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OSCILLATIONS DU SOL

Les importantes discussions qui ont autrefois si longtemps retenti devant l’Académie, au sujet'de la théorie des mouvements du sol, m’avaient d’autant plus préoccupé que, pendant près de dix années, j’avais suivi 1 enseignement des deux illustres antagonistes, Éliede Beaumont et Constant Prévost.

Dès 1848 (Mémoire n° 3), j’étais arrivé à déduire de mes observations directes les mouvements du sol, par suite desquels le bassin de Paris a été successivement golfe, lagune ou lac. J’ai de nouveau, en 1849 (n° 8), développé ces conclusions, qui ont fait l’objet d’un Mémoire spécial (n° 14), ayant pour titre : Sur la géologie du bassin de Paris, présenté à l’Académie le9juin r85i.Dans ces Mémoires, conçus sous l’influence d’un double enseignement, et inspirés peut-être par quelques aperçus épars dans les publications de l’époque,/ai le premier posé et formulé la question des oscillations lentes du sol, en l'appliquant à la fin de l'époque crétacée, à la période éocéne tout entière, et en montrant que ces mouvements lents expliquaient parfaitement tous les phénomènes si variés de ces époques (').

Ce ne fut qu’en 1882 que Dumont publia, iAo&Xe Bulletin del'Aca-

démic royale de Belgique (t. XIX), des idées entièrement conformes, mais appliquées à l’étude du sol de son pays. Cette théorie, qui n’exclut pas les mouvements brusques, a l’avantage de montrer les modifications successives du relief de l’écorce terrestre avec d’autant plus de sûreté qu’elje n’est que la traduction des faits.

Dans le Mémoire ( n» 38 ) qui a pour titre : Les mers anciennes et leurs rivages dans le bassin de Paris, j’ai montré que le bassin de Paris, avec sa ceinture montagneuse composée de l’Ardenne, des Vosges, du plateau central et de la Bretagne, a éprouvé, pendant les dépôts de la première partie du terrain jurassique (lias, oolithe inférieure et grande oolilhe), des mouvements généraux d’oscillations descendantes, par suite desquels la mer a atteint des niveaux successifs de plus en plus élevés; puis que, pendant le dépôt de la seconde partie (oxford-clay, coral-rag et calcaires du Barrois),un mouvement inverse s’est produit; qu’un exhaussement général et successif du sol a fait reculer vers le nord les limites du golfe, effet bien constaté antérieurement, mais qu’on expliquait différemment, et d’une manière qui ne paraissait pas suffisante.

Le même travail montre que la limite entre le terrain jurassique et le terrain crétacé correspond, dans le bassin de Paris, à un maximum d’exbaussement, la mer s’étant, pendant la première partie de cette dernière période, progressivement avancée du nord au sud.

Dans la Note n» 44, j’ai prouvé, en m’appuyant sur tous ies travaux récemment publiés, que le même maximum d’exhaussement s’était produit dans les Alpes à la même époque, qu’il en était de même pour le bassin de l’Aquitaine, et j’ai conclu ainsi ;

< Si maintenant on ajoute les autres faits connus sur te nord et l’est de l’Europe, et notamment que dans le Hanovre on retrouve aussi, entre le terrain jurassique supérieur et le néocomien inférieur, un dépôt d’eau douce, il eu résultera que cette région était également émergée, et l’on arrivera à cette conclusion, que toute la partie de l’Europe comprenant les îles Britanniques, la France, les Alpes, l’Allemagne et la Russie, était hors des eaux de l’Océan à la fin de l’époque jurassique ; et comme, sur aucun point des continents actuels, on ne connaît de dépôt marin synchronique des dépôts lacustres supra-jurassiquès.

on peut affirmer sans crainte que toutes les parties des continentsactuels, qui ont été soumises aux explorations géologiques, l’Europe, l’Amérique, d’immenses étendues en Asie, en Afrique et même en Océanie, étaient émergées pendant l’existence des lacs qui ont terminé en Europe la période jurassique. Ces mêmes continents ont été ensuite successivement immergés, mais sur des surfaces en partie différentes, pendant la période crétacée. •

On a vu plus haut que, dans ces derniers temps, j’ai étudié cette dernière période avec quelque développement, au même point de vue des oscillations lentes.

Aujourd’hui la théorie des oscillations lentes est dans le domaine public; elle a remplacé partout la théorie des cataclysmes, qui, en France au moins, régnait en souveraine il y a vingt ans. On a peutêtre oublié les travaux qui ont eu de l’influence sur ce changement; je me trouve dans l’obligation de les rappeler.

L’émersion de l’Europe septentrionale à la fin de la période jurassique n’a jamais été contestée serieusement. J’ai cru pouvoir, dès cette époque, appliquer la même conclusion à l’Europe méridionale, et notamment aux Alpes; mais je dois dire qu’ici je rencontre depuis dix ans une grande opposition de la part des géologues de l’Allemagne du Sud et de la Suisse, qui soutiennent que les Alpes sont restées constamment immergées pendant les périodes jurassique et crétacée, et qu’il n’y a dans ces régions aucune lacune dans la série sédimen-

Le. débat sur cette importante question étant en pleine activité, qu’il me soit permis de dire que j’ai fait, pour arriver à la manifestation de la vérité, les plus grands efforts, voyages lointains, matériaux considérables amassés dans nos collections de la Sorbonne, et qu’il en sortira nécessairement quelque progrès pour la Science.

Toutes ces recherches m’ont conduit à m’occuper d’une manière spéciale du tracé des rivages de la mer en Europe pendant les difierentes parties des périodes géologiques : mers du trias et du lias; mers des différentes époques de la période jurassique et de la période crétacée; mers éocènes, miocènes et pliocènes. J’ai essayé de représenter par des cartes la distribution successive des terres et des eaux; ces cartes

présentées à la Société géologique de France dès 1860 (n“ 53), et qui, servant è mon enseignement depuis vingt années, sont è la disposition de tous mes auditeurs, ont ainsi repu une grande publicité.

En résumé, je soumets au jügement de l’Académie un ensemble considérable de travaux, produit de trente années d’observations personnelles faites dans toutes les parties de la France et dans un grand nombre de contrées de l’Europe.

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