‹ Notice sur les travaux scientifiques du Dr. Ph. C. SappeyChapitre 1 sur 21 · SOCIÉTÉ ANONYME DES IMPRIMERIES RÉUNIES · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ ANONYME DES IMPRIMERIES RÉUNIES

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NATURE DE MES TRAVAUX, LEUR TENDANCE, LEURS RAPPORTS AVEC LA MÉDECINE ET LA CHIRURGIE

Tous mes travaux sont fondés sur l’observation. Ils ont pour but commun l’étude de l’organisation animale. Dans cette étude j’ai procédé par voie d’analyse, passant des parties principales aux parties secondaires et de celles-ci à des particules de plus en plus réduites pour descendre jusqu’aux éléments qui les composent.

Rechercher ces éléments, en déterminer le nombre, la forme, le volume et les propriétés, ainsi que le mode d’évolution et les altérations très diverses qu’ils peuvent subir : tel est le problème que s’est posé la médecine contemporaine. Dans la pensée d’arriver plus sûrement à la conquête de ce grand résultat, les explorateurs qui se dévouent au culte de la science ont compris, depuis longtemps déjà, et surtout depuis un demi-siècle, qu’ils ne devaient pas tous suivre la même direction; et ils se sont divisés en effet en deux groupes. Les uns se livrent plus spécialement à l’observation clinique ; ils étudient la marche de la maladie; ils en déterminent les symptômes; ils en précisent le siège : tel est le rôle du médecin et du chirurgien qui recueillent ainsi une foule de données importantes et nécessaires pour la solution du problème posé. Les autres font appel à l’observation microscopique pour constater les altérations des organes malades, en remontant jusqu’à leurs éléments.

Mais comment apprécier les altérations de ces éléments si leur état normal n’a pas été préalablement bien vu et bien défini? Comment reconnaître des différences qui portent sur leur nombre, leur forme et leur volume, sur leur couleur, leur

consistance et leur disposition relative, si tous ces caractères ne sont pas présents à l’esprit de l’observateur? Or, cette étude préalable incombe à l’anatomiste. Ces renseignements multiples et délicats si utiles au médecin, c’est lui qui les recueille dans le silence du laboratoire. La part qui lui revient dans les connaissances que nous possédons actuellement sur le siège essentiel et primordial des maladies est donc considérable.

Le clinicien se bornait autrefois à localiser une maladie dans un tel ou tel organe ; et ses études personnelles alors pouvaient lui suffire. Mais depuis que la médecine a compris la nécessité de pénétrer plus profondément dans la texture intime de ces organes, depuis qu’elle a reconnu que c’étaient sur les particules élémentaires de ceux-ci qu’elle devait plus particulièrement fixer son attention, l’anatomie, l’anatomie pathologique et la pathologie se sont rapprochées. La première a réuni tous les documents relatifs à l’état normal des éléments de l’organisme; et grâce à ses efforts incessants nos connaissances sur ce point se sont rapidement multipliées. La seconde, bien renseignée sur cet état normal, a pu poursuivre avec plus de succès sa marche ascendante, de telle sorte que nous avons vu son domaine s’agrandir dans la même proportion. La troisième, trouvant autour d’elle tant de données précises les a utilisées à son profit.

Ainsi associées et tendant vers un but commun, ces trois branches fondamentales de la médecine ont imprimé à l’esprit de recherche une direction si rationnelle et si féconde, que les progrès réalisés par la science depuis cinquante ans l’ont presque métamorphosée. Qu’elle continue démarcher dans la même voie, et ces progrès en amèneront d’autres plus nombreux et plus importants qui pourront eux-mêmes lui ouvrir de nouveaux horizons.

L’anatomie a donc les rapports les plus intimes avec la médecine et la chirurgie. Nous sommes loin de l’époque où l’on pensait qu’il suffit de connaître la maladie, et qu’il n’y a pas lieu de se préoccuper de l’organe malade. Aujourd’hui on étudie la maladie et l’organe qui en est le siège. La pathologie et l’anatomie marchent cote à. côte, comme deux sœurs inséparables, qui se rendent de mutuels services en s’éclairant l’une par l’autre. Il n’y aucune exagération à dire que toute découverte anatomique a pour conséquence un progrès de la pathologie, et que toute découverte clinique a pour avantage à son tour de concourir au progrès de l’anatomie en appelant l’attention de l’histologiste sur des points qui avaient échappé à son attention. Leur union est donc utile et nécessaire. Les exemples abonderaient pour le démontrer. Lorsque Malpighi, en 1661, découvrit les vaisseaux par lesquels le sang passe des artères dans les veines, cette grande découverte n’est-elle pas devenue le point de départ de tout ce que nous savons aètuellement sur les fonctions et les maladies des capillaires généraux? La découverte des globules du sang et de la lymphe n’a-t-elle pas provoqué une foule de recherches sur les altérations si variées de ces deux liquides? Depuis quand le pathologiste accorde-t-il une si grande attention à l’état morbide des cellules épithéliales? Depuis que l’histologiste lui a fait connaître l’existence, la conformation, le rôle et l’importance de celles-ci. Que de faits analogues, mais désormais inutiles à mentionner, parleraient dans le même sens !

En travaillant durant un demi-siècle aux progrès de l’anatomie, je crois donc avoir payé un large tribut à la pathologie. Attaché pendant cinq ans aux hôpitaux de Paris en qualité d’interne, et pendant douze ans à la Faculté de médecine comme agrégé en chirurgie, j’ai pu et j’ai dû me livrer à son étude. Je

ne suis resté étranger par conséquent ni à la clinique, ni à la médecine. Mais je n’ai recherché à aucune époque les brillants avantages de la science appliquée. Porté par mes goûts vers la science pure, je lui ai consacré mon temps, mes veillées, mes forces, cherchant à la servir par tous les moyens en mon pouvoir et dans la limite de mes aptitudes.

Dans le nombre des travaux dont je présente à l’Académie un rapide exposé, il en est quelques-uns qui offrent une moindre importance; je me contenterai de les mentionner. Il en est qui se recommandent par leur nouveauté et qui portent le caractère incontestable d’une découverte; je les signalerai plus spécialement à l’attention du lecteur, et je chercherai aussi à mettre en lumière les applications médicales et chirurgicales qui s’y rattachent.

Afin d’introduire un peu d’ordre dans cette revue, je diviserai mes travaux originaux en deux principaux groupes.

Le premier groupe comprendra tous ceux qui sont relatifs aux systèmes, tels que les systèmes lymphatique, veineux et artériel , le système nerveux , le système musculaire et le système glandulaire.

Dans le second groupe je ferai rentrer ceux qui ont plus spécialement pour objet l’anatomie comparée.

Toutes celles de mes publications qui n’offrent pas le même caractère d’originalité, formeront un troisième groupe sous le titre de travaux divers. A cette catégorie se rattachent les quatre volumes de mon Traité d'anatomie^ œuvre de longue haleine dans laquelle j’ai cherché à vulgariser la science qui a été le principal objectif de mes études, mais qui contient aussi un grand nombre de faits nouveaux.

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