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II. POLYPES

Les Hydres de nos eaux douces sont actuellement décrites comme de petits Polypes de 7 à 8 millimètres de long, dont les tentacules grêles ont à peine la même longueur que le corps. Trembley a figuré, sous le nom A’Hydres aux longs bras, des individus dont les tentacules ont quelques centimètres de longueur, et qu’il considère comme formait une espèce distincte. Des observations faites en diverses circonstances m’ont montré — ce qui est encore unique dans l’histoire de la contractilité dù protoplasme — que les bras de tHydre brune f eurent s'étirer de manière à dépasser 1 mètre de long. Ils s’allongent alors comme des fils d’Araignée, se fixent par un point de leur longueur, soit à la surface de l’eau, soit aux corps étrangers, changent ensuite de direction et forment une sorte de ligne parcourant le liquide en sens divers et à laquelle viennent se prendre les petits animaux dontl’Hydre se nourrit (n" 72, p. 170). Cés bras peuvent ensuite se rétracter de manière à dépasser à peine la longueur du corps.

Le Cordylophora lacustris est un Polype d’eau douce, qui n’a été rencontré qu’en un petit nombre de localités en Europe, principalement à l’embouchure des fleuves (Tamise, Elbe, grand canal de Dublin) et dans la Baltique. Le Cordylophora lacustris a été découvert dans les bassins souterrains du Jardin des Plantes, où il vit fixé sur les coquilles des Dreyssensia, parmi lesquelles se trouve en outre un Lombricien limicole, à soies très complexes, le Psammoryctes umbellifer. Ces trois animaux ont conservé d’une manière très accusée un type marin. Bien que leur association n’ait jamais été signalée avant leur découverte à Paris, les localités où on les a rencontrés sont à peu près les mêmes. Or, il est établi que les Dreyssensia

sont des Mollusques bivalves en voie de migration et qui n’ont envahi que depuis peu les cours d’eau de la France; il est donc très probable que les Cordylophora, les Psammoryctes et les Dreyssensia émigrent ensemble, et que le Mollusque, plus robuste et plus pro-

lifîque, est l’agent de dissémination du Polype et du Ver(n" 16, p. 17).

Les Clad^coryne sont des Polypes remarquables par leurs tentacules de deux sortes, les uns capités, les autres ramifiés. On n’en F», i. - Six polypes de ciadocomt simple, Connaissait qu’une espèce habitant rcconnaissablc à ses

do dans la mer des Sargasses (Ws tentacules ramifiés, disposés SUr

‘ plusieurs verticilles ; la Cladocoryne

simplex (fig. 1) figurée ci-contre d’après des individus vivants, ne présente qu’un seul verticille de tentacules rameux; elle a été découverte sur les algues flottantes de la mer des Sargasses durant l’expédition du Talisman (n"75,p.82).

Pio, 8.-Rameau àePteurocorallium Johnsoni, Gray, des- du genre Corail, l’exis-

dïiap' verMgrô°8si\ro?tSenv^^^ du Corail en

dehors de la Méditerranée ont été souvent contestées. La figure ci-contre (fig. 2), dessinée à bord du Talisman, aux îles du cap Tert, et publiée en 1886 (n" 75, p. 73), représentait, pour la première fois, un échantillon vivant de Corallium {Pleurocorallimi) Johnsoni. Elle ne peut laisser aucun doute sur l’indépendance spécifique

du Pleurocorallium Mnsoni, qui vit d’ailleurs, associé au Comllium rubmm, dans les parages des îles du cap Vert.

Explication morphologique des prétendues générations alternantes de ces animaux.

Sur le corps ramifié d’un grand nombre d’Hydraires naissent des Méduses, dont la forme et l’organisation sont si différentes de celles des Polypes qui les ont produits, que Cuvier plaçait les Polypes hydraires et les Méduses dans deux classes distinctes. On a essayé d’abord d’expliquer les Méduses par la coalescence d’un certain nombre de Polypes, comme on explique les fleurs gamopétales par la coalescence d’un certain nombre de feuilles ; puis, en se fondant sur les phénomènes embryogéniques découverts par les frères Hertwig, on a rejeté cette explication et l’on en est venu à considérer la Méduse comme une Hydre modifiée. Aucune de ces deux théories ne rend un compte suffisant des faits; mais on peut arriver à relier les faits connus par une troisième théorie que j’ai présentée dans divers ouvrages (n” 72, p. 273; n" 73, p. 71 ; n” 75, p. 173). Toutes les données actuellement dans la science sur les rapports morphologiques de l’Hydre et de la Méduse établissent :

1° Qu’il n’existe jamais un rapport déterminé entre le nombre des tentacules d’une Méduse et le nombre essentiellement variable des tentacules de l’Hydre qui lui a donné naissance;

2” Que le nombre des tentacules d’une Méduse demeure presque toujours constant et égal à quatre, quel que soit le nombre des tentacules du Polype correspondant ;

3" Que les tentacules des Méduses ont une importance morphologique plus grande que ceux des Hydres et une structure différente.

