I. - OBSERVATIONS GÉNÉRALES
2. Mesures pyrométriques (Bulletin de la Société chimique, t. II, p. 108 ; 1883). Bulletin
l. Méthode suivie pour les essais de laboratoire.
L’une des grandes difficultés des recherches céramiques consiste dans l’impossibilité de faire des essais en petit, au laboratoire; or, les expériences faites dans les fours de fabrication condamnent l’expérimentateur à opérer toujours dans les mêmes conditions de température et de cuisson; toute tentative pour obtenir des produits à une température ou dans une atmosphère de gaz différentes est donc à peu près impossible; d’autre part, la longueur des cuissons industrielles et de la période de refroidissement des fours entravent considérablement des recherches pour lesquelles les essais se chiffrent fréquemment par centaines; je me suis appliqué à chercher tout d’abord une méthode qui permit de combler cette lacune et de faire des expériences au laboratoire. J’ai utilisé pour cela le four à gaz de M. Perrot, appareil peu encombrant, et avec lequel on peut faire plusieurs cuissons de porcelaine par jour, modifier à volonté les conditions de température et varier au gré de l’opérateur la nature oxydante ou réductrice de l’atmosphère. Voici le dispositif adopté : dans l’intérieur du four, on place un creuset muni d’un faux fond sur lequel sont posés, fixés à des patins de terre glaise, les échantillons destinés à la cuisson ; pour des expériences spéciales, on perce le creuset à la partie inférieure et on le supporte par un tube creux en terre réfractaire, qui permet l’introduction d’air ou d’autres gaz; on peut, lorsqu’il s agit uniquement de modifier l’atmosphère du four en la rendant plus ou moins oxydante ou réductrice, prendre un creuset ordinaire et varier la nature des cuissons par le simple réglage des arrivées de gaz et d’air; il est bon, dans ce cas, de percer une série de trous dans les parois du creuset pour permettre à la flamme d’y pénétrer libre-
Une autre difficulté des recherches et des travaux céramiques résulte de l’indécision dans laquelle on.se trouve pour la mesure ou l’appréciation des températures atteintes. Dans la pratique industrielle on se guide sur la couleur du feu, qui, passant successivement du rouge au cerise et au blanc, indique à un œil exercé la marche ascendante de la température; puis, vers la fin de l’opération, on retire du feu des témoins, faits avec de la porcelaine, et qui renseignent à peu prés sur l’état général des pièces disposées dans le four; mais cette méthode est insuffisante pour des expériences un peu délicates.
On a tenté à plusieurs reprises l’emploi des divers pyromètres connus; ils présentent tous des inconvénients. J’ai eu recours, pendant un certain temps, à l’emploi d’un nouvel appareil, le pyromètre à circulation d’eau, et j’en ai obtenu de bons résultats. 11 se compose essentiellement d’un cylindre en cuivre dont l’une des extrémités est fermée, l’autre se terminant par deux tubes, dont le premier est en communication avec un réservoir d’eau à niveau constant et dont le second vient aboutir à un thermomètre; l’eau circule dans l’appareil, s’échauffe au contact des flammes et accuse au thermomètre les variations de température qu’elle subit. Ces indications sont très rapides et très sensibles, mais l’appareil est un peu encombrant et il exige une installation assez compliquée.
Un procédé plus simple et plus fidèle consiste à disposer dans les fours des substances susceptibles de fondre et à observer le moment où elles entrent en fusion. Les montres faites avec des alliages fusibles sont, en général, infidèles et, en tous cas, d’un emploi dispendieux; je les ai remplacées par des séries de mélanges d’argile et de fondants ayant chacune une fusibilité differente et un point de fusion déterminé. On transforme ces mélanges en plaquettes qu’on estampe ensuite en donnant aux plaques de chaque série une forme spéciale. On dispose ces montres dans le four les unes derrières les autres, la plus fusible en avant, la moins fusible en arrière; dès que le four est éclairé, les observations peuvent commencer : l’élévation progressive de la température détermine le ramollissement, puis la fusion corn-
plfete, c’est-à-dire la disparition de chacune de ces montres, et, comme on leur a donné des formes géométriques nettement différentes, on les distingfle aisément les unes des autres. Cette méthode, très pratique, permet, sans appareil spécial et sans gêne pour les ouvriers, de suivre la marche du feu, de remédier aux irrégularités de la cuisson au cours même des opérations et de fournir des renseignements comparables
Les fours à flammes directes, exclusivement employés à la Manufacture de Sèvres jusqu’en 1879, sont difficiles à régler, consomment une énorme quantité de combustible et présentent dans leurs différentes zones des irrégularités très grandes au point de vue de la température et de la composition des gaz.
J’ai fait étudier la construction de nouveaux types de fours dits à flammes renversées : à une petite distance du mur intérieur de ces fours s’élève une chemise en briques contre laquelle les flammes viennent se briser et se mélanger intimement; puis elles s’élèvent vers la voûte et, comme celle-ci est fermée, elles redescendent en s’épanouissant dans l’intérieur du four; elles sont attirées vers la sole par des carneaux qui les conduisent au dégourdi, au moyen de cheminées placées dans l’épaisseur du mür.
Ces appareils donnent d’excellents résultats sous tous les rapports; ils ont été employés avec un succès constant pendant toute mon administration.