbés extérieurement les bords des surfaces recevant les chocs des puissants jets d’eau occasionnés dans certains- lieux pair les vaguès, pour qu’il.en résulte de très-fortes succions sur - des cours d’eau souterrains aboutissant à ces bords relevés, surtout si les surfaces recevant le choc présentent dans leur-partie centrale des excavations convenablement disposées.

On sait qu’un phénomène de succion à contre-courant avait été indiqué par MM. Thénard, Clément Desormes et Hachette, pour de minces-filets fluides; mais on était loin de se douter des effets de succion à contre-courant qui, surtout dans mes expériences de Saint-Lô et de Chaillot, SU sont présentés sur une grande échelle à des distances de plusieurs décimètres, et avec une puissance telle qu’il a fallu modérer les effets pour ne pas briser les. appareils- (Voir les Comptes-Rendus des Séances de ï Académie des Sciences, 21 décembre 1857, 4 et 18 janvier 1858.) Comme, il -s’agit dfutiliser une-quantité de travail perdu, qui est presque indéfinie, l’essentiel était de-trouver un moyen péu-dispendieux de s’en servir, par exemple pour faire des épuisements dans les-marais de,1a Camargue. Or, il suffira pour cela de faire des-constructions, en-maçonnerie très-simples, quand on n’aura pas à sa disposition des rochers faciles à tailler convenablement.

Appareil élévatoire à oscillations et à air dilaté.

■VIII. — J'ai présenté à l’Académie, -le 26 octobre 1857, la description.djqq modèle fonctionnant d’un appareil à élever de l’eau au moyen d’une chute dans lès circonstances où l’eau doit être élevée au-dessus du niveau dp bief supérieur, étant tirée d’un puits au-dessousdu bief inférieur. Dans l’état où il est, ce n’est peut-être encore qu’un appareil de physique intéressant d’ailleurs, notamment à cause de la manière dont un bout de tuyau se soulève alternativement dans un sens contraire à celui du mouvement des poutrelles qui s’enfoncent dans les barrages. Cette espèce de vanne cylindrique automatique, introduit alternativement l’eau motrice dans l’appareil. Dans le système de Branca, attribué, à Detrouville,;et où n existait pas d’ailleurs cette vanne automatique, le travail employé à dilater 1 air avant 1 époque où l’eau commence à monter en vertu de cettedilatation, était perdu. Dans cet appareil, que j’ai inventé au commencement de 1850 (journal 1 Institut), ce travail est utilisé par le relèvement de- la colonne aspirante, qui est à son tour aspirée.

Pompe a flotteur sans piston ni soupape.

IX. — Si, au lieu d’être employé comme récepteur, un flotteur mis en mouvement par une force motrice, met une colonne liquide en oscillation dans un tuyau en partie plongé dans l’eau à épuiser, l’eau se jette alternativement au sommet. Dans un appareil de ce ^êiirè bién Combiné et de diamètre convenable,' on pëut diminuèr presque indéfiniment lés pertes de travail. J’ai employé ce' système, à • amorcer, à Chaillot, le jnoteur hydraulique 4 flotteur oscillant, quand je n'avais que peu d'eau motrice.

Çé système peut être vâéié de diverses manières, comme je l’ai expliqué dans ■une lettre'a l'Académie des Sciences, imprimée dans lés Comptes-Kendus (7 te cétnbre î f 8À^. Les principes de cès applications avaient été communiqués à la Société philomatique eu 1840: !!! ® 1 . . *■* - 1 ■ 1

Tube conique transformé en pompe aspirante.

X. — On connaissait l’effet dè canne hydraulique à’un pareil tube, le moteur agissant de haut en bas ; mais on ne savait pas que, pour les ejévàliqns,dè '2 ’à 3 îpètrcs, il valait mieux agir de bas en haut, et qu’il serait facilç r ’ae transformer un tuyau conique en pompe aspirante, commode pour élever lés liquides imparfaits, tels que les purins de fumiers.

(je système, essayé pour la première fois, un peu en grand, en 1841, et communiqué dès lors sous ce point de vue à la Société' philomatique, est décrit dans:les Comptes-Rendus de l’Académie des Sciences, 5 janvier 1852. Iflÿété mentionné favorablement dans un rapport de; M. Combes à la Société centrale d’agriculture. M. Combes l’avait vu fonctionner. àiVersailIes. Iba été employé dans diverses circonstances. jC’estià cette occasion,; parce, qu’çm en a été satisfait dans le département du Rhône,, que. la Société d’agriculture^ sciences et arts de' Lyon, m’a fait l’honneur de m’envoyer le diplôme de membre correspondant. :. ; .i.. . >q Iii'mioIuuc.Ki:/* IKsfMI i .<sl fl ! yqqol'iï

.1 (Voir une figure à L’échelle, ainsi que deux figures de l’appareil du paragraphe!, dans le rapport fait sur ces deux appareils, le .1.8 janvier 1858, à la Société centrale des architectes, Bulletin de celte Société, février 1858, pp. 315 et 318.)

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