PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALE
Des modifications que présentent les muscles à la suite de la section des nerfs qui s’y rendent (V).
J’établis dans ce travail que, sous l’influence de la section des nerfs, le protoplasma non différencié de la fibre musculaire se tuméfie, se développe en même temps que les noyaux se multiplient, et c’est à cette suractivité nutritive qu’est due vraisemblablement l’atrophie de la substance contractile qui est absorbée par le protoplasma. Le protoplasma en se développant dissocie les cylindres primitifs, si bien que sur uue coupe transversale les champs de Gohnheim sont bien plus distincts qu’à l’état normal, il sépare dans certaines fibres le sarcolemme de la substance striée et dans d’autres fibres vient occuper avec les noyaux la partie centrale, tandis que la substance striée, plus ou moins réduite, est accolée au sarcolemme *, cette dernière disposition est analogue à celle qu’on observe dans les fibres musculaires en voie de développement.
On peut considérer ce processus comme un retour de la fibre musculaire à l’état embryonnaire. 11 s’agit là, en tout cas, d’un processus actif, et le mot d’atrophie ne convient pas plus à ce travail pathologique que le mot de dégénération ne convient aux phénomènes qu’on observe dans le bout périphérique des nerfs après leur section.
De la paralysie pyocyanique (XXI).
(en collaboration avec m. charrin)
Voici les résultats de nos études sur ce sujet :
La paralysie ne se développe pas immédiatement après l’injection des produits solubles, pas plus qu’après l’inoculation des microbes. Il y a une période d’incubation, dont la
durée varie de quinze jours à deux mois, et qui est en rapport avec les doses, la virulence et peut-être aussi avec les prédispositions individuelles.
Il n’est peut-être pas sans intérêt de faire remarquer à ce sujet que certaines paralysies infectieuses observées chez l’homme, la paralysie diphthérique entre autres, se développent, très souvent aussi, longtemps après le début de la maladie.
Les membres postérieurs sont atteints les premiers. Cette paralysie est de nature spasmodique ; les réflexes tendineux sont exagérés ; la percussion des tendons, comme aussi celle des masses musculaires, provoque une véritable trépidation, qui se propage parfois à tous les membres. Ce spasme, qui disparaît quand l’animal est endormi par le chloroforme, peut entraîner à sa suite des rétractions fibro-tendineuses analogues à celles que M. Charcot a décrites chez l’homme, qui rendent l’attitude anormale définitive et qui ne disparaissent plus sous l’influence de la chloroformisation. Il n’y a pas d’amyotrophie. L’excitabilité électrique des nerfs et des muscles mis à nu est conservée. La sensibilité à la piqûre est émoussée dans certains cas, mais elle ne nous a jamais semblé complètement abolie. D’autre part, les lapins éprouvent parfois des douleurs vives, qui se traduisent par des cris perçants, lorsqu’on exerce des tractions sur les membres ou quand on comprime la paroi abdominale. Il y a en même temps de la rétention d’urine dans les cas ou les lapins sont paraplégiques. Le mode de terminaison n’est pas toujours le même. Lorsque la paralysie est généralisée, la mort est la terminaison habituelle, mais nous ne pouvons déterminer encore sa cause directe, qui peut être due, à la vérité, à des troubles provoqués dans d’autres organes par l’injection ou l’inoculation. Parfois ces paralysies finissent par disparaître.
Nos recherches anatomiques ont porté sur les muscles, les nerfs et le système nerveux central des lapins paralysés, et cela aux diverses périodes de la paralysie qui remontait, r dans deux cas, à deux mois. Nous avons employé,
dans ces examens, des méthodes variées et pourtant les résultats ont été toujours absolument négatifs.
Il ne s’agit pas là, comme on le voit, d’une paralysie banale, mais bien d’une affection ayant son cachet particulier, son faciès au même titre que la paralysie saturnine ou alcoolique de l’homme.
Nous ferons remarquer, au sujet de l’absence de lésions dans la paralysie pyocyanique, que les recherches ultérieures entreprises sur d’autres paralysies infectieuses (par exemple sur la paralysie expérimentale observée par MM. Gilbert et Lion consécutivement à l’inoculation d’un microbe recueilli dans un cas d’endocardite infectieuse) ont donné des résultats conformes à ceux que nous avons obtenus.
Arthropathies expérimentales (XXIV).
(avec m. chakrin)
Nous avons observé sur plusieurs îapins atteints de la maladie pyocyanique des arthropathies qui paraissent se développer de préférence dans les membres paralysés. Ce ne sont pas des arthropathies nerveuses. Les lésions articulaires reconnaissent pour cause un agent infectieux dont nous n’avons pu déterminer la nature avec certitude-, il s’agit soit du microbe de la pyocyanine, soit d’un organisme qui provoque une infection secondaire.