RECHERCHES DANS LA SÉRIE SUCCINIQHE
La théorie fait prévoir qu’un corps répondant à la formule d’un acide oxymaléique doit donner à l’électrolyse, par oxydation normale, le premier homologue de l’oxyde de carbone, le méthyloxyde de carbone ou méthylcarbonyle, d’après la nomenclature de M.. Berthelot.
Découvrir cet acide et l’électrolyser, tel a été primitivement le but de mes recherches dans la série succmique. Mais, par suite de oirr constances particulières, ce cadre s’est singulièrement élargi. Voici l’énumération de ces nouvelles recherches : ;
Détermination de la courbe de solubilité de l’acide succihiqué dans
Transformation directe de Tacide succinique en acide maléique ;
Préparation et propriétés de deux acides organiques nouveaux, les acides oxymaléique et dioxymaléique ;
Découverte d’un acide bromé de l’acide succinique, l’acide tribromosuceinique ;
Relation qui existe entre l’acide tribromosuccinique et l’acide bibromomaléique ;
Découverte d’un carbure d’hydrogène bromé, solide et cristallisable, l’hydrure d’éthylène tétrabromé, isomérique avec le perbromure d’acétylène et le bibromure d’éthylène bibromé.
Toutes ces études présentent entre elles une étroite connexion.
C’est ainsi que j’ai été amené à déterminer la solubilité de Tacide succinique dans Teau pour la comparer aux solubilités des acides sucoiniques bromés. Cette détermination était nécessaire, car la plupart
des auteurs classiques avancent que l’acide succinique se dissout dans 5 parties d’eau à la température ordinaire, tandis que Lavoisier et Berzelius enseignent que 24 à 25 parties d’eau sont nécessaires.
Dessaignes a démontré le premier que, dans certaines fermentations, l’acide maléique se transforme en acide succinique. J’ai opéré la transformation inverse en soumettant le succinate d’argent à l’action de la chaleur.
D’un autre côté, les belles recherches de MM. Schmitt et Dessaignes, Kékulé, Perkin et Duppa ont mis en lumière les relations étroites qui existent entre les acides succinique, malique et tartrique. L’acide monobromosuccinique, par exemple, fournit l’un des acides maliques, tandis que l’acide bibromosuccinique donne à son tour de l’acide tartrique. Réciproquement, on peut revenir par réduction de l’acide tartrique aux acides malique et succinique.
On pouvait donc se demander s’il n’existe pas des acides organiques présentant avec les acides malique et tartrique les mêmes relations que celles que l’on observe entre l’acide succinique et l’acide maléique. Ces acides existent en effet, et je les ai désignés sous les noms d’acides oxymaléique et dioxymaléique. Ce sont des acides incomplets, susceptibles de fixer directement l’hydrogène et le brome, à la manière de l’acide maléique. Or on sait qu’il n’y a qu’un petit nombi-e de composés organiques qui jouissent de cette propriété : à ce titre, ces deux corps nouveaux présentent donc un certain intérêt. De plus, ils complètent une série remarquable, comme l’indique le tableau suivant ;
Si j’ai cherché avec persévérance l’acide oxymaléique à l’aide d’expériences pénibles et parfois dangereuses, c’est qu’un tel acide doit donner des résultats intéressants à l’électrolyse.
En effet, M. Kékulé a fait voir le premier que l’acide succinique donne à l’éleotrolyse de l’éthylène. J’ai précisé les conditions dans lesquelles il faut se placer pour obtenir ce résultat; j’ai démontré, d’un autre côté, que l’acide malique donne, dans des circonstances analogues, del’aldéhyde, tandis que l’acide tartrique fournit de l’acide acétique ;
D’autre part, l’acide maléique fournissant de l’acétylène, les acide» oxymaléiqueet dioxymaléique doivent donner respectivement les deux composés suivants : C*H*0* et C*H*0*, car, d’après les lois électrolytiques que j’ai établies, une solution concentrée et alcaline d’oxymaléate doit se décomposer ainsi qu’il .suit. :
l" Action fondamentale du courant :
2“ Au pôle positif ;
Le composé C*H*0* étant sans doute te premier homologue de l’oxyde de carbone :
C‘H«0* = (CW + C*H*).
L’électrolyse ne m’a donné au pôle positif qu’un mélange d’acide carbonique et d’oxyde de carbone. Je n’ai fait qu’un seul essai dans cette direction ; je me propose de revenir sur cette expérience.
La théorie fait prévoir l’existence de quatre acides succiniques bromés. Les deux premiers termes ont été obtenus parM. Kékulé.
J’ai découvert le troisième, l’acide tribromosuccinique, en traitant l’acide bibromosuooinique par le brome en présence de l’eau. Ce corps est difficile à obtenir et ne prend naissance que dans des conditions spéciales.
En augmentant la proportion de brome, c’est-à-dire en traitant une molécule d’acide bibromosuccinique par quatre molécules de brome, on devrait former l’acide tétrabromosuccinique ; mais, chose remarquable, ce corps ne prend pas naissance, et l’on obtient seulement. les produits de son dédoublement :
C*H‘Br‘0» = 2 C*0*-f
Une étude attentive de cette réaction rend compte do cette apparente anomalie ; il se forme d’abord de l’acide tribromosuccinique, lequel perd de l’acide bromhydrique pour se transformer en acide bibromomaléique :
CSH=Br=0» - HBr = C'H’JBrtO».
L’acide bibromomaléique, à son tour, en présence du brome encore libre, fixe cet élément en perdant deux molécules d’acide carbonique;
C*H»Br*0'-b Br* = 2 C‘0‘-f C‘H*Br‘.
Il en résulte un carbure bromé, solide et cristallisable, isomérique avec le perbromure d’acétylène et le bibromure d’éthylène bibromé, corps liquides à la température ordinaire. Je l’ai décrit sous le nom d’hydrure d’éthylène tétrabromé.