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IV. PORCELAINE DURE

On prépare ce bleu en frittant lapegmatite avec de l’oxyde de cobalt, en appliquant la couleur sur les porcelaines préalablement cuites, et cuisant une seconde fois au grand feu.

Lorsque les choses se passent normalement, on retire du four des pièces d’un bleu violacé, transparent et velouté, qui est considéré comme l’un des plus beaux produits de l’art céramique. Malheureusement il n’en est pas toujours ainsi et les accidents auxquels cette fabrication donne lieu sont fréquents.

Le plus grave d’entre eux, connu sous le nom de grésillé, a été déjà signalé par Brongniart, mais la cause en 'était restée inconnue et elle était récemment encore si peu déterminée qu’on avait renoncé à la chercher, la considérant comme une sorte de nécessité fatale. Sur les pièces grésillées, l’émail, au lieu d’être uni et glacé, est traversé d’une multitude de petits trous qui rendent sa surface absolument raboteuse; l’accident est irréparable : une nouvelle cuisson, l’application d’une seconde couche de bleu ne le font pas disparaître. Oh l’a attribué à des causes diverses : l’action d’un excès d’air, d’une proportion trop forte d’acide carbonique ou d’oxyde de carbone, de la vapeur d’eau, d’une température excessive, etc. J’ai vérifié successivement ces hypothèses et j’ai constaté expérimentalement qu’aucune d’elles ne rend compte des faits signalés.

Après un grand nombre de nouveaux essais infructueux, j’ai observé que, lorsqu’on introduit, dans le creuset où l’on cuit le bleu au laboratoire, une substance organique, du bois, du gaz d’éclairage, des hydrocarbures, ces corps agissent instantanément et transforment la couverte en une surface grise, boursouflée, tout à fait analogue au grésillé. C’est donc un phénomène de réduction, qui entraîne la volatilisation de certains éléments de la couverte et l’altère par conséquent dans sa constitution intime. Ces faits constatés, j’ai recherché quelle pouvait être sur le bleu l’influence des gaz de la combustion dans les grands fours de la Manufacture et je n’ai pas tardé à voir que le bleu est par-

fait d'ans tous les endroits oit la flamme circule rapidement, qu’il est au contraire grésillé partout où, l’appel étant moindre, il y a remous de gaz et accumulation de produits incomplètement brûlés. Ces derniers endroits sont ce qu’on appelle les flancs du four; les bons endroits sont indiqués par les lignes qui, partant de l’ouverture intérieure des alandiers, rejoignent les ouvreaux du globe.

Le remède était dès lors indiqué : il fallait ne placer les pièces destinées au bleu que dans les endroits où la circulation des gaz est rapide etsuivre la cuisson par des analyses fréquentes des produits de la combustion, de façon à pouvoir, en présence d’une proportion d’oxygène insuffisante, augmenter le tirage ou l’entrée de l’air.

Mais ces artifices, quoique d’une réussite absolument certaine, m’ont paru insuffisants, puisqu’ils ne permettent d’utiliser qu’une partie des fours pour le bleu : le vrai remède consiste dans l’emploi d’appareils perfectionnés, de fours dans lesquels la circulation est uniforme et régulière : ce sont les fours à flammes renversées que j’ai signalés au commencement de cette Notice ; dans ces appareils, il n’y a pas de remous, et les gaz n’y séjournent en aucun endroit. Depuis je les ai appliqués à la fabrication des bleus au grand feu : aucun grésillement n’a plus été constaté; tandis qu’autrefois un tiers de la production était perdu, il n’y a plus aucun déchet.

2 . Sur la couverte écaül Bulletin de la Société chimique, t. XL 1 X, p. 418 et 429. - Génie civil, mars 1888) (En collaboration avec M. Dutailly).

On désigne sous ce nom un émail de grand feu dont la couleur brun rouge et l’aspect général rappellent la substance commerciale qui provient de la carapace de certaines tortues marines.

Lorsque cet émail est bien transparent et de la nuance voulue, il est très apprécié; le grand vase qui figure dans la salle Louis XIII au Louvre en offre un des types les plus parfaits; malheureusement, la

Tester, après un temps quelquefois très long, des tressaillures qui peuvent entraîner la fêlure des pièces (c’est notamment le cas du vase du Louvre).

Nous avons cherché à déterminer la cause de ces accidents et à préparer une couverte dont l’emploi fût plus certain.

ha préparation de l’écaille, due à Brongniart, était faite avec un mélange de pegmatite, de terre d’ombre, de colcothar et de manganèse.

Nous avons montré que la cause des accidents signalés est due à l’extrême basicité et à l’alcalinité de cette couverte,; après de nombreux essais, nous avons pris le parti d’éviter la présence des alcalis, et nous nous sommes arrêtés à un mélange de s,able, de kaolin, de colcothar et de manganèse; dans cet émail, le rapport de la silice à l’alumine est le même que dans la pegmatite, dont il ne diffère en somme que par la substitution des oxydes de fer et de manganèse aux bases alcalines et alcalino-terreuses.

Parmi les couleurs usitées dans la décoration de la porcelaine, il n’en est pas de plus employées que celles qui dérivent du cobalt; mais, tandis que sur les produits de l’Orient, les bleus varient depuis le bleu de Ciel jusqu’au bleu gris, le seul émail couramment appliqué en Europe est celui qui est connu sous le nom de bleu de Sèvres, dont l’emploi d’ailleurs est limité aux fonds; on.ne l’utilise .pas pour la peinture des ornements, des fleurs ou des figures, parce que les dégradations de ce bleu ont un ton faux et désagréable et qu’il émet des vapeurs colorées, sur le blanc delà porcelaine.

J’ai préparé un bleu spécial, par le frittage de la pegmatite avec du cobalt, du manganèse et du'fer; on lui a donné le nom de bleu-noir parce que, dans lestons foncés, il donne en effet un véritable noir; dans les tons plus clairs, il est d’un bleu grisâtre, très doux, s’harmonisant bien avec le blanc de la porcelaine et doué de la propriété de conserver sa nuance à la lumière artificielle.

On l’a employé avec succès pour obtenir les fonds bleus fouettés des Chinois, et des peintures décoratives qui, avec quelques rehauts de bleu foncé et d’ors, produisent de beaux effets.

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