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X. — ZOOLOGIE PR4T1QÜE

Tous les zoologistes connaissent les dilficultés de l’emploi de l’eau de mer naturelle pour la conservation des animaux marins dans les laboratoires; ces difficultés sont bien plus grandes quand il s’agit de l’entretien de bassins dépassant les dimensions des aquariums. Aussi a-t-on essayé à diverses reprises de substituer de Teau de mer artificielle à l’eau de mer naturelle; on y a réussi dans certaines circonstances; mais, en France, on est généralement prévenu contre l’eau de mer febriquée. Lorsqu’il s’agit d’organiser au Cihamp-de-Mars l’exposition d’ostréiculture, M. le directeur général de l’Exposition fit connaître au comité d’admission de la classe 77 qu’il ne devait pas songer à admettre des produits destinés à être conservés vivants, en raison de la dépense énorme causée, en 1878, par le transport et la conservation de l’eau de mer, dépense qui s’était élevée, si les chiffres qui m’ont été donnés verbalement sont exacts, à environ 40000 francs. C’était la suppression de l’exposition d’ostréiculture; je proposai au comité d’admission, dont j’avais l’honneur de faire partie, d’essayer de l’eau de mer artificielle et j’entrepris immédiatement les essais, au laboratoire de zoologie de l’École normale supérieure d’enseignement primaire de Saint-Cloud, avec la collaboration de M. Marcel Causard, préparateur à cette École. Dans des aquariums ordinaires, on plaça environ 25 litres d’eau de mer artificielle, et dans chaque aquarium une douzaine d’huîtres achetées au marché, et, par conséquent, dans des états de santé très différents. Les expériences, commencées en novembre 1888, furent continuées depuis sans interruption; elles n’ont cessé que vers le milieu de 1889, à la suite d’un accident; elles ont porté sur des Huîtres, des Lutraires, des Littorines et diverses espèces d’Actinies. La solution employée avait été aussi simplifiée que possible; la composition du mélange sec était la suivante :

Chlorure de sodium. 81 grammes.

Sulfate de magnésie. 7 —

Chlorure de magnésium. tO —

Chlorure de potassium. 2

Total.ÏÔÔgrammes.

La quantité d’eau dans laquelle la solution était faite variait de 3 litres à 4 litres. Dans ces conditions, que nous avions volontairement rendues aussi rustiques que possible, les résultats dépassèrent toutes nos prévisions. L’eau des aquariums ne fut jamais renouvelée ; elle était simplement protégée contre la poussière et aérée tous les huit jours environ, à l’aide de trompes Alvergniat; dans quelques aquariums, on avait laissé des Ulves; enfin, on mettait tous les deux ou trois jours les Huîtres à sec pendant quelques heures. Les Huîtres, comme on pouvait le prévoir d’après la variété de leur état et de leur provenance, vécurent un temps très variable ; la plupart se conservèrent de un à deux mois, et, sur un de nos lots de douze, onze vécurent durant cinq mois d’automne et d’hiver. Un lot d’une vingtaine de Littorines a vécu de novembre 1888 à juillet 1889; un autre, mis en expérience en mars 1889, n’est mort qu’en octobre, par accident; les Actinies donnèrent les mêmes résultats. Il est à remarquer que, durant tout ce temps, ces animaux ne furent

Ces résultats étaient encourageants; le comité d’installation de la classe 77 décida de tenter l’expérience en grand au Champ-de-Mars. Il s’agissait d’alimenter d’eau de mer six grands bacs, dont quatre avaient chacun 10 mètres de long, l’",50 de large et 4 décimètres de profondeur en moyenne; deux autres avaient une longueur moitié moindre. Ces bacs avaient été divisés en compartiments attribués aux exposants; mais, par raison d’économie, on avait dû laisser en communication ces divers compartiments, ce qui pouvait être une cause grave de contamination en cas de mortalité. Diverses circonstances vinrent retarder l’installation définitive, et, quand les exposants prirent possession du pavillon, les cuves et les bassins en ciment, à peine terminés, n’avaient pu être baignés d’eau douce que durant huit jours; les filtres Maignen, que la solution devait traverser, n’étaient qu’en partie installés et l’appareil d’aération ne l’était pas du tout.

Nous étions au moment des plus fortes chaleurs (6 juin); les Huîtres, en

plein frai, mouraient en grand nombre même dans les parcs d’élevage ; elles arrivaient à Paris malades, tandis que les nombreuses Éponges, Annélides, Ascidies, qui s’établissent sur leurs coquilles ou sur les collecteurs de naissain, étaient déjà mortes et constituaient un foyer de putréfaction. Dans ces fâcheuses conditions hygiéniques, une mortalité considérable, mais prévue et inévitable, se produisit d’abord. Cependant, divers lots d’Huîtres, des provenances les plus variées (rivières de Belon,Lézardrieux,Sainl-Vaast, Arcachon), résistèrent jusqu’à trois semaines.

Enfin, il fut possible d’achever l’installation. L’eau de mer fabriquée avait une composition très voisine de celle de l’eau de mer naturelle. Pour 3 mètres cubes d’eau de la Vanne, on employait 100 kilogrammes d’un mélange sec ainsi composé :

Chlorure de potassium .

Sulfate de magnésie. . .