Il suit de là qu’on doit considérer ces tentacules comme des formations individuelles, de véritables Polypes sans bouche ou dactylomérides. La Méduse n’est donc pas un simple Polype, mais bien un bouquet de Polypes, comme le veut la première théorie. Rien n’empêche d’admettre d’ailleurs que son ombrelle n’est qu’une partie du corps du Polype central ou Polype nourricier entraînée par les mouvements des dactylomérides fixés sur elle, ce qui est le point à conserver de la théorie des frères Hertwig.

— lion a toujours considéré comme deux phénomènes équivalents la production des petites Méduses craspédotes par bourgeonnement latéral d’un Hydroïde et la production des grandes Méduses acraspèdes par scission transversale d’un prétendu Polype hydroïde, le Scyphistome, de Sars. Il a été montré (n" 73, 3’ édition, p. 71) que le Scyphistome n’est nullement un Polype hydroïde, mais une Méduse dégradée, reliée par les Lucernaires aux Stauroméduses, et que, par conséquent, les deux modes de production des Méduses habituellement rapprochés sont aux deux extrêmes d’une longue série.

Dans le premier cas, on assiste à la production d’une Méduse par la coalescence de cinq Polypes.

Dans le second, à la division transversale d’une Méduse en un certain nombre d’autres Méduses qui deviennent indépendantes.

La Méduse, une fois réalisée par une sorte de floraison d’un Hydraire arborescent (premier cas), se présente sous une suite de formes graduellement modifiées par la disparition de la phase d’Hydraire arborescent et par l’élargissement latéral des quatre canaux de l’ombrelle correspondant aux dactylomérides ; ces formes sont ;

i ” Celle des Trachyméduses, qui se développent directement, comme si une fleur, au lieu d’être produite par un végétal arborescent, naissait directe-

2” Celle des Stauroméduses libres;

3’ Celle des Stauroméduses, qui se fixent par leur pôle dorsal et commencent à reprendre l’aspect d’hydroïdes {Depastrella) ;

4° Celle des Lucernaires, dont les prétendus Polypes hydroïdes, appelés Scyphistmes par Sars, ne diffèrent que par l’absence d’organes génitaux.

Ce sont ces Scyphistomes dérivés des Méduses primitives, mais d’abord pris pour des Hydres, qui sont susceptibles de produire des Méduses par soissiparité- Ces animaux, étant de véritables Méduses, on s’explique que leur scission trans. versale puisse produire des Méduses sans l’intervention d’un bourgeonnement.

S’il en est ainsi, les prétendues générations alternantes des Hydroméduses se réduisent soit à un groupement de parties tel que celui qui produit les fleurs chez les végétaux, soit à une dissociation du corps accompagnée ou suivie d’une métamorphose. Il n’est besoin d’aucune théorie particulière pour expliquer ces phénomènes.

Les observations d’Agassiz, de Dana, et surtout celles de Moseley, ont révélé chez un certain nombre de Polypes à polypier calcaire, jusque-là considérés comme des Coralliaires, une organisation qui rappelle d’une manière évidente celle des Hydraires de la famille des Hydractinies. Comme cela était naturel, au moment de leur découverte, ces auteurs se sont appliqués à mettre en aussi vive lumière que possible la distance qui séparait, suivant eux, des vrais Coralliaires, les Polypes avec qui on les avait jusque-là confondus.

En prenant ces mêmes travaux comme point de départ, il a été établi (n" 72, p. 298) que si les Polypes groupés par Moseley dans la classe des Hydrocoralliaires présentaient des traits de ressemblance incontestables avec les Hydraires, loin de se séparer complètement des Coralliaires, comme ce savant le soutenait, ils montraient, au contraire, toutes les étapes qui permettaient de passer des Hydraires aux Coralliaires, comblaient toutes les lacunes qui existaient'auparavant entre ces deux classes et donnaient l’explication de tous les traits de structure des Polypes coralliaires, aussi bien que de leurs polypiers. Cette théorie nouvelle des Coralliaires qui, venant s’ajouter à celle des Méduses, permettait de réunir en un seul tout parfaitement continu l’histoire des Cœlentérés, s’est trouvée fortifiée encore par les travaux qui, depuis dix ans, ont si clairement établi l’unité morphologique des loges des Coralliaires et de leurs tentacules, l’indépendance réciproque des loges séparées les unes des autres par des interloges conduit à distinguer, dans le polypier, les lames des interlames (travaux des frères Hertwig, de Koch, de Fowler, etc.).

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