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Ronges grand feu, flammés et céladons

On désigne sous le nom de rouges de grand feu et de flammés, des couvertes colorées qu’on obtient au moyen du Cuivre et de ses défies porcelaines ont des aspects très variés: tantôt elles sont recouvertes uniformément d’une couleur opaque, tantôt, au contraire, la couleur est transparente et brillante, tantôt enfin l'éipail, au lieu, d’être d’une nuance uniforme, est veiné de taches passante toutes les variétés de violet, de bleu et même de vert, intimement fondues les unes dans les autres.

Il y a plusieurs siècles déjà, les Chinois connaissaient cette fabrication, mais il est probable qu’elle était purement empirique chez eux, car ils en ont perdu les procédés à diverses époques. Les premiers essais faits en France pour reproduire les rouges de Chine sont dus à Ebelmen et Salvétat (i 852 >; ils obtinrent, sur une porcelaine attendrie, quelques échantillons de rouge opaque qu’on peut voir encore au Musée céramique de Sèvres. Quelques années plus tard, Régnault reprit ces essais sur la porcelaine ordinaire, mais il n’obtint aucun résultat satisfaisant. Dans une période récente, divers fabricants abordèrent également ce problème avec plus ou moins de succès; mais

leurs procédés sont restés secrets et rien n’a été publié sur ce sujet depuis les Mémoires d’Ebelmen et Salvétat; la question, lorsque j’entrepris mes propres recherches, était aussi peu éclaircie qu’en 185a.

Nos premières études de laboratoire, faites sur des porcelaines de Chine, fixèrent définitivement les points suivants : la couleur rouge est due au cuivre; elle disparaît au feu des fours de Sèvres; la couverte presque incolore coule et s’accumule au pied des pièces. Par contre, à la température de cuisson de la porcelaine nouvelle, l’émail ne coule pas; il devient vert dans une atmosphère oxydante et reste rouge en présence de gaz réducteurs.

Après avoir ainsi déterminé les conditions générales de la formation du rouge, nous avons recherché la nature de la couverte h employer; un simple mélange d’oxyde do cuivre avec la couverte ordinaire ne donne, en effet, pas un beau rouge; il ne fournit qu’une couleur brunâtre sans éclat. Nous basant sur ce fait, que le cuivre donne au chalumeau à la perle de borax, en flamme réductrice, une belle coloration rouge, nous avons pensé que l’addition de ce fondant à la couverte ordinaire serait favorable : il en est ainsi en effet; mais, pour arriver à un résultat tout à fait satisfaisant, il a fallu en réalité modifier complètement le type de la couverte. Une longue série d’essais entreprise pour déterminer les rapports les plus avantageux de la silice à l’alumine et aux alcalis, ainsi que l’action de divers autres agents chimiques, a donné les résultats suivants :

i° La couverte doit être peu alumineuse;

2 ° Elle doit être peu calcaire et très alcaline;

3° Le plus beau rouge est obtenu avec les couvertes qui présentent le degré d’acidité le plus élevé;

4° La présence du borax est utile : il s’oppose à la tressaillure qu’occasionne l’excès des alcalis par rapport à l’alumine, et favorise le développement du rouge non seulement par les alcalis qu’il apporte, mais encore par l’acide borique lui-même qui agit comme dissol-

5° L’oxyde de zinc associé à la baryte donne le plus beau rouge;

6" Il est bon d’ajouter à la couverte de l’oxyde d’étain qui protège le cuivre contre l’oxydation.

C est sur ces données que nous avons préparé nos couvertes; des

proportions convenables de pegmatite et de silice sont combinées à la chaux, à la baryte et à l’oxyde de zinc en présence de borax, puis additionnées d’oxydes de cuivre et d’étain.

La cuisson des rouges de cuivre exige des précautions spéciales : l’atmosphère du four doit être très réductrice, au commencement, résultat qu’on obtient par l’accumulation du combustible ou par la diminution du tirage; lorsqu’on juge cette première période suffisante, on élève la température et on prend toutes les dispositions nécessaires pour que la fin de la cuisson ait lieu en atmosphère neutre. L’emploi d’un appareil à analyser les gaz est indispensable, dans cette opération, jusqu’à ce qu’on ait acquis une expérience suffisante pour ces di-

Telles sont les règles générales suivies à la Manufacture de Sèvres de 1882 à 1887; depuis leur publication, elles ont été adoptées par l’industrie privée, qui produit aujourd’hui couramment des rouges de grand feu aussi beaux que ceux de la Chine.

Sous quelle forme le cuivre existe-t-il dans ces couvertes? En quoi different le rouge opaque, le rouge transparent et les couvertes flammées? La question n’est pas tranchée absolument, mais certains points sont définitivement acquis.

11 me paraît probable que le rouge est dû au cuivre métallique luimême et non au protoxyde de cuivre, commeon le pense généralement: il est difficile d’admettre, en effet, que cet oxyde ne passe pas à l’état métallique dans les conditions d’énergique réduction qui sont adoptées et à la température élevée qui est nécessaire. Si ce cuivre se trouve à ce moment en présence d’une couverte appropriée, il s’y dissoudra et, la dissolution restant complète par un refroidissement très lent, on obtiendra un rouge transparent. Si, au contraire, la couverte n’a pas la composition voulue, le cuivre se précipitera par le refroidissement et donnera naissance au rouge opaque. (Ces phénomènes sont du même ordre que ceux qu’on a observés avec l’or métallique ; l’analogie est encore frappante dans le cas suivant : comme l’or, le cuivre reste fréquemment dissous dans la couverte, à l'état incolore, et, si on le réchauffe ultérieurement à une température peu élevée, il reprend sa couleur rouge.)

Quant aux flammés, on peut se rendre compte de leur formation de la manière suivante : si, pendant la fin de la cuisson ou la période de refroidissement, l’air pénètre dans certaines parties du four, le cuivre sera oxydé â l’endroit frappé; il verdira ou il bleuira donc; l’émail continuant à couler, puisqu’il est extrêmement chaud, entraîne dans sa masse ces parties oxydées qui se fondent dans le reste et donnent ainsi naissance aux flammés. (Il est inutile d’ajouter que cette explication des flammés s’applique aussi bien au protoxyde de cuivre qu’au cuivre lui-même.)

Céladons. — Cette couverte, l’une des plus délicates de la palette chinoise, est d’un vert bleuâtre très harmonieux et est principalement employée sur des porcelaines gravées, où elle joue le rôle d’émail ombrant.

Les conditions dans lesquelles le céladon est obtenu sont identiques à celles qui donnent naissance au rouge de cuivre; l’élément colorant est un silicate de fer au minimum d’oxydation. Le meilleur résultat obtenu a été atteint par l’emploi d’une couverte exclusivement calcaire, dans laquelle le fer a été introduit à l’aide et sous la forme d’une argile ferrugineuse (terre de Dreux rouge).

Une observation curieuse a été faite dans les cuissons de céladon; lorsqu’on dispose dans une même gazette des céladons et des objets émaillés pour rouge, les premiers sortent fréquemment du four colorés en rouge par le cuivre qui s’est volatilisé et qui a une grande tendance à se fixer sur la couverte ferrugineuse. On pourrait baser sur ce fait une fabrication de rouges particuliers.

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