Pendant six heures par jour, l’eau était aérée par des jets d’air disposés de mètre en mètre, obtenus à l’aide d’un ventilateur d’Anthonay, actionné par un moteur à air chaud de Dénier, de la force de quatre chevaux. La nuit, de l’eau nouvelle s’écoulait de deux réservoirs dans les bassins et les remplissait jusqu’à une hauteur déterminée par des trop-pleins fixés aux bondes ; l’eau en excès s’écoulait par ces trop-pleins dans deux grandes cuves de 800 litres chacune, où elle était pompée tous les matins pour être ramenée dans les réservoirs. De cette façon, l’eau était toujours, soit battue par lesjels d’air, soit en courant continu. Les Huîtres, bien nettoyées, étaient placées dans les bassins à raison d’une par décimètre carré. Aussitôt ces dispositions réalisées, la mortalité des premiers jours a cessé; les Huîtres de toutes provenances se sont parfaitement accommodées de ce nouveau milieu, et la durée moyenne de leur vie a été d’environ cinq semaines. L’eau de mer naturelle n’eût pas donné de meilleurs résultats. La dépense imputable à l’eau de mer fabriquée est restée inférieure à 1200 francs pour toute la durée de l’Exposition^ 11 suit de là que les Huîtres s’accommodent parfaitement d’eau de mer

lüO kilogrammes.

artificielle, et qu’en prenant soin d’assurer leur respiration, on peut les conserver assez longtemps pour parer aux besoins de la consommation, dans des bacs alimentés par la solution saline dont nous avons indiqué la formule.

Les résultats de cette expérience, pour la première fois tentée en grand, ont été constatés dans une communication faite par M. Chabot-Karlen, membre adjoint du jury, à la Société nationale d’agriculture dans sa séance du 23 octobre 1889. L’expérience a, du reste, été publique. L’eau de mer artificielle était entrée avant 1889 dans la pratique de divers laboratoires étrangers de pisciculture, où elle est considérée, pour certaines opérations d’élevage, comme préférable à l’eau de mer naturelle.

On sait quels services la station de Roscoff, dont j’ai eu l’honneur d’être, à un certain moment (1872), le premier et l’unique élève, et la station de

Banyuls ont rendus à la Faculté des sciences de Paris et à la zoologie française. Elles ont exercé sur le mode d’enseignement de la zoologie une influence à laquelle le Muséum ne pouvait se soustraire, et il leur était, d’autre part, difficile de se prêter aux exigences multiples d’un établissement aussi complexe que ce dernier.

Par un vote qui remonte à l’année 1882, les professeurs du Muséum ont émis le vœu qu’un laboratoire maritime commun à tous les services de cet établissement fût créé par l’État. Afin de reprendre une vieille tradition scientifique, ils ont en même temps désigné pour l’établir la localité de Saint-Vaast-la-Hougue, célèbre par les recherches de Henri Milne Edwards, Audouin, de Quatrefages, Claparède, Grube, Thuret, etc., et qu’ont fréquentée un grand nombre de zoologistes et de botanistes. Mes collègues ont bien voulu me charger de poursuivre la réalisation de leur vœu. J’ai réussi à faire céder

au Muséum le lazaret de Tatihou, au centre de la région la plus riche de la plage de Saint-Vaast. A dater du jour de la cession, le laboratoire a été ouvert et fréquenté par de nombreux travailleurs, en même temps que son aménagement scientifique était poursuivi. Les plans ci-joints (fig. 33 et 34) donnent une idée de l’étendue du laboratoire et de la façon dont les divers services y ont été installés.

L’eau de mer prise au rivage, à l’intérieur d’un vivier (fig. 33), est d’abord conduite dans une citerne voûtée, où elle dépose ses impuretés. Elle est élevée dans un château d’eau à une hauteur de 40 mètres par une pompe qu’actionne un moteur à air chaud de la force de 9 chevaux. Ce moteur doit également suffire aux nécessités de l’éclairage électrique. Du château d’eau, l’eau

de mer est distribuée dans les petits aquariums des chambres-laboratoires et dans les aquariums d’étude, qui occupent une vaste pièce du rez-de-chaussée. Vingt naturalistes peuvent être simultanément admis à la station, qui, en raison de sa position quasi insulaire, peut leur fournir une installation complète.

Les parties essentielles de l’aménagement : le service hydraulique, la salle des aquariums, tous les laboratoires de recherches ont été entièrement terminés d’après les plans que j’ai dressés, d’accord avec M. l’architecte Dauphin. Le laboratoire de Saint-Vaast a fourni des pièces rares aux collections du Muséum et des matériaux importants d’étude à divers naturalistes : M. Pizon vient d’y terminer un mémoire sur le bourgeonnement des Ascidies composées; M. Bouvier, un mémoire sur l’organisation des Hyperoodon, cétacés de 10 mètres de long, dont trois ont été, en six ans, capturés dans la baie, et acquis pour les collections d’anatomie comparée du Muséum ou la collection particulière du laboratoire maritime.

Chaque année, une dizaine de naturalistes y sont venus depuis 1887 poursuivre des études diverses. La baie de Saint-Vaast a été explorée aux marées basses et à la drague, et une collection des animaux de la côte, destinée au Muséum d’histoire naturelle, est en voie de formation. La présence de 1’^»*phioxus a été constatée dans les fonds de sahle ; parmi les Crustacés recueillis se trouve un genre nouveau d'Amphipodes, auquel MM. Chevreux et Bouvier ont bien voulu donner le nom de Perrierella, et qui a été draguée à 20 mètres de profondeur {Bulletin de la Société zoologiqm de France, 23 février 1892).

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